Le monde est une île

Par Zlaw
Notes de l’auteur : Thème de Septembre 2014 : Sur une île

Le monde est une île.

 

La première fois que tu m'as dit ça, je n'étais pas sûre de t'avoir bien entendu. Je me souviens avoir froncé les sourcils et t'avoir demandé de répéter. C'était notre premier rendez-vous, nous marchions dans la rue, à la vitesse d'escargots, sans destination ni horaire, juste à discuter, divaguer, à apprendre à nous connaître.

 

Tu aurais pu laisser tomber à ce moment-là. Tu aurais pu saisir la perche qui n'en était pas une et retirer ce que tu venais de dire, de peur de passer pour un imbécile dès le début, ou à l'inverse parce que tu ne savais pas encore si moi j'en valais la peine.

 

Mais tu as insisté. Le monde est une île.

 

Alors j'ai souri, parce que je me suis doutée que c'était une théorie que tu avais dû mettre un certain temps à échafauder, et que je n'avais donc pas le droit de me moquer. J'étais également flattée que tu la partages avec moi, surtout alors que je ne la comprenais pas. Bon, d'accord, j'ai surtout souri pour que tu ne voies pas que je ne comprenais pas, même en sachant pertinemment que ça n'allait pas fonctionner.

Pour être honnête, j'avais beau savoir que ce n'était pas à prendre au sens littéral, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à la définition d'une île qu'on peut trouver dans un dictionnaire, celle qu'on apprend en cours de géographie au collège. Une île, c'est une étendue de terre entourée de mer. Et j'avais cette image d'un planisphère, avec tous les continents, séparés, entourés d'océans, et je ne pouvais pas faire rentrer cette image dans la définition. Je me demande si tu as remarqué que je n'avais pas compris à ce point.

 

Je pense que tu savais, parce que même sans jamais élaborer ton idée, tu as fait de cette phrase notre devise, notre mantra. Et si moi je te la disais en riant, comme on peut citer une réplique de film, toi, en revanche, tu me la déclamais, comme la plus grande tirade de Shakespeare. Je pouvais voir dans ton regard l'importance du sens caché de ces cinq mots, sans jamais deviner quel il était au juste.

Au début, j'ai pensé que tu te moquais de moi, ne serait-ce que gentiment. Puis, j'ai pensé que tu essayais de me faire comprendre à tout prix, et j'ai eu terriblement peur de te décevoir. Aujourd'hui, je sais que ce n'était rien de tout ça.

 

J'étais dans ce stupide hall d'aéroport, que j'avais tant haï la dernière fois où je m'y étais trouvée, lors de ton départ pour l'autre bout du globe. Tu es apparu dans les escalators, et la seconde où tu m'as repérée, tu t'es mis à descendre les marches, qui le font pourtant déjà toutes seules, juste pour me rejoindre plus vite. Tu avais un bras en écharpe, et ton barda à l'autre épaule, et tu t'es quand même précipité vers moi.

Et c'est à ce moment-là que j'ai compris ce que tu voulais dire. Le monde est une île parce que, aussi vaste soit-il, nous nous sommes trouvés, et aussi loin l'un de l'autre que nous puissions être, nous finissons toujours par nous rejoindre. C'est juste ta façon unique de me dire que tu m'aimes.

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Liné
Posté le 01/09/2021
Et le retour à la première personne ! D'ailleurs, tu as une préférence ? Tu te sens plus à l'aise à la première ou à la troisième personne ?

Cette nouvelle-ci a la simplicité et la douceur de sa conclusion : l'amour tout "bête", qui ne se discute pas plus que cela, qui existe pour lui-même et c'est tout. Ça fait du bien de lire ça de bon matin !
Zlaw
Posté le 01/09/2021
Bonjour Liné ! =D


- Mon premier projet, que j'étais en train d'écrire à l'époque où j'ai aussi écrit toutes ces nouvelles, était à la première personne. Je ne sais pas pourquoi, sans doute parce que ça faisait un écho naturel à mon monologue intérieur, et que j'ai trouvé plus facile de feindre l'ignorance du point de vue d'un personnage que d'un narrateur omniscient. Sachant que l'histoire en question est finalement surtout une découverte de soi et de l'univers par mon héros, ça m'a été utile.
- Pour mon deuxième projet, en cours depuis 2018, je me suis mise au défi de changer un peu et passer à une narration externe. L'avantage c'est de moins rester enfermée dans une façon de voir les choses, en tous cas c'était l'idée, et aussi d'avoir beaucoup plus de personnages (même si on peut aussi jongler avec les personnages avec un narration interne, c'est vrai, je l'ai fait une fois d'ailleurs dans DILIC).
=> En conclusion, tu me poses un peu une colle, car j'ai du mal à choisir une préférence. xD Mais sans doute la première personne reste mon premier instinct ? Comme toujours avec ce genre de question, j'ai envie de répondre que ça dépend du récit. On m'a un jour demandé pourquoi j'avais choisi un narrateur masculin dans DILIC, ce à quoi j'avais naïvement répondu "parce que Josh est un garçon". Je pense que le mode de narration vient lui-même selon l'histoire, et j'aime à penser que personne n'est incapable de l'un ou de l'autre. Après, il est vrai que même en narration externe j'ai tendance à faire de l'interne indirecte, donc si ça se trouve je me fourvoie complètement et c'est l'interne mon truc. ^^

Quant au thème, ouais, j'ai des élans romantiques limite mièvres. La romance écrite par quelqu'un qui peine à ressentir quoi que ce soit, ça donne ça. De l'épico-lyrique idéalisé et dégoulinant. Je ne pense pas que ce soit très réaliste, mais si ça fait plaisir de le lire, c'est déjà ça. =)


Merci encore de ton passage !
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