Le réveil de la Mort

Par Neila

J'étais toujours partant pour une promenade au clair de lune.

Je suis descendu dans la rue sans rien prendre, sans même penser à fermer la porte à clef derrière moi. Cette histoire de faucheuse avait un petit côté exaltant. Au pire, Hervé le fantôme délirait et on se serait bien amusé. Ou bien ça, ç'aurait été dans le meilleur des cas ?

Pas trop loin de chez moi, un parc bordait la voie ferrée. Un truc assez grand, avec un petit terrain de foot d'un côté, trois courts de tennis de l'autre et, entre les deux, des jeux pour enfants, des bancs et des arbres. C'est là qu'on est allés.

L'endroit était désert à cette heure-ci. Des jeunes rigolaient du côté du terrain de foot, mais c'était suffisamment éloigné pour qu'ils ne me remarquent pas. Je me posé près des balançoires. Hervé lévitait en face de moi. Paradoxalement, il était plus visible dans l'obscurité du parc que dans la lumière de ma cuisine. Presque aussi tangible que moi. Ses cheveux blonds, son pourpoint noir et sa peau blafarde n’affichaient plus des couleurs timides d'aquarelle, mais ressortaient avec netteté. Il n’y avait que ses mains et ses pieds pour rester translucides.

— Qu'est-ce que je dois faire, alors ?

— Pour commencer, a-t-il dit avec le sérieux d'un chef de guerre, il te faut te munir de ton arme.

J'ai acquiescé. L'idée de tenir en vrai l'épée de mes rêves me plaisait bien.

— D'accord. Et comment je fais ça ?

— Hum, eh bien... je l'ignore.

Ça commençait mal. Si quand Luke avait demandé à maître Yoda comment maîtriser la Force, ce dernier lui avait répondu « la réponse, je n'ai pas » Darth Vader siroterait encore des cocktails dans son Étoile de la mort.

— Je t'ai vu faire cela des centaines de fois, mais tu ne m'en as jamais expliqué le fonctionnement ! s'est défendu Hervé, dont la honte rendait l'image instable. En principe, il te suffit de tendre la main et l'arme apparaît sitôt.

J'ai tendu le bras.

Rien.

— Il te faut aussi faire appel à ton pouvoir ! s'est-il impatienté. Il est là, tout au fond de toi ! Ne le sens-tu point ?

J'ai fait la moue et me suis gratté la tête. J'avais bien senti un truc en repoussant le mauvais esprit dans le restaurant du President, mais c'était arrivé et reparti si vite. Là, comme ça, je ne voyais pas comment retrouver cette sensation.

J'ai décidé de fermer les yeux et de repenser à mes rêves. Ceux où je sautais sur les toits des maisons et escaladais les immeubles ; où j'allais et venais au quatre coin du monde, où j'étais libre. Si ce que disait Hervé était vrai, alors la solution était forcément dans mes rêves. Je me suis remémoré les plus chouettes : les pauses casse-croûte au sommet des églises, les escapades nocturnes dans les plus belles villes d'Europe et les combats exaltants contre les mauvais esprits.

Les combats… avec mon épée.

Je la sortais toujours de nulle part. Quand j'en avais besoin, il y avait… ce truc, ce fourmillement froid et chaud, quelque part dans mon ventre. Est-ce que c'était ça, le pouvoir ?

Je me suis laissé happer par les souvenirs de mes rêves, par toutes les émotions qui m'envahissaient pendant mon sommeil. Je me suis revu tendre la main et faire apparaître l'épée. Et soudain, je l'ai trouvé.

Avec la même assurance qu'au moment où je m'étais avancé pour chasser l'esprit du President, j'ai rouvert les yeux et tendu le bras.

La fumée est sortie du néant, plus noire que du charbon. Une partie m'a drapé les épaules en cascadant autour de moi comme un manteau et une autre s'est allongée au creux de ma main en adoptant la forme de l'arme. Quand j'ai refermé les doigts, l'arme n'était plus vaporeuse, mais bien solide. Les cheveux de ma nuque se sont hérissés et j'ai senti tout mon corps vibrer avec elle. La lueur des lampadaires qui bordaient le parc a vacillé.

Hervé avait reculé. Les yeux ronds comme des soucoupes, il m'a pointé du doigt en bégayant :

— C'est… ! C'est… ! C'est c'est… !

— Une faux ?

L'arme que j'avais entre les mains n'était pas une épée, mais une faux. Pas le genre d'outil avec lequel on aurait moissonné du blé cela dit. Elle était beaucoup trop élégante pour ça : d'un noir d'encre et entièrement faite de métal. Le manche était plus haut que moi et la lame, effilée comme un rasoir, devait bien atteindre le mètre de long.

— Wouah, ai-je lâché.

Ce n’était pas tout. Je portais la même cape que Sam, ajustée à ma taille. Enfin, les manches restaient deux fois plus larges que mes bras et le capuchon suffisamment grand pour avaler ma tête entière, mais, au moins, elle ne traînait pas par terre. Avec ça sur le dos, j'avais l'allure d'un chevalier jedi, ou alors d'Harry Potter.

J’ai fait basculer la faux à l'horizontale, fasciné. Le métal était gravé de symboles et de mots dans tout un tas de langues et de dialectes différents, modernes ou anciens. J'y ai reconnu de l'anglais, de l'allemand, du français, de l'espagnol, de l'italien, mais aussi du grec, du latin, du celtique… Les mots n’étaient pas tous écrits à la même taille et certains étaient si petits que je n’arrivais pas à distinguer les lettres. Peut-être qu'avec une loupe, j'en aurais découvert d'autres, encore plus petits ?

— Je croyais que c'était censé être une épée ? me suis-je étonné, en renversant la faux tête en bas, puis tête en haut.

— Je n'ai jamais rien prétendu de tel, a affirmé Hervé, qui avait pris ses distances. L'arme de Sam était une épée, mais son apparence change à chaque réincarnation. Toi-même, tu n'es pas tout à fait le même à chaque nouvelle vie. Tu changes, et c'est pourquoi l'arme se modifie, pour s'adapter au mieux à la personne que tu es présentement. Ainsi, elle a déjà connu moult apparences.

— Ooh.

Lentement, je l'ai fait tourner entre mes mains, surpris par sa maniabilité. Elle n’était ni trop lourde ni trop légère, le poids idéal. Avant même d'y penser, j'ai accéléré le mouvement. Je l'ai fait tournoyer avec la dextérité d'une majorette, passer dans mon dos puis ramenée devant moi. Le tout sans me faucher une jambe ou raccourcir ma cape.

— Wouah, t'as vu ça ? ai-je lancé à Hervé, souriant d'une oreille à l'autre.

Hervé semblait toujours médusé, et un peu effrayé, mais je n’avais pas l'impression que mes prouesses y étaient pour grand-chose.

— Y a quelque chose qui va pas ? C'est pas bien, la faux ?

— Oh, si, seulement…

Il tripotait son collier. Dans ces moments, il ressemblait plus à un petit enfant maladroit qu'à un baron.

— D'après les dires de Sam, a-t-il confié, tu n'as jamais été si puissant que quand ton arme prenait cette apparence, mais il faut aussi noter que son apparition coïncide avec des périodes de grand trouble. La dernière fois que tu as manié la faux, ce fut au quatorzième siècle, cependant que la peste noire ravageait l'Ancien Monde et générait des vagues massives d'esprits errants. C'est par ailleurs à cette même période qu'est né le mythe de la Grande Faucheuse, probablement sur les racontars de vivants qui t'auraient aperçu.

