La colère de la momie

Par Neila

Le soleil se couchait lorsque je suis arrivé devant l'hôtel President. Le bâtiment principal s'élevait sur quatre étages, au milieu d'un terrain planté de pins.

Le President avait brûlé à trois reprises au cours de son histoire. Le tout premier incendie datait des années trente et avait fait deux morts : un client et une femme de chambre. La rumeur voulait que la femme de chambre soit à l'origine du sinistre, mais personne n'était d'accord sur les raisons de son geste. Certains disaient qu'elle avait cherché à mettre fin à ses jours, accablée par le poids des dettes, d'autres prétendaient qu'elle aurait mis le feu à l'hôtel par vengeance, après avoir été licenciée parce qu'elle fricotait avec le fils du propriétaire. Mais la version que les gens préféraient était de loin celle du crime passionnel. La femme de chambre aurait entretenu une liaison secrète, pas avec le fils, mais avec le propriétaire de l'hôtel lui-même. Elle serait tombée enceinte de ce gars qui, dans un accès de panique, l'aurait assassinée pour la faire taire – avec un revolver, un coupe-papier ou une lampe de chevet, au choix. Puis il aurait maquillé la chose en suicide incendiaire pour étouffer le meurtre.

Suite à la tragédie, l'hôtel avait fait faillite, jusqu'à ce qu'il soit racheté et entièrement rénové en 1940. Quinze ans après l'ouverture, rebelote : le President était parti pour une nouvelle flambée initiée par une employée aux intentions nébuleuses. Puis encore une fois dans les années soixante. Le dernier propriétaire en date avait lutté des années pour redonner au lieu ses quatre étoiles, sans succès. Les accidents et les phénomènes étranges qui se multipliaient faisaient fuir les équipes d'ouvriers les unes après les autres, si bien que plus aucune entreprise ne voulait entendre parler du chantier. L'arriviste qui avait racheté l'hôtel en pensant faire l'affaire du siècle devait désespérément chercher à s'en débarrasser, maintenant. D'ici là, l'hôtel continuait à tomber en ruine, pour le plus grand bonheur des jeunes en mal de sensations fortes.

— C'est là.

Je n'ai pas sursauté en découvrant Giulia à mes côtés.

Elle fixait les fenêtres des derniers étages de son regard d'hypnotisée. L'hôtel dégageait quelque chose de vraiment malsain ; une aura si forte que j'avais pu la percevoir à deux pâtés de maisons. Ça puait le fantôme en colère. La perspective de rentrer là-dedans ne m'enchantait pas franchement, mais si je voulais aider Giulia à se libérer de cet endroit, quelque chose me disait que je n'avais pas le choix. Premier problème : la propriété était cernée par un mur en pierre de plus de deux mètres et les grilles de l'entrée étaient maintenues fermées par un gros cadenas.

— Comment est-ce que t’as fait pour entrer... ?

Giulia a levé le bras et pointé les bennes à ordures rangées contre le mur. J'ai soupiré.

— Quand faut y aller...

J'ai regardé autour de moi. La rue était déserte, mais un détail m'a interpellé. Garée en amont de la ruelle, il y avait une Mercedes noire aux vitres entièrement fumées. Pas le genre de véhicule qu'on s'attend à voir dans un quartier comme celui-ci. Peut-être que j'étais surveillé par les services secrets ou la mafia ? D'accord, je regardais trop de films de gangsters.

Oubliant cette idée, je me suis approché des poubelles. Je n'ai pas eu trop de mal à me hisser sur une des bennes – l'habitude d'en sortir, j'imagine. Une fois perché sur le couvercle, le mur n’était plus si haut que ça. De l'autre côté, le terrain était surélevé par rapport à la ruelle. Je comprenais mieux comment les adolescents s'y prenaient pour entrer et sortir aussi facilement.

Toujours aucun mouvement du côté de la Mercedes. J'ai enjambé le mur et avancé sur le terrain en friche, entre un champ d'oliviers et le grand escalier qui reliait la grille à l'entrée du bâtiment principal. Je me suis arrêté en face de la porte. Le battant était entrouvert.

