L’œuf

Par Kieren
Notes de l’auteur : Aller ! Un petit chapitre méta pour se mettre en forme =)

Quelles sont les choses qui nous définissent ? Nos convictions ? Nos actes ? Qu'est ce qui fait que l'on soit ce que nous sommes ?

Nous décidons de nous construire avec les briques que l'on ramasse sur notre chemin, et avec celles que l'on nous donne, de gré ou de force.

Nous sommes tous plus ou moins des bonhommes de neige qui jouent à une bataille de boules de neige. Nous envoyons des petits bouts de nous même sur les autres, et nous recevons de petits bouts que les autres nous ont envoyés. Le résultat est plus ou moins abstrait, mais pas forcément monstrueux.

Toujours est il, nous sommes un tout, il est vrai, mais un tout avec un centre, un noyau, ce qui nous rend unique, ce qui nous est précieux. Ce moelleux noyau est protégé par une écorce rigide, qui filtre ce que l'on reçoit de l'extérieur pour éviter de se détruire, mais pas trop pour éviter de mourir de faim. Et on laisse maturer, longtemps, au chaud, avant d'éclore et de se révéler au monde.

Il en va de même pour les œufs.

 

Il fut un temps ancien, où seules les pierres étaient vivantes. Elles arpentaient la Terre sous la forme de golems, de grands êtres lents quasiment indestructibles. Ces derniers ne craignaient qu'une chose : la pluie.

En effet, seule l'eau finissait au bout de centaines, voire de milliers d'années par les user, les éroder, les réduire en poussière.

Les golems vivaient lentement, et se cacher de la pluie était difficile, il n'y avait que peu d'abris. Alors ils construisirent des palais gigantesques, des domaines indestructibles et éternels face à la pluie : il s'agissait des montagnes.

Leur plan était de se cacher dans des tunnels et de ne jamais en ressortir, afin d'être protégés et ainsi, de ne jamais mourir. Il s'agissait là d'un plan sûr.

 

Ils taillaient des pierres en imposants pavés, et les empilaient les uns sur les autres, et ils continuaient, pendant des mois, des années, et même des décennies. Ils travaillaient de jour comme de nuit, ils n'avaient besoin ni de boire ni de manger. Ils étaient au dessus de cela. Seule la pluie les arrachait à leur labeur, alors ils se terraient dans quelques abris de fortune, en attendant que l'averse se calme et que revienne le Soleil.

Il en a été comme cela, des siècles entiers.

 

Un jour, un golem finit une montagne, et regarda le paysage. Le Soleil se levait à l'horizon, derrière les pics qu'il avait aidé à construire. Il trouva cela beau, tellement beau qu'il décida de rester là quelques minutes. Puis ces minutes se transformèrent en heures, puis en jours, puis en mois, puis en années. Il sentait l'eau glisser le long de sa carapace de pierre, mais cela ne le gênait pas. Il voyait le monde extérieur, et cela le changeait des tunnels et des grottes sécuritaires.

Il s'amusa à lancer des cailloux dans le ciel, et puis il vit le Soleil, puis la Lune. Il se dit que cela était étrange, que ces gros objets immortels n'étaient pas très carrés, alors il tailla des pierres sans angles, lisses. Il en fit des rondes, et des ovales. Cela l'amusa. Les autres golems le prirent pour un fou. Une pierre ronde n'est pas stable, elle roule sur le flan de la montagne. Il s'agissait là de pierres dangereuses.

Mais cela n'empêcha pas le golem de continuer. Mieux, il joua avec les éléments : il creusa une de ses pierres, et la remplit d'eau avant de la refermer. Il se mit à transporter de la pluie avec lui. Certains le haïssaient pour cela, d'autres l'admiraient. Il y avait quelque chose de sacré et de profanateur dans cet acte. Personne n'était vraiment capable de se mettre d'accord sur ce que le golem avait en tête.

Lui même ne savait pas vraiment pourquoi il faisait cela. Une part d'ennui, d'imagination, de peur et de courage se battaient en lui. Il se savait mortel , et il avait envie de demeurer dans un monde de lumière. Exister. Créer. Vivre en quelque sorte.

 

Et un jour, alors qu'il regardait la mer au sommet d'une montagne, une de ses pierres craqua. Sans qu'il ne l'ait touchée. Il regarda, curieux, et il entendit un tapotement. Il attendit, patiemment, et quelque chose en sortit. Une drôle de bête. Quelque chose d'abstrait, d'incompréhensible, ni lisse ni carré.