— Ah oui ?

— Je n'aime guère ce que le retour de la faux présage, a-t-il marmonné.

L'inquiétude d'Hervé avait du mal à m'atteindre. Ça ne voulait pas dire grand-chose, pour moi, toutes ces histoires, et je ne m'étais jamais senti aussi bien dans mes baskets. J'ai fait courir ma main le long du manche, puis sur le plat de la lame. Le métal était chaud et j'aurais presque juré qu'il bourdonnait sous mes doigts, qu'il ronronnait, comme s'il était vivant. Hervé a cru bon de préciser :

— L'arme est ton bien le plus précieux, Enzo. Elle te permet de canaliser ton pouvoir et de l'utiliser au maximum de son potentiel.

— J'ai intérêt à pas la perdre.

— Allons, Enzo ! Redouterais-tu d'égarer un bras ? Tu ne puis perdre ton arme, elle fait partie intégrante de ta personne. Elle est un fragment de ton âme, plus précisément celui qui renferme ton pouvoir de faucheur.

J'ai évité de lui faire remarquer que mes bras étaient rattachés à mon corps tandis que l'arme, non. Apparemment, c'était un détail.

— Mais pourquoi il y a plein d'écritures dessus ? Ça veut dire quoi, tous ces mots ?

— Eh bien, ce sont ses noms. Tous les noms qu'elle a portés au fil de tes nombreuses vies. Il va d'ailleurs te falloir t'enquérir de son nouveau nom.

J'ai relevé le nez.

— Tu veux dire qu'il faut que je lui donne un nom ? Ce que je veux ?

Il s'est lissé la barbichette, pensif :

— Hum… je ne crois pas que cela marche ainsi. Elle a un nom et il te faut trouver lequel. Trouver ce qu'elle est véritablement, ce qu'elle représente. Sans quoi, ton maniement ne saurait être parfait.

Mon doigt a glissé sur la seule partie du métal restée vierge : un emplacement tout en haut du manche, à l’opposé de la lame.

— Généralement, il s'agit d'une chose chère à ton cœur, a continué Hervé, qui est source de force. À titre d'exemple, l'épée que tu possédais sous les traits de Sam se prénommait Espérance.

C'était du français, mais j'ai tout de suite su ce que ça voulait dire. En dehors de l'Histoire, le Français était la seule matière dans laquelle je m'en sortais à l'école. Jusqu'à aujourd'hui, j'avais bêtement cru que c'était la ressemblance avec l'italien qui me rendait la compréhension aussi facile. Maintenant, je me demandais si ce n’était pas plutôt parce que Sam avait été Français. Cette pensée me dérangeait un peu. Malgré les rêves et ce que j'avais vécu hier, je n’arrivais toujours pas à croire que j'ai pu être quelqu'un d'autre.

Et pourtant, Espérance sonnait douloureusement intime à mes oreilles, comme le nom d'une vieille amie perdue.

— Bien. Tu peux ranger ton arme à présent, a fait Hervé qui scrutait les alentours avec paranoïa. Mieux vaut ne pas attirer l'attention ou… Enzo ?

Je m'étais détourné. Ranger ma faux ? Je n’y songeais pas ! J'avais une furieuse envie de bouger, de me dépenser. Sans réfléchir, j'ai avancé dans le parc plongé dans le noir.

— Où… où vas-tu ? a hoqueté Hervé.

J'ai commencé à trotter puis à courir. D'habitude, je n’aimais pas ça, ça me fatiguait vite. Là, je me sentais léger et plein d'énergie, j'avais l'impression que mes pieds rebondissaient sur l'herbe pour me porter au loin à chaque foulée. J'ai accéléré, accéléré, jusqu'à ce que le mur qui entoure le parc se dresse sur mon chemin.

Ralentis, me suis-je dit. Vire de bord. Mais ma tête n’a pas réussi à convaincre mes jambes. Emporté par ma fougue, j'ai sauté sur le banc qui bordait l'enceinte du parc. Sans réfléchir, j'ai pris appui sur le dossier et me suis propulsé sur le muret. L'élan m'a entraîné plus en avant et j'ai atterri de l'autre côté du mur, dans la ruelle.

Incroyable. Je venais de faire un bond d'au moins deux mètres ! Les professionnels de saut en hauteur pouvaient aller se rhabiller. Surexcité, j'ai traversé la rue en une enjambée et bondi sur le toit d'une des voitures garées au bas de l'immeuble.

C'était comme dans mes rêves. J'avais l'impression d’être monté sur ressorts, que plus aucun obstacle ne pouvait m’arrêter. J'ai levé les yeux vers le bâtiment qui s'élevait devant moi. Cinq étages. Jusqu’où est-ce que je pouvais aller comme ça ? Impatient de le découvrir, je me suis ramassé sur moi-même et j'ai sauté en poussant de toutes la force de mes jambes.

La façade a défilé sous mes yeux à vive allure. J'ai compris en voyant les fenêtres du cinquième étage se profiler que je ne dépasserai pas le toit. Sans paniquer, j'ai attrapé la gouttière de ma main libre et me suis retrouvé suspendu à l'immeuble par un bras. La vue vertigineuse du trottoir qui attendait loin sous mes pieds m'a fait des fourmillements dans l'estomac.

À peine gêné par ma faux, j'ai balancé mon autre main dans la gouttière puis tiré sur mes bras et poussé sur mes jambes. Moi qui en temps normal étais incapable de faire des pompes, encore moins des tractions, je me suis hissé sur le toit comme un rien. Mes muscles n’avaient pourtant pas gonflé avec l'apparition de mon nouvel attirail. Mes bras et mes jambes étaient toujours aussi maigrichons. Mais c'était comme si les efforts à fournir avaient été divisés par cinq.

J'ai dangereusement vacillé sur le bord du toit avant de parvenir à trouver mon équilibre. Le dos courbé, j'ai grimpé la pente et me suis redressé en arrivant en haut. De là, j'avais une vue imprenable sur le parc et le quartier, et en regardant au loin, je pouvais apercevoir les bâtiments historiques du centre-ville.

Fou de joie, j'ai avancé sur le faîte du toit en jouant les funambules. J'ai pressé le pas à mesure que je gagnais en assurance, à mesure que je réalisais n'avoir rien à craindre. Mon corps semblait savoir ce qu'il faisait. J'ai dévalé la pente, glissant et courant tour à tour sur les tuiles, puis je me suis laissé retomber sur une maison, plus bas. J'ai fait saute-mouton par-dessus la cheminée et pris mon élan pour bondir sur l'immeuble suivant.

J'ai débouché de l'autre côté du quartier en un rien de temps et freiné ma course au bord du dernier toit. La rue qui me séparait du prochain pâté de maisons était plutôt large. L'hésitation m'a saisi, en même temps qu'un sursaut de frayeur : comment j'allais redescendre ? Est-ce que je pouvais vraiment sauter d'aussi haut sans rien me casser ? J'avais un doute, tout à coup. Peur que mes pouvoirs s'envolent sans prévenir et me laissent en bouillie sur le goudron.

— Enzo ! a appelé Hervé qui flottait dans mon sillage. Veux-tu bien m'attendre ?

Inspirant à fond, j'ai arrêté de réfléchir et avancé dans le vide.

