Le départ de Nikola

Mercredi 11 Octobre 1899, 6h37, Tom Tesla.

 

Je suis assez désemparé, et je me dois d’avouer que ce meurtre est des plus étranges. Je n’avais jamais vu ça avant. Tout ce que j’espère c’est que je n’aurais pas à revoir ça, et plus important encore, que personne ne subisse le même sort. Je souhaite que cette affaire soit close avant que nous ne partions pour Shinju avec Nikola. J’en trépigne d’impatience, mais j’ai peur de ne pas pouvoir partir avant que tout cela ne soit terminer. Si jamais ce n’est pas le cas je laisserai des instructions et des notes à la lieutenante Campbell, elle saura quoi en faire. Le départ approche.

Nous ne trouvons rien d’intéressant pour l’instant, et pour tout dire nous ne savons pas trop où chercher. J’espère que tout se passera bien.

 

L’enquête avançait lentement, et pour tout dire, ils avaient très peu d’indices. Pendant que Tom jouait le détective avec la lieutenante Campbell pour pouvoir en apprendre plus sur ce meurtre étrange, Nikola avait été secouru, son bras mis dans une écharpe, et était retourné au laboratoire de l’hôtel de ville afin d’en savoir plus. La situation des deux côtés stagnait, ce qui ne faisait qu’accroître la tension en ville. Les journalistes affluaient sur la place de l’hôtel de ville, prenant des photos, interrogeant les passants, et exigeant des entrevues avec le maire et les spécialistes, mais rien n’était accordé. Personne n’en savait plus. Vu que le meurtre était récent, Tom avait su détecter grâce à ses lunettes, de légères traces de Teslarium en suspend dans l’air. « Si nous calculons la fréquence et la puissance des vibrations du cristal, nous pourrions remonter la trace et trouver d’où cela peut provenir dans les environs.» disait-il souvent. La fin de la semaine approchait et aucune piste n’avait été trouvée, Tom commençait à désespérer, et la lieutenante ne savait plus où donner de la tête. Certaines traces descendaient en bas des vieux quartiers du troisième niveau, les lieux étaient plutôt mal famés, mais les recherches continuaient. La veille du départ de Nikola, Sarah et Tom menaient leur enquête vers l’ancienne zone industrielle, qui était maintenant à l’abandon. Dans cette zone là de la ville, les décors se faisaient moins accueillant et maisons laissaient place à des teintes grisâtres, et des rues plus boueuses et sales. Les toits en chaume, ou en tuiles de certaines maisons tombaient en ruines, et de la taule, qui commençait à rouiller avec le temps, avait été posée pour boucher les trous. Certaines maisons et appartement étaient tellement compactés que les rayons du Soleil avaient du mal à percer au travers. Quelques enfants jouaient dans les ruelles sombres, ou sur des petites places en pavés gris où des fontaines et des arbustes venaient égayer le teint blafard des profondeurs. Le temps se couvrait peu à peu, les vieux quartiers se faisaient de plus en plus sombres, et une pluie fine se mit à tomber sur la ville. Le teint grisâtre s’accentua, des flaques commençaient à se former sur le sol reflétant les lumières urbaines et le décor tel un miroir. Les odeurs des ordures, des pavés chauffés tout au long de la journée et de la nourriture ressortaient avec la pluie, et emplissait l’air d’un mélange de senteurs alléchantes et nauséabondes. Les deux jeunes gens approchèrent de la vieille usine afin de continuer leurs recherches, la plupart des vitres étaient brisées et les armatures commençaient juste à rouiller. Le détecteur de Tom s’agitait de plus en plus au fur et à mesure qu’ils approchaient de l’entrée.

 

«- Voilà un endroit idéal pour faire une planque, ou même un laboratoire, dit Tom, restons sur nos gardes.

 

- Nous devrions rester ensemble pour les recherches, ça me semble plus judicieux, lança la lieutenante. On ne sait pas ce qui nous attend là dedans.

