Le Cimetière des Possibles

Sans repère, la plupart des éléphants s'égareraient dans l'épaisse brume qui recouvre ce désert monotone. Certains marcheraient en ligne droite, sans lever la tête, jusqu'à ce que l'épuisement donne un but artificiel à leur effort insignifiant. D'autres, confus, reviendraient régulièrement sur leurs pas, sans s'en rendre compte, et finiraient par répéter en boucle la même trajectoire. Le rôle du guide est d'éviter à tout prix ce triste spectacle, d'empêcher l'errance sinistre de ces animaux majestueux.

Devant l'immense troupeau d'éléphants, un cerf imposant semble décider à lui seul de la direction à suivre. Il avance au rythme des pachydermes, car il serait absurde de distancer la signification de sa propre existence. Malgré les apparences, il ne s'agit pas d'un cerf ordinaire, bien qu'il se distingue de ceux-ci uniquement par la structure singulière de ses bois, qui sont composés d'innombrables embranchements. A partir de la base, chaque branche se divise en de nombreuses branches plus fines, qui se ramifient encore et encore, jusqu'à ce qu'il soit impossible d'en apercevoir les minuscules extrémités. L'organe en entier n'est pourtant pas particulièrement volumineux car l'épaisseur des branches diminue de manière significative à chaque ramification ; il est par contre incroyablement complexe et sa structure de fractale lui confère une impressionnante densité. Enfin, les bois du cerf évoluent en permanence, et c'est probablement leur caractéristique la plus étonnante. Au début de son voyage, lorsque le jeune guide n'était responsable que d'une dizaine d'éléphants, ses bois n'avaient rien d'extraordinaire. On pouvait alors facilement compter les extrémités, et chacune d'elles semblait correspondre à un membre du troupeau. A mesure que d'autres éléphants rejoignaient le groupe, de nouvelles branches s'ajoutaient à l'organe et en augmentaient progressivement la complexité. Il arrivait également que certaines branches se rencontrent et fusionnent pour créer de curieuses boucles tridimensionnelles. Lorsqu'un éléphant devenait trop vieux ou trop malade pour continuer à suivre le troupeau, il s'en écartait dignement afin de ne pas entraver la progression générale. La branche lui correspondant disparaissait alors progressivement des bois du cerf, mais d'autres venaient rapidement la remplacer car de plus en plus d'éléphants ralliaient constamment le groupe. Quoi qu'il arrive, la structure boisée n'était jamais figée et aucune branche n'était éternelle. Ainsi, la seule constante dans l'évolution de cette armature insolite est l'augmentation perpétuelle de sa complexité.

La grande différence entre le cerf et les éléphants réside dans l'apprentissage du premier. Alors qu'au commencement de son voyage il était tout à fait incapable de distinguer les reliefs discrets du désert, il peut désormais les repérer de loin, reconnaître ceux qu'il a déjà vus, et surtout planifier l'itinéraire à suivre en fonction de ses connaissances antérieures. Le moindre buisson desséché devient pour le cerf une précieuse balise, alors qu'il s'agit pour les éléphants au mieux d'une modeste source de nourriture. Bien que le guide semble errer sans but et sans stratégie particulière dans cet environnement stérile, il choisit en fait consciencieusement son itinéraire. Il cherche quelque chose de précis, même s'il ignore pour l'instant à quoi ressemblera sa destination finale. Le cerf peut parfois se tromper, revenir sur ses pas et changer de trajectoire, ce qui suscite systématiquement l'incompréhension d'une partie du troupeau. Mais ces erreurs de parcours sont sans importance pour le guide, qui sait depuis quelques temps déjà que chaque échec ponctuel participe à sa réussite globale.