Rien à voir avec marcher sur la lune. La pesanteur était toujours là, je ne tombais pas au ralenti comme les astronautes et j'ai bien cru que j'allais m'écraser sur le trottoir. Mes pieds ont rencontré le sol, j'ai plié les genoux et c'était fini. Le choc a vibré dans ma colonne vertébrale et je me suis dressé sur mes guibolles, intact.

— C'est pas croyable ! T'as vu ça, Herv... ?

Pivotant, je me suis retrouvé face à face avec une femme et un bouledogue. J'ai dû reculer entre deux voitures pour éviter la collision tandis que la femme s'engageait sur le trottoir, entraînée par son chien. J'ai fait de mon mieux pour cacher la faux dans mon dos, mais c'était peine perdue, elle dépassait de tous les côtés. Ça n'a pas choqué la brave femme qui m'est passée sous le nez sans m'adresser un regard.

— Sois sans crainte, cette gente dame ne peut ni te voir ni t’ouïr, a dit Hervé en se matérialisant près de moi.

— Ah bon ?

— Évidemment ! À quoi crois-tu que serve la cape ? Elle dissimule ta présence aux yeux des vivants ! Lorsque tu la portes, ils ne peuvent ni te voir ni t’ouïr ou même sentir ton odeur. Elle te rend aussi imperceptible qu'un esprit.

J'ai baissé les yeux sur la cape qui laissait entrevoir mon tee-shirt. Moi qui croyais qu'elle était juste là pour faire cool.

— Oh bien sûr, l'effet n'est pas toujours parfait et il arrive que les vivants aperçoivent des choses ou captent des échos, mais ils ont tôt fait d'accuser les plaintes du vent ou leur imagination. Tu n'as rien à craindre des vivants, fais-moi confiance.

J'avais du mal à y croire. J’étais vraiment invisible ? J'ai rattrapé la dame et, calquant mon pas sur le sien, je me suis penché tout près de son visage. Pas de réaction.

— Eh oh ? Vous m'entendez ?

Elle a battu des cils et jeté un œil du côté de la rue avant de se concentrer à nouveau sur ses pas. Marchant à reculons, j'ai agité ma faux sous son nez : toujours rien.

— Prends garde, Enzo ! s'est affolé Herve. Tu pourrais la blesser !

— Ah ?

— Ton arme peut tout aussi bien faucher l'âme des vivants que celle des morts. Et une âme fauchée est une âme détruite... annihilée ! réduite en poussière ! effacée sans aucun espoir de rejoindre l'au-delà !

J'ai aussitôt écarté ma faux de la femme. Un instant, le chien s'est arrêté pour dresser sa truffe écrasée dans ma direction, mais sa maîtresse a tiré sur la laisse et ils se sont éloignés.

— Les animaux peuvent me sentir ? ai-je remarqué.

— Certains animaux semblent sensibles à la présence des esprits. Pour ma part, je ne crois pas qu'ils nous voient ou nous oient parfaitement, mais ils sont bien moins aveugles que les humains, à n'en point douter.

— Et qu'est-ce que je peux faire d'autre ? ai-je pressé Hervé. J'ai d'autres pouvoirs ? Est-ce que je peux…

Je n'avais pas fini ma phrase que je me suis souvenu d'une chose.

— Dans mes rêves, je passe parfois à travers les murs… Je peux faire ça ?

— Tu le puis, a confirmé Hervé, de plus en plus pincé.

Mon entêtement à repousser mes limites sans écouter ses mises en garde ne lui plaisait pas, mais c'était plus fort que moi : je crevais d'envie d'essayer tous les trucs dingues qui me revenaient un à un en mémoire. Lorgnant l'immeuble à côté de moi, j'ai réfléchi quelques secondes sur la marche à suivre puis opté pour une approche franche et rapide. Le meilleur moyen d'arriver à traverser la façade était peut-être d'y croire, et quelle meilleure preuve de foi que de se jeter à l'eau sans hésitation ?

J'ai reculé sur la route afin de prendre un peu d'élan et, sous l'œil interdit d'Hervé, j'ai couru droit vers le mur. Mon épaule s'est écrasée contre la façade et je suis lamentablement tombé à la renverse. Apparemment, le coup de la foi ne fonctionnait qu'au Pays Imaginaire.

— Par tous les diables, Enzo, que fomentes-tu au juste ? Ce n'est pas ainsi que tu parviendras à traverser ce mur !

— Comment alors ? ai-je gémi en me massant le bras.

— Euh, eh bien, a fait Hervé en lissant son pourpoint, et j'ai compris qu'il n’en savait pas davantage que moi sur la question. Faire traverser un mur à un corps de chair et d'os n'est pas chose aisée, il faut s'exécuter progressivement, il me semble.

Suivant ses conseils, je me suis relevé et approché de l'immeuble. Ma faux toujours serrée dans une main, j'ai posé l'autre sur le béton. Il me paraissait drôlement solide.

— T'es sûr que je peux faire ça ?

— Absolument.

Progressivement alors ? Encore une fois, j'ai préféré fermer les yeux pour essayer de retrouver comment je m'y prenais en rêve. À bien y réfléchir, je n’avais jamais fait ça en me précipitant comme un bolide. Après avoir fait le vide dans mon esprit, j'ai commencé à exercer une pression sur le mur, d'abord en douceur, puis de plus en plus fort. Je sentais toujours la froideur du béton sous ma paume, mais, étonnamment, la paroi me donnait l'impression de reculer. Au début, j'ai cru à un effet de mon imagination. Puis le froid s'est refermé sur ma main et des centaines de fourmis se sont mises à courir sous ma peau.

Je n’ai pas osé rouvrir les yeux. J'avais peur de me rendre compte que je délirais, ou de paniquer et de me retrouver coincé dans le mur. Mais plus j'avançais mon bras et plus les fourmillements grimpaient. C'était comme s'enfoncer dans de la pâte à modeler. Mes doigts ont gagné l'air libre, tout à l'autre bout de mon bras, puis mon épaule s'est embourbée à son tour. Je me suis décidé à avancer une jambe. Le froid a enveloppé mon torse, ma tête, mes hanches… Je me suis retrouvé comprimé avec la sensation qu'on me chatouillait à l'intérieur. Ce n’était pas particulièrement désagréable, à condition de ne pas être claustrophobe. Le souffle coupé, j'ai continué à progresser du mieux que je pouvais. Quand l'air a caressé mon visage, j'ai soulevé les paupières.

Devant moi, la lueur d'un écran téléviseur dessinait les contours d'un salon plongé dans la pénombre. Mes oreilles étaient encore dans le mur et j'entendais les sons d'une drôle de façon, comme si on m'avait coulé du ciment dans les conduits auditifs. Le moindre bruit vibrait dans ma mâchoire et ma cage thoracique. J'ai sorti une jambe et poussé une dernière fois pour me dégager. Surpris par ma soudaine liberté de mouvement, j'ai titubé au milieu du salon et me suis vautré sur le tapis.

— C'est pas vrai ! s'est exclamé le type affalé dans le canapé.

J'ai d'abord cru qu'il m'avait repéré, mais l'objet de sa contrariété n'était autre que le téléviseur. L'image s'était mise à sauter. Sûrement à cause de moi.

— Oups.

C'était mal, mais j'étais de si bonne humeur que je n’ai pas pu résister à la tentation de piquer une cacahuète dans le bol posé près du canapé avant de poursuivre ma route.

