l'eau est pourpre

Par haïku

J’observe le balancement de mes pieds dans l’eau claire. Il fait chaud, mais le lac est froid contre ma peau.
Je lève la tête et observe l’horizon. L’eau est couleur azur. Elle est belle. Les montagnes se dressent, dominantes, prenant source dans cette toile paradisiaque.
Depuis petite, j’ai toujours aimé ce paysage. Il y a longtemps j’ai connu une personne qui possédait un appartement avec cette vue, elle m’a dit qu’à force de la voir tous les matins elle se lassait. Pour moi, c’est impossible, c’est tellement beau. Ce tableau me rappelle subtilement que la vie vaut la peine d’être vécue et que je ne suis rien. Cette pensée est rassurante. Je ne suis rien. Mes problèmes ne sont rien.
mes problèmes…
André a mis de la musique. Du reggae. Il sait que je déteste ça. Mais il en met toujours, et à force je m’habitue. Je sens son bras contre mon dos nu.
Un frisson.
Je respire profondément.
- Qu’est-ce que tu as ?
Sa voix me semble lointaine. Je soupire :
- Rien.
Je baisse mes yeux sur mes jambes maigres. Une boule se forme en mon estomac.
J’ai tout pour être heureuse. J’ai un homme qui m’aime, un toit, de quoi me nourrir,…
Je ne manque de rien.
J’ai tout pour être heureuse. Mais je n’y arrive pas.

Je n’y arrive pas.

J’essaie de me rattacher à la beauté du paysage. J’essaie. La vie est belle.
- Je ne me sens pas bien.
On m’entend à peine, mais on m’entend assez pour qu’il explose : 
- Encore ? Putain. Tu sais combien ça me coûte de louer ce bateau ? C’était clairement pour te faire plaisir. Merde, tu n’es jamais contente de toute façon.
Je me sens vaciller. Mes oreilles bourdonnent. Il a saisi mon bras. Il me fait mal.
J’essaie subtilement de me libérer. Je ne peux pas. Sa colère est plus forte et raisonne dans tout mon corps.
Je
tom
be
A mon contact, l’eau devient pourpre. Je sens son horrible froideur contre mon corps. Ma respiration se fait de plus en plus saccadée.

Je ne me contrôle plus.
Au loin, j’entends la colère. La colère dévastatrice.
Les larmes montent à mes yeux. Le pourpre coule sur mes joues.
Et il y a toujours cette sensation. Cette sensation affreuse de sa main contre ma peau. Il me sert de plus en plus. Il a beaucoup de force.
L’eau pourpre y prend sa source et roule le long de mon avant-bras, mon poignet et mes doigts. Il me colle à ma peau, s’y attache et y laisse des ecchymoses que je ne pourrai nettoyer. Mes mains sont subitement devenues froides. Elles semblent mortes. Mes ongles s’enfoncent dans mes paumes. Avec désespoir, je réalise que je ne sens rien.
J’ouvre la bouche pour crier, mais le liquide rougeâtre l’envahit.

Se ressaisir.
Le paysage. La beauté du lac. De la montagne.

Respirer.
C’est possible.

Sauf lorsque l’eau pourpre étouffe. 
Elle envahit mes organes, dégouline le long de mon cœur et de mes poumons, les meurtrissant sans pitié.

Je suffoque.
Je me noie.

Je regarde une dernière fois le lac avant de fermer les yeux. Ce lac d’un bleu magnifique où je m’imagine nager et couler.
Sereine.

La douleur est si terrible lorsque les coups s’abattent sur mon corps.
Le sang de ma souffrance s’étend jusqu’aux montagnes.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Fy_
Posté le 22/05/2020
C'est très bien écrit et j'aime beaucoup les descriptions de ce paysage magnifique :)

C'est aussi empli d'émotions que j'ai déjà ressenties... Cette sensation de quelque chose qui ne va pas, qui manque alors qu'on a tout pour être heureux.

J'ai repéré une ou deux coquilles s'étant glissées dans on texte :

mes pieds dans l’eau clair -> mes pieds dans l'eau claire
Ma respiration se fait de plus en plus saccadé -> Ma respiration se fait de plus en plus saccadée

Merci pour cette agréable lecture, au plaisir de te lire ! :)
Fy
haïku
Posté le 24/05/2020
Merci beaucoup pour ton commentaire <3
Et puis la correction de mes coquilles, j'ai beau me relire, il y en a toujours qui m'échappe
Vous lisez