Le meneur du groupe se trouve désormais confronté à un dilemme : contourner l'imposante masse rocheuse qui se présente devant le troupeau, ou la gravir en empruntant un chemin sinueux qui semble donner un accès au sommet. Prendre de l'altitude pourrait révéler des informations cruciales pour la suite du voyage, mais le cerf est conscient des nombreux risques d'une telle stratégie. Il ne possède aucune indication sur la présence de ressources vitales jusqu'au sommet, ni sur la possibilité de redescendre directement de l'autre côté. Une exploration infructueuse ferait perdre un temps considérable au groupe et pourrait même coûter la vie à plusieurs éléphants. L'autre approche, plus traditionnelle, consiste à longer la bordure de cet immense rocher. Bien que plus coûteuse en temps, elle offre une plus grande sécurité au groupe, et certains éléphants indiquent déjà leur désir de s'engager sur cette voie rassurante. Le groupe d'animaux, d'habitude si solidaire, semble alors se séparer en deux parties, chacune contenant approximativement le même nombre d'adhérents. De plus, deux vétérans particulièrement respectés par le reste du troupeau viennent de s'imposer comme représentants de chaque groupe. Alors que cette longue attente provoque soudainement l'agitation des éléphanteaux, le cerf comprend qu'il ne peut se permettre d'hésiter plus longtemps. Prendre une décision implique fatalement l'abandon d'une partie du troupeau, mais ce n'est pas la source de son appréhension. Chaque jour, de nombreux éléphants quittent le groupe, parfois sans même attirer l'attention du meneur qui les devance de plusieurs kilomètres. Mais cette fois, l'enjeu est différent car il s'agit d'un choix conscient, et le simple souvenir de la procédure éprouvante qui accompagne inévitablement chacun de ces choix terrorise une nouvelle fois le guide.

C'est décidé, l'ascension à l'aveugle est trop risquée, et le cerf ne reviendra pas sur son choix. Alors qu'il s'approche lentement du plus courageux des deux vétérans, les autres éléphants s'écartent docilement pour laisser passer leur guide. Les deux animaux se fixent pendant quelques instants, mais ils n'ont pas besoin de communiquer car chacun d'eux connaît parfaitement la procédure. Ce regard prolongé est surtout un signe de respect mutuel, tout comme la lente inclinaison de la tête du cerf, qui lui permet également de préparer l'étape suivante, la plus délicate du rituel. L'expérience lui permet de ne pas trembler alors que ses bois se transforment pour aboutir à une structure évoquant un harpon parsemé d'irrégularités. Soudain, d'un coup de tête, le cerf enfonce cette arme improvisée dans le corps de l'éléphant. Il doit maintenant atteindre le cœur du pachyderme, tâche épuisante rendue encore plus délicate par la taille imposante du vétéran. Alors que les bois du cerf s'enfoncent de plus en plus profondément dans sa chair, il semble être pratiquement insensible à la douleur, ce qui surprend la majorité du troupeau. Il s'agit en fait d'une impressionnante lucidité qui pousse l'éléphant à rester immobile pour faciliter et accélérer l'exécution. Grâce à cette précieuse coopération, le guide parvient rapidement à trouver sa cible, et achève alors cette étape du rituel en transperçant le cœur de sa victime.

Lorsque le cerf, essoufflé, retire enfin ses bois couverts de sang du corps de l'éléphant, ceux-ci changent à nouveau de forme pour retrouver leur structure habituelle. Cependant, la nouvelle armature se distingue nettement de celle qui précédait l'exécution, car une épaisse branche, proche de la base, semble avoir disparu, emportant avec elle tous les embranchements qu'elle portait. Le reste des bois a conservé son apparence globale, mais se réorganise déjà afin de maintenir l'équilibre et la densité de la structure. Un long silence accompagne traditionnellement cette transformation, un silence solennel brisé uniquement par la lourde chute du pachyderme sacrifié.