J'ai traversé d'autres murs, sautant de salons en cuisines, de chambres en salle de bain sans plus toucher à rien ni m'attarder. J'avais peur de m'immiscer trop loin dans l'intimité des gens si je restais plus longtemps. Je préférais passer en coup de vent et n'emporter avec moi qu'un instant : une scène de leur quotidien ou un tableau de leur intérieur, juste un aperçu qui faisait travailler mon imagination et m'inspirait une pointe d'affection pour ces étrangers qui n’en étaient plus tout à fait. Comme je le faisais lorsque je regardais défiler les fenêtres en sillonnant la ville. Pas question de me pencher par-dessus leur épaule ou de fouiller leurs placards, je ne m'en sentais ni le droit ni l'envie.

Finalement, j'ai quitté l'immeuble après une dernière cloison et me suis retrouvé dans la rue près du parc, à mon point de départ.

— C'est pas croyable… me suis-je enthousiasmé sous la lumière des réverbères qui éclairaient l'asphalte sans y projeter mon ombre. Comme est-ce que je peux faire tout ça ?

— Le pouvoir de l'âme sur le corps, a répondu Hervé, toujours là quand il le fallait. Sache cependant que tu ne puis traverser n'importe quelle matière. Surtout, garde-toi de tenter de traverser le corps d'un vivant, cela pourrait se révéler fort néfaste ! Vois-tu, le problème vient de l'âme : une âme ne saurait traverser une autre âme.

J'ai incliné la tête et me suis gratté sous mes boucles brunes.

— Mais… et les esprits errants ? J'en ai vu des tas passer à travers des vivants !

— Le cas des esprits errants est un peu singulier. Ils ne possèdent plus d’enveloppe charnelle qui puisse les contenir et leur âme s'en trouve ainsi plus… volatile. Lorsqu'un esprit errant croise un vivant, en vérité ils s'éparpillent plus qu'il ne le traverse. Ce que tu ne puis réaliser, n'étant pas affranchi des limites de ton corps.

— Ah. D'accord.

— La règle est vraie pour tout ce qui possède une âme. En d'autres termes, tu ne puis traverser tout ce qui est vivant ou le fut récemment. Le bois, par exemple…

— Je peux pas passer à travers un arbre ?

— Nenni.

— Et une porte en bois ?

— Tout dépend. Si cette dernière a été confectionnée trop récemment et qu'il y subsiste d'importantes traces d'âmes, tu ne le pourras nullement.

Wouah, alors même une porte pouvait avoir une âme ? Je jurais de ne plus en claquer une à l'avenir.

— La règle est tout à l'inverse pour ton arme, cependant, a précisé Hervé.

— Comment ça ?

— Si ton corps peut traverser les matériaux non vivants, mais ne peut traverser les matériaux vivants, ton arme quant à elle passe systématiquement à travers les matériaux vivants, mais peut néanmoins atteindre les matières non vivantes. S'il te prenait le caprice de faucher un arbre ou un vivant, ta faux les traverserait sans leur infliger la moindre blessure extérieure : pas une goutte de sang ou de sève ne serait versée ! Mais comme je te l'ai exposé plus tôt, tu pourrais mutiler — voire détruire – leur âme. Tu peux en revanche aisément découper l'acier ou la pierre avec ta faux, ou tout autant la faire passer à travers, selon ta volonté, comme tu l'as fait en parcourant ces logis il y a quelques minutes.

J'ai acquiescé en élève modèle, même si pour être honnête, je commençais à m'y perdre. J'étais plus à l'aise avec la pratique qu'avec la théorie.

— Ceci étant fait, nous serions mal avisés de nous attarder ici, Enzo, a chuchoté Hervé en se rapprochant de moi dans une attitude de conspirateur qui redoute d'être pris sur le fait.

— Ouais, je suis d'accord, ai-je fait avec un grand sourire.

Hervé s'est figé.

— Oh, non… je ne connais que trop bien ce sourire…

— On fait la course ?

— Enzo, je t'en prie…

J'ai ri puis bondi sur le capot d'une Fiat. Poursuivi par les glapissements d'Hervé, j'ai couru et remonté la ruelle en sautant de voiture en voiture, déclenchant au passage l'alarme d'un véhicule. Arrivé au bout de la file, j'ai fait un bond énorme qui m'a emmené droit sur l'immeuble d'en face. Je me suis rattrapé au bord d'une fenêtre et me suis hissé dessus. Puis j'ai sauté pour atteindre le rebord de la fenêtre suivante, et celle d'après, jusqu'à regagner les toits. J'avais l'impression d'être Spider-Man, sans le côté collant de l'affaire. Une fois en haut, je me suis remis à courir avec l'envie de ne jamais m’arrêter.

Je sautais par-dessus les cours intérieures et les rues comme on franchit des flaques d'eau, passant d'un immeuble à un autre, d'une maison à l'autre en un clin d'œil. J'étais si bien lancé que je n’ai pas vu la voie ferrée qui obliquait pour se mettre entre moi et le prochain pâté de maisons. C'était trop tard pour ralentir. N’écoutant que mon corps, j'ai accéléré encore et poussé de toutes mes forces.

Je me suis vu voler au-dessus des rails et retomber à toute vitesse vers les bâtiments d'en face. Sur le coup, j'ai eu la trouille de ma vie. Mon cœur battait comme un fou dans ma poitrine et j'ai regretté de ne pas avoir simplement regagné la ruelle. Mais fallait croire qu'inconsciemment, je savais ce que je faisais, car le petit morceau de toit que j'avais visé, pris en sandwich entre deux immeubles, était plus bas que celui d'où je venais et j'ai réussi à l'atteindre malgré la distance.

L'atterrissage a été douloureux. J'ai roulé en avant et ma cape m'est passée par-dessus la tête. À mon grand étonnement, mes os étaient en un morceau.

C'était de la pure folie. J'aurais pu finir empalé sur ma propre faux. N'empêche, maintenant que c'était fini, je n'avais qu'une envie : recommencer.

J'ai repoussé ma cape, me suis relevé et je suis reparti sans attendre.

C'était grisant. Une fois les premières chutes essuyées sans plus de conséquences qu'une égratignure ou un élancement dans la plante des pieds, l'appréhension avait disparu et il ne restait plus que le bonheur de courir, grimper et sauter partout. Mon arme ne me gênait pas, au contraire. Je pouvais m'en servir comme d'un piolet, la coincer dans une fissure ou la crocheter à un rebord pour m'aider – l'espace entre la lame et le manche était très pratique. Je savais toujours quand et comment l'utiliser, où la tenir pour lui donner la bonne longueur.

Avalant un à un les pâtés de maisons, j'essayais d'aller toujours plus loin, toujours plus haut. Parfois, je remettais le pied sur le goudron pour franchir une avenue que je savais trop large, je me balançais au bout de ma faux, pendu à un lampadaire, ou je réveillais les pigeons somnolents en filant à toute vitesse le long des gouttières. C'était exactement comme dans mes rêves. Non, en fait c'était mieux que dans mes rêves, cent fois mieux.

Parce que c'était réel.

Je sentais le vent qui m'ébouriffait les cheveux, le métal ou le ciment sous mes phalanges, l'adrénaline qui pulsait dans mes veines, mon estomac qui se soulevait à chaque chute, mes muscles qui chauffaient, les odeurs et les bruits de la ville qui m'emplissaient les oreilles et les narines… toutes ces petites choses qu'on ne perçoit pas en rêve. Et c'était fabuleux.

