L'après

Par Maud14
Notes de l’auteur : Bonsoir, bonsoir!

Je reviens enfin avec la suite de cette histoire! N'hésitez pas à me dire de ce que vous pensez de ce premier chapitre de cette seconde partie... Manque-t-il des éléments selon vous? 

Avez-vous des questions?

A très vite!

« Pour la sixième fois depuis 500 à 600 millions d'années (MA) la terre s'apprête à connaître un grand tournant. A connaître une nouvelle crise d'extinction massive à cause du dérèglement climatique que l'homme a engendré dans sa furieuse course vers le progrès. Il y a dix ans, le GIEC nous annonçait que l'humanité était à l'aube de retombées cataclysmiques. La vie sur Terre aujourd'hui, en 2032, n'est pas la même qu'il y a dix, vingt ou trente ans. Il y a dix ans, on nous disait que les impacts dévastateurs du réchauffement sur la nature est les hommes s'accélèreraient, si des décisions radicales n'étaient pas prises très rapidement. Malheureusement, aucune d'entre elle n'a découlé de ce constat pourtant catastrophique.

Nous y sommes. Tous les jours, de nouveaux impacts irréversibles sont observés par nos scientifiques. 70 millions de personnes ont faim et n'ont pas de quoi se nourrir convenablement. L'Afrique, les Etats-Unis, le Canada, l'Australie, flambent. L'eau se raréfie beaucoup plus vite qu'on ne l'avait prédit, les exodes se multiplient, les Etats montrent des dents, refoulent les réfugiés climatiques à leurs portes, les parquent dans des camps. Malnutrition, sécheresse, inondations, typhons, extinction d'espèce- en dernier lieu, de l'ours polaire... Voilà à quoi ressemble notre Terre, aujourd'hui. Sympa, non? Ça donne envie de faire des enfants! », s'exclama Hyacinthe avant de boire une gorgée d'eau. Alors qu'elle intervenait devant une classe de science Po à Paris, ses pieds arpentaient l'estrade d'est en ouest. Comme ses yeux qui fouillaient chaque étudiant, vérifiant si ses mots avaient un impact sur eux. C'était sa première intervention en tant que journaliste spécialisée sur les sujets environnementaux et de biodiversité. Pour l'occasion, elle s'était acheté un tailleur brun et noir qui la rendait plus... professionnelle. 

Depuis la parution de leur reportage, Ali et elle étaient sollicités aux quatre coins de la France. Plateaux télé, radio, articles, interviews, et même, proposition d'interventions éducatives... Ils étaient devenus soudain audibles. Leurs voix qui avaient dénoncé les escroqueries, intimidations, crimes et impacts sociaux et environnementaux d'Alamar, étaient désormais écoutées. Et il fallait en profiter. 

Ce n'était certainement pas ce que préférait Hyacinthe, mais elle se sentait investi du devoir de le faire. D'élever la voix, de se faire entendre. D'exposer les faits, les terribles vérités qui inquiétaient. Un an déjà que leur reportage sur Alamar en Tanzanie avait vu le jour, était passé sur les ondes radiophoniques, télévisées, internet, papiers... Un an que l'entreprise coulait douloureusement, à petit feu, et perdait tous ses contrats. L'Etat Français avait même pris position publiquement et l'avait lynchée sur l'acropole. Alamar était en banqueroute, une bête noire, comme son pétrole. Suite à ces révélations, des audits externes furent mit en place au sein des entreprises énergétiques et à potentiel de risque environnementaux. Les normes se durcirent, les lois nationales se firent plus ambitieuses, la population sembla réactive. Un an qu'il étaient rentrés de Mtawa. Un an qu'il avait disparu. Elle chassa l'intrus de son esprit et pris une longue respiration.