 

- Vous avez raison…. Bon ! Pour résumer: nous avons un meurtre avec un motif et un suspect inconnus, une explosion détruisant une salle à l’hôtel de ville à cause d’un cristal de Teslarium, et maintenant une piste nous menant à une vieille usine désaffectée… espérons trouver des indices à l’intérieur.

 

- Quelqu’un se sert de pauvres gens pour faire des bombes à retardement, dit Campbell pour elle-même, ou alors ces expériences ont un sens qui nous échappe….»

 

L’usine s’imposait sur cinq ou six étages, telle un énorme tombeau où des habitations se seraient construis autour. La porte à double battants était légèrement entrouverte, Sarah et Tom se regardèrent, sans dire un mot, mais ils avaient la même chose en tête: rester sur ses gardes. Ils entrèrent dans l’immense bâtiment qui servait autrefois de fabrique d’engins de toutes sortes, des maquettes, des plans et autres croquis d’inventions étaient éparpillés un peu partout par terre et sur des étagères. Beaucoup de schémas de constructions étaient accrochés aux murs, montrant des machines qui pouvaient servir à la guerre, et les papiers les plus récents montraient des soldats mécaniques, très ressemblants à ceux patrouillant en ville. La poussière et les toiles d’araignées avaient élu domicile en ces lieux, ce qui laissait des traces de pas sur le sol quand les deux enquêteurs passaient quelque part. Le parquet craquait par endroit, et certaines lattes s’étaient soulevées à cause de l’humidité, des clous dépassaient du sol et le plancher s’était effondré rendant l’accès à certaines zones très difficiles. Le bâtiment semblait murmurer, respirer, et le moindre zéphyr faisait grincer les armatures en métal, quelques années de plus et cette usine ne sera plus qu’un tas de briques et de charpentes métalliques. Elle se situait près des remparts et était assez éloignée des habitations, une grosse allée principale non pas bordée d’arbres, mais de réverbères, branches métalliques et froides, menait à l’usine depuis les quartiers habités. Le vieil édifice s’imposait, massif et lugubre au dessus des maisons et masquait le Soleil pendant quelques heures, de temps en temps quelques enfants allaient s’y aventurer mais ils étaient très rapidement repris par leur mère qui les ramenaient en les sermonnant. Le jeune inventeur et la lieutenante continuaient leur exploration, évitant les zones où le sol est fragile et faisant attention à ne rien toucher. Ils fouillèrent chaque pièce, chaque étage à la recherche de pièces à convictions, de traces du meurtrier, à part les anciennes machines de travail et quelques outils abandonnés ils ne trouvèrent rien d’intéressant, mais quelque chose commençait à les interloquer: le silence. Hormis le vent qui soufflait au dehors faisant grincer les armatures métalliques, et quelques rats qui se réfugiaient dans le trou le plus proche à leur passage, aucun autre signe de vie ne s’était profiler.

 

«- C’est beaucoup trop calme, et même si quelqu’un était là nous l’aurions entendu, chuchota Sarah. Nous devrions aller voir au dernier étage.

 

- D’accord, répondit Tom.»

 

Ils entamèrent les marches menant au dernier étage qui contenait les bureaux et commencèrent à fouiller. Un long couloir leur faisait face et de chaque côté, des portes donnaient sur les quartiers administratifs de l’usine, tous symétriques les uns aux autres. Chacun examinait dans son coin, soulevant des documents éparpillés sur les tables et dans les étagères, les tiroirs n’offraient pas plus de preuves que le reste du mobilier présent dans les bureaux. Au fond du couloir se trouvait une porte qui menait au toit de l’usine, une bonne opportunité d’avoir une vue globale des environs et discuter de la suite des évènements tranquillement.

Tom était à la fenêtre de l’un des bureaux dans lequel il menait ses recherches, de là il pouvait voir la grande allée sombre qui menait jusque là, et les pâtés de maisons qui se formaient derrière l’enceinte de l’usine, un grand mur de briques rouges surmonté de barbelés. Il ne savait pas dans quelle direction allé ni quelle décision prendre, et cela commençait à le frustrer. Il regardait au dehors, la pluie continuait de tomber et les gouttes glissaient avec mélancolie sur les vitres, il pensait au voyage qui s’annonçait après l’enquête. Comment cela allait-il se passer ? Dans combien de jours pourra-t-il le rejoindre ? « Tout ira bien pour Nikola ? » se demandait-il souvent. Il espérait boucler cette affaire le plus rapidement possible. Le bruit des pas de la lieutenante dans la pièce d’à côté le sortit de ses pensées, et il la rejoignit.

