L'heure de passer la serp-illère

Par Neila

Debout face au President, j'attendais d'avoir repris mon souffle. Il m'avait fallu encore moins de temps pour revenir jusqu'ici qu'il m'en avait fallu pour atteindre le centre-ville.

La rue était déserte, la silhouette de l'hôtel tapie dans l'ombre. Tout était si calme qu’il était difficile de croire que le corps de Giulia avait été découvert le soir même. La seule trace du passage de la police était la banderole jaune tirée en travers du portail.

— Enzo, c'est une très, très mauvaise idée, a fait Hervé dans mon dos.

— C'est toi qui m'as dit que je devais faucher les mauvais esprits, ai-je rappelé, sans savoir lequel de nous deux j'essayais de convaincre.

— Certes, mais le moment est fort mal choisi. Il y a là dehors des créatures qui en veulent à ta vie.

— Raison de plus pour s’entraîner, ai-je joyeusement rétorqué.

La faux bourdonnait au creux de ma main, comme si elle savait que j'allais bientôt avoir besoin d'elle. Ç'a achevé de me décider. Mes forces revenues, j'ai bondi sur le mur d'enceinte, puis sur le toit du bâtiment annexe qui formait un L avec le bâtiment principal. Quand je pense que cinq heures plus tôt, je m'étais embêté à escalader une poubelle…

— Tu peux m'attendre ici, ai-je lancé à Hervé, avant de sauter sur le rebord d'une des fenêtres du troisième étage.

C’était une fenêtre à l’ancienne, aux carreaux crasseux et au bois moisi. J’ai inséré la pointe de ma faux dans l’ouvrant et fait levier. Les battants se sont décollés en craquant. J’en ai ouvert un et me suis faufilé dans la pièce vide.

L'aura du mauvais esprit s'est intensifiée. Oh oui, il était toujours là, et plus virulent que jamais. Il me semblait plus fort qu'à ma première visite. Sa présence était si étouffante que je n'ai pas remarqué tout de suite qu'Hervé m'avait rejoint.

— J'ai donné ma parole à Sam que je veillerais sur toi si d’aventure il échouait à te transmettre vos souvenirs, et j'escompte bien la tenir, a-t-il déclaré.

Je lui ai souri, sincèrement touché. Même s'il restait caché derrière moi, j'étais content qu'il soit là. Raffermissant ma prise sur ma faux, je suis sorti dans le couloir.

L'endroit était plongé dans le noir et pourtant, j'y voyais toujours. Pas comme en plein jour, mais je distinguais l'encadrement des portes, la silhouette des murs et les lattes du plancher qui grinçaient sous mes pas. En venant ici avec Giulia, j'avais cru pouvoir me repérer grâce aux dernières lueurs du jour. En réalité, je devais avoir gagné la faculté de voir dans le noir. Les fantômes ayant tendance à se terrer dans des endroits glauques et à apparaître la nuit, ça faisait sens, pour quelqu'un destiné à aller à leur rencontre.

Des voix se sont mises à chuchoter dans les ténèbres. Hervé a gémi. À nouveau, la musique s'est élevée de la chambre 313. Je m'attendais à ce que la momie en sorte à tout moment pour me sauter à la gorge, comme la dernière fois, mais non.

Elle voulait que je vienne à elle.

Je me suis immobilisé devant le battant. J'entendais les coups et les sanglots de l'autre côté.

N'y va pas ! a fait la voix d'Hervé, qui résonnait à présent plus dans ma tête que dans mes oreilles. Mais l'esprit voulait me montrer quelque chose. Alors, j'ai poussé la porte.

La lumière m'a aveuglé et j'ai cligné des yeux. Ce que j'ai découvert m'a laissé bouche bée.

Il s'agissait plus d'une suite que d'une chambre. L'endroit était impeccable, richement éclairé, le sol couvert d'une moquette rayée et les murs peints en jaune. Plusieurs fauteuils étaient rassemblés autour d'une table basse sur laquelle traînaient une bouteille de whisky quasi vide et deux verres. Le couloir aussi avait été transformé. Il n'était plus délabré et sombre, mais reluisant et clair, à l'image de la chambre. L'hôtel avait retrouvé son apparence des années 30.

