Les phares

Notes de l’auteur : De l'action ! de l'action ! C'est Prudence qui va être enchantée !

On aurait pu croire que ce tunnel souterrain s'étendait à l'infinie. Lorsqu'elle se retrouva à déambuler seule au milieu du terrier, Annie mesura soudain combien elle se sentait nerveuse. Elle ne cessait de s'arrêter pour écouter ce silence à tourmenter un sourd. Dès qu'un faible bruissement retentissait, elle se retournait avec des tapements chaotiques au niveau de la poitrine. Il n'y avait jamais rien d'autre que son ombre évidemment, et la jeune fille maudissait son angoisse étrangement grandissante avec perpétuité.

Mais ce n'était pas tout. Au moindre pas qu'elle faisait, la poussière volait à travers tout le couloir, si bien que désormais, la gorge de l'humaine était enflammée.

En réalité, sa solitude était telle qu'elle avait l'impression d'errer entre des rayonnages, non pas de livres, mais de pierres. Ce n'était hélas pas sa sacoche qu'elle portait en bandoulière, mais plutôt sa mauvaise humeur.

Annie avait également bien du mal à se repérer dans cette puissante obscurité. Elle tâtonnait donc pour trouver son chemin, et frissonnait quand ses doigts rencontraient des roches glacées. Plus que jamais, Annie regrettait terriblement la rassurante présence d'Ophel.

Un nouveau tremblement lui traversa la nuque. Les terriers étaient tellement spacieux qu'en plus de reneklous, ils pourraient garder des énormes créatures aux dents férocement taillées. Cette pensée la fit ultimement s'arrêter, alors qu'un jet de sueur fuyait son front. Elle avait soudainement un horrible pressentiment. Jamais, au grand jamais, elle ne voudrait se battre contre des bêtes sauvages. Elle ne portait aucune arme sur elle et de plus, la force, les techniques et la souplesse n'étaient pas là pour la reluquer. Annie avait pour habitude qu'on la considérât comme maladroite, malhabile. Il suffisait de visualiser son excessive maigreur ainsi ainsi que ses longs bras dépourvus de muscles pour comprendre à quel point ses ressources étaient épuisables.

Annie soupira en se surprenant à penser à Xia. Si la jeune Wolkenaise possédait la physionomie de quelqu'un peu habitué à se défendre, à chaque fois qu'elle lui avait saisi le bras, Annie avait été éberluée par sa poigne de fer. Ce n'était pas son nombre exorbitant de breloques ou de fanfreluches, ses adorables bouclettes ou ses cordes vocales continuellement à l’œuvre qui allaient empêcher une quelconque force physique, après tout. Sous ses bracelets argentés, Xia disposait d'une puissance de minotaure.

Le pied d'Annie buta dans un énorme caillou. Ruminant son juron, l'humaine entreprit de le masser, sans contenir un énième frisson déplaisant.

Ce qu'elle rêvait de faire actuellement, c'était de courir dans le sens opposé en guettant une trace d'Ophel. Ses aveux sur son enfance n'avaient fait qu'aiguiser davantage sa curiosité à son égard. Il semblait à Annie que c'était la première fois qu'elle ressentait autant d'empathie pour un enfant. Mais Ophel était un gosse bien particulier. Cela allait sans dire.

Annie s'assit pour mieux soulager son pied meurtri. Dès que son talon retrouva une forme correcte, elle se remit donc à marcher, ne sachant ni sa destination, ni même son envie. Il n'y avait que la pensée de ne plus jamais revoir Lys et son béret qui le redonnait une vague d'énergie. Mais ce songe lui glaçait tout autant le sang. Il s'agissait de ses seuls souvenirs enfantins, terriens. Il fallait qu'elle les dégotât dans les plus brefs délais. C'était absurde, mais elle ne supporterait pas de dormir avec autre poupée que Lys entre les doigts et autre chapeau que son béret sur la tête.

Elle enjamba plusieurs mètres en un pas, comme pour gagner un temps indésirable. Avec un peu de chance, les reneklous se seraient contentés d'engloutir toutes ses provisions, et de délaisser lâchement ses trésors. Peut-être que les cheveux de paille de Lys seront un peu mordillés sur les bords. Peut-être son béret serait-il un peu plus mou qu'à l'accoutumée. Mais ce que redoutait réellement Annie, c'était de se retrouver face à des lambeaux de tissus. Ou de ne rien retrouver du tout.