 

« Toujours rien ? Demanda Tom. Personnellement de mon côté c’est vide….

 

- Non, rien malheureusement…, répondit Sarah, apparemment il n’y a rien d’intéressant ici. À part des papiers de comptes de l’usine et des lettres de menaces adresser au patron….

 

- Nous devrions chercher ailleurs…, se résigna Tom, ça ne me rassure pas du tout. Voilà déjà une semaine que nous ratissons le troisième niveau, la trace nous a mené jusque là, mais pour l’instant je n’ai pas les outils nécessaire pour en faire un plus précis.

 

- Ne vous en faites pas vous avez fait de votre mieux, le rassura Sarah, votre gadget est absolument formidable et même si nous n’avons rien trouvé aujourd’hui, nous nous rapprochons chaque jour plus près du but.

 

- Merci beaucoup, je dois dire que….»

 

BANG ! Un énorme coup de feu retenti à travers la pluie diluvienne qui s’abattait sur la ville, coupa Tom dans sa phrase, et un second impact se fit entendre quand quelque chose vint briser une vieille lanterne qui se trouvait sur une commode derrière. Sarah se précipita sur Tom et le plaqua au sol pour le mettre à l’abri.

 

«- Sniper ! Restez couché ! S’exclama-t-elle.»

 

Tout s’était passé si rapidement, ils devaient improvisé et réagir le plus rapidement possible. Ils ne savaient pas quand les prochains coup allaient partir alors ils se dirigèrent vers la porte d’entrée en rampant. Pendant qu’ils essayaient de se diriger vers la sortie, deux nouveaux coups retentirent, l’un brisant la vitre et s’écrasant dans un meuble et l’autre leur passant juste au dessus de la tête terminant sa course dans le mur d’en face.

 

«- Restez à terre et ne relève surtout pas la tête, dit Sarah. Nous allons essayer de sortir par la porte de derrière et longer les remparts.»

 

Tom acquiesça d’un signe de la tête et ils rampèrent jusqu’à être hors de vue du tireur. Une fois sortie de la pièce, et hors d’atteinte, ils se dirigèrent vers les escaliers et descendirent le plus vite possible les étages jusqu’au rez-de-chaussée. Des coups de fusils retentissaient quand ils passaient devant les fenêtres, ils devaient absolument sortir et contourner en longeant les remparts, sinon ils ne feraient pas long feu à découvert sur la grande allée qui menait à l’usine. Ils étaient en plein dans leur course le long du couloir au deuxième étage, les vitres se brisaient sous l’assaut des balles et sifflaient à côté de leur tête. Ils couraient à en perdre haleine, leurs poumons les brûlaient de l’intérieur et un désagréable goût de sang commençait à monter dans leur gorge desséchée. Il ne fallait pourtant pas s’arrêter, car la mort les guettait à tout moment. Le bruit de leurs pas résonnaient sur les passerelles métalliques du premier étage à travers l’immense bâtiment abandonné, pour rejoindre le hall d’entrée. Lorsqu’ils posèrent le pied sur les premières marches de l’escalier, un énorme craquement se fit entendre, les escaliers s’écroulèrent sur eux-même emportant avec eux les deux enquêteurs dans un nuage de poussière et un fracas assourdissant de métal. La chute fut si brutale que se fut le trou noir pendant plusieurs minutes. Les coups de feu avaient cessé, ou était-ce l’étourdissement causé par l’incident qui leur donnait cette impression ? Ils n’entendaient plus rien, leur tête tournait et la pièce dans laquelle ils se trouvaient était étrangement sombre. Sarah avait la vue troublée, et son crâne lui faisait terriblement mal. Un liquide chaud coulait abondamment sur son front et lui brûlait les yeux, une barre en fer de la rambarde de l’escalier lui était tombé dessus au cours de la chute et lui avait ouvert le crâne, quant à Tom, une énorme douleur lui parcourait la jambe. Ils attendirent un petit moment, le temps que leur tête arrête de tourner et de les lancer, et essayèrent de se lever tant bien que mal. Une fois debout, la tête de Sarah faisait terriblement mal, elle arracha un morceau de son manteau pour se faire un bandage, et le serra bien fort sur la plaie pour arrêter l’hémorragie. Elle prit le bras de Tom pour l’aider à se relever, et le tira vers le haut. Il fléchit légèrement lorsqu’il prit appui sur sa jambe gauche et s’appuya contre le mur le plus proche le temps de s’habituer à la douleur. Le peu de lumière qu’il y avait au dehors perçait à travers le trou qui venait de se créer dans le sol et éclairait d’une pâle lueur grisâtre le sous-terrain inexploré. Ils avaient chuté de plusieurs mètres, il était donc impossible de remonter, encore moins en faisant la courte échelle vu leur état. Tom ramassa un bout de bois qui lui servirai de béquille pour avancer et sortir d’ici au plus vite. Ici au moins, ils étaient à l’abri des coups de feu.