« Lors des cinq premières crises d'extinctions massives, les éléments primitifs, terre, air, feu et eau eurent un impact majeur. Reprenons d'un point de vu chronologiques: lors de l'extinction de l'Ordovicien, il y a environ 445 millions d'années, 60 à 70% des espèces ont disparues. A cette période, la vie se trouvait principalement dans les océans. Les experts estiment que la formation rapide de glaciers a congelé la plus grande partie de l'eau de la planète, provoquant une chute du niveau de la mer. Les organismes marins comme les éponges et les algues en ont payé le prix, tout comme des coquillages et céphalopodes primitifs et des poissons sans mâchoires appelés ostracodermes. Le refroidissement subit de la Terre aurait pu se produire suite à l'explosion d'un supervolcan il y a 446 millions d'années comme en atteste un pic de mercure récemment détecté dans des roches datant de cette époque. 

Deuxième excitation, celle du Dévonien, il y a environ 360 à 375 millions d'années. C cette fois-ci, jusqu'à 75% des espèces ont disparues. La cause probable? L'épuisement de l'oxygène dans les océans. Là encore, les organismes marins ont été les plus touchés. La fluctuation du niveau des océans ou le changement du climat sont suspectés d'en être responsables. Une des théories estime que la prolifération de végétaux terrestres aurait conduit à une anoxie (manque d'oxygène) dans les eaux de surface. 

Troisième extinction, celle du Permien, il y a environ 252 millions d'années. La plus grosse à l'heure actuelle puisque 95% des espèces de sont éteintes. Les causes probables : impacts d'astéroïdes, activité volcanique. Parfois qualifiée de "mère de toutes les extinctions", cette crise biologique de grande ampleur a dévasté les océans et les terres. Elle est la seule à avoir également pratiquement vu la disparition des insectes. Certains scientifiques estiment qu'elle s'est produite sur une période de millions d'années, d'autres seulement sur 200 000 ans voire même pour la phase finale de l'extinction en moins de 30 000 ans. Les trilobites qui avaient survécu aux deux premières extinctions ont finalement disparu, tout comme certains requins et poissons osseux.

Puis, l'extinction du Trias, il y a environ 200 millions d'années. 70 à 80% de disparition d'espèces. La mystérieuse extinction du Trias a éliminé nombre de grandes espèces terrestres, dont la plupart des archosauriens, ancêtres des dinosaures et dont descendent les oiseaux et crocodiles d'aujourd'hui. La plupart des gros amphibiens ont également disparu. Une théorie évoque des éruptions massives de laves lors du morcèlement de la Pangée, dernier supercontinent, éruptions accompagnées de volumes énormes de dioxyde de carbone ayant provoqué un réchauffement climatique galopant. D'autres scientifiques suspectent des astéroïdes, mais aucun cratère n'a pour l'instant été identifié.

La plus récente et sans doute, la plus connue, l'extinction de Crétacé il y a environ 66 millions d'années. 75% cède perte, cause probable? Impact d'astéroïde. La découverte d'un immense cratère dans ce qui est aujourd'hui la péninsule mexicaine du Yucatan corrobore l'hypothèse que l'impact d'un astéroïde soit responsable de cette crise ayant vu la disparition des dinosaures non aviaires comme les T-Rex et les tricératops. Mais la plupart des mammifères, des tortues, des crocodiles, des grenouilles et des oiseaux ont survécu, tout comme la vie marine, dont les requins, les étoiles de mer et les oursins. Sans les dinosaures, les mammifères ont proliféré, conduisant à la naissance de l'homo sapiens, espèce responsable de la probable sixième extinction actuellement en cours ».

Hyacinthe prit à nouveau une pause, lança un regard circulaire à son auditoire et posa les mains sur le pupitre. 

« Ce qui nous amène à ce qui nous intéresse finalement... L'homme est un élément parmi les autres: l'eau, la terre, l'air, le feu. Il agit sur la planète comme eux, en fait partie intégrante. Lors des crises précédentes, les éléments, porteurs de la vie, ont bien souvent été à l'origine de la disparition de centaines de milliers d'espèces. S'alliant pour créer des conditions défavorables à la vie, happant les météorites, refroidissant, réchauffant, privant d'oxygène... Aujourd'hui, c'est l'homme, qui est en danger et qui se met en danger lui-même. On parle aujourd'hui d'Anthropocène comme une nouvelle époque géologique qui se caractérise par l'avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques. C'est l'âge des humains ! Celui d'un désordre planétaire inédit ».