Elle déglutit bruyamment, alors que la douce saveur de la détermination emplissait progressivement sa bouche. Son goût contenait une épice très prononcée, renforçant ainsi sa plaisante particularité. Âcre mais salée, goûteuse mais énergétique, la détermination était peut-être dure à mâcher, une fois avalée, on ne pouvait regretter cette divine bouchée.

La saveur de la détermination fondait donc sur la langue d'Annie quand son cœur rata un battement. Un cri déchirant venait de rompre le silence ambiant, suivi de près par une impressionnante densité de lumière.

Annie, les poils de sa nuque hérissés, tourna brutalement le dos à sa mystérieuse destinée. Désormais, les couloirs entiers étaient éclairés, et déversés dans des flots aveuglants. Cette lumière dévoilait au grand jour des invraisemblables étalages de pierres ainsi que des colonnes torsadées qui, d'après le bruit qui émergeait de l'intérieur, servaient de gouttières de magie. Toutefois, Annie n'en avait cure. Les yeux pleurant tellement la luminosité était puissante, elle canalisa son attention sur le point central, et lointain, des vagues éclatantes.

Avant de se précipiter dans cette direction.

Son palpitant écumait des battements à écrouler les murs. Était-ce Ophel qui avait poussé cet hurlement bestial ? A cette pensée, le sang d'Annie se figea dans ses veines. Mais hélas, un second cri confirma ses soupçons :

 -  Amaya ! Tires-toi de là ! Ils ont allumés leurs joyaux frontaux... ils... ils...

Ces paroles arrêtèrent net Annie dans son élan... Pour mieux qu'elle se ressaisît, et poursuivît sa course. Elle déboucha bientôt dans un cul-de-sac avec l'impression qu'elle venait de parcourir quelques mètres seulement. En vérité, elle avait comblé une distanciation de près d'un kilomètre en cinq minutes, les poumons sur le point d'éclater. Elle visualisa rapidement son environnement. Trois reneklous à peine visibles tellement leurs joyaux frontaux brillaient d'une manière éblouissante tenaient tête à une silhouette recroquevillée sur quelque chose d'informe.

L'âme d'Annie se serra en reconnaissant le jeune Ophel, et cette mystérieuse chose informe devait manifestement être sa sacoche. Il avait risqué sa vie pour subvenir à quelque chose qui pourrait être un caprice. Xia aurait été séduite.

 -  Ophel ! Hurla Annie en se frayant un difficile chemin à travers les éclats dorés jetés par les joyaux.

Cette lumière pareille à celle du soleil lui refilait une terrible migraine, et ses yeux larmoyaient sous sa détestable piqûre. Elle avait l'impression de se trouver à l'intérieur même d'une étoile. Elle ravala ses larmes par un reniflement à la lenteur démesurée. Comment sortir de se cauchemar lumineux ?

 -  Ophel !

La silhouette tassée sur elle-même tourna imperceptiblement le visage vers elle. Ophel ruisselait de sueur et même le bout de son nez sans caractère, qui poussait docilement au centre de sa tête, reluisait considérablement. Son regard céleste, un peu plus haut, s'écarquillait de terreur de telle façon qu'il était presque méconnaissable. Quant à ses cheveux violets, ils paraissaient plus que jamais décoiffés. En les observant, ils n'évoquaient plus un champ de lavande, mais plutôt des broussailles toxiques.

Un couinement, qui se transforma vite en grognement, puis en véritable grondement, la ramena à la réalité. Derrière elle, un magnifique reneklous couleur rubis lui révélait des crocs métalliques. Bien qu'épouvantablement aiguisés, lesdits crocs ressemblaient avant tout à une œuvre d'art avec leurs éclats argentés, leur proportionnelle modèle de forge triangulaire et leur apparence immaculée.

Annie ne les contempla pas davantage. Elle retira juste à temps son bras de la place, avant qu'un claquement de mâchoire ne se renfermât sinistrement sur du vide. Et ses yeux... ses pauvres yeux... L'humaine avait l'impression qu'ils étaient sur le point de sauter de leurs orbites. La luminosité des joyaux frontaux des reneklous l'aveuglait venimeusement. Annie croyait Ophel sur parole quand il lui dit que beaucoup de gens ressortaient de cette expérience avec de graves problèmes de vision.

