L'Audience

Le temps grisaillait d'une manière presque hivernale. Or, les saisons n'existaient pas dans le Monde des Nuages. Prostrée derrière l'épais rideau du fiacre, Annie observait les gouttes d'eau ricocher contre la vitre dans un ballet mélancolique. Les cumulus, en dessous et au dessus des archipels flottants, déversaient depuis plusieurs heures déjà leurs sanglots déchirants, avec des gémissements qui se glissaient aisément dans la plus sourde des oreilles.

Annie renifla discrètement. Elle avait l'impression que le ciel et elle avaient passé un accord. Comme elle n'arrivait pas à pleurer, c'était l'immensité qui versait des larmes à sa place, l'âme continuellement empathique.

Annie soupira. Non seulement les cahots la secouer vigoureusement, mais ses émotions formaient dans son estomac un ouragan sans pareil. Chaque arômes de chaque sentiments s’emmêlaient à l'intérieur de sa bouche, formant un seul et même goût écœurant.

La jeune fille décolla une mèche dégoulinante de sa joue en ravalant sa soudaine envie de vomir. Ce n'était ni le lieu, ni le moment. Solveig et elle roulaient en direction de l’École Nationale, dans un silence oppressant. L'énorme chignon doré de la mère écrasait le plafond du fiacre, autant que l'épaisseur de ses jupons étouffait la mollesse velouteuse de la banquette. Son visage, qui savait aussi bien revêtir la douceur que l'indignation, était recouvert par une dizaine de plis pensifs et sévères. Annie estima le moment inopportun pour engager la conversation, et remporta son attention sur la vitre.

Les scènes qui se déroulaient à l'extérieur avaient quelque chose de surnaturel. Aucun aristocrate ne venait vanter les mérites d'un cirage à moustache ou d'un poudrage à nez. Tout les Wolkenais se réfugiaient sous le premier toit venu ; qu'il soit un préau en dôme de marbre, le porche d'un logement ou un parapluie. Déjà, des douzaines de fleurs caoutchouteuses se déployaient au-dessus des pavés au sable boueux. Personne n'aimait sentir l'eau ruisseler dans leurs chevelures bien laquées, ni leurs pieds chaussés d'étoiles progresser parmi un sol marécageux. Personne à part Annie, qui espérait que la pluie et le froid mordant pourraient lui clarifier les idées.

Les gouttes d'eau dansaient, bondissaient, ricochaient de toits en toits, de vitres en vitres, avant de s'écrouler, de se briser sur les trottoirs. Peut-être était-ce dû à son humeur massacrante, mais Annie trouvait le spectacle enivrant. Il ne pleuvotait pas seulement sur la cité, mais aussi dans son âme. Car elle était une meurtrière.

Son cœur se sangla lorsque le véhicule passa devant l'arbre sous lequel Xia et elle avaient fait connaissance. L'humaine avait l'impression que cela remontait à si loin... La nostalgie lui pinça le cœur. Elle était si innocente à l'époque.

Comment aurait-elle pu prédire le pétrin qui l'attendait ? Aurait-elle pu s'imaginer un instant dans la peau d'une criminelle, d'une créature apocalyptique ? Annie avait comme possession un bon dosage d’imagination, mais elle doutait que celle-ci puisse s'étirer jusque là.

Telles étaient ses réflexions quand soudain, elle manqua d'air. S'ils venaient de devancer cet arbre, cela voulait dire qu'ils se rapprochaient dangereusement de l’École. Annie eut un sursaut en croisant le regard marbré d'une statue par la fenêtre. Une statue accrochée à un mur d'ivoire montagneux. L’École trônait devant elle, et vu sous cet angle, le bâtiment semblait encore plus impressionnant que dans son souvenir.

Serti de joyaux, de dômes, de vitres en rossasse, de voûtes en ogive et d'ornements artistiques, l’École était en réalité un assemblage de tours plus vertigineuses les unes que les autres, dont les sommets devaient se confondre avec les étoiles. Au dessus de l'entrée principale était éborgné un miroir fissuré, rond et troublé par la pluie.

Lorsque le fiacre s'arrêta devant lui, Annie eut tout le loisir de croiser son reflet pâle et jubilant. Elle descendit en manquant de trébucher sur le marche-pied, escortée par Solveig et sa dignité de princesse.

 -  Par où rentrons-nous ? Lui chuchota Annie en lui serrant le bras jusqu'à ce que cet orange rutilant blanchît.

