Les assassins

Notes de l’auteur : Un sujet qui me tient à cœur

Sous mes yeux, la vie meurt

Même la mort n’est plus

S’efface face aux pieds des murs qui se déploient

Pierre après pierre

Il y a pire que la mort et c’est ça

Son absence totale et entière :

Des cours bétonnées,

Des vitres aussi bleues que l’univers

Le moindre brin d’herbe

Est une calamité

La boue, une imposture sacrée

 

J’entends comment on parle

De réchauffement climatique

D’écologie, d’obscurantisme

De continent de plastiques

Mais que sont ces idioties

Quand à deux pas de chez moi

Nous ruinons les forêts

Et élevons des bâtiments gris

Quand dans mon village

On creuse des sillons dans la terre

Pour y glisser des kilos,

Des longues coulées d’asphalte

Quand on parle d’apocalypse

Qu’on fait des films et des publicités

Qu’on innove pour moins polluer

Mais que ce qu’on a

On ne le préserve pas ?

 

Tout ce qu’on croit à nous ;

Les buissons, les oiseaux,

Les animaux qu’on assimile

À nos esclaves, nos domestiques

À des moins que rien

Des bêtes sans âmes

On se voit là-haut

Comme les maîtres des cieux

Et les arbres d’automne

On les coupe pour quelque raison

Parce que, hein, ils tomberont sur nos têtes

Abîment nos parcelles

Tous ces êtres qui existent déjà

Tu vois, on s’en fout

Les arbres, ça repousse

On les replantera

 

Continuons de parler d’écologie

Cet idéal, cet objectif abstrait

Affiché sur les écrans télé

D’innover des voitures électriques

Continuons d’amasser l’inutile

L’argent, comme des imbéciles

Empilons des tours de pièces, dollars et euros

Brisons la vie

Détruisons la beauté

Celle qui palpite dans la chair

Les feuilles d’automne s’envoleront

Et ne revêtirons plus les collines au printemps

L’automne prochain ne sera que fadeur

 

Je ne suis pas végétarienne, ni végane

J’utilise les pots d’échappement tous les jours,

J’ai un téléphone portable, une boîte mail

Et dans ma poubelle des monceaux et une montagne

De sachets et de déchets

Mais quand je vois un arbre

J’y reconnais un semblable

Et quand je le vois couché à terre

Sa souche en cendres

Alors que, hier, il se dressait fier

Je me demande ce que je traîne sur terre

Qui a décidé que j’avais le droit de vivre

Qui a décidé qu’il n’en avait plus le droit

Parce qu’au bord d’une route il logeait là ?

Je suis une hypocrite de te dire je t’aime

La réalité fait mal

Je te laisse mourir

La seule chose que je puisse encore faire

C’est observer ce qu’il reste de toi

Continuer à t’aimer même si mes mains

Sont aussi celles de tes assassins.

 

 

 

 

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Fy_
Posté le 03/11/2021
Ce poème est très touchant.
Ce qui l'est d'autant plus, c'est cette conscience que tu as et que tu donnes à tes mots. Tu restes humbles, tu t'inclus dans le camps des assassins, car oui, c'est ce que sont les humains même si c'est triste à dire. Tu restes humble et j'y discerne une tristesse que je partage aussi.
Merci pour ce texte qui m'a rappelé cette réalité qu'on cache derrière nos œillères, je suis certaine qu'il aura le même effet sur les autres lecteurs :,)
À bientôt !
Fy
Prudence
Posté le 05/11/2021
Ton commentaire me touche aussi. Merci <3 Je suis heureuse de savoir que ce poème ne parle pas dans le vide. Je ne sais pas quoi ajouter de plus que je n'ai pas déjà glissé dans le poème. Je pense que j'en écrirai d'autres sur le sujet... :-)

Des cœurs à gogo et à tout bientôt :-D
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