Fasciné, j'ai avancé dans la pièce. Si Hervé était toujours là, je ne percevais plus sa présence. C'était comme si l'esprit du President s'était refermé sur moi. Un tourne-disque à faire baver d'envie tous les collectionneurs trônait dans un coin, sur un guéridon. La musique qui s'en échappait envahissait la pièce, mélancolique et suave. Elle me rendait nostalgique, m'évoquait des instants de bonheur perdu qui, soudain, me donnaient envie de pleurer. Non, ce n’était pas moi qui étais triste, mais elle.

Vêtue de son uniforme de femme de chambre, elle était assise sur le lit double et pleurait toutes les larmes de son corps, le visage dans les mains. Ses cheveux s'échappaient de son chignon. Derrière elle, les couvertures du lit étaient défaites, les draps froissés et les oreillers en pagaille.

— Il m'avait promis… sanglota-t-elle.

Je n’ai pas su quoi faire. J'avais beau me douter qu'elle me tendait un piège, je ne pouvais pas me résoudre à attaquer une personne en train de pleurer. C'était peut-être l'occasion de communiquer ? Trouver une façon de l'apaiser ?

— Il m'avait promis qu'il la laisserait tomber… il m'avait promis qu'il prendrait soin de moi…

— Euh… qui ça ?

Elle a arrêté de pleurer et murmuré :

— Vito.

Voilà qui m’avançait bien.

— Il m'a promis que nous n'aurions plus à nous cacher, que nous pourrions être ensemble. Mais il n'a jamais rien fait. Et son fils...

J'ai senti une vague de honte, de souffrance et de haine me submerger et j'ai dû lutter pour ne pas laisser ses sentiments s'accrocher à moi.

Ne perds point ton temps à l'écouter, Enzo ! m'a soufflé Hervé de très, très loin. Frappe maintenant, tant que tu le peux encore !

Mais si écouter son histoire était la solution ? Si c'était ce dont elle avait besoin pour regagner l'au-delà ?

— Qu'est-ce qui vous est arrivé ? l'ai-je encouragée, en faisant de mon mieux pour projeter des émotions positives.

Elle a relevé la tête et m'a regardé. Même les yeux rougis et gonflés, elle était très belle, à des années-lumière du cadavre calciné qui avait essayé de me tuer.

— Ça s'est passé ici… dans cette chambre. Son fils…

Elle s'est redressée. Lentement, elle a commencé à avancer dans ma direction. L'expression de son visage était dure, ses joues inondées de larmes et ses mâchoires crispées, entre chagrin et colère.

— Il m'a proposé un verre, puis un autre. Il avait bu, beaucoup bu. Il ne voulait plus me laisser partir. Il a commencé à se montrer très insistant… déplacé.

La musique qui se déversait du tourne-disque sonnait de plus en plus désagréable. Comme si on y avait camouflé des paroles horribles sur un air joyeux.

— Ce n’était pas la première fois qu’il me faisait des avances. Je lui ai demandé d'arrêter, mais il n'a pas voulu m'écouter.

Je n'avais plus envie de connaître les détails, en fin de compte. Malheureusement, elle était décidée à vider son sac.

— J'ai essayé de le repousser, mais il menaçait de tout raconter à son père, de lui dire que j'avais tenté de le séduire. Il a dit qu'il me ferait renvoyer alors… je l'ai laissé faire.

Elle se rapprochait, inexorablement. J'ai reculé d'un pas.

— Il pensait que les menaces suffiraient à me faire taire, que j'aurais trop peur et trop honte pour parler. Mais quand j'ai réalisé que je portais un enfant, j'ai tout avoué à Vito. Je lui ai dit ce que son fils m'avait fait. Je pensais qu'il s'occuperait de tout… qu'il assumerait enfin… Qu'il m'aimait.

Son beau visage s'est tordu d'amertume.

— Sais-tu ce qu'il a fait ?

— Euh...

J'ai jeté un œil envieux vers la porte.