L'hôtel avait une allure sinistre. Là où le lierre ne s'était pas encore répandu, la peinture, couleur crème, se décrochait par plaques en donnant un aspect de lait caillé à la façade. Une partie du toit était couverte par une bâche qui flottait au vent sans faire de bruit. La plupart des fenêtres étaient condamnées par des volets, excepté deux d'entre elles, entourées d'un halo de suie noire, au troisième étage. On aurait dit deux orbites vides ouvertes sur le néant.

— J'avais pas envie d'entrer, s'est lamentée Giulia, qui m'avait rejoint devant la porte. Mais les filles m'ont dit qu'elles y étaient toutes allées...

Là dessus, j’avais un doute. Giulia a glissé un regard en direction de la rue, comme si elle les revoyait, toutes les trois derrière la grille, qui l'encourageaient à entrer.

— Je voulais pas passer pour une froussarde... alors j'y suis allée.

Elle se rongeait nerveusement les ongles et j'ai attendu qu'elle fasse le premier pas avant de venir ouvrir la porte. Le battant a pivoté en grinçant, histoire de bien faire les choses, et je me suis retrouvé dans le hall.

Noir et poussiéreux, c'était le moins qu'on puisse dire. La pièce avait été vidée de ses meubles, exception faite du comptoir de la réception face à l'entrée. Il y avait aussi des choses que les ouvriers avaient laissées derrière eux : des tréteaux, un escabeau cassé, des parpaings et des clous rouillés... et puis une jolie collection de cadavres de bouteilles de bière et de canettes. Giulia avançait prudemment en tournant la tête dans tous les sens, comme si c'était la première fois qu'elle visitait l'hôtel.

Choisissant le chemin le plus évident, j'ai contourné la réception et me suis engagé dans le couloir. Il y faisait encore plus sombre que dans le hall et je me suis d'abord maudit de ne pas avoir pensé à emporter une lampe de poche. Avant de me rendre compte que j'y voyais assez pour me guider. La lumière de l'extérieur devait réussir à se faufiler jusqu'ici.

Giulia flottait derrière moi, recroquevillée comme une petite fille apeurée, si près que je redoutais qu'elle me passe au travers. Ce n'était pas quelque chose d'agréable, ça non.

On a continué à avancer en silence, dans l'obscurité et les toiles d'araignées, puis un espace s'est ouvert sur la gauche. Deux majestueux escaliers tournants avec palier montaient dans les étages. Giulia a hésité.

— Eh, ça va aller ?

— C'est là-haut, a-t-elle répondu dans un murmure. Là-haut...

D'accord. Là-haut. J'ai pris les devants et commencé à grimper. La rampe était rugueuse de poussière et les marches craquaient si fort sous mon poids que je m'attendais à passer au travers à chaque pas. On venait de franchir le premier étage quand Giulia a rouvert la bouche :

— C'est là que j'ai commencé à les entendre...

Je me suis immobilisé. Oui, moi aussi je les avais entendus.

Des grincements. Des bruits de pas qui se perdaient dans les étages du dessus. Dès que je suspendais mon ascension, ils se suspendaient, mais toujours avec une seconde de retard. Juste de quoi laisser planer le doute. Il avait le sens de la mise en scène, ce fantôme. Mais ça ne servait à rien de faire semblant, je savais qu'il était là. Depuis que j'avais franchi le seuil de l'hôtel, je le sentais partout : dans les murs, le sol, le plafond. Je sentais sa présence qui m'enveloppait et se refermait sur moi comme une couverture – pas le genre duveteuse et réconfortante, plutôt façon papier de verre. Jouer les aventuriers au grand cœur n’était peut-être pas une si bonne idée que ça, en fin de compte. Je m'étais dit qu'en faisant preuve de diplomatie, j'arriverais à raisonner l'esprit qui hantait le President, mais maintenant que je m'y frottais, il était clair que la diplomatie ne suffirait pas à calmer ses ardeurs. Sa hargne était si forte qu'elle rendait l'air acide, piquant. J'en avais la chair de poule et l'estomac qui faisait des cabrioles.

Même si tous mes sens me disaient de déguerpir en vitesse, j'ai pris sur moi et continué à monter. Arrivée sur le palier du troisième étage, Giulia tremblait comme une feuille. Je ne la voyais plus, mais j'entendais son souffle heurté au creux de mon oreille. Sa terreur me transperçait jusqu'à l'os. En avançant dans le couloir, je me suis rendu compte que ma démarche n’était plus aussi sûre qu'avant. J'ai tendu les bras vers les murs sans comprendre pourquoi – j'arrivais toujours à voir où je mettais les pieds – et des tas de pensées bizarres ont commencé à me passer par la tête.

