La Tristesse des éléments

Par Liné
Notes de l’auteur : Amélie se remémore son amitié avec Mika, ami d’enfance au tempérament de feu. Et se questionne sur le malheur et le prix des larmes.

   Quand j’ai rencontré Mika, il saignait. Et pleurait à chaudes larmes. Je me souviens très bien de lui, assis dans le bac, jambes écartées, ses gros troncs de cuisses posés sur le sable. Sa casquette rouge lui tombait sur les sourcils tandis que, d’une main potelée et flasque, il repoussait le râteau jaune qu’il avait malencontreusement enfoncé dans son genou ; un maigre filet de sang ruisselait cahin-caha le long de sa peau, formant le plus petit ruisseau jamais découvert.

   Rien de grave : nous avions cinq ans mais, déjà, ses blessures s’imposaient à lui et semblaient aussi insurmontables qu’un naufrage en haute mer. Lorsque je l’ai vu, braillant et pleurnichant à gorge déployée, un choc m’a saisie. J’avais vu beaucoup de bébés pleurer. Toutefois, ces larmes-là aiguisaient ma curiosité. Alors, avec la prudence d’une souris flairant un festin interdit, j’ai piétiné dans la rudesse du sable et me suis assise près de lui. A mon grand soulagement, ma présence est restée indétectée : Mika demeurait immobile, la tête rejetée en arrière, la bouche ouverte, les yeux mouillés et le nez coulant, prêt à engloutir dans sa chair tout ce que le bac à sable contenait de poussière et de drames.

   Si cette première image de Mika s’est gravée dans ma mémoire avec toute la netteté des vieilles photographies c’est que, bien plus tard, j’ai repensé à cette rencontre et m’en suis servie comme d’une clef permettant de déchiffrer une partie de ses actes. Mais aussi parce que je venais d’apprendre, je ne sais plus ni comment ni par qui, l’expression « des larmes de crocodile » - qui avait fait grande impression sur ma petite personne – et que j’avais conscience d’avoir, à portée de mains, le premier spécimen en la matière. C’était très intéressant.

   Aujourd’hui encore, je ne parviens pas à comprendre si les pleurs enfantins de mon ami ont scellé ma fascination pour les larmes ou n’ont fait qu’enclencher une obsession enfouie en moi dès la naissance. Toujours est-il qu’une perle d’eau au coin d’un œil, des iris qui se brouillent sous des vagues incontrôlées, ou des cascades débordant de cils noyés attirent mon attention aussi sûrement qu’une luciole poursuit son point de lumière. Face aux phénomènes lacrymaux, je reste ébahie, intriguée ; j’observe leurs évolutions, étudie leur paroxysme et, dans ma tête, les classe dans un folioscope de toutes les réactions rencontrées.

   Il arrive que les pleureurs me surprennent. Si d’ordinaire les inconnus ne bronchent pas, mes proches, eux, s’offusquent parfois. L’une de mes conjointes est allée jusqu’à me quitter tant cette fascination lui déplaisait. Elle m’a dit : « Amélie, tu es quelqu’un de formidable, mais la glace t’a cassée ». Je préfère ne pas m’avancer quant à la signification exacte de ce constat. Je suppose qu’elle faisait référence à ma jeunesse dans le Nord et, par association, à mes premières années un peu trop mouvementées. A vrai dire, elle n’aurait pas eu tort. Quoiqu’il en soit, s’il avait fallu briser la métaphore et dire les choses comme elles sont, elle aurait dû mentionner l’aveuglement de mes parents et les visites nocturnes de mon cousin. Dans ce Nord où rien ne se dit et tout se perd dans la buée des bouches salies, j’ai eu tellement peur et froid que mon système a gelé, empêchant mon corps de produire de la chaleur et mes yeux, des larmes. De fait, j’ai arrêté de pleurer à l’âge de cinq ans.

   Heureusement, il y avait Mika. Sa famille venait d’emménager en ville. Nos parents se sont rencontrés au parc et se sont liés d’amitié à force de s’y croiser. Il s’avéra que seuls un pâté de maisons et deux trottoirs nous séparaient l’un de l’autre. Toute pragmatique que j’étais et que je suis encore, je me disais que l’on devrait tendre une corde à linge entre nos deux fenêtres en guise de tyrolienne et, ainsi, décharger nos géniteurs de la corvée journalière qui consistait à sortir de la maison pour que Mika et moi puissions nous retrouver.

   Sa famille me faisait penser au Magicien d’Oz, livre que j’avais englouti à un âge précoce. D’ailleurs, j’espérais que des recoins de leur maison ouvriraient sur un univers fantastique qui m’éloignerait de mon cousin. La mère avait un visage poupin, à la peau si lisse qu’elle semblait repassée au fer ; ses jupes bleues ou blanches tournoyaient par-dessus mon regard envieux. Le père, quant à lui, arborait une barbe hirsute d’un roux léonesque. Tous trois formaient un triangle équilibré, sans bruit ni heurt, et au sein duquel le quatrième élément que je constituais était le bienvenu.