 -  Par l'entrée principale, évidemment. Où veux-tu rentrer ? Par la fenêtre ?

Annie n'en savait rien mais emprunter cette entrée lui paraissait un peu trop audacieux. Elle n'eut pas le temps de lui faire part de son ressenti, car Solveig l'avait déjà empoigné par le bras et avançait à grand pas vers l'énorme porte. Elle la poussa sans cérémonie et rentra avec la même discrétion éléphantesque. Annie aurait voulu disparaître à jamais.

Au lieu de cela, son regard bascula de l'autre côté du bâtiment. Le bruit incessant de la pluie, des parapluies qu'on déploie et des Wolkenais qui marmonnèrent sous leurs moustaches bien cirées furent aussitôt étouffés. Annie fut immédiatement happée dans un paradis de bleu, de blanc et d'or. Des murs montagneux émergeaient des balcons circulaires, qui s'allongeaient jusqu'aux coupoles. Des imposants lustres incrustés de saphirs surplombaient des enfilades de tapis en velours et escaliers en colimaçon. L'éclat de leurs flammes dansaient sur le verre des voûtes et étincelait les reliures des manuscrits alignés dans les interminables bibliothèques dorées.

Annie s'imagina un instant parmi les étudiants juchés sur les échelles coulissantes, ou parmi ceux qui, installés autour des tables marbrées, lisaient avec une concentration hors du commun. Il y avait tant de livres dans ces rayonnages... Annie comprit aussitôt que si elle était acceptée, c'est ici qu'elle passerait ses heures de pause.

Elle réalisa soudain l'intensité du silence qui l'entourait. Dans ce lieu royal, les chuchotis et le bruit des pages qu'on tournât sautaient aux oreilles. Si la jeune fille se concentrait, elle pourrait presque entendre l’écoulement continu des eaux dans les gouttières. Annie songea que, si quelqu'un eut l'audace d'éternuer en cet instant, cet éternuement aurait l'effet d'un vrombissement de vapomobile.

 -  L'atmosphère n'est pas toujours aussi calme, lui murmura Solveig. Mais nous arrivons dans les heures très propices à l'étude. Détends tes épaules, Ann... Amaya. Tu es toute crispée.

Annie hocha la tête sans obtempérer pour autant. Ses yeux allaient des cloisons de verre dont les statues gravées s'élançaient vers l'avant, aux balcons qui se suspendaient au-dessus du vide. Il y avait même des ascenseurs de verre circulaire qui, comme des bulles de savon, s'élevaient dans les airs de manière verticale. Le cœur battant, elle examina les pancartes peintes qui s'étalaient aux pieds des escaliers. Ce furent des véritables tapements chaotiques qu'elle sentît au creux de sa poitrine lorsqu'elle remarqua, encrée sur l'une d'elles, les mots « Décrochoir d’Étoiles ».

Le bureau de Pollux obliquait dans cette direction. Annie prit une grande bouffée d'air ; il lui sembla qu'elle résonnait parmi la pièce silencieuse. Puis elle relâcha son souffle de toute ses forces, de toute son anxiété. Elle était prête. Mais la pression de ses poings ne se décontracta pas pour autant. Pour que Pollux s'intéressât à elle, elle devait avant tout se cramponner à l'espoir. C'était sa seule chance.

Annie laissa couler ses pieds sur le plancher en évitant le moindre grincement, le moindre craquement. Heureusement, l'escalier ne semblait pas grincheux.

Elle franchit ses trois premières marches avec un sentiment d'irréalité, aussitôt escortée par Solveig. La sueur gouttait de son visage, grisaillait au sol. Elle ne broncha pas quand une grande femme au regard de nuit – une professeure, sans doute – la bouscula. Elle était dans une autre perception de l'univers.

Les marches se grimpèrent ; les ascenseurs décollèrent ; les couloirs se traversèrent dans un silence inhumain. Une seule fois durant sa progression, Annie risqua un coup d’œil à Solveig et crut deviner une lueur de satisfaction dans l’entrebâillement de ses cils. Une bouffée de fierté l'étouffa. Elle avait réussi à apaiser la flamboyance de Solveig, et ce n'était pas mince affaire.