Le calme général permet également au cerf de poursuivre efficacement la procédure. Après une longue inspiration, il incline la tête en arrière et pousse un cri puissant qui retentit dans l'immense désert. Les éléphants, y compris les plus jeunes, restent immobiles en attendant l'arrivée du transporteur. Ce dernier n'emprunte pas les mêmes voies que les autres animaux, car il ne fait pas partie du même monde. Il lui serait d'ailleurs impossible de remplir ses fonctions en respectant les lois du monde physique. Quelques minutes après l'appel du cerf, une silhouette vaporeuse émerge du sol sableux à proximité du guide. Cette apparition soudaine canalise à nouveau l'attention du troupeau et replonge l'étrange scène dans un silence funèbre. A mesure que la silhouette approche du guide, elle s'extrait aussi de plus en plus du sol, jusqu'à dévoiler son apparence en entier. Le transporteur n'a pas de visage, ni de membres bien définis, il s'agit seulement d'une forme sombre et allongée, aux contours imprécis. Il ne communique pas avec le monde physique, il n'en a pas besoin car ses tâches sont exécutées machinalement, toujours de la même façon, lorsqu'un cerf invoque ses services. Il apparait à proximité de l'origine de l'appel, puis reconnait le déroulement correct des premières étapes du rituel, avant de se diriger en flottant vers le corps inerte de l'animal sacrifié. Le transporteur détache alors de sa silhouette instable un long membre qui se termine en une multitude de doigts effilés, tous de longueurs différentes. Il oriente ensuite cette étrange main en direction du cadavre, sans qu'aucun contact ne s'effectue entre les deux, puis se retourne lentement. La silhouette s'éloigne alors de l'éléphant, qui semble être attiré par le membre allongé avec un léger retard. Après quelques mètres parcourus à la surface du désert, les deux entités s'enfoncent simultanément dans le sol, laissant derrière eux un étrange dessin dans le sable.

La scène qui s'ensuit est pour le cerf une étape d'acceptation douloureuse, mais prévisible. Tous les éléphants qui souhaitaient suivre le vétéran au sommet du rocher s'écartent du groupe en avançant dans des directions aléatoires, jusqu'à disparaitre définitivement dans la brume. Ceux-là ne reviendront pas, car le guide n'a pas choisi un itinéraire compatible avec leur présence, mais d'autres éléphants s'ajouteront bientôt au troupeau affaibli. Après un nouveau silence marquant à la fois l'errance de leurs anciens compagnons et le deuil d'une possibilité, le groupe peut enfin poursuivre son voyage.

Au terme de plusieurs journées de marche nécessaires pour contourner l'immense rocher, dont le seul avantage était d'offrir chaque jour une mince zone d'ombre pendant quelques heures, le groupe parvient finalement à atteindre l'autre côté. Dans cette région, la brume semble bien moins dense et l'on distingue, au loin, de la végétation en quantité suffisante pour nourrir le troupeau diminué. Aucun doute sur l'itinéraire à suivre, le cerf s'arrête quelques instants afin de permettre aux plus lents de rattraper leur retard, puis repart en direction de l'oasis. Peu d'individus rejoignent le troupeau pendant les voyages de ce type, car il n'y a presque aucune incertitude sur la destination. En revanche, dès que les animaux commencent à entamer la source de nourriture, plusieurs petits groupes d'éléphants se mettent à converger vers le troupeau du cerf, qui s'interroge déjà sur la prochaine trajectoire à choisir. Bien que l'oasis soit un endroit idéal pour s'arrêter quelques jours, ses ressources sont limitées et diminuent rapidement à mesure que le groupe s'agrandit. Il faudra bientôt repartir, et donc abandonner à nouveau une partie du troupeau.

Profitant de son excellente vision et de l'absence de brouillard dans cette région, le guide peut baser sa décision sur des détails invisibles pour le reste du groupe. Les pachydermes agissent instinctivement et ne changent jamais d'avis, il est donc impossible pour le cerf de convaincre les éléphants qui s'engagent sur une autre voie que la sienne. Les hésitations, les erreurs, les choix conscients et les sacrifices qui les accompagnent systématiquement s'enchainent alors pour le guide; à tel point que l'immense troupeau semble s'être renouvelé plusieurs fois, tant les dilemmes, les dangers et les nouvelles opportunités ont été nombreux depuis que le groupe a quitté l'oasis.