Il y avait de plus en plus de gens dans les rues à mesure que j’approchais du centre-ville, mais personne ne faisait attention à moi. Je pouvais rire aux éclats et hurler ma joie, me promener sur les balcons et bondir sur les toits des voitures sans avoir à me soucier des réactions. J'avais le sentiment d'avoir basculé dans un autre univers. Un univers tapissé de tuiles, hérissé d'antennes et de cheminées et qui n’appartenait qu’à moi. Je redécouvrais le monde.

Je le découvrais, à vrai dire.

Les couleurs ne m'avaient jamais paru si vives, les ombres et les lumières si profondes, les odeurs si entêtantes et les éclats de voix si proches. Les gens eux-mêmes avaient plus de présence. J'aurais dû me sentir plus loin d'eux, pourtant, à les observer d'en haut sans exister à leurs yeux. C'était tout le contraire. Comme si avant aujourd'hui, je ne les avais jamais regardés ; je les voyais, mais je ne les regardais pas.

À force de courir de toit en toit, j'ai fini par me rapprocher de la cathédrale. D'ordinaire, venir jusqu'ici à pied m'aurait demandé une heure. Là, je ne devais pas avoir mis plus d'une quinzaine de minutes. Je ne m'étais pas rendu compte que je progressais si vite. Ni que j'avais pris cette direction. À présent que je la voyais culminer au cœur des lumières de la ville, je mourais d'envie de la prendre d'assaut. Arrivé sur un bâtiment voisin, je me suis accroupi au bord du toit, faux contre l'épaule, et j'ai levé le regard vers la croix qui pointait au sommet du dôme de Santa Maria.

Là-haut… C'était là-haut qu'on avait retrouvé Sam.

À cette époque de l'année, les premiers touristes débarquaient tout juste mais, même sans eux, il régnait une constante agitation sur la Piazza del Duomo. Depuis la construction de la cathédrale au dix-huitième siècle, la place était devenue le centre de la ville et les gens s'y croisaient encore à cette heure. Fallait reconnaître que Santa Maria del Fiore était un petit bijou d'architecture : tout en marbre blanc, vert et rose, de hautes fenêtres, des rangés de statues et d'alcôves à n'en plus finir, des bas-reliefs et des mosaïques… sans oublier le dôme, gigantissime.

J'ai attendu quelques secondes de récupérer de mes dernières prouesses, puis j'ai pris mon élan, couru et bondi vers Maria. J'ai atterri pile-poil où je l'avais espéré, au sommet de l'arc qui couronnait la porte nord. Pieds contre le mur, je me suis agrippé à la statue qui trônait là, un peu aveuglé par la lueur des projecteurs qui éclairaient l'édifice. Plusieurs mètres au-dessus de moi, j'apercevais le petit balcon qui longeait la nef. Il était à ma portée. J'ai calé mes baskets entre les décorations en pierre et me suis propulsé vers ma prochaine prise. Avant que la gravité ne me rattrape, j'ai pu m'accrocher à un des corbeaux qui saillaient de la façade et soutenaient le balcon. J'ai ramené mes jambes pour les serrer autour de la pierre, tête en bas.

— Aah…

J'étais assez haut – je savais maintenant qu'il y avait des limites à ce que mon corps pouvait encaisser en matière de chute – et dans une position pas très stable. Heureusement, mes muscles n’en souffraient pas trop. Attrapant ce que je pouvais, j'ai entrepris d'escalader le balcon. J'ai crocheté ma faux à travers l'un des trous en forme de fleur qui ornait la balustrade et tiré sur mes bras pour me hisser en haut.

La vue était pas mal, mais je n’avais pas l'intention de m'arrêter en si bon chemin. Debout sur la balustrade, j'ai avancé vers le dôme. Avec le scandale de ce matin, la cathédrale n'avait pas dû être accessible aux visiteurs. Même sans ça, à cette heure, j'aurais eu les lieux pour moi tout seul.

Je me suis lancé à l'ascension du dôme. Le début était facile, la façade comportait tellement de reliefs et de corniches que j'avais de quoi faire pour m'accrocher et bondir. L'affaire s'est corsée une fois arrivée à la partie en tuile et j'ai dû m'aider de mon arme. Je m'en suis un peu voulu d'abîmer un des plus beaux monuments d'Europe à coup de faux dans le citron, sans compter que j'aurais facilement pu traverser le mur et prendre l'escalier, en être civilisé et saint d'esprit. Sauf qu'encore une fois, ç'avait été plus fort que moi, il avait fallu que je me précipite tête baissée et que je relève le défi.

La lame de ma faux s'enfonçait dans le toit comme dans du beurre. J'étais presque certain qu'une faux normale n’aurait pas dû être aussi tranchante. Cela dit un garçon normal n’aurait pas dû se trouver là non plus.

Ça n’a pas été du gâteau et ç'a coûté une tuile et plusieurs trous à Maria, mais j'ai finalement atteint le haut du dôme. D'épaisses arches en marbre soutenaient la cage de l'escalier en colimaçon qui aboutissait là. Prenant appui sur la rambarde de sécurité qui décrivait le tour de la coursive, j'ai fait un dernier bond de chat pour gagner le toit pointu où la cathédrale exhibait fièrement sa croix en or. Cette dernière était plantée sur une grosse boule dorée. J'ai pris pied dessus, une main agrippée à la croix, et me suis redressé pour contempler Florence.

Les avenues irradiaient de lumière et les toits s'étendaient à perte de vue en une véritable mer de tuiles. Le spectacle était grandiose. Éblouissant. Tout ça, tous ces monuments, ces toits, ces ruelles, ces maisons, ces cours et ces jardins étaient désormais mon terrain de jeux.

Hervé avait raison. Le monde n’avait pas changé, mais moi j'avais changé. Là où Sam s'était tenu mort, je ne m'étais jamais senti si vivant. Si éveillé. Comme si jusqu'à aujourd'hui, je ne voyais le monde que d'un œil et que je venais d'ouvrir les deux. Comme si ma vie n’avait été qu'un long rêve dont j'émergeais enfin. Et j'étais frappé par la réalité qui s'étirait à mes pieds. Si vaste, si tangible, si mystérieuse et si belle.

Penché au-dessus du vide, la cape agitée par le vent, la faux brandie à mes côtés, j'ai inspiré à pleins poumons et profité de l'instant. C’était bel et bien une renaissance.

— C'est beau, ai-je fait en sentant la présence d'Hervé.

Il est apparu près de moi en soupirant, flottant dans les airs :

— Je constate que d'une vie à l'autre, certains traits de caractère te poursuivent : tu es toujours le même homme indiscipliné et rêveur.

Il s'efforçait d'adopter un ton réprobateur, mais son âme débordait d'affection. J'ai grimacé un sourire d'excuse. Mon regard est tombé sur la croix et j'ai remarqué les traces de sang séché, sur le métal. Le sang de Sam.

Alors que découvrir le corps de Giulia quelques heures plus tôt n’avait déclenché aucun dégoût, j'ai eu envie de vomir, soudain. Comme s'il lisait dans mes pensées, Hervé a lâché, la voix chargée de sanglots :

— Ce qu'ils ont fait à ton corps est une ignominie… Mais ces crapules ne s'en tireront pas ainsi ! Ce gredin de Chevalier et ses sbires paieront, foi de Montmorency ! s'est-il exclamé en brandissant le poing.