Hyacinthe se pencha sur le pupitre et répéta chaque mot bien distinctement pour que le message s'ancre dans la tête des étudiants.

« Hier, les éléments primitifs étaient à l'origine de l'extinction d'une grande partie des espèces. Aujourd'hui, l'élément nouveau, l'homme, en est lui-même à l'origine. Ce qui créé de nombreuses perturbations sur les éléments qui se rebellent contre lui. En augmentant la température de la terre, en abattant les forets la privant de CO2, en établissant l'élevage intensif, en envoyant des millions de détritus dans les mer, en polluant sa maison, l'homme déclenche la colère de la Terre! C'est une réponse purement... logique et scientifique. Nos actes ont des impacts ».

La jeune femme referma le cahier de note qu'elle avait apporté et fit signe que son intervention était terminée. Le claquement de deux mains suivit d'une pluie d'applaudissements la décontenancèrent. Sous ses yeux, certains élèves se levèrent de leur siège, tous la regardaient, le front soucieux. Le message était passé, se dit-elle. 

Puis, vint le temps des questions. Le professeur principal s'empara du micro et circula dans la salle pour le porter aux étudiants qui avaient levé la main. Hyacinthe s'était installée dans un fauteuil, face au premier rang de l'amphithéâtre, aux côtés de deux autres professeurs. 

« Pourquoi vous êtes vous engagé dans ce combat? », demanda un jeune homme au manteau de motard.

La jeune femme se racla la gorge et revêtit son masque impénétrable, celui qu'elle empruntait à chacune de ses interventions publiques. Celui qui cachait ce qu'elle souhaitait garder secret, qui gommait ce qui devait être gommé pour ne pas laisser entrevoir qui elle était, au fond. 

« J'ai toujours été très intéressée et curieuse sur le sujet. Et de voir les rapports alarmants s'empiler sur la table sans que rien ne soit fait pour tenter d'améliorer les choses, je crois que ça m'a tout simplement profondément révolté ».

« Est-ce que vous avez un reportage de prévu dans les prochains.. mois? », interrogea une étudiante. 

« Oui, effectivement! Je repars dans un mois... mais je ne peux pas vous dire où », plaisanta-t-elle. 

« Avec Ali Pouran? »

« Avec Ali Pouran »

« Diriez vous que votre nouvelle notoriété découlant du reportage sur Alamar vous sert aujourd'hui à faire passer des messages? »

« Bien sûr! La preuve, je suis ici aujourd'hui avec vous! On va dire que ça nous a permis de d'avoir une voix, et d'essayer d'éveiller les consciences, d'alerter ». 

Le professeur tendit ensuite le micro à un jeune homme qui la fixa étrangement, un sourire au coin des lèvres.

« Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur la vidéo qui fait le tour du monde depuis un an? Ce... type qui commande le sable. Vous l'avez vu, n'est-ce pas? »

Les entrailles de Hyacinthe ne purent s'empêcher de la chatouiller, comme à chaque fois qu'on l'évoquait. Faisant tout son possible pour parler d'une voix calme et posée, elle porta le micro à ses lèvres.

« J'ai déjà répondu sur le sujet. Ali et moi n'avons rien vu de la scène, les shebbabs nous avaient déjà assommés ».

« Pensez-vous qu'il y ait une coïncidence? Pourquoi cet... chose vous aurait aidé? »

L'emploi du mot « chose » lui griffa le coeur et une sourde colère frissonna en elle.

« Je n'ai pas la réponse. Désolée de vous décevoir »

« Certaines sources africaines disent qu'une créature vous aurait libéré du camp des djiaddistes », reprit le jeune homme, semblant ne pas vouloir lâcher le morceau. 

Hyacinthe émit un petit rire qu'elle voulut railleur.