 

«- Nous devons trouver un moyen de sortir de là, l’accès au rez-de-chaussée ne doit pas être loin, dit Sarah.

 

- Très bien, répondit Tom. J’ai cru percevoir d’où peuvent provenir ces coups de feu… si ma mémoire est bonne, c’était près des quartiers à côté de la place du marché, en haut de l’allée menant à l’usine.

 

- C’est une bonne piste, nous continuerons par chercher de ce côté là, mais je crains fort que ceux qui en veulent après nous ne se soit déjà enfuis. Vous devriez d’abord soigner votre jambe, on ne peut pas continuer dans ces conditions.

 

- D’accord, mais dans ce cas vous devriez faire de même pour votre tête, je n’ai pas envie de finir l’enquête seul, rétorqua Tom d’un air sarcastique.

 

- Nous verrons bien qui tiendra le plus longtemps, dit Sarah sur un ton de défi. Mais je serai là pour vous sauver la mise, ne vous en faites pas.»

 

Elle lui adressa un sourire et ils s’apprêtèrent à avancer dans l’obscurité, Tom s’arrêta et sorti de sa sacoche un petit objet métallique, une torche dans laquelle était incrustée un cristal qu’il avait réussi à condenser, laissant échapper une douce lueur violine mais assez puissante pour éclairer plusieurs mètres devant eux. Le sous-sol était autant en ruine qu’à la surface, des caisses étaient empilées un peu partout, «Sans doute des restes de matériaux inutilisés» pensaient-ils, de vieux outils, de la verrerie de chimiste, et encore des établis remplis de paperasses et de schémas. Ils se trouvaient dans une grande pièce rectangulaire, aucun accès ne donnait sur l’extérieur hormis une vieille port métallique rouillée, et une petite ouverture pour l’aération au fond de la pièce. La faible lumière de l’extérieur s’ajoutait à l’éclat de la torche, les murs commençaient à s’effriter, et la poussière recouvrait le mobilier. «Une vraie ambiance d’épouvante» s’imaginait Tom. Malgré leur mal-être, ils fouillèrent à droite et à gauche, à la recherche d’autres indices, la seule chose qui sorte de l’ordinaire qu’ils trouvèrent fut un vieux prototype de soldat mécanique. À la lueur de la torche, cette armure remplie de câble et d’écrous avait un aspect terrifiant. Tom se rapprocha plus près pour l’examiner, le cœur métallique alimenter par un cristal de Teslarium était éteint depuis longtemps, les boulons de la mâchoire se desserrai et celle-ci pendait peu à peu. Le haut de la tête avait une forme tout à fait particulière, le style semblait venir d’une contrée lointaine: un croissant de lune tourné vers le ciel décorait la partie haute du casque, des plaques descendaient sur les côtés protégeant le cou. Le visage avait un aspect démoniaque: de grands crocs sortaient sur les côtés de la bouche, des sourcils froncés et un regard perçant. La lueur de la torche donnait l’impression que l’automate s’était réveillé d’un long sommeil, mais il se contentait simplement d’être là, son regard vide scrutant le même mur de cette salle sombre.