— Il m'a renvoyée, a-t-elle dit. De son lit et de son hôtel. Il ne voulait plus de moi. Il a préféré protéger son fils. Il a menacé de porter plainte si je ne disparaissais pas avec mon fardeau, qu'il raconterait à tout le monde quel odieux stratagème j'avais monté pour obtenir son argent. C'était leur parole contre la mienne.

Elle a glissé une main dans la poche de son tablier et en a ressorti une boite d'allumettes.

— C'est là que j'ai compris. Il ne m'a jamais aimée. Il n'a jamais eu l'intention de faire sa vie avec moi. Pour lui, je n’étais qu'un amusement.

Le regard un peu fou, elle a fait craquer une allumette. À cet instant seulement, j'ai remarqué l'odeur d'essence qui flottait dans l'air. La moquette, les fauteuils et le lit en étaient imbibés et un bidon traînait derrière la porte.

— J'allais me retrouver sans travail. Sans un sou, avec la progéniture de ce monstre à nourrir. Ma réputation souillée...

Ça m'a paru le bon moment pour intervenir, avant qu'elle ne s'enflamme – dans tous les sens du terme.

— Écoutez, euh… Madame. Vous êtes en colère, et je comprends ça, c'est normal. C'est horrible ce que ces hommes vous ont fait.

— Il faut qu'ils payent, a-t-elle dit. Si je dois disparaître, alors je disparaîtrai avec cet hôtel.

— D'accord… mais vous l'avez déjà fait. Vous vous souvenez ? Vous avez eu votre revanche, l'hôtel a fermé.

Autant parler à un mur.

— Ils doivent tous payer. Tous. C'est tout ce qu'ils méritent.

— Laissez-moi vous aider, s'il vous plaît…

Elle m'a regardé droit dans les yeux et a incliné la tête, l'air halluciné.

— M'aider… ? a-t-elle répété dans un murmure. Tu veux m'aider ?

J'ai acquiescé. Ses lèvres ont brûlé, laissant apparaître ses dents en dessinant le plus morbide des sourires et ses yeux ont laissé la place à deux orbites vides.

Alors, meurs !

Elle a lâché l'allumette et le feu a éclaté autour de nous. J'ai senti ma peau brûler et mes poumons s'emplir de fumée. Aveuglé, paniqué, j'ai fendu l'air de ma faux avec la volonté de me libérer de ce cauchemar. Ç'a marché. Tout a disparu : la douleur, la fumée, le feu. J'ai à peine eu le temps de constater que la suite était redevenue une pièce vide et lugubre que le mauvais esprit, qui avait repris son apparence de momie carbonisée, m'a sauté au visage. Ses serres se sont refermées sur ma gorge et j'ai été entraîné avec elle. Elle m'a fait traverser une première porte, puis une deuxième, puis elle m'a jeté par la fenêtre. Les volets se sont brisés sous mon poids et je suis retombé dans le parc.

L'impact m'a coupé le souffle. Pouvoir de faucheur ou non, je dégustais. Des points noirs se sont mis à danser devant mes yeux. Par chance, je n’avais pas perdu ma faux en vol – il fallait dire que je m'y étais cramponné comme un noyé à sa branche.

— Prends garde, Enzo ! a hurlé Hervé.

J'ai roulé sur le ventre et senti l'esprit me frôler. Encore désorienté, le dos douloureux, je me suis remis tant bien que mal sur mes jambes.

La momie était là, rachitique et noire, qui me lorgnait entre deux arbres. Elle m'a rappelé feu notre chat, Romulus, qui s'apprêtait à bondir sur un lézard. Elle n'a pas bondi, mais galopé sur ses mains, sa robe calcinée flottant dans son sillage. La bougresse était plus vive qu'une tarentule. Son bras griffu a foncé vers mon visage et, saisi par je ne sais quel réflexe, je l'ai dévié d'un coup de manche. Achevant le tour que ma faux avait entamé, j'ai envoyé la tête de l'arme percuter la morte en pleine mâchoire. Elle a lâché un borborygme indigné. Loin de calmer ses ardeurs, ça n'a fait que l'énerver davantage et elle est revenue à la charge en grondant de rage.