« Les « sources » africaines sont bien embêtées devant le manque de preuves qu'elle ont pu trouvé. Si les shebbas avaient avoué qu'on avait réussis à s'échapper, leur crédibilité en aurait pris un sacré coup. On sait ce qu'on a vécu. Je ne vois pas pourquoi on continue de fantasmer la dessus. D'autres questions pour revenir au sujet? »

Plusieurs questions furent encore posées, et la séance se termina. Hyacinthe sortit de Science Po, passablement remontée. Les stations de métro défilèrent sous ses yeux, les gens, les câbles électriques, les ampoules grillées. La vie passait sous son nez, les rires fusaient près d'elle, les corps se touchaient, s'enlaçaient, les lèvres remuaient. Sa main agrippée à la barre centrale la retenait, l'ancrait. Son regard fixait par intermittence les règles de sécurité inscrite en hauteur, les arrêts de métro qu'elle connaissait déjà par coeur. Mais il ne s'arrêtait jamais sur les gens. Les visage lui restaient inconnus, flous, inexistants, méconnaissables. Ses pas irrités la mena jusqu'à chez Ali qui l'hébergeait avant qu'elle ne rentre à l'ïle-Tudy le lendemain. 

« Bon sang mais ils vont me lâcher avec cette vidéo de merde à la fin! », pesta-t-elle en se débarrassant de son manteau et de son sac à main qu'elle jeta sur un fauteuil.

« Bonjour à toi petite fleur », lui lança Ali de la cuisine. 

Il la rejoignit une tasse de café à la main.

« Tu sais qu'il est genre, 18 heures? », lui fit-elle remarquer sèchement.

« Ok, ok! On se calme, pourquoi tu m'attaque? »

« Désolé »

Les yeux mordorés de son ami l'interrogèrent.

« Si ça chaque fois ça te met dans cet état, arrête ça. Arrête les interventions »

« Tu crois que j'ai le choix? On est pas beaucoup à le faire, c'est important »

Ali soupira et s'appuya sur le rebord de son canapé. Il avait rasé sa barbe ce qui dévoilait la fossette de son menton et le sillon particulièrement creusé au dessus de son arc de cupidon. 

« Alors mets toi à la boxe pour te défouler. Mais pas sur moi! »

Hyacinthe sourit malgré elle et se laissa tomber sur le canapé. Elle s'empara de son téléphone et fit défiler les notifications qui s'y affichaient et qu'elle n'avait pas eu le temps de consulter. L'une d'entre elle l'interpella et elle releva deux yeux sidérés sur Ali qui l'observait, sirotant tranquillement son café tardif. 

« Quoi? », fit-il en fronçant les sourcils. 

« Je... je crois qu'il y a une autre vidéo... », murmura-t-elle en cliquant sur le lien, la main tremblante. Ali avala l'espace entre eux et pencha le visage sur son téléphone. 

Une image floue de prise de vue d'une digue apparut à leurs yeux. Puis, le cadre changea d'un coup et fila sur la gauche, filmant une silhouette lointaine de dos, les mains relevées en V. Soudain le plan se leva dans un à-coup violent et l'on distingua alors nettement une immense vague au loin. Hyacinthe étouffa un petit cri. Cela avait l'air d'être un énième tsunami... Mais alors que la vague menaçante était sur le point de rouler et s'éclater contre la plage où les gens s'étaient mis à courir comme des fourmis affolées, elle parut diminuer lentement. Jusqu'à ne plus être dangereuse du tout et elle s'échoua sur le sable comme celles avant elle. Le portable se remit à filmer cette silhouette solitaire, debout sur la digue, qui n'avait pas déserté comme tout être être humain sensé. La forme se retourna, et le coeur de Hyacinthe loupa un battement.

« C'est lui! », s'exclama Ali, le souffle court. 

Elle comprit alors pourquoi il n'avait pas déserté comme les autres. Parce qu'il n'était pas un être humain sensé.

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joanna_rgnt
Posté le 20/07/2021
OMG enfin la suite !!! Bien évidemment qu'il est de retour !! Aller je continue illico ! J'ai hâte qu'ils se retrouvent olala, mais tellement ! Je suis impatiente de voir ce que tu nous prépare
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