Mais parvenue à une large porte à la poignée dorée, Annie haleta malgré elle. Derrière cette épaisseur de bois se trouvait le chemin de la solution, ou une réponse destructrice. Or elle n'avait pas le choix. Le bras orangé de Solveig passa par-dessus sa tête pour frapper trois petits coups secs. Annie frissonna de la tête aux pieds lorsque la porte s'ouvrit soudain sur un homme élancé, couvert d'un uniforme boutonné de diamants. Sa bouche se tordait en un sourire qui avait du mal à trouver sa place sur sa figure inexpressive.

Annie souffla dans ses mains : il ne s'agissait par là que d'un majordome.

 -  Salutations, mesdames, murmura-il en inclinant respectueusement la tête.

Puis il s’effaça avec la facilité d'un grain de poussière avant que ni Solveig, ni Annie, ne purent lui répondre quoi que ce fut.

La jeune fille n’eut pas à s'en soucier longtemps. Plutôt que bureau, la pièce qui lui ouvrait les bras avait les traits d'un cabinet de curiosité. Il s'agissait d'une salle d'aspect circulaire, au plafond pointu à la longueur monumentale. Annie avait l'impression de se retrouver sous le chapeau d'un lutin, étrangement aménagé. Elle eut vite fait de réaliser qu'elle ne se trouvait non pas sous le couvre-chef de qui que ce fut, mais au sommet de la plus haute tour de l’École. En effet, les clameurs de ses jambes se faisaient puissantes à force d'avoir gravi tant d'escaliers.

En grimaçant, la gorge d'Annie se noua et elle poursuivit son observation, le cœur au bout des lèvres.

Des tableaux, autant que des mécanismes à l'usage mystérieux bordaient les murs. Un paravent mécanique voilait la lumière du jour grisâtre, jouxté d'un télescope au fer scintillant. Des immenses piles de livres maculaient le sol carrelé ; des parchemins, des tâches de café.

Mais ce qui faisait toute l'étrangeté de cette pièce, ou plutôt tout son charme, c'était ces dizaines de machines à la complexité étonnante qui pullulaient de partout. Les étagères ployaient sous le poids des rouages en or.

 -  Êtes-vous madame Solveig de Scintillam et mademoiselle Amaya de Tempus ?

Bouche bée, Annie chercha parmi toute la bizarrerie des lieux le corps d'où provenait la voix qui venait de parler. Elle trouva bientôt, avachi dans un fauteuil au dossier cuivré, un homme dont le nombre rides en disait long sur son âge. De son crâne s'évadait un tumultueux flot nuageux et dans le lait de sa peau se découpait un monocle noir. Le cou tordu du vieil homme tombait sur une carcasse en piteux état, malgré les vêtements princiers qui la recouvrait. Et pourtant, son aspect frêle ne retirait rien à l'aura intimidante qui s'en dégageait. Son œil visible semblait aussi tranchant qu'un rasoir.

Le directeur Pollux se leva avec d'horribles craquements articulaires.

 -  Je vous attendais.

Annie eut un vague hochement de tête. La voix de cet homme était indéfinissable. Brûlante et glacée, puissante et fêlée, on pourrait la qualifier avec tout les adjectifs du monde, même des opposés. Pollux se gratta à la clavicule du nuage qui lui servait de chevelure. Cette masse capillaire était vraiment impressionnante ; on aurait vraiment dit qu'elle se composait de vapeur.

 -  J'avoue que toute cette histoire a titillé mon intérêt, dit-il d'un ton âcre. Pourquoi donc inscrire un élève en cours d'année ? C'est curieux, absolument curieux. Mais après tout, votre idée est originale, donc je n'ai rien à redire.

Pendant qu'il s'avançait vers elles d'une démarche nonchalante, Annie fronça ses sourcils le plus imperceptiblement possible. Était-ce si rare de recevoir des élèves en cours d'année, ici ? On ne devrait pas faire un scandale pour si peu.

A sa droite, Solveig tendit une main avenante au directeur – geste qu'elle s'empressa d'imiter. Annie n'arrivait pas à croire que la mère fut-ce aussi désinvolte. Pour sa part, chacun de ses membres étaient tendus à se rompre.

Toujours aussi engourdi, Pollux serra leurs doigts un à un, tout en sondant leurs regards avec une intensité poignante. Le sien, un ciel brouillé derrière un soleil noir, était savant, d'une curiosité peut-être malsaine. Annie se sentait tellement mal-à-l'aise sous cette œillade appuyée qu'elle avait l'impression que le directeur aspirait chacun de ses secrets, chacune de ses erreurs et maladresses. Ses joues chauffaient et ses mains moitissaient quand il se détourna enfin.

