Le bureau aux trésors

Notes de l’auteur : Texte écrit en collaboration avec mon fils de 8 ans.

Repassant pour la sixième fois devant la porte du bureau, Robert trépigne. C’est un grand jour, son papa a promis de lui montrer sa dernière trouvaille à 17h et il est 16h52. Les huit minutes qui le séparent de ce grand moment sont interminables. Répétant les allers-retours dans le corridor il sait à présent qu’il lui faut neuf pas pour le traverser, que le papier peint vert sapin est composé de six lés et qu’il y a huit rangés de parquet au sol.

  • Robert, laisse ton père tranquille, il t’appellera quand il sera l’heure.
  • Non ça va, je suis très bien ici.

La maman de Robert est chanteuse d’opéra, elle se produisait sur les plus grandes scènes et jusqu’en Russie. Mais depuis que Robert partage leurs vies, Margaux a trouvé une nouvelle passion, elle donne des cours de chant aux enfants et dirige un orchestre de papis, mamies.  Elle adore sa nouvelle vie, plus de voyages interminables, ni de soirées tardives. Mais quelques fois, elle ressort ses belles robes à paillettes pour des soirées mondaines privées ; les soirées SMP comme elle les appelle. Margaux se produit devant son mari et son fils pour deux ou trois opérettes et la soirée se poursuit devant un dessin animé avec un plateau télé. Voilà ce qui est prévu ce soir et Robert continu de faire les cents pas dans le couloir.

  • Robert, à ton tour mon grand.
  • Je suis là papa. 

Richard, son papa est explorateur, il rapporte de ses voyages toute sorte d’objets mystérieux, tous plus beaux les uns que les autres et son bureau regorge de trésors. Robert a interdiction formelle de franchir le seuil de la porte, sauf lors des soirées SMP. La plupart du temps il reste ainsi dans l’embrasure de la porte durant des heures. Ce qui lui a valu à plusieurs reprises des torticolis pour apercevoir les objets rangés au fond, dans la grande vitrine en bois claire. Enfermés derrière cette paroi de verre, ce sont les objets les plus précieux et les plus rares.

Ces soirs-là, son papa lui raconte une de ses aventures. De chaque continent il a ramené des histoires fabuleuses. Des histoires de cowboys et de princesse indienne en Amérique. Des contes de guerriers africains. Des fables venues d’Asie. Des aventures de chevaliers et de reine en Europe. Des légendes de Dieu en Océanie et le froid polaire de l’Antarctique. Il les aime toutes, quoiqu’il ne connaisse pas celles de l’Antarctique.

  • Mon fils, c’est la dernière histoire que je raconterais, il ne m’est plus possible de voyager pour le moment, mais celle que je m’apprête à te raconter est certainement la plus rocambolesque. Assieds-toi et écoutes.

Robert prend place sur le grand fauteuil en velours rouge, un petit coussin du même tissu se niche au creux de ses reins, il est bien installé. Il pourrait rester lover ainsi durant des heures à écouter les folles histoires de son papa. Seule la petite lampe du bureau produit de la lumière, les rideaux sont tirés, le spectacle peut commencer. Richard se place comme à son habitude sur le grand tapis berbère assortis à la tapisserie du couloir. S’il pouvait parler celui-ci, il en aurait des choses à raconter… Les motifs en son centre sont presque effacés mais on devine encore les dessins géométriques qui le composent.  

Richard se met à gesticuler, à sauter, à tomber et à rire, lui d’ordinaire si sérieux semble sortir de son corps. A quarante ans passés, il est encore très souple et plus grand que la moyenne ses gestes envahissent tout l’espace. La passion l’anime et les yeux grands ouverts de son fils l’encouragent à se déhancher davantage. Robert quant à lui, est hypnotisé, il savoure cet instant et échangerait sans hésitation tout l’or du monde contre un moment comme celui-ci.

Il n’a pas compris toute l’histoire mais qu’importe. Il semblerait qu’une poignée ai été volée et que le monde est en danger. Cette histoire ne tient pas debout, mais Richard narre cet épisode avec tellement de ferveur que le monde peut s’arrêter de tourner, personne ne s’en rendrait compte.

La soirée se poursuit dans le petit salon. Ici c’est le repère de Margaux. Il y a même une petite estrade pour ses récitals. Chaque spectateur est invité à s’installer, Robert et Richard prennent place sur le grand canapé en velours côtelé. Chat-Mallow, le chat, conscient que sa tranquillité va être massacrée quitte avec empressement et dédain son refuge. Il est le matou le plus fainéant de la galaxie, s’il quitte son nid douillet c’est pour en trouver un second à trois enjambées d’ici. Avec ses longs poils gris il ressemble au chat de la publicité pour pâté « Chadore ». Ce félin est beau et il le sait, il passe le plus clair de son temps à se lécher les bigoudis.

La cantatrice quant à elle, est remarquable, elle a choisi une longue robe grenat et deux boucles d’oreilles éclatantes vacillent au rythme de sa respiration. A chaque récital une étrange sensation s’empare de Robert, aspirée par sa chanson Margaux semble partir loin, elle est là bien sûr, mais son âme est ailleurs. Alors il se fait tout petit, il ne voudrait pas lui faire peur et qu’elle parte à tout jamais. Quand à la fin du concert ses yeux se rouvrent délicatement, elle les déposent amoureusement sur Robert et toute la pièce semble illuminée de milles feux.

  Le tableau est parfait, le temps n’a plus de prise sur nos deux garçons et si l’amour pouvait prendre forme humaine, nul doute que Margaux en serait la meilleure interprète.  

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Confetti
Posté le 26/11/2021
Salut !
Très beau texte, le petit Robert est très attachant et j'ai hâte de connaître la suite de son histoire et de celles de ses parents. Les détails sont incroyables et donnent vie au récit de façon remarquable !

J'ai noté un petit détail :
"Des légendes de Dieu en Océanie" : sauf s'il s'agit d'un Dieu d'une religion monothéiste, je mettrai cela au pluriel et en minuscules : "des légendes de dieux d'Océanie"
Et aussi pour les autres histoires rapportées de quelques parts : "Des histoires de cowboys et de princesse indienne en Amérique" -> "d'Amérique"
"Des aventures de chevaliers et de reine en Europe" -> "d'Europe"

Hâte de poursuivre ma lecture !
Au plaisir
Edouard PArle
Posté le 18/11/2021
Coucou !
Joli tableau de famille pour ce premier chapitre. Le petit Robert est attachant et ses parents sont des personnages intéressants avec leurs métiers originaux. Tu tiens de bons personnages.
Quelques remarques :
"je suis très bien ici" il manque le point
"partage leurs vies Margaux" virgule après vies
"plus de voyage interminable, ni de soirée tardive." je mettrais au pluriel ce passage
"quelques fois elle" virgule après fois
"il ne met plus" -> il ne m'est
"Assieds-toi et écoutes." écoute (impératif)
"qu’une poignée ai été volée et que le monde est" -> ait soit
Bien à toi !
Ella Palace
Posté le 17/11/2021
Bonjour Plumette,


J'ai lu ce chapitre d'une traite. Tes personnages sont attachants, d'emblée. Il y a beaucoup de douceur, on est devant un tableau "parfait". C'est un début intéressant et je suis curieuse de voir ce que tu vas en faire...

J'ai relevé des coquilles: à relire.
Aussi, le chapitre apparaît en double... lol

Au plaisir,

Ella
plumette
Posté le 17/11/2021
J'ai corrigé le doublon. Merci beaucoup pour ce tout premier commentaire. ;-)
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