C'était la première fois de ma vie que je me battais, de surcroît avec une faux et contre un fantôme, pourtant mon corps savait exactement comment réagir. J'avais une conscience très nette des distances, de l'allonge de ma faux et du timing. Je n’avais pas besoin de penser, il suffisait que je me laisse guider.

J'ai esquivé l'esprit à la dernière seconde et changé la prise de ma main droite sur le manche de la faux. D'un geste circulaire, j'ai abattu la lame vers l'arrière, droit sur la momie qui me dépassait, toutes griffes dehors. Je l'ai atteinte à l'épaule. Son bras tranché est parti en fumée et elle a poussé un hurlement de harpie qui aurait réveillé tous les vivants sur un kilomètre à la ronde s'ils avaient été en mesure de l'entendre. Pris dans mon élan, j'ai pivoté vers elle et brandis la lame au-dessus de ma tête. L'esprit était recroquevillé près du sol, froissé comme un morceau de papier. Je m'apprêtais à l'achever quand il a brusquement changé d'apparence. Sa peau avait retrouvé son teint de pêche, ses cheveux étaient à nouveau coiffés en chignon et elle portait son uniforme de femme de chambre.

— Pitié ! a-t-elle gémi, et je me suis figé.

Abritée derrière son bras, elle me suppliait du regard, les joues ruisselantes de larmes. Elle avait l'air si humaine, si fragile et si misérable… J'avais beau savoir qu'elle essayait de m'amadouer, je ne pouvais pas m'empêcher de me dire que c'était ça, son vrai visage. Celui-là et pas celui du monstre.

— Pitié… ne me fais pas de mal !

Ma respiration s'était coincée dans ma gorge. Les âmes fauchées étaient des âmes détruites, perdues à jamais, d'après ce que m'avait expliqué Hervé. Cette femme ne méritait pas ça. Sa seule faute avait été de souffrir trop fort et trop longtemps. Et pour finir, il aurait fallu qu'elle disparaisse ? Il devait bien y avoir une autre solution.

— Enzo, ne te laisse point berner par cette sorcière ! s'est exclamé Hervé.

— Pitié… aide-moi…

Son apparence avait encore changé. C'était une autre femme, blonde et plus âgée, qui semblait appartenir à une époque moins reculée.

— Aide-moi… a-t-elle sangloté en tendant une main dans ma direction.

Puis elle s'est muée en une troisième femme :

— Tu as dit que tu pouvais nous aider… s'il te plaît…

Puis en petite fille :

— Ne me laisse pas…

J'ai compris que j'avais affaire aux autres esprits. Ceux qu'elle avait absorbés comme elle avait voulu absorber Giulia.

— Tu as promis…

— Sauve-nous…

— S'il te plaît…

Ma tête s'est mise à tourner. Hervé m'exhortait à les achever, mais je n’arrivais pas à m'y résoudre. Leurs voix qui résonnaient en échos m'empêchaient de réfléchir, leurs expressions déchirantes m'empêchaient de réagir. Leur bras continuait à se tendre vers moi, tout leur corps m'appelait à l'aide. Je n'ai dû ma survie qu'à la tendance des fantômes à transmettre leurs émotions. J'ai perçu le changement un quart de seconde avant que ses griffes jaillissent et je me suis écarté. Une douleur lancinante m'a traversé le flanc. La tête m'en a tourné et je me suis senti très bizarre. Faiblard, comme si je venais de perdre beaucoup de sang d'un seul coup. J'ai titubé, une main sur l'abdomen. Mon tee-shirt était déchiré, mais il n'y avait pas de sang.

— Ressaisis-toi ! m'a crié Hervé.

Le mauvais esprit a volé droit vers moi, avec tous ses différents visages qui se superposaient, déformés par la haine :

Ton âme est à moi !