Le golem ne comprit pas.

Alors la bête poussa un cri et sauta du haut de la montagne. Et se mit à voler.

Le premier oiseau était né.

Le golem regarda stupéfait cet être dominer le ciel, territoire indomptable pour les siens, inconcevable même. Il regarda la coquille brisée à ses pieds, il n'y avait plus d'eau à l'intérieur.

Il comprit alors qu'il était le père de quelque chose de plus grand que lui.

Il comprit que l'eau n'était pas uniquement un danger, mais qu'elle était aussi source de vie.

Alors il sourit.

 

Il recommença des dizaines, des centaines, voire des milliers de fois. Il façonna des œufs de toutes les couleurs, de tous les types de pierre, de toutes les tailles. Et il peupla le monde.

Certains l'aidèrent, et décorèrent le flan des montagnes de ces drôles de pierres. Beaucoup d'autres le rejetèrent et condamnèrent les accès des refuges dans les montagnes.

 

Le golem n'en pleura point. Il n'aurait rien pu faire dans les montagnes, sans lumière pour guider ses gestes.

Il tailla des œufs jusqu'à ce qu'il ne fit plus qu'un avec l'eau et la terre. Il s'éteignit lors d'une bruine. Tout en douceur.

 

De nos jours, les golems habitent encore au centre des montagnes, attendant la fin des temps.

 

De nos jours, les oiseaux gouvernent les cieux, mangeant un peu de pierre et buvant un peu d'eau en mémoire de leur père et mère.

 

De nos jours, il n'existe plus de trace du golem de pierre qui peupla les cieux. Mais il est dit que son cœur d'or a été conservé dans une mare, et qu'il n'attend que d'être trouvé pour éclore sous la forme d'un oiseau jaune étoilé.

 

La Mousse

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Saamodeus
Posté le 11/01/2022
J'avais commencer à lire tes écris il y a quelques mois (peut être un an), pis après j'ai pris une pause de PA. Pis là je reviens, empoignant ma pile à lire plus déterminé que jamais à l'avancée un peu. Et que dire, je suis ébahi par tant d'imagination.
Tes contes se lisent divinement sans pour autant être trop similaire les uns par rapport aux autres. Chaque lecture est une découverte et c'est super agréable. Ça me motive à continuer ma lecture
Kieren
Posté le 12/01/2022
C'est assez drôle que tu aies pris une pause d'un an su PA car moi aussi, et pourtant j'ai des chapitres en retard à publier.
Je suis ravi de te donner envie de reprendre l'écriture lecture grâce à mes contes.
Porte toi bien.
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 17/05/2020
Quand on voit le titre et que l'on commence à lire, on se demande comment tu vas faire le lien entre un oeuf, un bonhomme de neige et un golem. Je te l'ai déjà dit précédemment, mais je suis impressionnée par ta créativité :)
Kieren
Posté le 20/05/2020
=)
Kieren
Posté le 21/05/2020
On fait souvent l'éloge de ma créativité, mais du coup, sur quoi devrais-je plus me concentrer ? J'aimerais bien savoir ce que veulent mes lecteurs.
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 22/05/2020
Pour ma part, il m'est compliqué de commenter tes textes de façon" technique", si je puis dire.

Face à tes textes, je me retiens de faire des commentaires sur le fond car c'est ton imaginaire et on ne peut pas le contester ou trouver à redire sur le développement de l'action. Le côté contes de légendes de tes histoires m'en empêche.

Sur la forme, on peut toujours s'améliorer. Plus on écrit, plus on lit, plus on écrit et plus le style s'affine. On enrichit le vocabulaire, on joue avec les figures de style, on dynamise, on rythme le texte, on travaille sur des émotions.

La créativité tu l'as. La méthode de narration de base, tu l'as aussi. Maintenant, comme tu me demande sur quoi tu peux te concentrer, peut-être que tu peux te donner des contraintes littéraires et t'exercer avec pour améliorer ton style et donner un côté plus chiader à tes textes.

