Les macarons

Par Kieren
Notes de l’auteur : Aller ! On continue !

Chouette invention que ces petits galets sucrés. Il y en a de toutes les couleurs : des roses, pour ces fleurs timides ; des jaunes, pour ces fulgurants citrons ; ou bien encore marrons, pour ces si indispensables chocolats.

Tant de mets, tant de saveurs ! Et lorsqu'on les rassemble, on a devant nous un véritable trésor !

 

L'origine de ces gâteaux vient effectivement d'un trésor, celui ci appartenait à un dragon, un vieux dragon, qui avait sué sang et eau tout au long de sa vie pour amasser pareille fortune. Et il ne fallut pas plus d'une nuit d'inadvertance pour qu'un voleur juste assez chanceux et malhonnête puisse le lui dérober.

 

Le dragon, fou de rage, quitta sa grotte et alla attaquer un village voisin, afin d'étancher sa rage et sa faim. Il captura un petit garçon pendant que celui ci peignait la poussière du temps qui passe. Il le ramena à sa grotte, dans l'idée de le manger plus tard.

L'enfant, un peu candide, demanda pourquoi la maison d'un dragon était si … vide, sans couleur ni éclat.

 

« Par le Saint Éclat ! Mais parce qu'un maudit voleur m'a arraché tout ce que j'avais ! Le fruit de ma vie ! Et par la même occasion, ma fierté, mon honneur ! »

 

« Tu as bâti ta fierté sur ta richesse, Dragon ? En quoi est-ce honorable ? »

 

« Tu es bien prétentieux, petit être, ou juste curieux … Mais qu'importe, puisque tu vas finir dans ma panse. Je ne suis pas de ton espèce. Pour nous, les dragons, chaque pièce, chaque joyau, correspond à un travail, un service, une marque, un coup de griffe dans ce monde qui tourne, qui vieillit, qui efface.

Ce trésor, il représentait la preuve de mon existence.

Et on me l'a retiré ! Par un vaurien de ton espèce ! Qu'est ce que cela fait de lui ? Un grand ? Un seigneur ? En quoi le mérite t-il ?...

Mais je gaspille ma salive, qu'est ce qu'un humain sait de l'honneur ? »

 

« Je ne sais pas grand chose de l'honneur, Monsieur le Dragon, mais je sais que vous avez tout perdu très vite, et que votre cave est sombre et triste. Il faut la décorer. Puis je peindre les galets sur votre sol ? »

 

« Peindre ? Rajouter des couleurs sur ce qui existe déjà ? »

 

« Oui, un peu comme apposer son coup de griffe dans ce monde qui tourne. »

 

Alors, intrigué, le dragon observa l'enfant transformer les galets de sa grotte, les mêmes galets qui étaient là à son arrivée, les mêmes galets qui avaient été formés avec la grotte par une rivière souterraine. Les preuves même du passage du temps, et cet enfant leur donnait des couleurs, des nuances, du brillant, comme ces pierres précieuses qu'il dévorait naguère avec gourmandise.

 

À la fin de la journée, un petit tas de pierres jaunes, blanches, bleues, rouges, vertes et noires brillaient entre le garçon et le dragon. Ce dernier examinait chaque roche avec minutie, se disant que : « Bof … mais quand même. Si toute sa grotte en était recouverte ce serait plus agréable. »

Et puis un gargouillis résonna. Le dragon leva les yeux de la poignée de pierres qui résidait entre ses griffes, et s'aperçut que l'enfant se tenait le ventre, sans rien dire.

 

« Je comptais te manger pour assouvir ma faim et ma rage, mais tout travail mérite salaire. »

Et le dragon libéra un jet de flammes duveteuses sur les galets. Ces derniers enflèrent doucement devant les yeux curieux et émerveillés de l'enfant.

 

Une fois le souffle coupé, le dragon tendit sa patte et donna un galet vert à son hôte qui hésita quelques secondes avant de le toucher, mais l'idée de manger une œuvre d'art commune le séduit. Il prit le galet dans sa main, et il ne se brûla pas. C'était tiède et moelleux.

 

« Ça a le goût de la menthe, Monsieur le Dragon. »

 

« Sans doute, le goût des couleurs résonne avec celui de l'imagination. »

 

« … Vous voudriez peindre avec moi ? »

 

« Je ne peux pas, fils, je suis trop grand, et tes pinceaux trop petits. »

 

« Et si nous en faisions un avec mes cheveux ? »

 

« Tu me donnerais tes cheveux ? En échange de quoi ? »

 

« D'autres galets à manger, que nous ferions ensemble. Après tout, il reste encore toute cette grotte à décorer. »

 

« Cette grotte ?… Peut être même plus... Il n'y a pas qu'une grotte en ce monde après tout. »

 

Et effectivement, lorsque la grotte fut remplie de macarons multicolores, les deux compères les vendirent aux villages alentours, récoltant une petite fortune.

Mais plutôt que de se la faire voler, ils l'utilisèrent pour leur atelier.

 

 

La Mousse

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Djina
Posté le 12/05/2020
Coucou !

Petite coquille à un moment : "qui" au lieu de "quoi".
Hihi j'aime bien l'histoire des eouvres d'art culinaires, l'amitié du dragon et de l'enfant au lieu de se venger, créer autre chose. C'est une belle leçon sur la vengeance et ce qu'ait la vie, le but de celle ci vis à vis du fait d'amasser de l'argent.

C'est différent de d'habitude dans cette histoire, c'est plus court, un peu comme une petite pause lyrique. J'aime bien aussi ;)
Kieren
Posté le 21/05/2020
Plus portée sur la morale cette histoire, plus terre à terre.
J'avais réussi pour la première fois des macarons à cette époque, j'étais fier =)
Le Saltimbanque
Posté le 06/04/2020
Un conte simple, très efficace, sur un aliment que j'aime beaucoup.
J'ai bien aimé le renversement de l'archétype du dragon, qui passe ici du monstre au gentil, et le lien entre lui et le garçon, qui ne tombe pas dans le gros pathos larmoyant.

J'ai beaucoup aimé. C'est un très bon retour après la parenthèse d'Hirondelle. On reprend les vieux pots et on fait les superbes recettes !
Kieren
Posté le 06/04/2020
On va voir si les nouveaux contes tiennent la route, il ne m'en reste plus que 4 en réserve, plus un autre en attente de correction, j'en écris un nouveau à l'instant. On va avoir de quoi se marrer =)
Kieren
Posté le 06/04/2020
Qu'est ce que tu veux dire par "le gros pathos larmoyant"?
Genre, "tout le monde le croyait méchant alors qu'en fait c'était un gentil !"?
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