Si tu redescends en courant maintenant elles se moqueront de toi... C'est sûrement des petits animaux qui font tous ces bruits... Je peux le faire, c'est rien, je sais que je peux le faire... Les fantômes, ça existe pas... J'aimerais avoir des amis moi aussi... Dieu veille sur moi... J'ai peur, je veux rentrer... Non, faut que j'apprenne à être courageuse, ou j'arriverais à rien dans la vie…

J'ai compris que toutes ces réflexions, toutes ces réactions, n'étaient pas les miennes mais celles de Giulia. Je revivais ce qu'elle avait vécu. Je refaisais ses gestes. Elle avait peut-être bel et bien fini par se fondre en moi ? Je n'ai pas essayé de lutter. Bizarrement, j'arrivais à prendre suffisamment de recul pour ne pas paniquer. Mon cœur avait beau s'emballer, ma respiration se coincer dans ma gorge et mes jambes trembler, je savais que cette peur n’était pas la mienne et ça me permettait de garder la tête froide. Giulia pouvait guider mon corps, mais mon esprit, lui, restait intouchable.

On a tourné à un angle et continué à progresser à petits pas. La chambre que Giulia avait cherché à atteindre devait être par là. Il y avait une fenêtre tout au bout du couloir, condamnée par des planches. La lumière du soleil couchant se faufilait par les interstices et on a titubé dans sa direction. Chaque porte qu'il fallait dépasser était un défi à franchir pour Giulia, un gouffre de ténèbres que son imagination remplissait de ses peurs les plus terribles. Je n'avais jamais eu peur du noir. J'aimais le mystère qui entourait l'obscurité. À présent, je découvrais que ce mystère pouvait aussi prendre un visage effrayant.

Allez, c'est juste là. Encore un petit effort.

On avait parcouru la moitié du couloir quand un son nouveau s'est joint aux craquements. Quelque chose de plus aigu. On a d'abord cru à des grincements de porte, puis on a reconnu de la musique. La voix d'une chanteuse qui avait dû faire un carton dans les années trente roucoulait en sourdine, étouffée par les murs.

À ce stade, Giulia était tétanisée. Alors, quelque chose s'est mis à taper contre la porte de la chambre 313, tout au bout du couloir, amplifiant sa terreur. Les coups étaient irréguliers et mats, comme si on s'amusait à jeter un oreiller sur la porte, encore et encore. Un coup plus fort que les autres nous a fait sursauter et on a reculé, prêts à détaler.

Attends !

On s'est figés.

— Attends...

Il y avait quelqu'un dans la chambre 313. Une femme. Elle sanglotait. La musique avait disparu, mais les coups continuaient parfois à ébranler la porte.

— Ne me laisse pas... a-t-elle gémi de l'autre côté du panneau.

Giulia avait eu peur, très peur. Sauf qu'à ce moment, elle avait aussi cru qu'une personne avait besoin d'aide. Alors, elle avait pris son courage à deux mains.

— Qui est là ? Est-ce que ça va ?

— Reste... je t'en supplie... reste.

Tout doucement, la porte s'est ouverte. À l'intérieur, l'obscurité était plus épaisse que n'importe où ailleurs et j'ai senti une vague de froid déferler dans le couloir.

— Ne me laisse pas...

La chose qui allait sortir de là n’avait rien de fragile et innocent, contrairement à ce qu'elle voulait nous faire croire. Je pouvais percevoir ses intentions – leurs intentions, car je comptais plus d'un esprit dans ce bouillon de rancœur et d'idées noires – et elles n’étaient pas bonnes. Pas bonnes du tout.

Une main qui rappelait désagréablement une serre, toute noire et rachitique, a émergé des ténèbres et s'est agrippée au montant de la porte.

Tu m'avais promis...

La voix avait changé, elle n'était plus douce et suppliante, mais rauque et chargée de menaces. Et il n'y en avait pas qu'une.

Le menteur... comment as-tu pu nous faire ça ?... elles sont à moi... VA-T’EN !

