L'héritage de la princesse disparue

CHAPITRE 7

L’hÉritage de la princesse disparue

 

Les cheveux roux encadraient le visage de ma mère, remués par une brise que je ne percevais pas. Ses yeux verts étaient si tristes que ma gorge se noua et des larmes brûlantes menacèrent de me noyer.

— Je t’en prie, Prudence… ne me déteste pas… chuchota-t-elle.

Un éclair m’aveugla, j’entendis ma propre voix hurler. La sensation électrique qui m’avait parcourue lorsque mon corps avait percuté le Bilderŵ me revint. Je vis une fleur de lys éblouissante. Le tronc du portail millénaire s’imposa à ma vue. La fée Dara me fit tomber dans un autre monde de Dareia, à Wargad. Ce rêve où une femme me portait bébé, agenouillée face au chêne, apparut. D’autres flash que je pouvais à peine comprendre s’enchaînèrent : une ombre noire à la main tendue, une silhouette brûlante, un arbre de lumière si immense que la plus haute montagne était minuscule en comparaison, des cris indistincts dont je ne pouvais comprendre les mots.

— Ne me déteste pas…

— Maman ! hurlai-je en me réveillant soudainement.

Ma tête tournoya et je retombai immédiatement contre l’établis contre lequel je m’étais endormie. Les vertiges me rendirent nauséeuse. Je levai la main pour masser mes temps mais mon regard fut attiré par la marque de naissance en forme de fleur de lys à l’intérieur de mon poignet gauche. Comme la fois où je m’étais retrouvée face au Bilderŵ et Dara, elle me brûlait.

Regardant autour de moi, je reconnus l’intérieur de la forge, mais j’étais seule. En me redressant, une couverture, qui avait été posée sur moi, tomba de mes épaules. Je me sentais fébrile et inconfortable dans ma robe trop serrée. J’avais dû m’assoupir il y a quelques heures. La nuit était tombée, William et Isolde avaient dû juger bon de me laisser dormir autant que possible pour la quête à venir.

— Li– Prudence ?

Je me tournai vers les escaliers au fond de la pièce. Isolde descendit avec un sourire.

— Je t’ai entendue crier, que se passe-t-il ?

— Juste… un mauvais rêve…

Elle m’emmena dans la cuisine, une petite pièce adjointe à la forge, et s’approcha d’une table sur laquelle était posée une carafe. Elle versa un verre d’eau frais et entoura mes épaules d’un bras réconfortant.

— Comment vas-tu Lily, pardon, Prudence ?

— Aussi bien que je puisse l’être quand je dois partir dans une quête qui va sans doute me coûter la vie. Sans compter… que ma mère me manque… répondis-je en baissant le regard.

— Désolée, je n’aurais pas dû te poser une telle question.

J’hésitai puis secouai la tête. Son sourire ne faiblit pas.

— Tu es la seule à m’avoir demandé comment j’allais, alors, merci… Et, je dois m’excuser… continuai-je en me tournant vers elle.

— Pourquoi ?

— Je ne… je n’ai pas su vous faire confiance, à tous les deux, et j’ai caché mon prénom.

— Je comprends parfaitement ta peur, tu viens d’arriver et tu ne connais personne. J’aurais fait la même chose. Tu as… tu as appelé ta mère dans ton sommeil. Ici, pratiquement tout le monde a perdu une partie de sa famille. Mes parents sont morts quand j’étais encore bébé, à cause d’une attaque agramienne.

— Je… je suis désolée…

— Ne le sois pas. Les Smith m’ont prise en charge, et m’ont élevée. Ils m’ont offert un toit, une éducation et une famille. Je suis si heureuse d’avoir eu cette chance, et surtout d’avoir William dans ma vie.

— Tu es donc… sa sœur adoptive ? conclus-je.

— Oh non ! s’exclama-t-elle avec un rire amusé. On est fiancés !

— Quoi ? m’étonnai-je.

Je ne pus m’empêcher de la fixer avec de grands yeux. Elle avait un air rêveur et une lueur magique dans le regard. Elle était si satisfaite et si heureuse de son sort. William avait l’air, au contraire, si… morne.

— Nous sommes fiancés. Mais William veut attendre la fin de la guerre pour que l’on se marie, répéta-t-elle en me fixant droit dans les yeux d’un air déterminé.

Ce n’était pas la première fois que je croisais un couple aussi jeune, mais ils étaient si différents.