Comme on ne se connaît pas et que je ne sais pas trop quel genre de commentaires tu attends, ni quelles étaient tes intentions, je n'ose pas trop te faire des commentaires "techniques". D'un côté j'apprécie le fait d'avoir des retours, de l'autre, je trouve que c'est un peu sec de donner son avis sans se présenter :)
Kieren
Posté le 23/05/2020
C'est très noble de ta part =)

Tu sais, je n'ai jamais appris de quelques façons que ce soit à écrire des histoires, je l'ai juste fait.
Un pote du lycée écrivait, et je me suis dit "pourquoi pas moi ?" mais je n'ai jamais pris de cours, j'ai 1 livre sur l'écriture que j'ai ouvert quelques fois. J'ai surtout appris sur le tas. Je ne connais même pas les noms de figure de style.

Je devrais sans doute regarder sur Youtube...

C'est pour ça, si tu as une idée, n'hésite pas à me la dire. Je tiens à offrir à mes lecteurs le meilleur de moi même, et c'est grâce à des gens comme toi que je peux y arriver !
Djina
Posté le 05/05/2020
Premier paragraphe de questionnement :
-> "Qu'est ce qui définit ce que l'on est ? Nos convictions ? Nos actes ? Qu'est ce qui fait que l'on soit ce que nous sommes ?"
Je m'explique : j'ai des difficultés avec le qu'est ce que, traumatisme lié à la prof de français gamine? , possible mais je trouve cela lourd à lire 2 fois de suite…
Je te propose cela :
-> "Quelle définition à soi, à notre être? Nos convictions ? Nos actes ? Quelle essence, fait de soit ce que nous sommes ?"
Comme tu préfères ;)

La petites coquille détectée :
1- "….qui jouent à une bataile de boules de neige" -> "…jouONS à une bataille de boules de neige" => c'est nous ;) du coup j'aurai dit jouons… ?

Maintenant LES BONNES GIGA NOUVELLES CAR J ADOOOORE
-> je trouve ton extrait magique, magnifique je ne m'attendais à voir les œufs ainsi mais c'est tellement joli après un questionnement sur le soi, l'être, nous proposer l'histoire du golem de la vie, j'espère qu'une étoile filante exaucera le vœu de notre cher ami, père des oiseaux.

J'ai voyagé avec toi, merci.<3
Kieren
Posté le 21/05/2020
Tu as raisons pour les répétitions du "Qu'est ce qu...", c'est un peu lourd, mais je ne vais pas prendre ta version non plus, elle est trop soutenue à mon gout pour un texte qui est déjà bien métaphysique. Du coup j'ai écrit ça : "Quelles sont les choses qui nous définissent ? Nos convictions ? Nos actes ? Qu'est ce qui fait que l'on soit ce que nous sommes ?". J'espère que ça ira, continue de m'envoyer tes commentaires, histoire que ce soit le plus agréable à lire pour toutes les personnes qui passeront derrière toi. Merci encore =)
Djina
Posté le 24/05/2020
Je t'en prie ^^ Ma version est une parmi tant d'autres ^^, Oui je préfères ta seconde version :) Cela reste ton écrit !! Bon courage !
Le Saltimbanque
Posté le 22/03/2020
Une petite chose: c'est mon conte préféré.
Non seulement le texte est poétique, émouvant sans en faire trop, non seulement c'est toujours aussi créatif, non seulement j'adore les oeufs et les golems, mais surtout ton plus grand atout est pour moi ton écriture.
Tu as une certaine concision, une certaine sobriété et efficacité qui refusent toutes formes de répétitions et redites, rendant la lecture hyper fluide. Chaque phrase apporte quelque chose, enrichit ton récit. Tu as évité pour moi les sur-explications pour me laisser porter par ton histoire, et c'est génial.

Alors voilà. J'ai adoré ce chapitre méta qui m'a bien mis en forme ! (sauf qu'il est 00H35 et que je vais me coucher)
Kieren
Posté le 22/03/2020
Aaah... Et pourtant lorsque je l'ai écrite, je l'avais trouvé passable tout au plus. J'avais peur de me perdre pour la centième fois dans une vérité personnelle sans réelle application.
Et lorsque je l'ai retranscrit sur mon ordi, je me suis senti très satisfait. (Oui oui, je m'envoie des fleurs, c'est extraordinaire, blablabla...)

C'est cool d'avoir un lecteur assidu en fait. Ça donne envie d'écrire.
Est ce que cela durera ?=)
Kieren
Posté le 22/03/2020
Merci !
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