Depuis quelques mois, le parcours du troupeau ressemble à un gribouillage absurde; mais cela n'inquiète pas le cerf, qui a récemment compris que sa destination finale n'est pas un lieu géographique bien défini, mais plutôt un état d'esprit. Impossible évidemment d'expliquer cette distinction aux éléphants, qui se contenteront de suivre leur guide tant que leurs besoins vitaux seront satisfaits. Le meneur préfère s'appuyer sur la dissipation perceptible de la brume pour les rassurer; en effet, plus le groupe progresse et plus l'épais brouillard qui recouvrait le désert se retire, dévoilant à l'horizon de nouvelles possibilités invisibles auparavant. Les bois du cerf ont aussi subi de nombreuses modifications pendant les derniers mois; on distingue notamment un long chemin, partant de la base, qui ne comporte aucune ramification sur plusieurs dizaines de centimètres. La sous-structure se replie sur elle-même en enchainant les déviations anguleuses, comme si l'on avait coupé brutalement les directions alternatives pour qu'il ne reste qu'un seul itinéraire jusqu'au premier embranchement.

Après d'autres choix conscients, d'autres incidents, et surtout le mensonge d'un mirage qui coûta la vie à la majorité du troupeau, l'effectif du groupe s'est dangereusement réduit. Une vingtaine d'éléphants, les plus robustes, accompagnent encore le cerf vieillissant; mais de moins en moins d'animaux se décident à rejoindre le troupeau. Pendant toutes ces années de voyage, la complexité des bois du cerf semble s'être progressivement déplacée des extrémités, désormais bien discernables, à la base, supportant l'interminable chemin définissant à lui seul l'aspect de la structure. Seules les extrémités se modifient encore, au rythme des décisions ponctuelles du guide.

Le troupeau se fatigue irrémédiablement, et le cerf n'échappe pas aux conséquences des années d'effort et de réflexion. Ce voyage est limité dans l'espace, dans le temps, et donc dans les possibilités que le guide peut explorer. Il se demande même parfois s'il a encore envie de s'aventurer dans une nouvelle région inconnue, s'il reste dans cet univers quelques variations de décor qui pourraient encore le surprendre et l'émerveiller. Son dernier choix conscient remonte à si longtemps qu'il en a presque oublié l'enjeu, et la fin du voyage semble être déjà déterminée par ses décisions antérieures.

Pour la première fois depuis le début de son périple, le cerf découvre un chemin vaguement tracé dans le sable et, sans se soucier des quelques éléphants qui l'accompagnent encore, il s'engage instinctivement sur cette voie. Le chemin décidera à sa place, cette solution convient au guide fatigué car à cette étape du voyage il n'y a de toute façon plus de bonne ou de mauvaise trajectoire. Après quelques heures de marche sans se retourner, le cerf regarde enfin derrière lui pour constater qu'un seul éléphant l'a suivi jusqu'ici. Les deux animaux affaiblis se fixent alors pendant de longues minutes, en démontrant chacun leur immense respect pour l'autre. Malgré les nombreuses années qui séparent ce moment de leur première rencontre, le guide reconnait cet éléphant. Il était là dès les premiers instants, il était du bon côté de chaque décision, il est le seul à avoir suivi le même itinéraire jusqu'au bout, le seul chemin qui a encore un sens. Il représente tous les phénomènes sur lesquels le cerf n'a pas eu d'influence, tout ce qui a échappé à son contrôle. Il possède aussi dans sa mémoire toutes les décisions, tous les sacrifices, les échecs et les succès qui ont façonné ce voyage. Pour le guide, seule la trace d'une vie persiste, représentée par ses bois, ancrée dans son corps. Il n'y a cette fois plus aucun choix à faire, les bois sont définitivement figés, et il ne reste plus qu'à contempler le passé.