Avec un peu de chance, elle bénéficierait encore d'une vue irréprochable en se tirant d'ici. Si elle parvenait à s'enfuir.

Dorénavant, les reneklous attaquaient à coups de griffes lancinantes, dont la couleur or accrochait la lumière des joyaux frontaux. Encore un éclat de plus pour lui rayer la rétine. Annie les repoussait par des lamentables coups de pieds. D'un côté, elle s'en voulait d'abîmer des créatures si resplendissantes et d'un autre, rien que pour avoir blessé Ophel, elle désirait plus que jamais leur priver de leurs tripes. A coups de désespoir.

 -  Ophel... Tenta-elle ultimement, d'une voix épouvantablement rauque.

L'appelé, sous son épaisse couche de sueur, fendit ses lèvres en un sourire craquelé, endolori.

 -  Amaya.

Annie, dans un geste d'une extrême lenteur, lui déploya sous le nez sa main osseuse, comme pour le mettre au défi de la saisir. Ophel hissa ses doigts vers les siens avec la même nonchalance, à moins que ce fut cet instant bizarre qui ralentissait leurs mouvements. Ils se touchaient du bout des ongles alors que les reneklous, dans une rage gracieuse, ne cessaient de leurs griffer les poignets dans l'espoir que ces deux mains prometteuses ne retombèrent au sol. Les égratignures dues à leurs griffes s'accumulaient, du sang sillonnait les lignes des paumes.

A travers les grognements ulcérés des fennecs, Annie se surprit même à entendre le « plic-plac » d'un liquide qui atteint le sol. Sueur et sang gouttaient parterre, un dallage de poussière mise à nue sous l'insoutenable luminosité.

Quand leurs doigts commencèrent enfin à s'entrelacer, Annie était incapable de déterminer si elle appréciait ce contact physique, ou si, comme tout les autres, il la répudiait atrocement. Mais quelle fut-ce la réponse à cette question, elle devait sauver Ophel de l'aveuglement et deuxièmement des crocs de ces reneklous affamés. Et cela était sans compter le contenu de sa vieille sacoche saccagée par de profondes griffures.

Annie cilla. Lys et son béret avaient-ils tenu le coup ?

Tout les souvenirs qu'elle avait entreposé sur leurs tissus élimés disparaîtraient-ils avec lesdits objets dans le déluge de sa mémoire ? Prise de confusion et d'angoisse, Annie planta ses ongles dans la paume d'Ophel, maintenant confortablement nichée dans la sienne. Le garçon murmura un juron de douleur. Annie étouffa son gémissement. Sauvait-elle vraiment un enfant traumatisé par son enfance, comme elle ? N'avait-il pas dit tout ça pour qu'elle éprouvât de la pitié, de la compassion ? Méritait-il qu'elle le sauvât des reneklous ?

Mais ce fut avec rage et désespoir, le front englouti dans une rivière de sueur, les pupilles dilatées, la respiration éreintée dans une irrégularité assourdissante, Annie rétablit la maigre carcasse d'Ophel sur les pieds, malgré tout ses questionnements.

Ce que désapprouva immédiatement les reneklous. Plus que jamais dangereux, ils se mirent à bondir dans tout les sens, à ouvrir et refermer leurs mâchoires avec des claquements monstrueux, et à déverser leurs lumières frontales avec une frénésie démesurément inquiétante.

Inutile de dire à quel point Annie et Ophel étaient apeurés et éblouis.

Mais ce fut en travers du brouillard lumineux qu'ils se jetèrent soudain. Ils commençaient une énième course éperdue. Or, s'ils perdaient celle-ci, c'était de sévères remontrances qui les attendraient. Les griffes, les crocs, les cris et les joyaux des reneklous répétaient inlassablement cette terrible menace. Les grognements des poursuivants étaient si rauques, si déchirants, qu'ils n'avaient à priori aucun rapport avec leurs anciens couinements si attendrissants. Ces rugissements là, ils donnaient surtout envie à Annie de déguerpir d'ici, et vite.