Saisissant ma faux des deux mains, j'ai fendu l'air et tranché l'esprit à l'horizontale. J'ai senti une résistance, eu le temps d'apercevoir une lumière blanche au cœur du spectre, puis ma lame est ressortie de l'autre côté. Le mauvais esprit a éclaté en une centaine de serpents de fumée noire qui se sont aussitôt dissipés, comme les étincelles d'un feu d'artifice.

Le fantôme du President avait disparu. Pour de bon cette fois.

Je me suis laissé retomber sur les fesses.

— Tout va bien ? s'est inquiété Hervé en s'approchant.

— Je crois.

J'ai soulevé mon tee-shirt et examiné mon ventre à la lueur du clair de lune. Les griffes de l'esprit avaient laissé trois traces sombres sur ma peau sans pour autant l'entailler. C'était comme le bleu que Giulia m'avait fait au poignet ce matin. La douleur avait déjà diminué, remplacée par de drôles de fourmillements.

— Je savais pas que les fantômes pouvaient faire ce genre de choses… blesser des gens et détruire des trucs.

— Oh, tous ne le peuvent pas. Agir sur le monde des vivants est fort ardu pour un esprit errant. C'est un tour que l'on apprend avec l'expérience et l'âge. Mais les mauvais esprits sont, hélas, les plus habiles à ce jeu-là. Vois-tu, ce sont les fortes émotions qui permettent aux esprits de toucher la matière, et les mauvais esprits sont un condensé d'émotions négatives poussées à l'extrême. Voilà pourquoi ils sont si dangereux, non seulement pour les morts, mais aussi pour les vivants.

— Comment ça se fait qu'elle ait déchiré mon tee-shirt comme ça, mais que ça ait juste fait des bleus sur mon ventre ? me suis-je étonné.

— Tout bonnement car, si certains esprits savent agir sur le monde matériel, ils ne sauraient meurtrir la chair. De la même façon que ta faux, Enzo, c'est l’âme que les esprits atteignent et non le corps. Les marques que tu vois là ne sont autres que le reflet des injures infligées à ton âme. L'état de l’âme n'est pas sans impact sur le corps.

Il a pincé les lèvres et avoué avec réticence :

— Si un esprit venait à meurtrir ton âme trop profondément, sache que tu pourrais succomber. Tu te réincarnerais, bien entendu...

— J'aimerais autant éviter.

— Ne te tourmente point pour ces bobos, a-t-il voulu me rassurer. Tes pouvoirs de faucheur auront tôt fait d'effacer ces vilaines marques, avec toutes les petites coupures et les bosses.

— Ah bon ?

— Bien sûr ! Ton âme possède un pouvoir si grand qu'elle guérit les blessures de la chair plus vite que chez aucun autre vivant !

Je guérissais plus vite que la normale ? Alors ça, c'était rassurant. Ça expliquait que je n’aie trouvé aucune plaie ni aucun bleu sur moi ce matin, malgré ma mésaventure de la veille. Ou encore que les marques laissées par Giulia sur mon poignet aient disparu au bout de quelques heures.

J'ai rabaissé mon tee-shirt. Ce n’était pas ça qui me tracassait le plus, en vérité. Je venais de faucher une âme – non, un condensé d'âmes. Hervé a soupiré :

— Comme je le redoutais, les travers de Sam te poursuivent…

— Comment ça ?

— Lui aussi répugnait à faucher les âmes. Par combien de fois a-t-il failli se faire mortir en tentant d'extirper un mauvais esprit de sa condition… ! Mais c'est une cause perdue, Enzo. Les mauvais esprits ne possèdent plus une once de bons sentiments en eux, ils n'ont plus rien d'humain. Ils ont oublié presque entièrement leur vie passée et ne gardent que leurs plus mauvais souvenirs ; le sujet de leur rancœur. Ils ne peuvent plus pardonner et s'apaiser. Ils ont franchi la frontière.

— Mais… y a vraiment pas moyen d'inverser le processus ? ai-je insisté. Je sais pas, si on trouve ce qui les retient, peut-être que…

Hervé a tristement hoché la tête :

— Il n'est plus rien que tu puisses faire pour eux, Enzo. Le mieux est encore de mettre un terme à leurs souffrances.

