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Notes de l’auteur : Bonne lecture !! À vos critiques !

Eloann n’essaya même pas de fuir. À quoi bon ? Pour aller où ? Il était bloqué sur cette page avec ce mec qui avait refusé de lui serrer la main et de lui donner son nom et qui, en plus de ça, le désignait comme responsable du désastre qui venait de se produire. Il allait se faire massacrer et courir même s’il était rapide ne servirait qu’à gagner un peu de temps. Du temps en attendant quoi ? Personne ne savait où il était. Personne ne viendrait le sauver. Il ferma les yeux et attendit le coup venir.

Celui-ci ne vint jamais.

« Je m’appelle Maxence », lui répondit le géant d’un ton résigné après quelques minutes.

Eloann rouvrit les yeux, soulagé mais toujours mal à l’aise. Il regarda le dénommé Maxence d’un air étonné.

« Même si c’est ta faute, te démolir ne m’avancerait à rien, justifia-t-il. Nous sommes bloqués sur cette page. Il faut que nous trouvions un moyen de partir d’ici. Tu me seras bien plus utile en trouvant une solution et ça te permettra peut-être de te racheter. »

Eloann déglutit avec difficulté mais se satisfit de sa chance sans protester. Il avait conscience qu’il ne lui offrait qu’un sursit mais toute amélioration de sa condition désespérée était bonne à prendre.

« Sais-tu où nous sommes ?

— Le générateur que tenait Lana est un peu particulier », explica Maxence en s’asseyant.

Le jeune homme s’était assis pour une bonne raison, l’explication technique de ce qu’il s’était passé était assez longue et compliquée. Eloann en retint néanmoins plusieurs choses. 

La première information à comprendre était que les liens n’étaient pas présents sur la page qui venait d’être détruite. Ils étaient simplement inscrits sur un rouleau et n’étaient activés que pendant quelques secondes, le temps du transfert. Cela pouvait paraître anodin mais ça ne l’était pas. Comme les liens vers ces pages n’étaient pas activités, ces pages pouvaient se trouver n’importe où et surtout très loin de leur point de départ car elles n’étaient retenues par rien et cela signifiait qu’ils étaient sans doute perdus aux confins de l’espace. 

La deuxième chose qu’Eloann avait comprise, était que la page était un projet de future planque. Maxence lui expliqua la différence entre une communauté et ce qu’il appelait une planque sans jamais quitter des yeux le bout de ses baskets, comme s’il récitait une brochure publicitaire apprise par cœur. Une communauté était l’endroit de vie des membres de la confédération numérique. Ils y dormaient, y apprenaient, y élevaient leurs enfants, y produisaient leur nourriture. Les planques n’étaient pas aussi élaborées. C’étaient de simples liens de secours qui servaient à ces mêmes communautés pour se cacher en cas de besoin, en particulier si une attaque survenait comme cela venait de se produire. Néanmoins, la page où ils se trouvaient n’était qu’un projet de planque inachevé. 

« Les planques ne sont pas censées être entièrement blanches comme les pages d’accueil des communautés. Elles ne sont pas là pour nous cacher mais pour nous sauver. Celle-ci n’a aucune utilité. On ne peut pas récupérer des informations sur l’état de la situation, on ne peut pas sortir, pas se nourrir, pas dormir dans de bonnes conditions, pas communiquer avec nos amis.

— Bref, c’est la merde si je résume. »

Maxence hocha la tête pour confirmer. Pendant son explication, il avait rabattu la capuche de son sweat sur sa tête et avait ramené ses jambes contre lui. Il semblait beaucoup plus petit ainsi.

« Il y a pire », continua-t-il.

Eloann concevait avec difficultés l’idée que la situation pouvait être pire que d’être privé indéfiniment de bouffe mais il n’allait pas contredire quelqu’un qui souhaitait le démolir quelques minutes auparavant et qui avait décidé de l’épargner sans autre argument que sa bonté d’âme. Il prit le parti de fermer sa gueule et d’attendre sans broncher que son interlocuteur lui deale de nouvelles informations. 

« As-tu remarqué que rien ne bouge autour de nous ? »

Eloann allait répondre un peu vite que bien sûr il l’avait remarqué, il n’était pas si con. Il n’y avait rien autour d’eux donc rien ne bougeait, c’était assez simple. Pourtant, en observant non pas la page mais le ciel, il comprit ce que Maxence voulait dire. L’espace aussi était complètement immobile. Que les étoiles autour d’eux ne se mussent pas, c’était normal. Elles étaient éloignées. Elles bougeaient sans doute mais pas assez pour qu’ils puissent le percevoir à leur échelle. Pour autant, cette immobilité totale avait quelque chose de surnaturel. Les pages, aussi loin qu’il pouvait les voir, ne bougeaient pas elles n’ont plus. Il n’y avait pas de comètes, pas de planètes tournant autour d’un axe, aucun objet spatial en mouvement. Surtout, il manquait cette sorte de fourmillement qu’on apercevait habituellement. Quand on regardait au loin dans l’espace, on avait toujours l’impression de regarder un puit sans fond avec une eau très noire calme mais pas une page noire figée. À cet instant, il avait juste l’impression de se trouver dans un espace clos dont les murs avaient été peints en noir.

« Tu peux continuer d’observer longtemps. Rien ne bougera.

— Mais pourquoi ?

— Si je ne me trompe pas, nous sommes coincés dans un écran de chargement. »

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