Le mot « guerre » me rappela que je n’arrêtais pas d’entendre parler de ce conflit contre les Agramiens.

— Est-ce que tu peux me raconter cette histoire de guerre, s’il te plaît ? demandai-je.

Isolde acquiesça sans hésiter et s’assit près de moi.

— Il y a une trentaine d’années, un peuple est arrivé des mers, ils se sont installés dans la cité d’Agram à l’ouest de Melahel. Ils étaient passés par un portail magique dans l’océan Cleirwy. Notre roi et notre reine à ce moment-là, le Roi Arnaud III et la Reine Adélaïde ont tous deux ouvert les portes de Melahel et leur hospitalité. Seulement, après avoir appris la culture de notre peuple, avoir eu la possibilité de s’installer dans leur propre cité fortifiée, les Agramiens sont… entrés en guerre contre nous sans la moindre raison, dit-elle, plus hésitante. Deux ans plus tard, le Palais Royal d’Azraald fut assiégé et le Roi Arnaud IV et la Reine Aurore sont morts assassinés l’un après l’autre. La Princesse Héritière a disparu, on soupçonne les Agramiens de l’avoir kidnappée. Mais on est sûr de rien, malheureusement. Ils ont nié l’avoir enlevée pour un temps mais après, ils ont avoué qu’il s’agissait bel et bien de la vérité. Dans tous les cas, elle a disparu de la circulation depuis toutes ces années… Elle est sans doute morte durant le siège.

Je ne pus m’empêcher de penser à la « mission » que m’avait confiée Myrddin. Celle de retrouver la « princesse disparue ». Un peu plus tôt, quand on traversait Azraald, William avait dit que les Agramiens leur avaient volé une chose précieuse. Cette princesse était-elle cet être si important et à laquelle tout le monde semblait si attaché ? Si je devais écouter Myrddin, cela voulait-il dire que cette princesse était quelque part à Wargad ou Agram et que je devais la retrouver ? Mais s’il savait où elle se trouvait, pourquoi n’envoyait-il pas des soldats la chercher ? Pourquoi m’avait-il choisie, moi ?

— Cela fait dix-huit ans que nous sommes officiellement en guerre contre eux, et les Agramiens attaquent souvent Azraald comme aujourd’hui. Tu vois ce drapeau noir ? poursuivit Isolde en se levant jusqu’à la fenêtre, pointant vers le grand bâtiment administratif de l’autre côté de la place. C’est pour indiquer que nous sommes en guerre. Une façon de se remémorer tous les jours qu’il ne faut pas baisser sa garde et qu’il ne faut pas oublier toutes les personnes qui sont mortes pour le royaume…

Le drapeau, aussi sombre que les ténèbres, me fit frissonner. Je savais ce qu’était la guerre dans les histoires que me racontaient Calador. J’avais un vague souvenir des nains du Royaume de Dharndum qui avaient souffert des conquêtes guerrières de l’Impératrice de Sombor. Cela me faisait terriblement peur, mais jusqu’à présent, c’était une menace lointaine qui ne me concernait pas tant que cela ne m’atteignait pas.

Jusqu’à l’attaque à Lamania et la destruction de tout ce qui m’était cher.

Imperturbable, Isolde reprit son récit :

— Il y a quelques mois, la sœur de William, Anthéa, fut enlevée et aujourd’hui il t’a évité de subir le même sort, expliqua-t-elle d’une voix dure.

Dire que le seul moyen que j’avais trouvé pour le remercier avait été de ne pas lui faire confiance et de lui mentir… Si ce n’était pas pour lui, à l’heure qu’il était, je serais quelque part dans les geôles de ces Agramiens, ou de retour auprès de l’aimable Connétable Durand. Pourquoi personne ne faisait rien pour stopper cette guerre ridicule ?

— Comme si cela ne suffisait pas, la mère de William, qui est malade depuis longtemps, a vu sa santé s’aggraver. Le médecin nous a dit que le seul moyen de la sauver était d’utiliser un remède utilisant un bourgeon de lune. Il nous avait dit que Myrddin devait être le seul à en posséder, puisque cette fleur a presque totalement disparu.

— Pourquoi a-t-elle disparu ?

— Elle ne poussait qu’en un seul endroit : Gaenor’s Glyn, des immenses plaines au nord du royaume. Mais c’est également là-bas que les bataille contre les Agramiens ont fait le plus rage. Après les feux et les combats, plus aucune fleur n’y pousse.

— C’est terrible… chuchotai-je.