   Mika et moi entrèrent dans la même école maternelle, puis dans la même école primaire et, pour ne pas dérégler une amitié toute tracée, nous ne nous quittâmes pas d’une semelle jusqu’à la dernière année du lycée. Aux rentrées scolaires, si par malheur nous nous retrouvions dans deux classes différentes, nous faisions de tels caprices – lui pleurait, moi pas – que l’établissement échangeait l’un de nous avec un élève de l’autre classe, de sorte que nous passâmes toute notre scolarité côte à côte. Une année, Mika poussa très loin les hostilités : pour faire valoir son droit d’être inscrit dans ma classe, droit qui nous avait été refusé par le hasard du tirage au sort, il avait profité de la première récréation pour se calfeutrer dans la salle vide, avait condamné portes et fenêtres avec ce qu’il avait trouvé de chaises, sacs, tableaux et écritoires ; et, en vrai petit révolutionnaire, avait si bien vociféré, scandé, hurlé sa demande, prenant grand soin de produire un raffut de tous les diables que l’école, pour éviter que le scandale n’aille plus loin, n’avait eu d’autre choix que de se plier à sa volonté. Moi, radieuse, avais suivi la scène avec grand intérêt et un sourire amusé au coin des lèvres. J’étais gonflée d’orgueil à l’idée d’être la raison innocente d’un aussi beau capharnaüm.

   A la maison, loin des craies blanches et des bonnes notes, la vie était plus terne. Mon père et ma mère évoluaient dans un monde bien à eux, petit et confortable, dans lequel les banalités déversées à table ou devant la télévision s’entrechoquaient par à-coups épuisés ; sans doute pour signaler au reste de l’univers, inatteignable, que tout était bien rangé. Je jouais le jeu mais, en grandissant, en méprisais les règles. Mon comportement, mes idées, mes intonations de voix dérivèrent goutte-à-goutte vers quelque chose de plus impudent, presque narquois, une touche bien à moi qui me suivrait jusqu’à un âge avancé et que - le contraire m’aurait étonné - ma famille ne releva pas. C’était tout juste si de temps à autre mes parents bravaient leur ordre immuable pour hausser le ton et rassoir leur autorité sur moi ; comme deux vieux sphinx secouant mollement leur crinière, faisant s’agiter dans l’air les particules de poussière qui d’ordinaire les recouvrent et les engloutissent. Ils savaient pourtant ce qui se tramait sous leur toit. Seulement, ils se doutaient qu’en venant à bout de mon aigreur, ils devraient ensuite affronter les monstres égrainés par mon cousin sur son chemin vers ma chambre.

   De cela en particulier, le dénouement reste flou. Je n’ai pas le souvenir de m’être ouverte à un adulte. J’ai dû le faire, c’est sûr. En usant de figures de style inquiétantes dans une rédaction, par exemple. Ou bien en laissant l’infirmière scolaire glisser un regard choqué sur mes cuisses toujours bleuies. Il se peut aussi que Mika ait été à l’origine de mon sauvetage : il était le seul être vivant à qui je me confiais. Avait-il lancé l’alerte en cachette ? Quoi qu’il en soit, la suite des évènements fut à la fois compliquée et ennuyeusement prévisible : mes parents adoptèrent l’air étonné de ceux qui ne savent jamais rien et mon cousin fut incarcéré. On n’en parla plus.

   C’était une résolution en demi-teinte, car ce genre d’épisodes vous poursuit le restant de vos jours avec l’obscénité du pétrole visqueux sur les oiseaux marins. Elle ne me rendit pas mes larmes. Alors, pour tenter de dessécher cette peau sale qui me collait au corps, je me plongeais toutes griffes dehors dans la natation. Gamine, j’avais découvert cette discipline grâce à mon cousin – encore lui – qui avait trouvé un malin plaisir à me jeter dans l’eau d’une piscine municipale. Pour le fuir, j’avais déployé bras et jambes, actionné chaque particule de chair et de muscle et, en deux temps trois mouvements, improvisé une chorégraphie salvatrice. Le plaisir m’en est resté, et avec lui une sensation de puissance particulièrement satisfaisante.

   J’ai traversé le lycée à coups de brasse. J’usais de toute mon énergie, buvais souvent la tasse. Le chlore imprégna mes cheveux et recouvrit ma peau d’une couche de vernis nouvelle, différente, agréable car née de ma propre sueur. Une couche qui cachait la précédente et me lavait de mes souillures. Cette peau-ci, je la battais dur comme fer, la soumettais à une rigueur calculée, la consolidais à dessein. Je m’en fis une carapace rude et épaisse, prête à braver tous les dangers. Avec elle, je circulais dans l’eau, entre les lignes, autour d’autres corps plus lourds et plus lents que le mien, avec une aisance moqueuse. Je virevoltais, grandissais. Etouffais sous l’eau froide toutes les fureurs du monde extérieur. Mes membres s’engourdissaient, mes doigts et mes orteils se fripaient, mes pieds devenaient de grandes hélices de métal. Je luttais, forçais, avançais jusqu’à sentir mon corps se raidir, se crisper, se transformer en un bloc de glace ravageant tout sur son passage. Rien ne m’arrêtait.