Après quelques recherches et un certain temps pour retrouver la sortie, ils parvinrent à remonter au rez-de-chaussée, et en face d’eux, dans le hall d’entrée, une petite porte en fer avec marqué «sortie» au dessus en rouge se distinguait. Il traversèrent le hall en restant le plus possible à couvert derrière les piliers qui soutenait la grande salle d’accueil, Tom boitait encore et la vue de Sarah se brouillait de plus en plus mais avec l’adrénaline, ils arrivaient plus ou moins à tenir le coup. Aucun autre coup de feu n’était parti depuis leur chute mais le silence qui régnait à présent ne faisait que les inquiéter encore plus. Pourquoi les empêchait-on de sortir de cette endroit ? Qu’y avait-il à voir ? Trop de nouvelles questions venaient se percuter dans leur esprit dont l’enveloppe était déjà meurtrie, le plus important pour l’instant était de s’en sortir vivant, et de plus, ils n’avaient trouvé. Ils sortirent par la porte de secours qui menait derrière l’usine, se posèrent un peu contre le mur pour faire une pause.

 

«- Je pourrais lancé une fusée de détresse, dit Sarah, si nous faisons venir un blindé nous pourrions rentrer en sécurité .

 

- C’est envisageable, mais il serai préférable de se diriger vers la source des coups de feu, répondit Tom. Avec un peu de chance, il est peut-être encore sur place et j’ai réussi à localiser leur provenance.

 

- Vous avez raison… nous pourrions longer les remparts pour revenir sur la place et rejoindre les habitations par le Nord-Ouest.

 

- Ne perdons pas une seconde.»

 

Un grillage les séparaient d’un terrain vague, les murailles se trouvaient à environ un kilomètre de l’usine, des ruines et des débris occupaient la petite étendue herbeuse. Ils se rapprochèrent des remparts tout en restant à couvert, et se mirent à ramper dans les lieux à découvert. BANG ! Un coup de feu retentit, s’écrasant devant eux sur une petite butte de terre. Tom et la jeune lieutenante se jetèrent à terre dans un petit trou formé dans le sol à cause de la pluie. Tom essaya de sortir du trou et de se précipiter vers la tour la plus proche, mais Sarah l’attrapa par la manche et le tira vers elle. Une nouvelle détonation retenti et frôla Tom lui arrachant un bouton de sa veste. Son cœur avait sembler s’être arrêter pendant un court instant, et une fois à terre il reprit son souffle.

 

«- Attendez, dit Sarah calmement, attendons le prochain tir.

 

- Mais pourquoi ? Demanda Tom perplexe.

 

- Taisez-vous ! Je vous expliquerez après.»

 

Quelques secondes passèrent, quarante pour être exacte, et un nouveau coup parti, retentissant dans la pluie battante.

 

«- Maintenant ! Courrez ! S’écria Sarah.»

 