Une ombre surnaturelle a englouti le bout du couloir, faisant au passage disparaître la fenêtre. Puis elle s'est étirée dans notre direction, avalant le couloir à toute vitesse.

Rejoins-nous !

Giulia a hurlé. On a fait volte-face et couru.

On a filé droit devant. L'esprit qui nous talonnait en piaillant comme un damné, avec son ombre griffue courant sur les murs, ne donnait pas envie de ralentir l'allure, pas même une microseconde. Quand j'ai aperçu le trou au milieu du couloir, c'était trop tard, le sol s'était déjà dérobé sous mes pieds.

J'ai eu le réflexe de tendre les bras et mes mains se sont rattrapées d'extrême justesse au bord du plancher. L'élan a entraîné mes jambes en avant. L'extrémité déchiquetée des lattes s'est enfoncée dans mes paumes et j'ai lâché prise.

Je suis retombé sur le dos un étage plus bas, dans un nuage de poussière. Le choc m'a coupé le souffle.

— Aïe.

Il m'a fallu quelques secondes pour retrouver mes esprits. Le côté positif de cette chute est que j'avais réussi à échapper au fantôme.

J'ai toussé, roulé sur le ventre et me suis redressé sur les genoux. Ici aussi, il y avait un beau trou dans le plancher, qui se superposait à celui de l'étage du dessus et se poursuivait encore à l'étage d'en dessous. L'élan m'avait fait atterrir juste à côté, sans quoi je serais allé m'écraser au rez-de-chaussée.

Tout le monde n’avait pas eu la chance d'y échapper.

Tout en bas, il y avait une silhouette inanimée. La présence de Giulia m'avait déserté, mais je savais où la trouver. Conscient de ce que j'allais découvrir, je me suis relevé et j'ai regagné le rez-de-chaussée.

Elle était dans la salle du restaurant – ou ce que j'ai supposé être la salle du restaurant : une grande pièce au sol recouvert par une bâche en plastique où traînaient des tréteaux, des pots de peinture et des rouleaux. Les portes-fenêtres étaient toutes condamnées par des planches et il flottait dans l'air comme une odeur de chaussette pas fraîche. Je me suis approché de Giulia en silence.

Son esprit était debout, traversé par la poussière qui virevoltait dans les derniers rayons de lumière. Elle fixait son corps étendu à ses pieds.

Il était à peu de choses près comme elle m'était apparue dans les toilettes : la peau aussi blanche que de la porcelaine, couverte de poussière, le sang coulant de son nez et de son oreille, un œil devenu noir à cause des vaisseaux qui y avaient éclaté. Elle avait la tête renversée sur le côté, au milieu d'une flaque de sang sec. Ses yeux étaient grand ouverts, mais ses prunelles étaient vides, recouvertes d'un voile blanc. Le pied de sa jambe gauche formait un drôle d'angle avec son tibia et un essaim de mouches volait autour d'elle.

C'était la première fois que je voyais le corps d'une personne morte. Étrangement, ça ne m'inspirait ni dégoût ni horreur, juste du chagrin.

Giulia continuait à se regarder, le visage inexpressif. Je me suis demandé quelle impression ça pouvait bien faire, de se voir mort. Aussitôt, j'ai repensé à Merlin et ma gorge s'est serrée.

J'étais désolé que Giulia se retrouve devant le fait accompli, comme ça. Son calme me laissait néanmoins penser qu'elle avait déjà compris ce qui lui était arrivé avant d'en avoir la preuve.

— Personne est venu, a-t-elle soufflé, attristée par cette constatation.

Sophia, Annalisa et Doris avaient dû prendre la fuite en l'entendant crier. Sans prévenir personne. Giulia était-elle morte sur le coup ? Est-ce qu'elle aurait pu survivre si quelqu'un avait appelé une ambulance ? À quoi bon se poser ces questions, ce qui était fait était fait.

Je me suis accroupi à côté de son corps et j'ai pris sa main dans la mienne. Elle était froide.

— Enzo... s'il te plaît, ramène-moi chez moi. Mes parents et mon frère... ils doivent m'attendre.

J'ai acquiescé. Il était temps de passer le relais à la police.