   Si je ne nageais pas, je fuyais le chaos familial pour embrasser celui de Mika. Son tempérament était une vraie bouffée d’air frais. Quand il jetait ses cahiers par la fenêtre du café du coin, quand il chantait depuis le toit du lycée ou quand il dansait sur le capot des voitures, j’étais là. A chaque spectacle, il avait son public et j’étais aux premières loges : tout près de lui, en retrait, les yeux rivés sur ses gestes pleins de liberté et sur son sourire qui dévorait le monde. Je n’entrais dans ses folies sous aucun prétexte ; je me contentais d’observer, de profiter de ses éclats et d’enregistrer pour futures références toutes les envies d’envol qu’il me donnait. J’avais l’impression que mon statut de contemplatrice le bousculait, l’encourageait à se surpasser et à franchir des limites toujours plus osées. Dans ma longue vie, peu d’évènements ont été aussi exaltants que ces étincelles-là.

   J’ai aimé le lycée rien que pour Mika. Chacun de ses éclats s’est gravé dans la pierre, sur les bancs, contre les tableaux. L’odeur des cahiers, des crayons et des gommes me rappelait ses folies. Les rentrées de septembre n’étaient jamais moroses, la sonnerie du matin jamais stridente. Maintenant encore, je me rappelle les murs de l’école avec bonheur et dévotion.

   Je passais le plus clair de mon temps libre, non-aquatique, chez lui. Dans sa chambre, il se mouvait à la manière d’un feu follet prêt à en découdre. Il ne tenait jamais en place ; s’il cessait de faire quelque chose, il bondissait immédiatement vers l’activité suivante : devoirs, consoles de jeux, rangement sans conviction, boxe contre le vide, réarrangement des posters… Pour autant, sa présence me faisait l’effet d’une ancre. Quand il s’agitait autour de moi, il devenait un corps en orbite définissant mon axe de rotation. Je n’étais jamais perdue.

   Pour lui, les choses se sont gâtées au cours de notre dix-septième année. Un soir, au beau milieu de l’été, sa mère n’est pas rentrée. Et pour cause : un conducteur l’avait fauchée, brisant son squelette sur le pare-brise. Les autorités ont appelé son père, dont le visage a pris un teint livide tandis que du téléphone s’écoulait la vérité dure et plate ; elle s’est installée dans l’air, y a distillé une lourdeur nauséeuse et a peint sur les joues de Mika une lueur blême. Je ne l’avais jamais vu se figer.

   L’annonce à l’entourage, les funérailles, les impératifs administratifs et le vide de l’absence eurent raison, pour un temps, de Mika et de ses éclats. Il affronta toutes les étapes, moi à ses côtés. Il pleura, je ne l’accompagnai pas. Ses larmes m’étaient inédites : je n’avais encore jamais croisé le deuil.  

   Son attitude changea et, d’abord, il ne se trouva personne pour la juger incompréhensible. Il adoptait par soubresauts des expressions renfrognées, impassibles ou encore rageuses. Je l’avais vu étincelant, spontané, vivant, je le voyais désormais déployer une force orageuse, trouble et mesquine. Une interférence colossale avait fait chavirer son équilibre et inversé le courant magnétique de ses pôles. Il tenait tête aux professeurs avec plus de ferveur, en vint plusieurs fois aux mains avec des élèves du lycée voisin et invitait dans sa voix des inflexions calomnieuses qui ne lui ressemblaient pas.

   D’autres se montrèrent moins obligeants que moi. L’impertinence, la mauvaise humeur, l’imprévisibilité de Mika eurent tôt fait d’agacer. Pour avoir lancé une règle à la tête d’un pion, il écopa de deux jours de renvoi. Puis trois, quand il décida devant témoins de marier son bulletin à la flamme de son briquet. C’était comme s’il en voulait au lycée de laisser couler le long de ses murs les jours, les semaines et les mois des écoliers heureux ; qu’il ne supportait pas que le temps défile ainsi, dans l’indifférence la plus plate. Le père de Mika, exténué de chagrin, n’eut pas assez de force ni d’imagination pour poser un frein sur la pente que dévalait son fils. Le corps enseignant, lui, avait épuisé son indulgence et trouvait plus gratifiant de fouetter d’autres chats, apprivoisés dès la première punition.

   Un soir, alors que je l’incitais à finir ses devoirs et lui proposais mon aide avec une insistance charitable, il entra dans une colère telle que j’aperçus, entre les reflets de ses cheveux roux, des étincelles grésillant à en donner le tournis. Mes yeux s’écarquillèrent, contemplèrent ce feu passager et absorbèrent tout ce que sa foudre avait d’énergie. Croyant que je faisais de son malheur une énième observation scientifique, il leva une main haut dans les airs, desserra un poing gris comme la pierre et, de la paume, frappa ma joue en un claquement sec. Je portais immédiatement mes propres doigts sur les cendres de la gifle, là où je devinais l’échauffement de ma peau. Nous nous regardâmes, incrédules. Puis, parce que je ne savais quelle position adopter – rire ? gronder ? rassurer ? – j’optai pour la facilité et sortis de chez lui. Je sais aujourd’hui que cette absence de réaction n’était ni un vide ni une pause comme je le croyais alors, car rien n’est neutre ; qu’au contraire, il a certainement vécu cette fuite comme une marque d’indifférence ou d’abandon.