Elle acquiesça et continua :

— C’est pour ces deux raisons que Will est allé voir Myrddin. Il voulait le bourgeon de lune pour soigner sa mère et maintenant qu’il part avec toi, il pourra faire un détour pour aider sa sœur. Mais…

Elle se mordilla la lèvre et me lança un regard nerveux. J’haussai un sourcil pour l’encourager à parler. Elle baissa les yeux avant de prendre la parole, l’air terriblement gênée.

— Mais… je pense qu’il va prendre trop de risques, il ne doit pas aller sauver sa sœur… C’est malheureux pour elle mais, je ne veux pas perdre mon William.

Mes yeux s’agrandirent. J’étais hallucinée. Ce que William avait vécu était terrible, et expliquait ses airs froids. Mais le vœu d’Isolde qu’il n’aille pas sauver sa sœur était si égoïste. Isolde était très amoureuse de William, trop amoureuse… Je comprenais les intentions de William, après tout, il s’agissait de sa sœur. Il avait la possibilité d’aider et sauver sa famille. Si je pouvais en faire autant pour ma famille, je n’hésiterais pas. Surtout qu’avec cette stupide guerre qui n’avait pas l’air de vouloir se terminer, William n’était pas près de revoir sa sœur – si elle survivait d’ici la fin. Si… elle était encore en vie.

Mes pensées furent interrompues par Isolde qui attrapa mes mains et plongea son regard vert tacheté de brun dans le mien.

— Prudence, je peux te demander quelque chose ? me demanda-t-elle en se mordant la lèvre d’un air nerveux et innocent.

— Oui, bien sûr… hésitai-je.

— Je t’en prie, empêche Will d’aller sauver sa sœur ! Fais tout pour éviter qu’il n’aille à Agram ! Je… je ne veux pas qu’il l’aide, sinon, cela signifierait pour moi, le perdre pour toujours…

Isolde avait beau être douce, gentille et aimable, là, en cet instant, elle me parut être la personne la plus acerbe et la plus insensible qui soit. J’ouvris la bouche pour répondre quand la voix de Will retentit derrière nous :

— Prudence. Viens.

J’espérais qu’il n’avait pas entendu la fin de notre conversation. Isolde dut penser la même chose car elle gigota sur place en se pinçant les lèvres d’un air soucieux.

William étala une grande carte sur un établi et je me penchai pour l’examiner.

Instinctivement, je cherchai les points de repère et les noms sehaliens qui m’étaient familiers… Je ne fus pas surprise par le pincement au cœur qui me prit lorsque je réalisai que j’étais complètement perdue.

La carte représentait le pays de Wargad, divisé en trois royaumes principaux : Banderve à l’est, Gharmen au nord et le troisième qui s’appelait Melahel. Les territoires étaient séparés les uns des autres par des reliefs naturels : une chaîne de montagne, une mer, mais je ne cherchai pas à en savoir plus. Il y avait aussi un grand lac, le « Lac Drych » au sud des montagnes. Le territoire du Royaume de Melahel était lui-même divisé en une douzaine de domaines.

Ce n’était pas le pays où j’avais grandi.

Je fus tirée de l’étude de cette carte par William qui commença ses explications :

— Que ce soit clair, commença-t-il, nous devons nous rendre chez Lelawala qui habite dans les Montagnes d’Edyrn. D’après ce que je sais d’elle, sa mère était une sorcière puissante qui est morte lors du siège du palais, mais inutile de te l’expliquer, n’est-ce pas ?

Il grimaça. C’était confirmé : il avait entendu toute notre conversation.

— Lelawala a quasiment été élevée par Myrddin et peu de temps après le siège, on ne sait pas trop ce qu’il s’est passé à la cour, mais elle a été traitée de sorcière maléfique et de charlatan – ce qu’elle n’est pas, évidemment – et est partie se terrer quelque part dans les Montagnes d’Edyrn.

— Tu as l’air d’être bien renseigné… remarquai-je.

Il haussa les épaules, totalement indifférent et continua de sa voix toujours aussi morne :

— J’ai mes sources.

William posa son doigt sur la route principale et traça un chemin jusqu’à une première intersection :

— C’est à partir de-là que nous risquons de nous faire prendre par le peuple d’Agram mais nous devons nous débrouiller pour aller jusque dans ce territoire-là sans encombre. Nous passerons en plein milieu de la forêt pour éviter les Agramiens et être plus rapides.