 -  Eh bien, grognassa-il. Je suis un homme à l'esprit si préoccupé que j'en avais oublié les bonnes manières. Jatte de thé ou de café, mesdames ?

 -  Un café, ce sera parfait, dit Solveig en revêtant son sourire éclatant de blancheur.

 -  Moi de même, rauqua Annie en replaçant une mèche derrière son oreille.

Non pas que cette bouclette la gênait ; il s'agissait d'un geste préconisé. Annie ne voulait pas prendre le risque de la mordiller machinalement dans quelques instants.

 -  J'en prends également un. Si vous voulez bien attendre que je retrouve ma cafetière, mesdames. Et je vous prie de m'excuser d'avance si cette audience est coupée par un petit téléphonage. J'ai tellement de choses à gérer dans cette école que je n'ai à peine le temps de regarder les étoiles, ni même d'améliorer mes inventions. Heureusement que j'ai Théière avec moi. Mon hibou m'aide beaucoup pour l'envoi des lettres...

Annie jeta un énième coup d’œil hébété autour d'elle, à nouveau impressionnée par la quantité de machines qui s'activaient dans cette pièce. Elle découvrit bientôt que l'homme qui leur avait ouvert était un automate merveilleusement bien érigé et que la soi-disant cafetière faisait bien un mètre de long. Pollux semblait avoir évolué dans son propre monde, sans ne s'être jamais actualisé sur l'au-delà de sa tour. Sa chevelure nuageuse voltigeant dans son dos, il entreprit de soulever d'importants tas de papier pour y dénicher trois tasses à la porcelaine ornée de rubis.

Les jattes avaient beau être artistiquement diamantées, elles semblaient vieilles et un peu sales.

 -  Tenez, leur dit-il. Vous pouvez patienter sur ces fauteuils là-bas. (Il leur indiqua de son doigt crochu deux monstres de cuir brut arraché, et aux accoudoirs inconfortables) De mon côté, il faut que je me débourbe avec ma vieille cafetière, plutôt capricieuse ces derniers temps. En attendant, mademoiselle Amaya de Tempus, dites-moi tout.

Annie en demeura bouche bée. Elle qui croyait avoir affaire à une audience à l’atmosphère froid et funèbre, là voilà embarquée dans une discussion chaude et soigneusement assourdie par les ronflements des machines alentour.

Elle toussa contre son poing pour s'éclaircir la voix.

 -  Je m'appelle donc Amaya de Tempus, de la Porte d'Aveklämoon. La guerre préside là-bas, vous devez le savoir. Ma famille étant choisie pour la bataille de la « Lune en Cendres », je me suis donc retrouvée seule, abandonnée, effilochée, en quelque sorte. J'ai donc migré. Migré à Scintillam, là où m'attendait ma tante, mon oncle et ma cousine, les seuls membres de ma souche qui ne baignaient pas dans le sang. Mes parents avaient peu de finance, nous nagions dans la pauvresse. Je n'étais donc pas inscrite à l’École de la magie d'Aveklämoon, et à aucun lieu d'étude. Or les passagers de Scintillam sont plus aisés et ils sont acceptés de...

 -  … t'inscrire dans mon établissement, acheva Pollux en finissant de se débattre avec sa bien étrange cafetière.

Il jeta un coup d’œil par dessus son épaule osseuse.

 -  Et c'est tout ? Vous m'avez dispensé de mon heure de pause pour cela ? Une simple histoire de fillette ?

Sa voix avait beau être assourdie par les ronflements proéminents de la cafetière, Annie sentait chacun de ses mots vibrer jusqu'à son cœur. Cette audience ne pouvait pas se terminer ainsi... Ses oreilles se mirent à bourdonner. Caressant ses cheveux cotonneux d'une main, réajustant son monocle de l'autre, Pollux continuait de débiter imperturbablement :

 -  Pas de sang ? Pas de drame ? Pas de...

 -  Mes parents sont partis à la guerre, bredouilla Annie, le ton suppliant et la bouche remplie de postillons rouges. Et j'ai perdu ma mésange domestique...

A ses côtés, Solveig se départait progressivement de son charmant sourire. Derrière ses couches de maquillage, ses yeux faisaient voler des éclairs dorés.

 -  Vous me dites cela sans la moindre amertume, remarqua Pollux, tout en versant le café dans leurs tasses, qui fumèrent aussitôt.