J'ai baissé les yeux sur ma faux, dépité. Je comprenais mieux la nécessité d'aider les esprits errants à regagner l'au-delà. Les laisser se transformer en mauvais esprits pour ensuite les détruire, c'était pire que la mort.

Plus je découvrais l'envers du métier, moins j'avais envie de signer, mais plus je m'y sentais obligé. Le froid qui est venu ramper dans mon dos m'a tiré de mes pensées.

La température avait brutalement chuté et j'ai d'abord cru que le fantôme du President était de retour. J'ai bondi sur mes jambes. Des paires d'yeux rougeoyants ont alors éclos dans les ténèbres, devant moi. Leurs propriétaires se sont avancés, quittant l'ombre des arbres à pas feutrés.

Acculé contre l'hôtel, je me suis retrouvé cerné par une bande de gros chiens noirs aux babines dégoulinantes de bave.

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Hinata
Posté le 09/11/2019
C'est très beau l'hésitation d'Enzo à simplement faucher l'âme de la Momie... et même à réfléchir après coup à la chose. C'est un très bon héros <3

Encore une fois, ta Plume évoque des images puissantes de manière très naturelle, franchement bravo !

Et l'action redémarre, youpi !! Je me disais bien que les méchants qui en veulent à sa vie allaient finir par se pointer héhé
Neila
Posté le 13/11/2019
Roh, merci pour Enzo. ♥

Je suis contente que ce chapitre t'ait plu !
♥♥♥♥♥
Isapass
Posté le 30/09/2019
Du coup, je continue ! (C'est trop bien ;) )
Tu aurais pu te servir de l'esprit du Président pour donner un exemple de ce que peuvent faire les pouvoirs de faucheur, ça aurait déjà été bien. Mais tu ne t'es pas contenté de ça : je trouve hyper intéressant qu'Enzo ait d'abord voulu tenter de convaincre l'esprit par la parole. Avec l'épisode de Guilia (et aussi dans les relations avec son père), on avait déjà bien vu que c'était un grand empathique : là, ça illustre parfaitement ce trait de personnalité. Il faut dire que l'esprit fait tout ce qu'il faut pour appeler la pitié en racontant son histoire et en prenant l'aspect d'une femme abusée (c'est un euphémisme si j'ai bien compris !).
C'est aussi très intéressant de voir que par moment, il entend à peine Hervé. Est-ce que ça veut dire qu'il risque de se retrouver seul, sans les conseils de son mentor, à l'avenir ? Ça risque d'être flippant parce que là, Hervé l'a convaincu qu'il n'y avait rien d'autre à faire que frapper avec sa faux !
Génial aussi les griffures qui illustrent les blessures de l'âme : parfaitement raconté, et en ce qui me concerne, je suis persuadée que c'est vrai.

Et enfin, ce cliffhanger avec les chiens... Non mais comment veux-tu que je ne me précipite pas sur le prochain chapitre, avec un truc pareil !!?

Bon comme tu l'auras compris, je suis toujours aussi fan !
Neila
Posté le 30/09/2019
Me revoilà pour la suite !

Très très contente que ce chapitre t'ait plu. ^w^
Vi, tu as bien cerné le personnage ! L'empathie d'Enzo et les questions qu'il se pose par rapport au boulot des faucheurs sont un peu le "noeud" du personnage. è.é C'était effectivement l'occasion non seulement de montrer ses pouvoirs en action, le job qu'il est censé faire, mais aussi ses questionnements. Je suis contente si ça te semble bien amené !!

Aah... c'est pas un gros spoil mais oui, Hervé ne sera pas toujours là pour lui murmurer des mots doux à l'oreille (dans ce cas précis il y avait un autre esprit qui lui bouchait les oreilles :p)
Contente que le détail des blessures à l'âme te plaise ! C'est qu'il faut bien mettre un peu de danger dans tout ça sinon c'est pas drôle.

Tu peux te précipiter, moi ça me va. =D Un p'tit cliffhanger de temps en temps, c'est sain.

Rohçamefaitrèsplaisirqueçateplaiseautant. TwT
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