Il traça directement le trajet d’Azraald jusqu’au « Clan Shanedor », juste à côté de celui des « Ogres ».

— Nous devrons prendre garde à ne pas nous tromper. Sinon… sinon.

C’était incroyable comme ce garçon pouvait être expressif quand il le voulait… Isolde me prit vivement le bras pour me guider vers la cuisine.

— Prudence, tu n’as pas encore mangé, viens prendre des forces. Puis tu pourras aller te reposer. Tu as traversé beaucoup d’épreuves et tu as besoin de repos.

— Je… d’accord…

Elle me prépara à manger mais je n’avais pas faim – le cauchemar m’avait rappelé le sort de ma mère, les évènements qui m’avaient menée jusqu’ici, et la perspective de partir dans cette quête si dangereuse me coupa définitivement l’appétit. Bien que craignant un autre cauchemar, je décidai d’aller dormir. Je suivis Isolde à l’étage mais je m’arrêtai un court instant en haut de l’escalier pour observer William qui continuait d’étudier la carte, bien plus inquiet et nerveux que ce qu’il avait montré un peu plus tôt. Je me dépêchai de suivre Isolde qui me guida dans sa chambre.

— Je te laisse ma chambre pour cette nuit, je resterai avec William. Voici de quoi te changer. Je viendrais te réveiller demain matin. Tu as besoin de quoi que ce soit ? demanda-t-elle en posant une robe de nuit sur le lit.

— Je… non, ça ira, merci… répondis-je.

Elle m’observa longuement pendant que je retirai de ma poche l’onguent que j’avais pris au palais ce matin – cela semblait déjà si loin…

— Est-ce que tu sais de quoi il s’agit ? m’enquis-je.

Isolde ouvrit le pot et ses yeux s’agrandirent.

— C’est de l’onguent d’Aredd ! C’est extrêmement rare, surtout avec la guerre ! C’est si cher ! Où as-tu trouvé un tel trésor ?!

— Je l’ai… um, emprunté, au palais. Je ne savais pas s’il y aurait la moindre médecine dans les environs alors je l’ai pris.

— Tu en as besoin ? Tu es blessée ? demanda-t-elle, penchant la tête sur le côté.

C’était étonnant qu’elle n’ait pas remarqué que je boitai, mais elle avait toujours son attention fixée sur William.

— Ma jambe a été blessée lors de mon départ de Sehaliah, répondis-je, aussi vague que possible.

Elle hésita avant de me mettre le pot d’onguent dans les mains.

— Tu en as besoin… Tu devrais en appliquer sur ta blessure, de cette façon tu seras rapidement soignée.

— Mais… et la mère de William ? Si cet onguent est si incroyable, cela pourrait peut-être la soulager ? proposai-je.

— Peut-être bien mais… je veux que tu prennes cet onguent, vous allez traverser des lieux dangereux. Si William est blessé, je veux qu’il ait cet onguent avec lui.

Avant que je ne puisse répondre, Isolde passa derrière moi pour quitter la chambre.

— Je suis rassurée de savoir qu’il ne partira pas tout seul, même si…

Elle ne finit pas sa phrase. Elle sourit puis me souhaita bonne nuit.

Je me laissai tomber sur le lit. Je pris mon arc et mon carquois pour les serrer contre moi. Isolde avait bonne nature, mais elle était étouffante.

Je mis la robe de chambre blanche. J’appliquai un peu d’onguent sur ma jambe, soupirant de soulagement lorsque je sentis la médecine me faire du bien. Ce produit était vraiment miraculeux.

J’entendis des pas grincer depuis le couloir – sans doute William. Me levant, j’observai les environs et comme il n’y avait personne, j’avançai le plus discrètement possible. Trouvant une porte entrouverte, je la poussai légèrement et vis une femme allongée dans un lit. Il faisait sombre mais je pouvais voir à quel point elle était faible… Je m’avançai vers elle – elle dormait profondément mais sa respiration était difficile.

— Que fais-tu ? siffla une voix derrière moi.

Je me retournai en sursautant, voyant William s’élancer précipitamment vers moi. Il me poussa loin de sa mère en me foudroyant du regard puis se tourna vers elle d’un air inquiet, craignant sans doute que j’avais tenté de la tuer dans son sommeil. Soulagé de voir qu’elle n’avait rien, il se tourna de nouveau vers moi et son regard s’abaissa vers le pot d’onguent que je voulais lui donner.

