Les éphémères

Par Elf

Chaque paysage, chaque visage

Chaque mot de chaque page de chaque livre

Chaque instant et moment, et jour, et année

Chaque éternité effleurée

Chaque fleur de sensation

Chaque sentiment, ressentiment et ressenti

Chaque désir furtif, chaque rêve d’infini

Chaque amitié et chaque amour

Chagrin et chaque fin

Chaque indistinct bonheur

Chaque début trébuchant de chaque espoir

Chaque lueur

Chaque ombre d’une douleur

Chaque esquisse de splendeur

Chaque constellation de regard

Chaque larme étoilée

Chaque céleste sourire

Chaque cave d’ennui

Chaque pensée lacérée et chaque pensée étirée

Chaque clignement d’oubli

Chaque attention, chaque distraction

Chaque déclaration

Chaque parole saisie

Chaque voix

Chaque rire et chaque soupir sous cape

Chaque menue note de chaque musique

Chaque murmure qui perdure

Chaque frôlement d’âmes

Chaque bruissement de non-dit

Chaque intense silence

 

Chaque souvenir d’avant d’avenir, goutte à goutte enfiolé.

Reliques du temps alignées : miroitant, tragique, hypnotique, et suave liqueur.

Des effluves brumeux tressautent des fioles ; la senteur voleuse de présent s’échappe.

Le souvenir sanglé au cœur s’use et sèche. Il ne reste qu’un lambeau doré. Mélancolie étranglée n’est plus jamais réalité. Les heures estompent toujours l’odeur de joie, l’odeur de peur ; les années effacent toujours du liquide la couleur.

Un flacon parfois éclate, une réminiscence entame une brusque sonate et déchire le temps…

L’éphémère lampyre s’éteint.

 

L’étagère poussiéreuse n’est qu’un amas défraîchi de substances aqueuses, entre mémoire et oubli.

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AGL
Posté le 23/01/2022
C'est bien rare que je lis de la poésie. J'en écris, rarement, mais jamais je n'en lis. Probablement de mauvaises premières expériences dans le passé. J'ai toujours eu l'impression que beaucoup trop de poètes mettent l'accent sur la forme, de sorte que je ne me concentre même plus sur le fond. Il faut croire que ton poème ma réconcilié !
Deux mots, trois mots, ensemble, magnifiquement couplés : voilà la seule matière que tu as eu besoin pour me toucher. Vraiment, on sent dans tes mots que tu as vécu des choses, et je sens en les lisant que je les ai vécu aussi : "Chaque désir furtif, chaque rêve d’infini", "Chaque esquisse de splendeur", "Chaque frôlement d’âmes", "Chaque intense silence" et, mon préféré d'entre tous "Chaque éternité effleurée".

Merci de m'avoir réconcilié avec la poésie ! Reste simple, reste dans le vrai ! Hâte de lire la suite !

Alex
Ewen
Posté le 11/11/2021
Waow! Beaucoup à dire sur ce texte :0
"Chaque murmure qui perdure" —> c'est fort de dire que même ce qui perdure est éphémère !
Je suis aussi très sensible aux images de certains vers : "Chaque cave d’ennui" ; ou les expressions que tu peux trouver... c'est fou le nombre de bonnes idées que tu accumules ici ! : "Chaque esquisse de splendeur" ; "Le souvenir sanglé au cœur s’use et sèche" (jolie allitération de s)… Tes mots sont très évocateurs : "Chaque intense silence" ; "Chaque attention, chaque distraction" (avec le double-sens du mot "attention", qu'on ne capte qu'au moment où arrive la "distraction")

J'ai relu plusieurs fois ton texte, que je trouve super riche ! Hâte de lire les prochains poèmes de ce nouveau recueil :D

Tiens, petite citation de circonstances, un des rares poèmes que je suis encore capable de réciter ;) :

Passons passons puisque tout passe
Je me retournerai souvent
Les souvenirs sont cors de chasse
Dont meurt le bruit parmi le vent

(Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913)
Elf
Posté le 11/11/2021
Oh, ça me touche beaucoup... beaucoup, beaucoup.
Voir que mes mots parlent aux autres... wow. J'en perds mon latin.

Oh, oui, Apollinaire ! Je suis en train de lire Alcools, justement (bon, ça fait deux mois, mais je pioche des poèmes de temps en temps) Il a de très fortes images... qui font plus ou moins rêver aha.

J'espère que la suite te plaira autant, c'est un recueil plus structuré et travaillé que les autres (normalement ^^)
Encore merci,

E.
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