Annie ne pensa pas à lever son auriculaire en avalant une lampée aussi brûlante qu'amère. C'était l'arôme de la défaite. Elle fixa Pollux de tout son courage, de toute sa force, de toute son énergie, de tout son espoir. Les doigts râpeux du vieil homme manipulaient lamentablement son bol, sa bouche fripée se tordait en une grimace approximative. Il avait l'air de se soucier de cette confrontation muette autant que de sa première paire de chaussettes.

Annie décida de ne pas se laisser abattre et inspira.

Une inspiration bruyante, puissante, éloquente et infiniment résolue. A quatorze ans, aucune fille ne devrait respirer d'une telle manière. Il s'agissait d'un acte immensément indécent. Mais cela ne rentrait pas dans les priorités d'Annie.

 -  Je n'en ai que faire de mes parents, cracha-elle enfin. Ce n'était que deux malotrus qui me maltraitaient, qui me considéraient comme le fruit de tout leurs problèmes. Je ne suis pas attachée à eux. S'ils meurent à cette guerre, je n'en éprouverais ni tristesse, ni douleur, ni bonheur. Je ne sentirais rien qu'un vide abyssal. Pas de larmes. Pas de blessures. Rien.

A peine eut-elle écumé ces mots qu'Annie se rendit compte de son erreur. Amaya était censée être une jeune fille délicate et pleine d'espoir ; pas une enfant traumatisée, assidue de vengeance. Annie ne sentait toutefois aucun regret profond. Elle avait l'impression que le masque angélique d'Amya s'était fissuré. Ses bouclettes n'étaient-elles pas noires lorsqu'elle parlât ? Son regard, pas d'une encre brûlante ? Et les reflets bleutés de sa peau, n'avaient-ils pas disparus ? Annie ne savait pas, ne savait plus. La sensation de cesser la comédie paraissait beaucoup plus perturbante qu'elle ne devait l'être. Elle respirait enfin avec ses propres poumons, elle touchait enfin avec sa propre chair.

Il lui sembla que son cœur faisait un bond impressionnant quand elle perçut le regard de Pollux peser sur elle. Son œil pâle clignotait comme une lampe au mécanisme défectueux.

 -  Vous... vous me rappelez quelqu'un...

Annie sursauta au son de ce murmure fragile et nostalgique. Le directeur se confessait avec un accent doux et paternel, absolument contraire à celui de tout à l'heure. Elle rattrapa de justesse sa tasse, qui avait prédit le moment opportun pour s'écraser sinistrement sur le carrelage. Elle redoutait de connaître l'expression de Solveig en cet instant, ce fut pourquoi elle focalisa toute son attention sur Pollux et ses étranges lubies.

Il s'était avancé vers sa fenêtre, et entreprenait maintenant de replier son paravent mécanique. Un rayon de soleil diaphane s'introduisit maladivement dans la pièce, et tenta d'éclairer l'insondable visage de Pollux. En vain. Sa tignasse blême faisait l'effet d'un voile devant son visage, et Annie ne pouvait pas évaluer les dégâts de ses propos.

 -  A qui vous fais-je penser ? Demanda-elle en trempant prudemment ses lèvres dans son café.

Un bruit sourd lui répondit. Annie comprit que Pollux venait de rencogner ses mâchoires l'une contre l'autre. Son visage se fit dégoulinant lorsqu'elle réalisa le silence dans lequel elle baignait. Qu'est-ce qu'il lui avait prit, à poser cette question ?

 -  Bienvenue à l’École Nationale de la Magie, dans la Porte de la Wolken, Amaya de Tempus, conclut le directeur.

Sur ce, une tasse, une poussière et une Annie s'écrasèrent au sol.