Ses envies guerrières n’ont pas duré et il a enchaîné, plus modestement :

— Cela dit, euh… je crains que nous ne soyons prêts pour la bastaille, Enzo. Je comprends ton besoin de recueillement, mais venir ici était une bien mauvaise idée. Le Chevalier noir te cherche peut-être encore et après t'être ainsi donné en spectacle, tous les esprits de la ville doivent d’ores et déjà t'avoir repéré.

— J'en ai croisé qu'un en venant, ai-je objecté, et il avait pas l'air méchant. Tu te fais trop de soucis.

— Trop de soucis ? s'est-il offusqué. Tu ne te rends pas compte, Enzo ! Il ne s'agit point de te voir avec les yeux ! Les âmes, vois-tu, sont comme des chandelles qui brûlent dans l'obscurité d'une nuit sans étoiles. Et toi, Enzo, tu es l'équivalent d'un brasier… un phare aux yeux de tous les esprits errants ! Du moins lorsque tu revêts ta cape de faucheur. Sache que plus tu uses de tes pouvoirs, plus ton aura s'amplifie.

— J'ai une aura ?

— Cela va de soi ! Sors la carte, m'a-t-il ordonné avec un geste négligent de la main, tu comprendras mieux.

— La carte ?

— Tu l'as rangée dans la poche de ta cape, me semble-t-il.

Cette cape avait des poches ? Première nouvelle. J'ai gauchement cherché dans les replis du tissu, sans rien trouver. Puis une intuition m'est venue. Sautant sur une des arches en pierre qui se trouvaient plus bas, j’ai calé mon arme sur mon épaule, écarté les pans de ma cape et... bingo. Une poche intérieure. J'ai plongé la main dedans et en ai ressorti un tas de trucs : des tournevis, une pince, un paquet de chewing-gum, un porte-clés lampe torche, un chiffon couvert d'huile de moteur… Ma parole, c'était le sac de Mary Poppins ? Le plus incroyable était que je ne sentais ni le poids ni l'épaisseur de tous ses objets à travers la cape. Finalement, j'ai déniché un rouleau de parchemin aplati et tellement usé qu'il s'effilochait comme un tapis. Je l'ai déroulé – ou plutôt déplié.

Il n’y avait rien dessus, hormis quelques taches suspectes. À peine ai-je ouvert la bouche pour le signaler à Hervé que des traits ont commencé à apparaître. L'encre semblait sortir du papier lui-même et partait dans toutes les directions, zigzagant, montant et descendant comme si des mains invisibles dessinaient sur la feuille à mon insu. J'ai fini par comprendre de quoi il s'agissait.

C'était l'Europe.

J'ai reconnu sans peine la botte de l'Italie, avec la Sicile et la Corse, la grosse masse de l'Espagne, la pointe de la Bretagne et les îles du Royaume-Uni. D'autres pays auraient dû apparaître, mais ils n’étaient pas là, comme le Danemark, la Norvège et la Suède, et tous les pays au-delà de l'Allemagne et de l'Autriche. Slovénie, Croatie, Bosnie... ? Disparus, ce qui laissait un drôle de trou jusqu'à la Grèce.

Achevant le tableau, une tête de mort s'est incrustée dans le coin supérieur gauche, l'air de sourire de toutes ses dents sur une croix en os qui indiquait les quatre points cardinaux. Quand le dernier trait a eu fini de se poser, des petits points lumineux ont fleuri partout sur la carte. Ils n'étaient pas répartis de façon équitable, mais formaient des amas. Les plus importants coïncidaient avec l'emplacement des grandes villes.

— Euh… c'est l'Europe de l'Ouest vue de nuit ?

— Allons, Enzo. Les lumières que tu distingues là n'ont rien à voir avec l'éclairage public. Il s'agit des esprits errants.

— Ooh.

— Cette carte illustre mon propos : les âmes des esprits errants dégagent une aura, que tu es en mesure de percevoir. De la même façon, ton âme de faucheur dégage une puissante aura que les esprits errants reconnaissent et perçoivent. Et plus tu uses de tes pouvoirs, plus tu deviens repérable de loin.

— Et je suis où, dans le tas ? On devrait être par là.

J'ai posé mon doigt sur le nord de l'Italie. Une seconde, les petites lumières se sont éteintes et l'encre a disparu, réabsorbée par le papier. Puis tout est revenu, mais l'image avait zoomé.

— Whoua, c'est pratique !

J'ai tapoté la carte jusqu'à pouvoir distinguer les rues de Florence. J'avais la possibilité de déplacer la vue en faisant glisser mon doigt à la surface du parchemin, comme sur un écran tactile. J'ai repéré la cathédrale et me suis arrêté dessus. Il y avait une petite lumière à cet endroit, qui devait représenter Hervé, mais pas de brasier.

— La carte étant basée sur ton propre pouvoir de perception, tu n'y apparais point, Enzo. Inutile de chercher.

— Pourquoi est-ce que certains points sont noirs ?

— Il s'agit des mauvais esprits, m'a expliqué Hervé. La couleur te renseigne sur l'état de l'âme, vois-tu : les lumières blanches indiquent une âme parfaitement saine, et plus la teinte s'assombrit, plus l'esprit errant tend à se changer en mauvais esprit. Il te faut intervenir avant que cela ne se produise. Quant à ceux qui, par malheur, auraient tourné noir, tu n’as d’autre choix que de les faucher avant qu'ils ne mettent en péril la sécurité des vivants et des autres esprits errants.

— Ça fait un sacré paquet… ai-je remarqué.

Rien que dans Florence, je comptais à vue de nez une centaine d'esprits errants neutres et une dizaine de mauvais esprits.

— Sois sans crainte, il n'est point question de tous les faire disparaître ! Tu n'es hélas pas omniscient et, bien qu'il te soit possible d'envoyer jusqu'à dix esprits errants dans l'au-delà lors de tes bonnes nuits, jamais tu ne les feras tous disparaître ! Non, l'essentiel est de ne pas franchir une certaine limite. Il y a un seuil acceptable d'esprits errants et ton rôle est de veiller à ce qu'il ne soit point dépassé.

Ça me rassurait. Un autre détail m'a interpellé. Sans être d'un blanc immaculé, la lumière qui représentait Hervé n'était pas très sombre.

— Mais dis, Hervé, ça doit bien faire cinq siècles que tu es un esprit errant, non ?

— Trois cent quatre-vingt-dix années, pour être exact, a-t-il annoncé, plutôt fier de son endurance.

— Les esprits errants peuvent tenir si longtemps avant de devenir mauvais ?

— Oh, tout dépend ! Certains esprits errants tournent mal au bout de quelques heures à peine tandis que d'autres parviennent à rester – pardonne-moi le jeu de mots – sains d'esprit des siècles durant ! Les circonstances du décès, ce qui retient l'esprit dans le monde des vivants et le tempérament y sont pour beaucoup. Toujours est-il qu'il n'y a point de limite de temps définie avant de se muer en mauvais esprit.

— T'es un dur à énerver alors !

— Allons bon… a-t-il fait en virant à l'invisible, embarrassé et flatté.

Mon regard s'est arrêté sur une des lumières noires. La plus proche de chez moi. L'esprit du President. Il était toujours là. Je ne l’avais pas chasser définitivement. Ma gorge s'est nouée.

Avec ma faux dans une main, la carte dans l'autre et cette mission sur les épaules, je réalisais que ce qui était arrivé à Giulia était bel et bien de ma faute. Ou la faute de Sam ? Ce mauvais esprit n’aurait pas dû être là, en tout cas. Quelqu'un aurait dû s'en occuper : moi.

