la pluie

Par haïku

Depuis les débuts, il me semble que l’angoisse me noue le ventre. Le stress et la peu rythment mon quotidien.
Je vois les jours se dérouler devant moi comme dans un film. Ma vie se passer sans moi.
Je suis un spectre qui observe son quotidien de haut ou de bas.
Tous les matins, je prends ce même train pour aller à ces mêmes cours.
Aujourd’hui, il pleut. La pluie tambourine contre la vitre. Je sens sous mon corps les secousses du train.
J’ai envie de pleurer. Depuis plusieurs jours, j’ai le cœur brisé.
J’ai l’impression d’étouffer dans ce wagon. Il y a tant de monde.
J’essaie de respirer. D’oublier tous ces gens qui me dévisagent.
Je cache mon visage dans mon écharpe.
Tous ces gens beaux fixent leurs pupilles sur moi. Je sens leurs yeux moqueurs sur mon corps. Même les gens laids se permettent de rire.

Parce que je suis encore plus laide.

Et je me décompose sous ces regards objectivement vrais.
Qui m’oppressent.
Je respire fort, laissant mon souffle traverser mes lèvres. Sa douce chaleur me rassure.
Un peu.

 

Au début de l’univers, il paraît qu’il n’y avait rien. C’est sûrement vrai, mais je m’amuse à penser que j’étais déjà là.
Au début de l‘univers, j’étais déjà là. Au tout début, lorsque je ne possédais même pas encore la poussière, je m’émerveillais. Je dansais et mon énergie se confondait avec celle de la pluie. Parce que je n’étais encore rien. Parce qu’il n’y avait encore rien.

Et puis la pluie s’en allait sur la terre formant un ruisseau. Elle était déjà là alors qu’il n’y avait même pas de sang à laver. Elle roulait le long des rochers et s’en allait créer l’univers. L’océan. Mes larmes de joie. Mes larmes de souffrance.
A l’aube de cet univers il n’y avait rien.
Sauf peut-être mon souffle.
Quelque part.
Et la pluie.

La pluie qui aujourd’hui tâche mon visage, bousille mon brushing.
Cette même pluie qui tambourine au dehors du train. Elle est toujours autant belle
Mais je ne veux pas l’admettre. Je suis une personne ordinaire.
Et objectivement laide, je le rappelle.
« C’est vraiment un temps de merde. »

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Louison-
Posté le 15/02/2021
"ces regards objectivement vrais" ou encore "je suis une personne ordinaire. Et objectivement laide, je le rappelle" : j'aime ton emploi du terme "objectif", on sent bien l'ironie derrière et ça donne de l'épaisseur au texte ! Et j'aime que tu mêles la poésie à un texte en prose ! Et et et la dernière phrase qui rompt complètement avec le reste, j'adore ! Puisque tout le long tu te concentres sur l'intériorité de la narratrice et tu clos sur le temps, dehors autrement dit sur qqch qui lui est extérieur et sur lequel elle n'a pas d'emprise, enfin c'est difficile à expliquer ce que j'ai ressenti mais j'ai ressenti une rupture à la toute fin, et à mon sens ce n'était pas uniquement dû à un lexique plus vulgaire, en contraste avec le reste.
haïku
Posté le 03/03/2021
heheh je sais que tu aime la "vulgarité" dans les textes ;) merci pour ton commentaire <3
Debout la Nuit
Posté le 28/01/2021
Encore un beau texte, une thématique du désespoir au quotidien, la difficulté de vivre, le dégout de soi? Le passage dans lequel la narratrice se fond dans l'univers est vraiment bien décrit.
haïku
Posté le 03/03/2021
Merci pour ton commentaire <3
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