   Nous ne revînmes jamais sur cet incident. Le lendemain, lorsque nous nous assîmes côte à côte en classe, nos épaules se frôlèrent comme elles se sont frôlées pendant tant d’années, sous le bruit des chaises que l’on racle et des cahiers que l’on plaque. Nos peaux s’effritèrent avec la même complicité qu’à l’accoutumée. Je frissonnai à son contact d’une excitation grandiose, l’une de celles qui vous accroche l’estomac dans les manèges avant que ne vous prenne le plaisir vertigineux du vide. Mika était encore là, quelque part derrière la tristesse grise ; ses frasques enivrantes ressurgiraient bientôt de lui, de ses yeux affamés et de ses doigts agités. J’imaginais que le climat était temporaire. Le temps pour mon ami d’encaisser le drame de la mort, d’ingérer la tempête pour mieux électriser notre train de vie et repartir sur de nouvelles échappées. Il me suffisait, bêtement, de prendre mon mal en patience. J’avais tort.

   Un soir d’hiver, je quittai la piscine et traversai la ville en vélo. C’était un chemin inhabituel, emprunté par le vent sec et glacial de décembre. Grisée de froid et de fatigue, je laissai mes jambes endolories imposer aux roues les mouvements qui me ramèneraient dans mon lit. Le vélo s’embarqua à flanc de colline, brava la pente qui nous éloignait du centre-ville. Parvenue au sommet je décidai de faire un crochet vers notre lycée ; dans la nuit, la vue de cette bâtisse banale et familière m’était réconfortante.

   Au détour de la ruelle voisine, je fus surprise par une lueur hésitante qui léchait l’asphalte noir de ses tons orangés. Sous ses caresses, le bitume rougissait. Interloquée, je cessai de pédaler ; les roues ralentirent, me portèrent lentement jusqu’au bout de la rue et vinrent perturber de leur dessin rectiligne les halos de lumière valsant au sol. Je sentais gonfler sur mes joues une chaleur douce : la lueur quittait désormais la route et étendait ses lèvres jusque sur mon visage. Au loin, je percevais le grésillement assourdissant d’une catastrophe.

   Lorsqu’enfin je quittai la ruelle et embrassai le lycée d’un seul regard abasourdi, mes craintes se confirmèrent : notre école était en feu. Le rez-de-chaussée hurlait ; il était la proie du cœur, là où le feu commençait et se consolidait, la paume du poing brûlant dont les doigts, les tentacules monstrueux, s’attelaient à une destruction totale et méthodique. Les flammes grondaient, s’échappaient des portes et des fenêtres avec la force des carnivores affamés, s’étiraient haut, haut pour mieux dévorer jusqu’à la dernière miette du toit. Tout grondait. Le feu imposait son crépitement par-dessus le craquement explosif des matières. Un étage s’effondra ; je sursautai et repris mes esprits.

   Devant moi, une silhouette se détachait du massacre orange. Calme, immobile, ses contours épousaient l’incendie. Je l’observai. Elle pencha la tête et je crus qu’elle commandait aux flammes. Puis, avec une lenteur accablante, son buste se contorsionna. De l’ombre dans laquelle elle restait tapie, je vis ses yeux apparaître peu à peu, puis ses cheveux roussis par l’incendie, et ce visage que je connaissais si bien. Lorsqu’il me reconnut, Mika posa sur moi un regard follement serein. Et me sourit.

   La nausée me prit. Cette fois, ce fut à dessein que je choisis la fuite. Je retournai mon vélo d’une main tremblante, l’enfourchai et pédalai le plus vite possible, abandonnant derrière moi la vision terrifiante de mon ami orchestrant les flammes. J’entendis bientôt la sirène des pompiers envelopper le quartier que je venais de quitter à vive allure.

   Une fois rentrée chez moi, je ne dis rien à ma mère ; rien de mon effroi ni du crime de Mika. Le lendemain, tous les parents d’élèves furent informés de l’incendie. Il ne suffit que de quelques jours aux autorités pour trouver un terrain de remplacement et le reste de l’année scolaire se poursuivit dans les locaux de la mairie. Mika ne connut jamais ces classes de fortune. Cette fois, pas d’ébullition enfantine, pas de plan révolutionnaire visant à faire comprendre aux professeurs qu’il était impossible de nous séparer : pour contrer la pyromanie de son fils, le père de Mika l’envoya en pension militaire.  