A l'extrémité du chemin, un immense cimetière s'étale à perte de vue. Chaque éléphant sacrifié à la suite d'un choix conscient est enterré ici, quelque part. Le transporteur les a disposés méthodiquement, selon l'importance du choix spécifique qu'ils représentent, car il ne serait pas raisonnable de se remémorer chacun d'eux. En observant cette multitude de tombes alignées, le cerf comprend immédiatement qu'il s'agit de sa destination finale, et qu'il doit désormais parcourir ce cimetière des possibles pour mettre un terme au voyage. Les premières tombes rappellent des moments éprouvants, des choix dont les conséquences étaient pratiquement impossibles à anticiper. Ces choix qui semblaient alors arbitraires acquièrent un nouveau sens lorsque le guide considère enfin d'autres possibilités. En progressant dans les rangées suivantes, le cerf se surprend soudain à imaginer d'autres scénarios, d'autres chemins. Il imagine de nombreuses histoires alternatives, en changeant un ou plusieurs de ces choix cruciaux. Certaines de ces histoires lui déplaisent et confirment ses décisions, d'autres semblent si parfaites que le guide les confond avec des fantasmes utopiques; mais la seule histoire qui importe est déjà figée, inscrite dans les bois du cerf et dans la disposition précise des tombes qui composent le cimetière. La contemplation imagée se poursuit pendant quelques instants, jusqu'à ce que les alternatives fondamentales soient définitivement rejetées. Le cerf revient alors à l'entrée du cimetière et se positionne sur un monticule de terre, de sorte à apercevoir un maximum de tombes.

Une fois cet état de plénitude atteint, une ombre s'élève lentement derrière l'animal épuisé. Le transporteur revient pour une dernière tâche, celle qui mettra un terme à ce long voyage. Car le cerf fait partie de sa propre histoire, qui est désormais terminée. Il reste alors une dernière tombe à ajouter au cimetière des possibles.

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Edouard PArle
Posté le 05/11/2022
Coucou !
Etrange (pas dans le mauvais sens, littéralement) nouvelle, on devine un grand nombre de symboliques derrière l'image du cerf qui mène une troupe d'éléphants. J'ai trouvé l'idée intéressante. Ca m'a rappelé un passage du petit prince où il arrive sur la planète du roi. Le roi ordonne en fonction de ce qui va se passer (tous les jours, il ordonne au soleil de se lever comme si ça dépendait de lui), j'ai vu des symboliques similaires, notamment avec le début du texte et la phrase citée par Sabi dans le cadre des histoires d'or.
Pour le reste, ta plume est très agréable à suivre, on s'imagine facilement le déroulé de l'histoire. La phrase de chute est très intéressante.
Un plaisir,
A bientôt !
LucidNightmare
Posté le 07/11/2022
Hello !

Merci pour ton commentaire.

Le déterminisme et le libre arbitre sont effectivement des thèmes récurrents dans mes nouvelles. Toute l'histoire découle d'une séparation de la conscience (le cerf) et de la mémoire (les éléphants).

J'espère avoir le temps de me lancer prochainement dans L'Attaque des Dragons, ça a l'air assez monumental :)
Edouard PArle
Posté le 07/11/2022
"J'espère avoir le temps de me lancer prochainement dans L'Attaque des Dragons, ça a l'air assez monumental :)"
Je commence la réécriture dans quelques semaines, ça peut être l'occasion de prendre le train en route^^
GueuleDeLoup
Posté le 31/10/2022
Bonjour,

Je suis ici suite à ta publication des histoires d’or et ceci est le premier message que je prend le temps d’écrire après beaucoup (beaucoup) de lecture.

Je ressens un très fort dilemne vis à vis de ton texte parce ce que j’adhère vraiment sans réserve à ton écriture et à toute la symbolique qu’’elle transporte.
Par contre, j’ai vraiment un soucis avec le choix du troupeau d’éléphant. Il y a peut-être un symbole particulier associé à cet animal, mais du coup, même si c’est une histoire symbolique, tu dis énormément de choses qui sont fausses sur l’animal tel qu’il est dans la réalité.
Pour exemple, les éléphants sauvages de namibie sont parfaitement capables de se repérer dans un désert. Ils sont même capable de se repérer dans un désert qu’ils ne connaissent pas si leur ancêtre l’ont parcouru (on ne sait pas encore comment ils se transmettent ces informations).
Alors bien sûr, ce n’est qu’une hsitoire, mais moi, ça m’a sorti plusieurs fois de la nouvelle.
Je me demande si le choix d’un autre animal ne serait pas gagnant.

En tout cas c’était vraiment très chouette et je m’en souviendrais <3.
LucidNightmare
Posté le 01/11/2022
Hello !