— Isolde a dit que c’était de l’onguent de–

— De l’onguent d’Aredd ! s’écria-t-il, l’attrapant comme s’il s’agissait de l’élixir de vie.

— Je me suis dit que ta mère pourrait en avoir besoin… si c’est aussi efficace que ce que vous dites.

— Comment peux-tu être en possession d’un tel produit ?! C’est bien trop précieux pour qu’une fille dans ton genre y ait accès – ton monde a-t-il cet onguent en quantité ?

— N-non, je l’ai emprunté au Palais.

Il me dévisagea d’un air surpris. Puis, son regard hésitant vola entre l’onguent et sa mère. Et il me tendit à nouveau le produit.

— Tu pourrais en avoir besoin pendant la quête, garde-le.

— À quel point as-tu confiance en tes capacités à l’épée ? Si tu crois pouvoir nous protéger, je te fais confiance. Je pense. Tu dois m’emmener avec toi, tu vas être retardé, sans doute embêté, mais si ça peut aider ta mère… Tu devrais lui donner.

Il délibéra longuement, manifestement tenté.

— Pour vous remercier de tout ce que vous avez fait pour moi, ajoutai-je.

Avant qu’il ne puisse dire non, je me mis à boitiller pour quitter la pièce.

— Prudence, appela-t-il.

Je me retournai vers lui mais il eut l’air étrangement embarrassé et à court de mots.

— De rien, répondis-je avec un sourire.

Après un court instant de silence, je finis par quitter la pièce. Avant d’atteindre la chambre d’Isolde, William sortit de la chambre de sa mère.

— Prudence.

Il ferma doucement la porte pour ne pas réveiller sa mère et me rejoignit. Il n’avait pas l’onguent d’Aredd dans les mains, ce qui voulait sans doute dire qu’il acceptait le cadeau.

— Tu en as parlé, et Myrddin l’a mentionné également, mais que s’est-il passé avec le Capitaine Durand ? questionna-t-il curieusement.

— C’est l’homme aux yeux bleu et à l’air mauvais ?

Il acquiesça, un fantôme de sourire sur les lèvres à la description que je lui avais donnée.

— Je ne sais pas vraiment, mais… il avait l’air de me détester. C’est pour cela que je suis partie du palais, je ne lui faisais pas confiance et je ne voulais pas prendre le risque d’être arrêtée ou décapitée pour quelque chose que je ne comprenais pas. Pourquoi me demandes-tu cela ?

Il hésita avant de sortir un papier plié de sa poche. Je restai bouche-bée en reconnaissant mon visage dessiné. Durand cherchait à me retrouver à tout prix.

— Finalement, c’est peut-être une bonne chose que tu quittes temporairement Azraald. Tu es recherchée. Je ne sais pas pour quels crimes, mais Durand a définitivement une dent contre toi.

J’espérai que la raison pour laquelle il voulait me capturer était parce que je m’étais échappée en volant de l’onguent précieux, mais… je craignis que ce soit pour une autre raison. Il n’y avait rien d’écrit sur le document autre que ma description et la promesse d’une récompense de cent pièces d’or – si elles avaient la même valeur qu’à Sehaliah, c’était une fortune.

— Tu n’es pas intéressé par la récompense ? m’enquérai-je, lui rendant le papier.

William continua de m’observer curieusement, sans dire un mot, comme s’il essayait de lire mes pensées, de connaître les raisons pour lesquelles Durand était si déterminé de m’attraper.

— Pas pour l’instant. Tout ce que je veux c’est sauver ma mère et ma sœur. Et je ne suis pas vu d’un très bon œil par Durand non plus.

« Pour l’instant » ? Est-ce que cela voulait dire qu’il serait capable de me livrer à Durand lorsque sa mère sera sauvée ?

— Est-ce que… cela risque de mettre ta famille en danger ? continuai-je, inquiète que cela pose des problèmes à la famille Smith.

— Personne d’autre que nous ne te connaît. Isolde ne dira rien. Du moment que personne ne te voit quitter la forge lorsque nous partirons demain matin, tout ira bien. Tu devrais aller dormir maintenant. Et c’est… c’est incorrect pour une jeune femme de se montrer si dévêtue devant un homme.

Je baissai les yeux vers ma tenue – une longue robe de nuit qui était loin de pouvoir être considéré comme « dévêtue » mais il se retourna et disparut.

Je ne savais pas ce qui m’attendrait à mon retour à Azraald mais les années à venir risquaient d’être mouvementées. Si je survivai la quête.

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