Elle prit Tom par la manche et le tira avec elle hors du trou. Ils coururent à travers le champs herbeux et se mirent à couvert derrière un petit muret formé de vieilles pierres datant des premières guerres civiles de la cité. Le sol était boueux, et leurs vêtements, ainsi que leurs cheveux étaient couverts de boue. L’eau ruisselait sur leur front, allant dans leurs yeux jusqu’à la poitrine. Tom prit une branche qui se trouvait par terre, mis son chapeau en équilibre sur la pointe et la souleva au-dessus de sa tête et la faisant dépasser juste assez du muret. Un nouveau tir retenti, emportant le chapeau à cause de l’impact, et roula plus loin sur le sol boueux dans un bruit spongieux d’herbe humide. Le jeune homme voulut partir le chercher mais la soldate le rattrapa à nouveau par le bras et l’entraîna avec elle dans sa course. Le temps jusqu’à la tour de guet parut extrêmement long, chaque seconde qui passait paraissait durer une éternité. Chaque mouvement demandait des efforts disproportionnés, leurs muscles étaient crispés et tendus, malgré l’adrénaline, la mort était à leurs trousses et la peur était autant leur alliée que leur pire ennemie. Leurs poumons leur brûlait la poitrine, le froid automnal n’arrangeait rien, leur mâchoire était contractée. Après facilement une heure, ils atteignirent le mur d’enceinte. Un soldat mécanique montait la garde à l’entrée et leur barra la route. Sarah se dépêcha de sortir son badge et le scanna sur une petite plaque, disposée sur le mur à côté de la porte, un petit bruit retentit, signifiant qu’il y avait une erreur et le gardien se mit sur ses gardes. Elle réessaya plusieurs fois dans la plus grande panique, la carte s’était abîmée dans leur chute à l’usine, après une certaine insistance la porte s’ouvrit et ils entrèrent, et le garde reprit son poste, toujours en alerte. Depuis qu’ils avaient atteint la tour, les tirs avaient cessé.

 

«- Je fais un détour par la salle des gardes, j’ai une idée, lança Sarah. Vous, continuez et essayer d’arriver le plus vite possible à l’endroit ciblé.»

 

Tom acquiesça d’un signe de tête et monta les escaliers de la tour, et au premier étage un couloir tournait à droite, filant à l’intérieur des remparts. Quant à Sarah elle prit directement à gauche à la base de la tour, un petit escalier descendait dans un sous-sol où était la salle des gardes. Elle ouvrit la porte avec fracas et se précipita à l’intérieur:

 

«- Lieutenante Sarah Campbell, 1ere division de la ville basse. Transmettez un message très rapidement au poste de Thompson: individu suspect et tir à vue sur civils dans la zone du marché près de l’ancienne usine d’armement.

 

Les soldats, surpris par cet irruption soudaine, se levèrent et en entendant le nom de l’auteure de ce fracas, ils se mirent au garde à vous.

 

- Bien Madame ! Répondit l’un des soldats.»

 

Ils se remirent tous à leur poste et se dépêchèrent d’envoyer un télégramme au poste le plus proche. Puis, sans autres explications, elle ressorti et se précipita au premier étage pour rejoindre Tom. Ils longèrent les remparts de l’intérieur jusqu’à la tour la plus proche de l’endroit d’où provenait les tirs de sniper. Ils descendirent et rejoignirent dans la plus grande discrétion la place du marché, qui portait le nom du fondateur de la ville, Ethelas. La pluie ne s’était pas encore arrêtée, et les deux jeunes enquêteurs arrivaient à destination, ils pouvaient voir depuis la place la fenêtre supposée être celle d’où les tirs provenaient. Au loin, le bruit des pas de la brigade d’intervention commençait à se faire entendre, Sarah pris les devants et Tom la suivi de près et se faufilèrent jusqu’à la porte d’entrée de ce qui se trouve être une auberge. Des lanternes étaient suspendues à l’extérieur au dessus du porche, éclairant un peu la place et l’entrée. Une pancarte s’agitait avec le vent au dehors. Il y était inscris: «...». Ils attendirent un peu, le temps que la brigade arrive, et la lieutenante leur ordonna de bloqué l’entrée et de surveillé le périmètre et les toits autour de l’auberge. Ils entrèrent dans l’auberge, Sarah montra son badge au patron et commença à monter les escaliers. Tom quant à lui resta dans la salle d’accueil et posa quelques questions, les clients et l’aubergiste ne comprenaient pas ce qu’il se passait. Sur la gauche, des gens été attablés et discutaient entre eux, murmurant, s’interrogeant, ils paraissaient effrayés, ou du moins inquiets. La situation était quelque peu tendue. Tom se dirigea vers le comptoir qui se trouvait juste en face de la porte d’entrée:

 

«- Que se passe-t-il ? S’inquiéta l’aubergiste. Avec tout se raffut, je n’aurais plus de clients. Et puis vous êtes dans un sale état l’ami.