Merci pour ton commentaire.

Effectivement, les seules caractéristiques des éléphants que j'exploite sont leur longévité, le fait qu'ils se déplacent en troupeau, et leur mémoire (ils se souviennent de tous les "choix" effectués par le cerf). Ensuite, il s'agit surtout d'un choix personnel parce que je trouvais que ces animaux correspondaient bien à l'ambiance que je recherchais. Mais c'est vrai que d'autres espèces auraient pu être plus appropriées.
Liné
Posté le 11/10/2022
Hello LucidDream !

Comme l'écrit Sabi, cette nouvelle a le mérite de porter énormément de significations possibles, sur la vie en elle-même comme sur des choses plus concrètes. Et ce voyage vers le "cimetière des possibles" (très belle expression) est prenante, je me suis laissée portée !

Elle est très (agréablement) étrange, cette histoire, parce qu'elle nous invite dans un univers tout à fait onirique, avec des destinations et des sens cachés. Et en même temps, le style est très logique, avec des connecteurs très précis, des mots de vocabulaire explicatifs, presque quelque chose de l'ordre de la démonstration scientifique. Au final, surtout dans la première partie, j'ai eu l'impression de lire un guide ou un récit de voyage mais porté sur un univers fantastique. Je ne sais pas si ce contraste est volontaire, mais il fonctionne très bien !

Petite question :
"Les pachydermes agissent instinctivement et ne changent jamais d'avis, il est donc impossible pour le cerf de convaincre les éléphants qui s'engagent sur une autre voie que la sienne. " -> cette phrase arrive après le sacrifice auquel on assiste. Du coup, au moment du sacrifice à proprement parler, le choix du cerf de tuer l'éléphant me paraissait mystérieux. Est-ce que c'est volontaire de ta part de poser cette explication aussi loin dans le récit ? (avec cette phrase, le sacrifice apparaît soudain comme un passage obligé)

A bientôt !
Liné
Posté le 11/10/2022
*LucidNightmare, olala... fin de journée...
LucidNightmare
Posté le 11/10/2022
Merci beaucoup pour ton commentaire !

Le contraste dont tu parles n'est pas volontaire. C'est mon style d'écriture général qui s'impose également dans cette nouvelle. D'habitude, j'écris plutôt de la science-fiction. Les connexions logiques et les explications rationnelles sont donc plus naturellement présentes.

Pour répondre à ta question, cet effet est bien volontaire. Je voulais que le sacrifice reste mystérieux et ritualisé avant de donner plus d'explications.

J'irai voir ce que tu as écrit quand j'aurai un moment :)
Sabi
Posté le 28/09/2022
Comme précédemment, wow. J'irais même jusqu'à t'insulter d'admiration et de respect si je ne me demandais pas si ce serait mal pris.

C'est une histoire qui est d'une profondeur symbolique incroyable. Ça m'a happé dès les premières lignes.
J'ai aussi noté une ligne qui pète la classe : "il serait absurde de distancer la signification de sa propre existence.". La vie de moi ! Sans déconner, ça c'est de la punchline masterace de qualité. Je suis jaloux !
Et dois-je rajouter l'image super bien décrite des bois de cerfs à fractales multiples ? Ça aussi c'est de l'image de compétition !
Bref, en lisant Eudemonia, j'ai senti le talent. En lisant Le Cimetière des Possibles, je suis devenu fan.
Si chacune de tes nouvelles sont de ce calibre, tu peux sans aucun problème prétendre à éditer un recueil de nouvelles, ça marcherait !. En tout cas, j'achèterais sans me poser de question.

Sur ce, continue comme ça ! Il me reste encore une nouvelle de toi à lire, mais je me la garde pour plus tard. C'est un petit sucre d'anticipation. Faire durer le plaisir, c'est capital !
LucidNightmare
Posté le 28/09/2022
Merci pour ton commentaire qui me touche beaucoup et me motive à continuer à écrire.

J'ai effectivement l'espoir de publier un recueil de nouvelles quand j'aurai suffisamment de contenu.
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