Leurs mains moites mêlées dans un complexe entrelacs de doigts, Ophel et elle couraient à perdre la raison. Ils louvoyaient entre les colonnes torsadées. Ils essayaient en vain de se repérer à travers les couloirs poussiéreux. Ils guettaient avidement le moindre signe d'un trou dans les hauteurs des souterrains. Après d'interminables minutes à se tordre le cou vers les cieux, tandis que leurs corps rebondissait frénétiquement contre le sol et que leurs pieds raclaient la poussière, ils trouvèrent leur bonheur. Leurs poumons hors d'état de fonction ne purent transmettre de soupir, mais Ophel comme Annie sentirent le délicieux parfum du soulagement couler dans leurs corps avec abondance.

Ophel, dont l'épaule supportait fermement la sacoche, fut le premier à se faufiler dans le trou. Alertée par les grondements tonitruants des reneklous toujours plus proches, Annie se dépêcha de se hisser à sa suite.

Une fois que son corps bascula dans le sable, la jeune fille ne put mesurer les proportions de sa joie tellement elles étaient considérables. Voir les nuages galoper dans l'impensable bleu du ciel, sentir la douceur de ce sol-là sous ses orteils... Quant aux vertigineux hêtres et leurs branchages ondulés, rien que humer leur parfum résineux comblait Annie de bonheur.

Hélas, la partie n'était pas encore gagnée. Déjà, les reneklous se frayaient de laborieux passages jusqu'à la terre ferme.

Sans plus réfléchir, Annie adopta le pas coursier d'Ophel, et bientôt, il n'eut plus personne dans la clairière.

*

 

 -  Je te dois tous les remerciements du monde, Ophel.

Annie jeta un galet en travers du lac. Il ne ricocha pas, et plongea directement dans les noires profondeurs des eaux. Peu peinée par son échec poignant, la jeune fille huma l'air glacé qui l'entourait divinement. Le vent soufflait assez fort pour courber les cimes des nombreux arbres à proximité, ainsi que pour décrocher les feuilles qui y poussaient. De poétiques tâches de couleurs tournoyaient donc au-dessus du lac, avant de se déposer sur l'étendue en nénuphars improvisés.

Annie n'arrivait pas à se départir de son sourire. Le paysage était juste magnifique. Quelques vaguelettes solitaires ondulaient dans les eaux grondantes. Elles produisaient un son d'écoulement continu qui enchanterait la plus difficile des oreilles.

Les reneklous avaient connu une fin cuisante en ne retrouvant pas leurs traces. Et bonheur du bonheur, ils n'avaient touchés ni à Lys, ni à son béret. Si les circonstances n'auraient pas étés aussi critiques, Annie aurait rayonné. Mais le poids terrible de la destinée du Monde des Nuages pesait lourdement sur ses épaules. Dans son esprit, le visage sulfureux de Schyama lui répétait inlassablement : « Merci, Annie ».

Annie se mordilla songeusement une mèche de cheveux. Pour l'instant, elle souhaitait oublier son problème capital et savourer son éphémère temps de répit.

D'après Ophel, la famine des reneklous venait de leur hibernation proche. Deux fois par année, les reneklous cessaient toutes actions pour roupiller pendant près d'un mois. Avant de plonger dans ce sommeil sans pareil, ils entreprenaient de déambuler à travers la forêt en quête de quoi se mettre sous la dent. Ils passaient plusieurs semaines à s'empiffrer de tout et n'importe quoi, avant de plonger dans leurs terriers respectifs pour commencer leurs hibernations.

Annie trempa ses lèvres dans un récipient taillé à même le bois, confectionné par Ophel lui-même. Elle lapa doucement l'eau qu'il contenait. Elle ne désirait perdre aucune miette de son soulagement. S'hydrater, après tant d'heures à forcer sur son endurance, lui faisait un bien fou. De l'eau gouttait de son menton quand elle se rendit compte qu'à ses côtés, Ophel ne semblait pas partager sa joie.

Elle sourcilla en s'essuyant la bouche.

 -  Ophel ? Que se passe-il ?

L'interpellé soupira avec, peut-être, un peu d’exagération. Sa chevelure broussailleuse, incorrigible, surtout avec ce vent destructeur, partait dans tout les sens en lui voilant l’œil droit. Avec ses bras croisés d'une manière définitive et la moue capricieuse qui déformait ses lèvres, il avait tout l'air d'un enfant boudeur. Mais son œil encore visible évoquait l'orage.