   Je n’ai pas cherché à lui dire au revoir. Parce que j’étais encore cette adolescente qui ne comprend pas l’importance des mots et des regards échangés entre deux êtres chers, d’une part. D’autre part, parce que la vision de mon école tuée par le feu m’était restée en travers de la gorge. Je ne parvenais à comprendre ni le geste, ni le sourire voilé de flammes que me jeta Mika. Ce sourire fut d’ailleurs ma dernière image de lui adolescent.

   Il partit. Je profitai de mes dernières semaines de cours pour m’habituer à la vie sans lui. Ce fut avec une pointe de cynisme que je réalisai qu’il ne me manquait pas. Que ce n’était pas lui, son corps, sa présence, qui avait bercé mon enfance et embelli mes jeunes jours ; mais ses étincelles, ses escapades, ses coups de théâtre. Eux, évanescents, s’étaient toutes ces années durant agrégés entre mes mains avec la délicatesse de l’eau ; puis, succombant à la plus radicale des folies, à la goutte qui faisait tout déborder, avaient coulé entre mes doigts. Je savais que je pourrais retrouver Mika. Toutefois mon ami, lui, s’était évaporé dans la fumée de son incendie.

   La vie après le lycée m’a réservé d’agréables surprises. J’ai mené une existence calme. Sans accroc ni passion. Non pas que les accrocs et les passions n’aient pas toqué à ma porte. Mais, lorsqu’ils se sont présentés, je les ai accueillis sans crainte ni enthousiasme. Je n’ai jamais cessé d’anesthésier mon corps dans l’eau froide des piscines et en tire toujours un plaisir très égoïste. Je suis devenue nageuse professionnelle. Et suis très fière des deux médailles olympiques qui trônent aujourd’hui sur le manteau de ma cheminée.

   A plusieurs occasions, j’ai revu Mika. Quelques fois en rendant visite à ma mère – le devoir filial est quelque chose qui vous poursuit jusqu’au décès de vos parents. Lors de réunions d’anciens élèves, aussi. Et une fois, complètement par hasard, dans une grande métropole où je concourrais aux championnats nationaux.

   Il n’était plus le feu follet que j’avais connu. L’éclat de ses cheveux roux s’était terni, son sourire s’était assombri et il s’exprimait avec la réticence des prisonniers soumis à leur peine. Il s’était cassé et n’avait jamais été réparé. Cela me fit mal au cœur et, je dois bien l’avouer, pitié. Je pensais à une anecdote qu’une camarade nageuse m’avait narrée : dans certaines contrées d’Asie, paraît-il, les enfants naissent rois et leurs parents cèdent à tous leurs caprices jusqu’à l’âge de trois ans. Le jour de leur troisième anniversaire, le couperet tombe et le pouvoir change de camp : les enfants doivent soudain obéir et participer à la vie matérielle de leur famille. De ce principe d’éducation, les individus apprennent le pessimisme et l’asservissement aux circonstances indépendantes de leur volonté. En d’autres termes, ils se laissent porter par la vague du malheur et ne parviennent pas à sortir la tête de l’eau. Je ne suis pas allée vérifier si cette histoire était vraie : elle me plait trop pour que je risque de la démolir. Quelque part, Mika me fait penser à ces enfants-rois. 

   Parfois, je repense à notre toute première rencontre et à ses larmes de crocodile. Je l’estime veinard d’avoir pu se déverser de la sorte. A vrai dire, je crois être fascinée par les larmes parce que je considère les pleureurs chanceux. Chanceux d’avoir pour tout souci des obstacles finalement surmontables, car au-delà du malheur que les larmes irriguent, il n’y a rien ; chanceux de connaître des émois, des embrasements, des bas qui vous font savourer les hauts.

   Si je ressasse toutes ces histoires, si je partage mes élucubrations sans redouter de radoter c’est que, pas plus tard que ce matin, un ancien camarade de classe m’a appelée pour m’annoncer la nouvelle : hier soir, tard dans la nuit de décembre, Mika s’est tué en s’immolant par le feu.

   J’ai raccroché le téléphone. Ai encaissé le choc. Suis partie nager. Et, pour la première fois en plus de cinquante ans, ai versé une larme. Une vraie. 