Remerciant intérieurement mon père de m'avoir poussé à garder mon téléphone portable sur moi, je me suis relevé et ai extirpé le Nokia de ma poche. J'ai cherché le numéro des secours et lancé l'appel.

Il n'y a pas eu de tonalité. À la place, j'ai entendu des grésillements et derrière les grésillements, des gémissements. Des halètements. Ça m'a mis terriblement mal à l'aise. Puis les halètements ont fait place au râle menaçant d'une femme qui semblait atteinte d'un cancer de la gorge en phase terminale et j'ai éloigné le combiné de mon oreille.

L'atmosphère est redevenue glacée.

— Elle revient ! a glapi Giulia en refermant les bras autour de sa poitrine. La laisse pas m'emmener... je t'en supplie Enzo, me laisse pas !

Dans un angle de la pièce, les murs et le plafond ont viré au noir. Cette fois, on aurait dit qu'ils brûlaient. La peinture faisait des cloques. Le phénomène se répandait comme de l'encre sur un buvard. Une tête est sortie du mur, puis deux bras avec des mains en forme de serre... Franchement ? elle avait l'allure d'une momie calcinée, avec sa peau noire et craquelée, ses orbites vides et ses trois cheveux sur le caillou.

Son âme est à moi ! a grondé la momie.

— Euh, non.

Ma répartie ne lui a pas plu. Elle a poussé un nouveau rugissement d'asthmatique mécontent et tous les objets de la pièce se sont mis à trembler.

Tu n'es pas le bienvenu ici... Faucheur... VA-T’EN !

Bras tendu, elle a alors fusé dans une déferlante de fumée noire : un missile diabolique et furieux lancé vers nous à pleine vitesse.

MEURT !

Après le bleu que m'avait fait Giulia dans les toilettes, je ne doutais pas une seconde qu'un fantôme comme celui-là puisse parvenir à ses fins.

Ne laisse pas la peur te dominer ! a alors couiné une voix à mon oreille. La peur les rend plus fort !

— Je sais, ai-je machinalement répondu.

Guidé par un élan de témérité – ou de folie ? – j'ai enjambé le corps de Giulia et me suis interposé entre l'esprit de ma camarade de classe et celui du President, bras grand écartés. Les ongles de la momie se sont allongés comme des griffes et je les ai vus arriver sur moi à toute allure.

— Disparais ! lui ai-je alors ordonné, avec une assurance dont je ne me serais jamais cru capable.

J'ai senti une force étrange, à la fois brûlante et glacée, grossir dans mon ventre et se libérer d'un seul coup. Alors que ses griffes n'étaient qu'à un centimètre de ma gorge, la momie a éclaté dans un nuage de fumée, comme balayée par une bourrasque invisible. La fumée a disparu dans un dernier râle puis, plus rien.

Tout est redevenu normal. Les objets ne tressautaient plus, l'air était sec et tiède et les murs blancs. L'esprit n'était plus là. Je ne percevais plus du tout sa présence.

J'ai soufflé et baissé les bras. J'avais la sensation d'avoir fait un tour de montagnes russes. Je me suis tourné vers le fantôme de Giulia, soulagé de constater qu'elle était toujours avec moi.

— Ça va ? ai-je réussi à articuler, un peu fébrile.

Elle a hoché la tête avec véhémence. Elle me dévisageait, ses yeux écarquillés brillants d'émotion. C'était presque plus intimidant que la momie. Je crois que je venais de faire quelque chose d'un peu bizarre.

— Allô ? Il y a quelqu'un ? Allô ?

La voix qui s'échappait du téléphone portable, toujours dans ma main, m'a tiré de ma torpeur. Le signal avait enfin trouvé son chemin jusqu'à la police. J'ai inspiré un grand coup et collé le combiné à mon oreille.

L'heure était venue pour Giulia de rentrer chez elle.