 -  Je t'ai raconté toute ma vie, tout mes ressentis, décréta-il d'un ton âpre. Est-ce comme cela que tu me remercies ?

Annie crevassa son front par un haussement de sourcils interrogateur. Elle ne s'était pour le moins du monde attendu à cette déclaration surtout que techniquement, il mentait. Il n'avait abordé de son existence que les sujets qui l'avaient arrangés, en omettant des détails qui pourraient s’avérer capitaux. Avec un sentiment proche de l'étonnement, elle découvrit soudain qu'elle ne connaissait que très peu le garçon à qui elle partageait cette vue panoramique. Qui était-il vraiment ?

Elle soupira.

 -  Ma vie n'est pas palpitante, c'est un drame à l'état pur. Je suis un véritable souffre-douleur, une orpheline, une brisée. Rien de bien réjouissant.

Annie aurait voulu clore la discussion sur ces paroles, mais Ophel remua le couteau dans la plaie.

 -  Si tu étais l'adolescente la plus heureuse de l'univers, crois-moi, ta progression ne m'intéresserait pour le moins du monde. Continues.

La jeune fille entrechoqua les mâchoires. A qui était-elle en train de s'adresser ? Elle sentit des larmes affluer aux coins de ses yeux. Non, elle n'évoquerait pas son passé. Tant de rage, de douleur, de tristesse et de hurlements d'enfants blessés remontaient en elle au simple mot « avant ». Après quelques ruminations et inspirations résignées, elle tenta de rester très vague, et frôlant le mensonge.

 -  Personne n'a jamais voulu de moi. J'étais trop différente. Je jonglais entre refuges potentiels en espérant trouver une vraie famille, une population de gens à l'écoute. En vain. Où que j'allais, on m'ordonnait de fermer ma boîte à sardines, et comme l'as-tu sûrement remarqué, je veux m'exprimer librement. Mais ma soif de liberté me présageait toujours du mal. Dans le dernier logis dans lequel je fus accueilli, logis comportant une famille au tempérament plus qu'imprévisible, je fis une énorme bêtise. Inconsciemment, par dessus le marché. Cet cruel acte pourrait faire perdre beaucoup à cette famille et comme on ne peut jamais deviner le fond de leurs pensées...

Annie fit tourner dans sa tête les différentes expressions venimeuses, excédées, désespérées, agacées, indignées, compatissantes, méfiantes, souriantes, stupéfiées ou indescriptibles que lui avaient tant profilés les passagers de Scintillam. Leurs visages la prenait de nausée. La rousseur et les bésicles de Varid. Les bouclettes et les breloques de Xia. La blondeur et la pipe de Solveig. Son estomac se noua. Elle laissa tomber le bol de bois.

 -  Donc tu ne connais pas le fond de leurs pensées.

Ophel n'avait pas quitté le lac des yeux, mais son ton avait aigri.

 -  Je... non, enfin, oui ? C'est..., que, euh..., balbutia Annie.

 -  Tu ne sais rien de se qui se tramait dans leurs têtes.

Ophel déploya sa colonne vertébrale dans un craquement articulaire. Son regard baignait dans une lueur indescriptible, mais, en revanche, le moindre trait de sa figure était incroyablement crispé. Une larme noire se creusait entre ses sourcils. Un pli songeur craquelait ses lèvres dont les commissures ombragées. D'étranges virgules zébraient les contours de ses narines. Et, couvercle sur la soupière, le jeune garçon serrait les poings à faire blêmir ses jointures.

Ce fut assez pour interroger Annie. Il avait les yeux tournés vers l'horizon, mais elle devinait son trouble.

 -  Ophel ? Demanda-elle, presque suppliante. Que se passe-il ?

 -  Les gens dont tu parles t'aimaient-ils ?

Annie en demeura désarçonnée.

 -  Je... Je n'en sais rien, bredouilla-elle piteusement.

La jeune fille eut alors la surprise d'entendre un cri rauque à travers le paysage. Un cri qui provenait de la bouche d'Ophel. Il riait tristement, le visage déformé de douleur, tordu de frustration. Et quand il tourna ses yeux insondables vers elle, elle eut l'impression de se faire brûler, de se faire noyer et de se faire foudroyer à la fois. Ophel avait retrouvé la même attitude que trois heures plus tôt, dans la vaste clairière. Lorsqu'il parla, en écumant des postillons d'eau, de sang et de sueur autour de lui, son intonation avait la même consistance que du vinaigre :

 -  Quoi ? Tu n'en sais rien ?