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Quine
Posté le 30/12/2018
Coucou Liné ! :D
Bon, alors j'ai dévoré toutes tes nouvelles d'un coup et je vais donc tout commenter ici x)
Déjà, tu m'as conquise avec la première ! Je remarque que j'aime beaucoup les récits qui se déroulent du point de vue d'un enfant parce que j'y trouve des idées super intéressantes, parfois totalement saugrenues et vraiment trsè amusantes. Et cette vision du monde venant d'un enfant (j'ai beaucoup ri), couplée avec cet aspect cauchemardesque (j'ai un peu moins ri) waaaaa, ça m'a transportée ! Vraiment, bravo, je l'ai trouvée formidable du début à la fin, et je te félicite tout particulièrement pour les descrptions de sensations qui sont remarquablement efficaces ! 
Au sujet de Hybris, c'est une super idée de mise en scène du concept ! Puis tu rends fort bien l'aspect visuel/cinématographique de la chose. Tout du long je me suis demandée comment ça allait finir et je ne suis pas déçue, c'est un peu horrible, mais une bonne revanche quand même x).
Je te félicite aussi pour les images que tu dresses à travers un point de vue hyper intéressant dans Blanche, et surtout Une course. La deuxième m'a particulièrement marquée que ce soit au niveau des couleurs, des sensations, et aussi de l'atrocité des images (imagine un peu mon expression entre horreur dégoût et vif intérêt XD) Là aussi l'aspect cauchemardesque est rondement rendu ! 
Ensuite, pour les Bouts de tissu, tu mérites une standing ovation. J'ai totalement sur-kiffé du début à la fin. Et puis bien sûr, je me suis malgré tout fait avoir, et j'ai imaginé Camille comme une demoiselle (merci pour ce plot-twist), et là BAM grosse claque, et beauuuucoup de joie parce que WEEEEEE DES GARCONS EN JUPES :D Le tout couronné par cet uniforme, aaaaaah je danse de joie - bref, ça m'a rendue trop heureuse cette nouvelle !
Pour ce qui est de ta nouvelle finale, je pense qu'il me faudra un peu de temps pour mieux la digérer et l'assimiler. Il y a beaucoup de choses dans un format relativement court (du coup est-ce que ça aurait le mérite d'être plus long ? J'avoue que je ne sais pas trop) qui mènent à la réflexion. Les thèmes que tu abordes m'intéressent beaucoup parce que moi-même je suis une grande pleureuse (mais qui pleure moins ces derniers temps), et ma grand-mère ne peut plus pleurer depuis cinq ans bien qu'elle en ait très envie x). Encore une fois c'est formidablement décrit (des images toujours tip top) et je trouve la fin est très juste. Je ne sais pas comment dire, mais en arrivant au bout je me suis dit que oui, c'était comme ça qu'il fallait que ça se finisse. 
Enfin voilà, bravo pour toutes ces nouvelles très variées et toujours merveilleusement exécutées ! <3 
Liné
Posté le 30/12/2018
Owaa, un aussi grand commentaire ! Merci Quine, je suis ravie de savoir que tu as aimé ces nouvelles !
Et oui, j'adore allier visions cauchemardesques et situations réalistes (enfin, à vrai dire c'est parfois automatique). 
Pour Bouts de tissu, j'avoue avoir moi-même eu un élan de "yes, in your face !!" au moment où je la terminais. Ca fait au moins une note positive et plus joyeuse dans ce mélange de situations un peu moins reluisantes !
Quand à La tristesse des éléments : j'aimerais le retravailler, mais j'hésite encore comment. Je rejoins ton avis, la fin est bien telle qu'elle, avec un dénouement, une réflexion, une légère avancée pour Amélie. En revanche, je crois que j'aimerais ajouter des détails par-ci par-là un peu partout dans l'histoire, étoffer un peu les rapports entre les deux personnages et avec leur environnement propre. D'autant que certaines plumes n'ont pas compris pourquoi Mika mettait le feu au lycée, par exemple. Tu crois que ça ferait trop long ?
En tout cas, merci merci MERCI ! Et à très vite =D
Liné
Laure
Posté le 29/11/2018
Que voilà un autre texte super intéressant !
Les thèmes sont passionnants et le traitement est original ; comme toujours pour tes textes, je sens plein de fraicheur et de nouveauté, et ça fait toujours du bien !
Les larmes qui coulent pas à cause du traumatisme, la natation pour s'en libérer, Mika et son besoin de montrer qu’il existe, Amélie qui croit s’intéresser à lui que comme objet d’étude alors que c’est plus que ça…  Il y a tellement de choses, tellement de pistes lancées que j’aurais eu envie que ça s’allonge un peu ; j’ai trouvé que la nouvelle était peut-être pas le support le plus approprié pour tout ce qui est communiqué dans ce texte. Je pense que j'aurais voulu que ça dure plus longtemps pour que les différentes histoires s'enchevêtrent encore plus et se précisent davantage. Je reste un peu sur ma faim, et c’est là le principal reproche que je ferais à ce texte : il me paraît trop pour être seulement ce qu’il est. Bon, tout cela n’est bien sûr que mon avis et je ne sais pas ce que ça vaut !
J’ai encore passé un très beau moment à te lire ! ♥
Détails :
 « J’avais vu beaucoup de bébés pleurer. Toutefois, je sentais que ces larmes-là aiguisaient ma curiosité. » : Je suis pas sûre du verbe sentir ici, pour moi sa curiosité est aiguisée et c’est tout, la mention de la sensation m’a semblé un peu superflue
« Quoiqu’il, s’il avait fallu briser la métaphore » : Quoi qu’il en soit ?
« Son tempérament était une vraie bouffé d’air frais » : bouffée
« les impératifs administratifs et la vide de l’absence » : le vide
« Il pleura, je ne l’accompagnais pas » : l’accompagnai
« Je portais immédiatement mes propres doigts » : portai
« j’optais pour la facilité et sortis » : optai