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Alice_Lath
Posté le 20/10/2020
"Annie eut tout le loisir de croiser son reflet pâle et jubilant" => Jubilant signifie joyeux haha, je pense qu'il y a un léger contre-sens ici
Egalement, à un endroit, tu as écrit Amya au lieu d'Amaya, vers les derniers paragraphes
Je trouve le revirement du directeur un peu soudain haha, même si je vois ce que tu as voulu dire par là. J'aurais imaginé qu'il pose un peu plus de question pour sonder véritablement l'état d'esprit d'Annie et la tester, au moins pour éviter l'aspect : non, mais oui haha
Sinon, j'ai vraiment bien aimé ce chapitre haha, avec de la pluie (ce que j'aaaime la pluie) et la description du bureau de Pollux. Il y a un côté Dumbledore à ce proviseur je trouve haha, une inspiration ? Enfin bref, Solveig va pouvoir respirer un peu au moins
Et je trouve ça très étonnant qu'il ne fasse pas le rapprochement avec l'actualité quand même
Pluma Atramenta
Posté le 20/10/2020
Merci (encore) pour ta lecture attentive, Alice ! Effectivement, "jubilant" n'était pas le mot adéquat... J'ai du confondre son sens avec un autre ! Et pareil, "Amya" était une p'tite faute de frappe ;)
Je croyais l'avoir dit, mais peut-être n'ai-je pas été assez claire du coup, mais Pollux vit un peu coupé du reste du monde, au sommet de sa tour. Et je crois aussi avoir parlé de son obsession pour le danger...
Mais tu as sans doute raison, même si je voulais moi-même un changement brutal d'état d'esprit vers la fin, j'ai peut-être un peu trop forcer là-dessus. Tout cela manque de réalisme.
Merci, merci de faire partie de mes lectrices ! <3
DraikoPinpix
Posté le 08/08/2020
Coucou !
Chapitre très plaisant à lire ! J'aime bien la description de Pollux, j'espère qu'on le rencontrera plus souvent. Annie s'est bien débrouillée, mais tout ça m'intrigue et j'aimerais savoir pourquoi elle a été acceptée.
Bref, à bientôt pour la suite :)
Pluma Atramenta
Posté le 09/08/2020
Merci beaucoup ! C'est toujours agréable de savoir qu'on arrive à maintenir le suspens :)
Prudence
Posté le 03/08/2020
Me voilà de retour ! ^^

Eh bien, eh bien... J'aime beaucoup le début de ce chapitre, la pluie, tout ça, les coups de projecteurs sur les émotions d'Annie. Solveig est toujours aussi attachante XD, et cela s'enchaîne bien. La description du directeur et de son majordome (et tu nous as bien leurrés !) sont très bien faites, comme la plupart de tes descriptions, je me rends compte. ;-)

En revanche, je pense que tu devrais retravailler la fluidité des dialogues. La réplique où Annie se met en colère est trèèèèèèèèès bien (mais vraiment, - et la question "A qui vous fais-je penser ?", vers la fin, m'a beaucoup plu), je parle plutôt des présentations :

"Je m'appelle donc Amaya de Tempus, de la Porte d'Aveklämoon. Ma famille étant choisie pour la bataille de la « Lune en Cendres », je me suis donc retrouvée seule, abandonnée, en quelque sorte. J'ai migré à Scintillam, là où m'attendait ma tante, mon oncle et ma cousine. Mes parents avaient peu de finance ; je n'étais donc pas inscrite à l’École de la magie d'Aveklämoon. Or les passagers de Scintillam sont plus aisés et ils sont acceptés de..."

-> celle-là en particulier m'a un peu dérangée.


Pour le final : " Bienvenue à l’École Nationale de la Magie, dans la Porte de la Wolken, Amaya de Tempus, fut la repartie du directeur." -> c'est un peu trop prévisible, je te suggère de faire planer le doute dans l'esprit du lecteur un peu comme tu l'as fait avec le majordome. Aussi, à la place de "fut la répartie" (un peu long), je mettrai un simple "conclut" ou un autre mot dans ce goût-là.

Ici : "Sur ce, une tasse, une poussière et une Annie s'écrasèrent au sol." -> Annie s'écrase vraiment au sol ?

-non-opportun -> que dirais-tu de "inopportun" ?

J'achève mon pitit commentaire avec un "La suite !" tonitruant et donne rendez-vous, eh bien, aux prochains chapitres ! ^^
Pluma Atramenta
Posté le 03/08/2020
Ah ! Te revoilà ^^
Comme d'habitude, je ne peux que te remercier copieusement pour ta lecture si attentive, tes remarques constructives et ton enthousiasme toujours grandissant ! Ton commentaire répond exactement à toutes les questions que je me posais sur ce chapitre. Moi aussi, je trouvais le discours d'Annie "brouillon-brouillon", mais je ne savais pas trop comment le peaufiner... Et je trouvais également que quelque chose clochait vers la fin, merci ! <3
Je prends toutes tes remarques avec joie, et pour répondre à ta question, et bien OUI, Annie tombe par terre. J'expliquerais plus précisément cela dans le prochain chapitre, qui arrivera peut-être aujourd'hui, d'ailleurs...
A trèèèès bientôt ! <3 <3 <3
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