Il suffoqua dans son rire guttural. Ses yeux, deux lames célestes au métal glacé, et mortellement tranchant transperçaient les siens de part en part, sans envisager de retour en arrière.

 -  Alors retournes chez eux, Amaya. Vois de ton propre regard. Vivre dans l'incertitude est une fétidité, et cette existence sera au périple de ta raison. Pars. Vas-y. Laisse-moi seul... pendant qu'il en ait encore temps. Ne reproduis pas l'erreur que j'ai moi-même commise.

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Alice_Lath
Posté le 03/07/2020
"A qui était-elle de s'adresser ?" -> Je crois qu'il y a un problème avec cette phrase haha
" Avec ahurissement" -> Je vois pas en quoi Annie est étonnée, elle connaît Ophel depuis littéralement même pas quelques heures haha, il a le droit d'avoir des secrets
C'était un super chapitre, notamment la scène d'action avec les reneklous. Par contre, j'ai trouvé l'évolution de la relation Annie-Ophel un poil "rapide". Dans le sens où ils s'attendent tout deux que l'autre se livre super vite et Ophel à la fin lui donne un ordre incompréhensible comme ça.. Bref, je trouve que c'est un peu "précipité" pour le coup huhu, mais ce n'est peut-être qu'un avis personnel
Pluma Atramenta
Posté le 04/07/2020
Effectivement, j'ai oublié le "en train" dans la phrase x)
Merci beaucoup pour toutes tes remarques <3 <3 <3
Prudence
Posté le 01/07/2020
Salut, salut,

Voilà que je termine le dernier chapitre disponible ! Chapitre haletant ! Wouah, ces reneklous... Ils ne les cuisinent pas, par hasard, les Wolkenais ? Parce que, là, ils ne m'inspirent pas sympathie du tout ! :-P

Je pense toujours qu'il y a moyen de raccourcir les phrases (entre autres enlever les adjectifs et les adverbes en -ment qui cassent un peu la fluidité du texte ^^' - hey, pas tous !)

Je pense qu'il faudrait chercher l'essentiel. Synthétiser. Qu'est-ce que l'histoire raconte vraiment ? Qu'est-ce que tu veux transmettre, tout simplement ? Bon, je dis ça parce qu'on m'a déjà faite cette remarque et que J.K. Rowling elle-même le recommande. Peut-être que pour d'autres personnes cela est un atout et que j'ai tort. :-)

En revanche cela n'empêche pas à ton chapitre de nous plonger en pleine action et d'être palpitant.

Autres remarques :

"Annie soupira en se surprenant à penser à Xia. Si la jeune Wolkenaise possédait la physionomie de quelqu'un peu habitué à se défendre, à chaque qu'elle lui avait saisi le bras, Annie avait été éberluée par sa poigne de fer." -> il manque un mot un "fois" par-là ;-)

"Il suffisait de visualiser son excessive maigreur ainsi ainsi que ses longs bras dépourvus de muscles pour comprendre à quel point ses ressources étaient épuisables." -> bien écrit en plus de contraster avec les clichés !

"Sous ses bracelets argentés, Xia disposait d'une puissance de minotaure." -> morte de rire !

J'ai hâte de voir où tu nous emmènes (et j'espère quand même que mon commentaire pourra t'aider.)

A très vite !
Pluma Atramenta
Posté le 01/07/2020
Bien sûr que ton commentaire m'aide ! Merci infiniment <3
Je prends note de tout ça.
(par ailleurs, j'ai vu que tu t'étais inscrite sur le fofo et je t'ai envoyé un MP. L'as-tu reçu ? ;-))
Prudence
Posté le 01/07/2020
Ouf, ça me rassure. <3 <3
(Oui ! Je l'ai reçu ! Bizarre, bizarre étant donné que j'y ai répondu... ;-))
Pluma Atramenta
Posté le 01/07/2020
Ne t'inquiètes pas, je viens de le voir ;) J'étais en pleine session d'écriture, donc voilà ! :)
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