 

- C’est une longue histoire, mais ne vous en faîtes pas Monsieur, répondit Tom, nous n’en avons pas pour longtemps. Je voudrai juste vous poser quelques questions.

 

Sarah continuait de monter les escaliers, la lumière qu’ils avaient aperçu depuis l’usine se trouvaient plus haut, elle ne s’attarda donc pas au premier étage et traça directement à l’étage supérieur. D’après la disposition des chambres, elle partit au fond du couloir, d’où des flash lumineux semblait provenir. Elle sortit son arme, et avança à pas feutrés jusqu’à la porte.

 

- Nous recherchons un individu suspect, expliqua Tom. Nous n’avons aucune information sur sa physionomie et sa morphologie, des coups de feu ont été tirés, n’avaient vous rien entendus ?

 

- Oh bien sûr que j’ai entendu des coups de feu, expliqua l’aubergiste, mais ça ne venait pas d’ici, vous pouvez en être certain.

 

- Comment ça pas d’ici ? S’inquiéta Tom.

 

Sarah avait atteint le bout du couloir, la porte était fermée, elle appuya plusieurs fois sur la poignée, poussant par petits a-coups. Ce n’était pas fermé à clé mais quelque chose semblait bloquer le passage de l’autre côté. Elle donna plusieurs coups avec son épaule pour forcer le passage mais ce ne fut pas concluant, et chaque coup lui faisait tourné la tête à cause du choc de la chute, alors elle recula pour prendre de l’élan. Elle couru, l’épaule en avant et enfonça la porte. Un grand courant d’air s’échappa de la pièce, et aucun signe de vie. Seule une lampe était là, sur le rebord de la fenêtre, et clignotait, grésillait à intervalle régulier. C’était une pièce toute simple, un petit lustre pendant au plafond, sur la droite derrière la porte, il y avait le lit, et sur la gauche, une armoire et une coiffeuse qui officiait aussi comme bureau. Tout était impeccable dans la chambre, rien n’était déranger, seule cette lampe et la fenêtre ouverte paraissait étrange. À ce moment là, en pleine discussion avec les clients de l’auberge, le détecteur de Tom s’activa et commença à vibrer dans sa poche. Il se figea. Une sombre pensée lui traversa le cœur et l’esprit, et il couru vers les escaliers, gravit les marches deux par deux et rejoignit Sarah en grande hâte.

 

- Lieutenante ! Sortez immédiatement de là ! Cria Tom.

 

Sarah fit volte face et sorti dans le couloir. Tom l’attrapa par la manche et l’amena en bas le plus rapidement possible.

 

- Il faut faire sortir tout le monde, s’empressa de dire Tom, nous devons faire évacuer l’auberge tout de suite !

 

- Mais pourquoi ? Demanda Sarah complètement perdue.

 

- Je vous expliquerai après, nous avons très peu de temps, dit sèchement Tom.»

 

Ils eurent juste le temps de descendre au premier étage qu’une détonation se fit entendre au dessus, et un puissant souffle se répandit dans le couloir, brisant les fenêtres et détruisant tout sur son passage. La chambre de l’inconnu au bout du couloir n’existait plus et une partie des habitations aux alentours avaient reçus d’énorme dégâts Une aura et une fumée violacée s’éleva au dessus de l’auberge en feu. Les ondes de choc créées par l’explosion firent des ravages, Tom et Sarah furent projeté contre un mur et se fut le noir total. Les gens paniqués étaient sortis de l’auberge en se bousculant, se marchant dessus tandis que la police essayait de les calmer et de mettre tout le monde en sécurité après ce qu’il venait de se passer. Une foule monstrueuse s’était formée autour du bâtiment à moitié en ruine, des habitants, d’autres brigades policières, et des journalistes. Les nouvelles allaient vite dans une ville comme celle-là, mais bien entendu la police ne donna aucune information, d’autant plus qu’il n’en savait pas plus qu’eux sur l’accident.