Je savais ce qu'il me restait à faire. Je ne pouvais pas laisser ce mauvais esprit sévir plus longtemps, ou un autre innocent risquait d'être tué. Il fallait que je répare ça, pour Giulia.

J'ai rangé la carte dans la poche intérieure de ma cape et suis descendu de mon perchoir.

— Excellente idée ! s'est exclamé Hervé. Rentrons à présent.

— Désolé, mais je rentre pas. Pas tout de suite. Il y a quelque chose qu'il faut que je fasse avant.

Ma déclaration a déclenché un vent de panique chez Hervé.

— Mais enfin ! As-tu écouté un traître mot de mon exposé ? As-tu bien étudié la carte ? Une ville telle que Florence ne devrait point compter plus de deux ou trois mauvais esprits… Toutes ces âmes noires qui grouillent alentour ! il s'agit sans l'ombre d'un doute des sbires du Chevalier noir ! Tu dois absolument te mettre à l'abri ! Ils…

Le reste de sa complainte a été étouffée par le mur dans lequel je venais de m'enfoncer. Cette fois, je préférais prendre le chemin des visiteurs. La glissade sur les flancs raides du dôme ne m'inspirait pas confiance.

J'ai dévalé l'escalier en colimaçon et émergé sur le toit de la nef. Là, j'ai pris autant d'élan que possible, couru, sauté sur la balustrade et me suis propulsé de l'autre côté de la rue. L'atterrissage a été rude, mais mes os ont encaissé. Sans perdre plus de temps, je me suis relevé et j'ai bondi de toit en toit, direction le President.

Je n’étais toujours pas certain de vouloir jouer les Grandes Faucheuses. Les pouvoirs étaient mégacool, mais ç'avait l'air d'être une sacrée responsabilité. Moi qui n’étais pas fichu de me souvenir d'éteindre la lumière en quittant une pièce, comment j'aurais pu aider des millions d'esprits errants à régler leurs affaires ? J'avais beau ne pas vouloir de cette mission, je savais déjà que je n’arriverais pas à lui tourner le dos.

Si je ne m'occupais pas des morts, personne ne le ferait. J'étais celui qui avait le pouvoir, je ne pouvais pas me contenter de m'amuser pendant que des vivants mouraient prématurément à cause des mauvais esprits, ou que les morts coincés ici erraient en ruminant leurs regrets et leurs souffrances pour l'éternité. J'avais déjà la mort de Giulia sur la conscience, une de plus, je ne pourrais pas le supporter.

Je ne pouvais pas.

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Hinata
Posté le 09/11/2019
C'est trop bieeen T T

L'euphorie de Enzo est juste magique ! C'est grisant de le voir utiliser ses pouvoirs comme ça, on aimerait bien être à sa place, et en même temps vu qu'il fait tout ce qu'on ferait à sa place ben c'est juste hyper satisfaisant ^^

Les passages que j'ai aimé par-dessus tout :
- "Si quand Luke avait demandé à maître Yoda comment maîtriser la Force, ce dernier lui avait répondu « la réponse, je n'ai pas » Darth Vader siroterait encore des cocktails dans son Étoile de la mort. " La référence qui fait plaisir <3
- "J'ai fait de mon mieux pour cacher la faux dans mon dos, mais c'était peine perdue, elle dépassait de tous les côtés. " C'est fou comme tu arrives super bien à évoquer des images en peu de mots ^^
- "J'ai baissé les yeux sur la cape qui laissait entrevoir mon tee-shirt. Moi qui croyais qu'elle était juste là pour faire cool." C'est tellement drôle !! Merci pour cette phrase !
- "C'était mal, mais j'étais de si bonne humeur que j'ai pas pu résister à la tentation de piquer une cacahuète dans le bol posé près du canapé avant de poursuivre ma route." Yes XD
- "C'était exactement comme dans mes rêves. Non, en fait c'était mieux que dans mes rêves, cent fois mieux."

Et cette carte, mon dieu ! Entre la faux qui se manie trop bien, les bonds gignatesques et l'amortissage niquel, la cape qui rend invisible et ce parchemin tactile/lumineux, c'est vraiment magique et c'est très très très kiffant !
L'image de Enzo sur la cathédrale est sublime !
Et la fin qui relance l'action, c'est génial !
Neila
Posté le 12/11/2019
<3<3<3
Je dois reconnaître que je m'amuse beaucoup avec cette histoire. ^^ Dans mon autre histoire aussi, y a des ado avec des super-pouvoirs, mais ça se passe dans un autre univers et le ton est beaucoup plus sérieux, donc ça laisse moins la place à des réactions du style "oh chouette ! des pouvoirs ! qu'est-ce que je peux faire avec ??". Avec les Faucheurs, j'ai surtout envie d'écrire une histoire fun et divertissante (bon... y aura aussi des petites réflexions sur des sujets plus sérieux comme la vie, la mort, pain au chocolat ou chocolatine, toussa...)

Moh, c'est trop gentil de citer les passages que t'as kiffés. ^w^ Mes blagues font mouche, c'est bien. :p

Mais moi aussi je rêve d'avoir les pouvoirs d'Enzo. *w* ça peut paraître un peu con, cette faculté de bondir comme un kangourou sur les immeubles, mais j'aimerais tellement pouvoir faire ça. Ca m'arrive de rêver que je peux faire ça, et c'est tellement la liberté. <3
Et attends ! Enzo n'a pas encore dévoilé tous ses pouvoirs. J'ai encore quelques surprises sous le coude. ;D
Ah, merci pour l'image ! J'ai essayé de la dessiner aussi, mais le dessins, c'est pas mon fort...^^'
Isapass
Posté le 30/09/2019
Salut Neila !
Je viens enfin lire les chapitres que je n'avais pas lus !
Alors je ne suis pas sûre d'être très constructive pour celui-ci, parce que je n'arrive pas à faire coïncider mes réflexions de relectrices et mon ressenti de lectrice.
En tant que relectrice, je me demande si ce chapitre n'est pas un peu long par rapport aux événements qui s'y produisent. Pour résumer sévèrement, on y apprend comment Enzo, concrètement, peut utiliser son pouvoir et ses "outils". Est-ce que 10k sont nécessaires pour raconter ça ?...
En revanche, en tant que lectrice, c'est juste le gros kif de suivre Enzo dans sa course sur les toits de Florence ! C'est super visuel ! Pas que visuel d'ailleurs : tous les sens sont sollicités. Et on ressent très bien cette impression de liberté. Et même, cette sensation d'être lui-même et que tout est enfin tellement facile ! Il est à sa place, il comprend d'instinct ce qu'il doit faire, il ne réfléchit pas, il fonce. Même le ton du récit n'est plus blasé, il y a beaucoup d'énergie.
Bref, j'ai vraiment pris plaisir à le suivre !

Du coup, j'aurais tendance à te suggérer qu'il faudrait peut-être couper un peu (une phrase par-ci par-là) sans toucher à la frénésie qui est vraiment palpable et assez jouissive. Ou alors, est-ce que ce ne serait pas possible que certaines explications du baron soient données plus loin, à mesure des chapitres ? Par exemple, tout le truc sur les matières/âmes qu'Enzo peut traverser et que sa faux peut couper, etc... ?