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MarineD
Posté le 27/06/2021
Et voilà, premier boss battu, et on a entendu le mot-clé (Comment ça, je joue trop à des RPG ? Je vois pas le rapport.)
Maintenant, je me demande bien combien de temps Enzo va avoir pour se remettre de ses émotions, surtout après ce méchant teaser la dernière fois qu'il a vu son père :)
Neila
Posté le 28/06/2021
Est-ce qu'on est bien sûr qu'il soit battu ? :p
Arf, le pauvre Enzo a pas beaucoup le temps de souffler, faut reconnaitre. Les événements s'enchaînent assez vite ! Mais tu verras bien. ^^ J'espère qu'il arrivera à t'embarquer dans son voyage !
Merci beaucoup pour ta lecture, Marine. <3
Taranee
Posté le 17/01/2021
"- Son âme est à moi !
-Euh, non. "
J'adore ! C'est assez décalé et ça apporte une touche d'originalité au personnage. Généralement, dans ce genre de situation, n'importe qui fuirait en courant mais Enzo, lui, non. Il répond à la momie comme il répondrait à un humain vivant.
Neila
Posté le 01/02/2021
Aah ! Mais honte à moi, je n'avais pas répondu à ton commentaire ! Excuse-moi. é.è
Je suis ravie que la répartie d'Enzo te plaise. ^^ C'était la base du personnage quand je l'ai imaginé : un perso qui prend tout de façon très chill. Ce qui est à des années lumière des personnages que j'ai l'habitude de manier.
En tout cas, merci !!
MariKy
Posté le 11/12/2020
J'aime beaucoup la scène de "fusion" avec Giulia, qui nous permet de voir ce qui lui est arrivé en passant par un discours direct, c'est très bien trouvé ! Beaucoup d'émotions dans ce chapitre, avec cet esprit vengeur et la révélation des pouvoirs d'Enzo... Et puis on devine que quelque chose de plus dangereux se profile à l'horizon avec cette voiture qui semble le surveiller... Bref, c'est toujours très accrocheur :)
Neila
Posté le 11/01/2021
Recoucou.
Ah, je suis contente que la scène de fusion te plaise ! J'ai bien aimé l'écrire aussi. C'était l'occasion de montrer le genre d'influence que les esprits peuvent avoir sur les vivants tout en racontant ce qui est arrivé à Giulia.
Mais oui, le pire est à venir. :P
Mart
Posté le 03/09/2019
Yo Neila!
Il était à couper le souffle, ce chapitre! Enzo l'a échappé belle, avec son réflexe... Sérieux, d'où il croit que reproduire la même chose que Giulia est une bonne idée s'il sait qu'elle est morte??
Bref, j'ai bien vu le film se dérouler devant moi! Les effets spéciaux étaient top!

J'ai quelques petites remarques et suggestions (en plus de cette absence du "ne" de négation, à part à une seule occurrence, qui me perturbe toujours) :
"Si Sophia avait jamais mis un orteil là-dedans, alors moi je dormais tous les soirs à Versailles." C'est peut-être déplacé comme expression, dans la bouche d'un Italien? (oui, je pinaille)
"Avant de me rendre compte que j'y voyais assez pour me guider." Cette phrase ne devrait pas se trouver isolée (ce n'est qu'une proposition circonstancielle de temps).
"C'était pas quelque chose d'agréable, ça non." Il faudrait une petite virgule devant le "non" ;-)
"un essaim de mouches voulaient autour d'elle." -> volait (essaim)
Neila
Posté le 04/09/2019
Coucou Mart !
Ben merci pour le chapitre ! ^w^ Ah ah, on est d'accord que reproduire la même chose que Giulia, c'est pas hyper malin, mais c'est le genre de truc dangereux qu'Enzo fait sans même y penser. Il est plus intuitif que cérébral. :p

L'absence de "ne" te perturbe beaucoup ? é.è J'avoue que j'ai beaucoup de mal à trancher là-dessus... Y a des endroits où je trouve aussi ça perturbant, mais il y a d'autres endroits où, au contraire, les "ne" collent pas avec le niveau de langue et le style que j'aimerais donner à l'histoire... bref, un vrai casse-tête.
Je prends bonne note pour l'expression. J'en ai jamais été très satisfaite de toute façon, je la virerai surement. è.é
Pour la proposition circonstancielle de temps ou même, la virgule, encore une fois, c'est un choix de ma part de ne pas respecter toutes les règles de français... j'essaye d'écrire les choses comme Enzo les dirait. Je peux comprendre que ça rebute... si ça ennuie plus à la lecture qu'autre chose, je vais peut-être renoncer à garder un style trop "parlé". T.T Hésite pas à me dire ce que t'en penses, à pointer les phrases qui passent pas de ton point de vue.