Lorsque Tom se réveilla, il était allongé dans un lit, non pas le sien mais celui de la clinique Tesla, située dans le premier niveau à quelques dizaines de mètres de la grande côte qui rejoint le promontoire où est niché l’hôtel de ville. Il ne pleuvait plus au dehors, mais de la buée s’accumulait sur les vitres à cause du contraste de température entre l’intérieur de la chambre et l’extérieur. Le lit était à côté de la fenêtre et donnait sur la rivière au bord de laquelle les gens aiment se promener. Les feuilles voletaient au gré du vent, égayant le ciel de tâches jaunes et orangées, et accentuées par les rayons du soleil qui venaient taper dessus en cette fin de matinée. Le pavé était luisant, encore légèrement mouillé de la pluie qui s’était abattu sur Ethelas. Le soleil pénétrait dans la chambre, se reflétant contre les murs. Le jeune inventeur ouvrit les yeux, sa tête lui faisait mal et son corps était engourdi. Une poche de morphine était suspendue à côté de lui et était branchée à son bras. Tout lui paraissait flou et ses idées se mélangeaient dans son esprit. Ses côtes et sa jambe lui faisait mal. Tout d’un coup il se redressa, et regarda autour de lui, comme si il cherchait quelque chose, ou quelqu’un. Sarah était à son chevet.

 

«- Où est Nikola ? Demanda directement Tom.

 

- Tout d’abord, bonjour, répondit Sarah. Ma compagnie ne vous satisfait pas ? Dit-elle d’un ton entre le sarcasme et l’irritation. Et Mr. Tesla est parti hier si vous voulez tout savoir, il a pris le premier dirigeable à l’aube. Il vous a laissé une note sur votre table de chevet.

 

- Moi qui pensait avoir terminé tout ça pour pouvoir partir avec lui…, dit Tom quelque peu désemparé. Quel jour sommes-nous ?

 

- Nous somme samedi quatorze octobre. Et je suis désolée… mais nous avons besoin de vous ici…, dit Sarah. Je vous laisse seul un moment.»

 

Sarah sortit de la pièce, et ferma la porte derrière elle. Tom pris l’enveloppe que Nikola avait laissé sur la table de chevet. Il l’ouvrit et en sorti la note:

 

Mon cher Tom,

 

Comme on a dû te le signaler, je suis parti vendredi matin. Je ne sais pas quand est-ce que tu te réveillera, mais nous ne pouvons pas faire autrement, et comme l’a dit Monsieur Theles, nous avons besoin de nous sur les deux fronts. Tu va devoir te battre sur le tiens, mais cela ne veut pas dire que tu ne peux pas me rejoindre. Mais tu t’imagines bien qu’il ne faut pas qu’Edison mette son nez dans cette affaire, même si je sais pertinemment qu’il le fera.

On m’a dit que tu as sauvé la vie de la lieutenante Campbell, je t’en félicite. Mais comme toi j’ai l’impression que cette affaire n’est pas terminée, j’ai su que vous n’aviez quasiment rien trouvé, j’en suis désolé. Mais j’ai une piste, comme tout le monde le sait, Monsieur Louis Le Prince a disparu il y a de cela neuf ans, sa famille a peut-être des réponses. J’espère que cela vous aidera d’une manière ou d’une autre. Il serai apparemment parti rendre visite à son frère, mais il n’est jamais arrivé à destination, je pense que vous pourriez aller faire un tour à sa résidence.

Tu sais où me trouver, je t’attendrai. Bon courage à vous deux, que mes vœux et la chance vous accompagne.

 

Chaleureusement, Nikola Tesla.

 

Tom plia la lettre et la rangea dans sa poche. Il ne savait pas quoi en penser et il était assez frustré qu’il soit parti sans lui, mais au moins ils avaient une piste: Monsieur L. Le Prince. Cela ne coûtait rien d’aller voir et peut-être trouveraient-ils des indices et leur enquête pouvait enfin avancer. Cette nouvelle lui avait remonter le moral, et il était prêt à reprendre cette affaire au plus vite. Il devait tout faire pour réussir et rejoindre Nikola au plus vite, à Shinju, la ville du lac.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Vous lisez