« Ce fut avec une pointe de cynisme que je réalisais qu’il ne me manquait pas » : réalisai
« s’étaient toutes ces années durant agrégé entre mes mains » : agrégés
Liné
Posté le 29/11/2018
Olala, pas mal de coquilles dans ce texte ! Merci de les avoir repérées =)
Je suis en train de réfléchir à comment allonger cette nouvelle... Ca permettrait de résoudre ton impression de "je reste un peu sur ma faim" ainsi que le poblème d'autres plumes quant à la compréhension globale des thèmes. Je sèche un peu pour le moment, mais je garde cette nouvelle dans un coin de tête !
Makara
Posté le 04/11/2018
J'ai bien aimé aussi cette nouvelle mais moins que l'autre, peut être car elle est plus tortueuse, moins contemplative mais elle est tout aussi fascinante. Tu arrives à faire vivre ces personnages avec une force que j'ai rarement vu. On se croirait face à des personnages de chairs et d'os ! Ta plume sert ton récit avec virtuosité, bref je suis fan de ton style.
Pleins de bisous volants <3
Makara 
Liné
Posté le 04/11/2018
Ha je sais, cette nouvelle est assez clivante... généralement elle emballe complètement, ou bien elle laisse un peu plus froid ! Je lisais des nouvelles d'Alice Munro au moment de l'écrire (en Norvège, d'ailleurs ^^) je ne sais pas si tu connais cette auteure canadienne - toujours est-il que j'ai voulu tester un ton plus réaliste et froid. Je suis contente d'avoir exploré cette voie mais je m'amuse plus en écrivant des histoires dans le style de Henningsvaer ! En revanche les questions autour du malheur me tenaient beaucoup à coeur :-)
itchane
Posté le 03/11/2018
J'ai vraiment adoré celle-ci ("La Tristesse...").
Peut-être parce que je connais personnellement une personne qui ne pleure plus, pour des raisons un peu similaires... une personne qui elle aussi me disait que ceux qui pleurent ont de la chance. Alors forcément, j'ai trouvé cette nouvelle très très juste et m'a beaucoup émue.
(J'ai lu tes retours de commentaires ici et sur ton JdB alors je me permets de reprendre une conversation à laquelle je n'ai pas participé au départ,) contrairement à Rim et sûrement par cette expérience déjà racontée d'une autre manière par une autre personne je n'ai eu aucun problème à comprendre les différentes réflexions que pouvait apporter ce texte. Qui de Mika ou d'Amélie est le plus malheureux, ou le plus heureux ? Laquelle des deux vies vaut-elle le plus le coup d'être vécue ? Pourquoi le malheur de l'une la pousse à avancer et se protéger alors que le malheur de l'autre le fait au contraire s'autodétruire... il n'y a pas d'explication possible, nous sommes tous différents et il n'y a pas de jugement valable qui puisse être porté sur la vie d'aucun de ces deux personnages.
Merci pour ce magnifique texte : ) 
Liné
Posté le 03/11/2018
Merci à toi surtout d'avoir lu ! :-)
Tu as mis le doigt sur l'objectif principal de la nouvelle. En commençant à l'écrire, je me suis dit que ce que j'exprimais était très evident, voire simpliste. Et en la postant ici je me rends compte du contraire !
J'espère de tout coeur que ton ami(e) a réussi à poursuivre sa vie de la meilleure manière possible. 
À ce sujet, il y a le film Les Chatouilles qui sort dans quelques jours, et qui visiblement parle de "guérison". Je compte bien aller le voir !
Rachael
Posté le 25/08/2018
Hello Liné,
Ah, j’adore la partie sur les larmes, et la fascination de l’héroïne, cette espèce de regard d’entomologiste qu’elle pose sur les pleureurs. Ça m’a fait penser à Amélie Nothomb (à ses moments les plus inspirés). Tiens une Amélie…
D’ailleurs, pour moi, ton héroïne à cause de ce qu’elle a subi, est sortie de l’humanité « ordinaire ». Elle est en dehors. On pourrait dire aussi qu’elle s’est éteinte ou gelée, comme tu le suggères. Ce n’est que grâce à Mika qu’elle s’illumine (opposition eau/feu). Alors quand il ne « pétille plus » elle s’éloigne de lui ou le laisse s’éloigner et découvre qu’elle peut vivre sans lui, même si elle reste gelée et comme anesthésiée (volontairement) en vivant sa vie dans l’eau froide.
Finalement, je trouve ton texte très subtil sur les sentiments, l’amitié, l’amour et le bonheur. Est-ce que Mika faisait le bonheur d’Amélie, ou s’appuyait-elle sur lui parce qu’elle était incapable d’éprouver du bonheur par elle-même ? Je préfère la seconde interprétation, puisqu’Amélie est incapable de l’aider quand il en a besoin. Est-elle à blâmer parce que d’une certaine manière, elle n’a jamais su lui « rendre » ce qu’il lui avait donné ?
Finalement Amélie survit sans Mika, mais elle reste en panne, sans enthousiasme, comme elle le dit, même si elle « réussit » sa vie (médailles olympiques). La mort de Mika lui redonne un accès aux larmes, mais cela ne suffira probablement pas à la « dégeler » puisqu’il est mort et qu’elle repart aussitôt dans l’eau froide.
Le style est toujours aussi riche et fluide à la fois. Ma seule critique à cet égard, c’est que les images eau/glace et l’opposition eau/feu sont peut-être un peu trop appuyées par moment. Je me suis demandé si les explications d’Amélie (Somme toute, depuis mes cinq ans, je n’ai pas pleuré parce que je n’ai jamais connu l’innocence et le bonheur que mon cousin m’a ôtés) étaient nécessaires, car tout dans le texte nous explique déjà la même chose, alors ce n’est peut-être pas la peine de l’écrire en toutes lettres.
Voilà comment j’ai lu ce texte, je l’ai trouvé riche et plein d’émotions. Il est très différent du premier, alors je ne vais pas les comparer, d’ailleurs je ne sais lequel j’ai préféré.
 