Un gros merci pour ta lecture et ton commentaire ! Je m'empresse d'aller répondre aux autres. :D
Mart
Posté le 04/09/2019
Il y a des endroits où ça passe mieux qu'à d'autres, mais particulièrement lorsque la négation de construit avec d'autres choses que "pas". Ça peut être perturbant de ne pas directement savoir interpréter un "plus" par exemple, et ça arrive assez souvent.
Je pense avoir relevé certains cas dans les autres coms ^^
Je comprends ton parti pris. La circonstancielle ne gêne pas si on lit vite, mais je m'attendais à ce que la phrase continue (j'avais déjà arrêté la précédente) et du coup j'ai dû relire pour comprendre.
Neila
Posté le 04/09/2019
Oui, avec "plus", je comprends que ça gène. Il me semblait m'être décidée à garder les "ne" dans les cas où leur absence rendrait la négation pas très claire... Après, comme c'est pas une décision que j'ai prise tout de suite, j'ai pu laisser passer des phrases où c'était pas claire.
Mais je pense que je vais tout relire et remettre quelques "ne", sauf là où ça me fait vraiment bizarre de les mettre. C'est sûrement plus safe dans ce sens là que dans l'autre.

Je vois je vois. Ben je vais peut-être mettre une virgule alors.

En tout cas, hésite pas à relever toutes les phrases qui passent pas ! (à moins qu'il y en ait trop ^^')
Isapass
Posté le 07/12/2018
Bon d'abord, en arrivant, j'ai constaté que j'avais non pas un mais deux chapitres à lire ! Yeah !
Et celui-là, waouh ! Génial ! Je l'ai lu en apnée ! 
Bon honnêtement, au début, je me suis dit que toute cette histoire avec Giulia était certes passionnante, mais qu'elle nous éloignait un peu des révélations du début. 
Et puis je me suis laissée prendre par le décor du President, la progression d'Enzo et du fantôme de Giulia. Au début c'est calme, mais on ne doute pas une seconde que ça ne va pas durer. Et dès les premiers grincements, on sent que ça va donner la chair de poule.
Ca ne rate pas, avec les voix, l'irruption de la momie, la chute... Et tu as beau raconter des trucs complètements fantastiques, tu le fais de manière visuelle ! On voit les mains en forme de serres, la fumée noire, la momie qui vole, l'esprit qui s'étend dans le couloir... En tout cas, moi j'avais les images sous les yeux !
Et puis j'ai compris à la fin que toute l'histoire de Giulia te servait à montrer les pouvoirs d'Enzo... C'est Merlin qui lui a transmis ça ?
Bref, je suis encore plus fan : entre les décors, les ambiances, les histoires de fantômes qui reprennent dans une version moderne les vieux archétypes du genre et le ton de la narration à la première personne... J'adore !
Détail : 
"Dès que je suspendais mon ascension, ils se suspendaient, mais toujours avec une seconde de retard." : ce serait plus joli sans la répétition. J'imagine que tu l'as faite exprès, comme un écho, mais je trouve que c'est un peu lourd
"La chose qui allait sortir de là avait rien de fragile et innocent " : ni d'innocent ?
"L'extrémité d'échiquetée des lattes s'est enfoncée dans mes paumes et j'ai lâché prise." : déchiquetée 
A très vite
Neila
Posté le 07/12/2018
Coucou Isa ! Désolée pour l'attente.
Eh ben déjà, merci pour ta lecteur et tes deux commentaires. ♥
Je suis contente que toute cette aventure avec Guilia t'ait pas ennuyée, malgré le sentiment « d'aparté ». Comme tu l'as deviné, cette petite histoire me sert à montrer les pouvoirs d'Enzo, mais aussi à illustrer certaines autres choooses... Je peux malheureusement pas en dire plus sans spoiler. é.è Mais ça va vite s'éclairer dans la suite ! Quoi qu'il en soit merci pour les descriptions. ^w^ Me suis jamais essayé au genre « horrifique », et je trouve super dur de réussir à instaurer une ambiance. Oo Heureusement, ça verse plus dans le comique que dans l'horreur.
Merci pour les suggestions et coquilles, je vais aller rectifier tout ça ! Et un gros merci pour tout ce que tu dis là !
Je m'en vais répondre à ton autre commentaire. :D
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