J'adore toujours autant le baron et son vieux français. Là, ça a l'air de l'épuiser un peu de jouer les babysitters pour adolescent :D J'aime bien la façon dont il alterne entre les "Sam" et les "tu" quand il raconte à Enzo comment ça se passait avant : ça rappelle bien la continuité à travers le changement "d'enveloppe" ou d'acteur, pour un même rôle.

Ah oui et je ne m'attendais pas à la faux : tellement géniale ! Je croyais qu'il allait retrouver l'épée de Sam !

En tout cas j'adore toujours autant !
Neila
Posté le 30/09/2019
Coucou Isa ! C'te avalanche de commentaires, j'étais pas prête. *o* Allons-y dans l'ordre !

Oui.... c'est vrai que ce chapitre est long. é.è D'un côté j'ai besoin de poser les bases de ses pouvoirs, qu'on sache ce qu'il peut faire ou pas, avant de lancer le train sur les rails. Après je me suis peut-être un peu emballée dans mes descriptions, c'est fort possible. x'D Je relirai ça ; avec le recule, ce sera plus facile de voir là où je peux alléger. L'explication sur ce que la faux peut trancher ou non pourrait peut-être être remise à plus tard, oui. è.é Je vais voir ça.

Je suis quand même contente que la frénésie t'ait emportée malgré les longueurs. ^^' Sans parler du côté "pratique" du chapitre, où je liste les pouvoirs d'Enzo, c'était aussi un grand tournant pour le personnage et ça me semblait essentiel de marquer le coup. Ça me rassure que tu ne penses pas qu'il faille couper des paragraphes entiers de crapahutage sur les toits, donc. v.v

Ah, ah, pauvre Hervé, oui. Il est pas au bout de ses peines. Rah, mais vi, j'aimerais qu'on voit Enzo et Sam comme étant, au fond, une seule et même personne, et pas comme deux personnes bien distinctes. Sinon je me serais contentée de dire qu'il y a un prédécesseur qui transmet ses pouvoirs à un successeur sans parler de réincarnation. Mais le fait que les faucheurs sont des humains qui vivent plusieurs vies, ça a beaucoup d'importance dans l'histoire. (oui, je tease un peu xP)

Ah ? Moi qui m'étais dit qu'on allait voir le coup de la faux arriver à trois kilomètres ! Bon après c'est vrai que j'ai brouillé les pistes avec l'épée. Tant mieux si j'ai réussi à te surprendre. :D

Mais merci Isa, ton enthousiasme me fait hyper chaud au coeur ! ^w^
Rimeko
Posté le 27/01/2019
Coucou Neila !
Je ne sais pas pourquoi, je pensais n’avoir que deux chapitres de retard sur cette histoire, alors ça a été une surprise d’en découvrir deux de plus. Une bonne surprise, ceci dit :P
(Et oui, moi, les commentaires chapitre par chapitre, c’est pas mon truc lol)
 
Coquillettes et suggestions :
Chapitre 5 :<br /> "je me suis d'abord maudit de pas avoir pensé à emporter une lampe de poche. Avant de me rendre compte que j'y voyais assez pour me guider." J'aurais mis une virgule, et non un point, entre ces deux phrases...<br /> "Arrivé (ça devrait s'accorder avec Giulia vu la syntaxe...) sur le palier du troisième étage, Giulia tremblait comme une feuille."<br /> "La voix d'une chanteuse qui avait du (dû) faire un carton dans les années trente"<br /> "L'extrémité d'échiquetée (déchiquetée) des lattes s'est enfoncée dans mes paumes"<br /> <br /> Chapitre 6 :<br /> "L'évocation au (du) mauvais esprit l'a fait frissonner."<br /> <br /> Chapitre 7 :<br /> "j'ai reculé au fond de ma chaise. Un peu trop fort pour l'antiquité branlante que c'était." Encore une fois, j'aurais mis une virgule au lieu d'un point ^_^<br /> "Les yeux bleu-pâles (bleu pâle) du fantôme"<br /> <br /> Chapitre 8 :<br /> "Si ton corps peut traverser les matériaux non-vivants mais ne peut traverser les matériaux vivants, ton arme quant à elle passe systématiquement à travers les matériaux vivants, mais peut néanmoins atteindre les matières non-vivantes" Quelque peu embrouillé ^^<br /> "J'étais presque certain qu'une faux normale aurait pas dû être aussi tranchante" Moi j'en suis 100% sûre lol<br /> "je crains que nous ne soyons prêts pour la bastaille" J'avais mal interprété cette phrase de travers de prime abord, plutôt comme quelque chose de rassurant... plus "ouais ça va on est au point" que "vu la situation on devrait se préparer à se battre"...
 
J’adore cette histoire, décidément <3
Même si l’absence du « ne » de négation me perturbe toujours pas mal, j’aime beaucoup le style d’écriture, très direct et aussi plutôt carrément drôle (même quand le sujet ne l’est pas vraiment) :P J’aime surtout le côté parodique / décalé, avec la reprise des clichés du genre (notamment ces derniers chapitres, avec la révélation du côté « élu ») ! Surtout que ce fantôme-mentor est juste génial XD (Tu as fait des recherches, niveau façon de s’exprimer… ?)
Je n’ai pas grand-chose d’autre à dire… Rien de bien constructif, en tous cas, il n’y a rien qui m’a fait tiquer (hormis les quelques coquillettes relevées plus haut, mais c’est du chipotage).
J’ai bien aimé la scène dans le Président (c’est normal que ce soit un nom français, en Italie, d’ailleurs ?), c’était digne d’un récit d’horreur ! Surtout le moment où la porte s’ouvre sur du noir insondable, je ne sais pas pourquoi mais ça m’a marquée. Et la chute de Giulia aussi… (Snif, ça m’a fait pleurer, les adieux à Giulia, d’ailleurs… Bien joué)
 Une autre scène que j’ai vraiment visualisée : le moment où Enzo se tient tout en haut de la cathédrale, avec sa faux, c’était très classe ^^
Et tout ça promet de jolies altercations avec les méchants fantômes (lol)… Je n’en attends qu’avec plus d’impatience la suite !
Neila
Posté le 27/01/2019
Coucou Rimeko ! (pardon pour le temps de réponse é.è)
Mais je t'en pris ! Rien ne t'oblige à commenter chapitre par chapitre (rien ne t'oblige à commenter du tout en fait).
Déjà, merci pour les coquillettes ! Et merci pour l'histoire, je suis rudement contente que ça te plaise. ^w^ Les négations, j'avoue être encore pas très sûre de moi sur cette affaire. Y a des endroits ou ça me fait bizarre de les mettre étant donné le niveau de langage, et y a des endroits ou ça me fait bizarre de pas les mettre... alors je m'arrache les cheveux, j'ai pas encore trouver de meilleure solution que de faire au feeling. :/
Je suis contente que le côté parodique fasse mouche ! Et oh que oui, j'ai fait des recherches pour que la façon de parler d'Hervé colle à peu près à son époque... mais j'ai vraiment pas beaucoup de documentation à ma disposition, alors ça reste un vrai casse-tête.
Merci pour la scène dans le Président. =D L'hôtel existe pour de vrai, je l'ai pas inventé, ni le nom français. J'imagine que le français fait un peu chic en Italie. XP (mais maintenant que je cherche sur internet, je retrouve plus l'hôtel O.O fichtre, je suis sûre d'avoir rien inventé)
Mais merci tout plein Rimeko pour ton intérêt et ton enthousiasme !! Je vais de ce pas poster la suite qui j'espère sera à la hauteur.
A plus !
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