Détails
un choc m’a saisie : un choc ça secoue, ça ébranle, ça remue mais saisir, c’est bizarre
je sentais que ces larmes-là aiguisaient ma curiosité : pourquoi pas simplement « ces larmes-là aiguisaient ma curiosité »
Quoiqu’il, s’il avait fallu briser la métaphore : quoi qu’il en soit ?
seuls un pâté de maisons : seul
pour futures références : c’est pas un anglicisme, ça ? En tout cas je trouve ca pas très joli
(il) invitait dans sa voix des inflexions calomnieuses : on dirait plutôt « dans sa voix s’invitaient des inflexions calomnieuses »
Nos peaux s’effritèrent : je ne comprends pas ce que tu veux dire ici
Liné
Posté le 25/08/2018
Hello Rach,
Je suis à la fois surprise et heureuse que cette nouvelle t'ait autant plu, et que tu y ais dénoué autant de ficelles d'intrigues ! D'autres plumes ont trouvé un peu opaque cette relation entre les deux personnages, et se sont notamment demandé pourquoi Mika brûlait le lycée... Là où, en réalité, il s'agit d'étudier les différentes réactions possibles au malheur et aux catastrophes. 
Ce sont des questions que je me pose depuis plusieurs années, et certains amis à moi penchent soit du côté de Mika, soit du côté d'Amélie (au passage, aucune référence intentionnelle à Nothomb, Amélie est tout simplement le premier prénom qui m'est venu à l'esprit en "ie", pour faire une allitération).
Je pense que j'éclaircirai tout de même deux ou trois points afin de rendre certains éléments plus évidents. En revanche, je garde en tête que les oppositions feu/eau/glace te semblent déjà suffisamment (trop) appuyées. Et je partage tes doutes quant à cette phrase de fin, qui ne me ressemble d'ailleurs pas trop... 
MERCI encore pour ton soutien sans faille et à très vite <3
Liné
Rimeko
Posté le 22/08/2018
Re-coucou !
Donc, oui, j'ai lu les deux nouvelles :P Et j'ai pas relevé de coquillettes pour celle-là, donc passons direct au commentaire à proprement dit !
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Tu disais à Rachael que celle-ci était moins cauchemardesque et, EUH. Elle est moins pesante et déstabilisante que la précédente, mais elle est pas très lumineuse pour autant.
J'ai beaucoup aimé le jeu des contrastes entre l'eau / la glace de ta narractrice et la foudre / le feu de son ami... Tu as une plume qui fonctionne très bien avec les images suggestives, les « correspondances » comme dirait Baudelaire (ou les synesthésies, oui, aussi XD), très délicate... J'en suis toujours aussi fan :P J'apprécie le fait également que, même si ta narratrice est représentée par l'eau (plus ou moins), elle ne pleure pas (sauf à la fois, ce qui rend cette unique larme bien plus significative).
Par contre, j'ai quand même au final moins aimé cette nouvelle, parce que j'ai un peu de mal à saisir son... but, en quelque sorte ? Qu'est-ce que tu voulais raconter ? Le destin de deux jeunes qui s'entre-croisent, une amitié entre deux êtres différents, la vie de Mika à travers les yeux de son amie ? Pourquoi as-tu choisi de commencer ton histoire et de la finir ainsi ? Je ne sais pas si tu en avais une idée claire ou non, cependant ça m'a laissée une drôle de sensation à la fin, un peu comme si c'était inachevé. (Après, c'est peut-être un délire personnel hein...) J'ai du mal à voir ce qui motive tes personnages, comment ils évoluent, pourquoi... C'est un peu frustrant.
Quoi qu'il en soit, j'ai hâte de découvrir tes autres nouvelles :) (Tu as en as une autre de prévue déjà ?)
Liné
Posté le 22/08/2018
Riiimeeekoooo <3
Dans mes bras <3
On a déjà discuté de ton commentaire dans mon JdB, alors je passe simplement par là pour te faire un gros câlin <3
Des bises !
Liné
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