Jour 213 : Mobilité

Mercredi 14 octobre 2020, 20h / Le président de la République parle en ce moment-même. Tout le monde craint les annonces qu'il va faire. La situation sanitaire empire de jour en jour. Sur certains points, elle est même pire qu'en mars dernier. Dans les journaux, à la radio, à la télévision, sur Internet, il est désormais question de confinement localisé pour les grandes métropoles et de couvre-feu.

On va pas se mentir, le climat médiatique prend une tonalité de déjà-vu. L'épidémie reprend et les hôpitaux voient arriver de plus en plus de patients. D'autres pays ont d'ores et déjà pris des mesures très restrictives. La Belgique fait partie de ceux-là : limitation du cercle social à quatre personnes, fermeture des bars et des restaurants à Bruxelles, quarantaine obligatoire pour tout étranger souhaitant rester en Belgique plus de quarante-huit heures.

Nous devions nous rendre en Belgique le week-end dernier, Charlotte et moi. Au final, nous y avons renoncé dès l'annonce de ces mesures. Nous avons vu les amis que nous devions voir par visioconférence et nous nous en sommes tenu là. Hormis la période de confinement, c'est bien la première fois que nous nous contraignons, que nous renonçons à une liberté à cause de la maladie.

Le plus dur dans cette histoire, c'est qu'une amie vivant à Lisbonne devait nous y rejoindre. Elle a finalement décidé d'annuler son vol.

Il est étrange de se dire que des actes autrefois faciles comme voyager d'un pays européen à un autre, réserver une table dans un restaurant, se marier... sont devenus d'un seul coup des entreprises complexes. En tant que frontalier (je vis à quelques mètres de la frontière belge), j'ai des difficultés à concevoir que l'entrée en Belgique me soit, un jour, interdite ou autorisée sous condition.

Cette crise sanitaire nous renvoie aussi à une réalité. Les amis, les proches vivant loin de nous, le sont "pour de vrai". Le téléphone, les réseaux sociaux, les visioconférences ne nous trompent plus, ils ne font plus illusion. Nul ne sait quand il sera à nouveau possible de voyager pour aller les voir, et dans quel pays. Je pense à ceux qui n'ont plus revu la France depuis que tout cela a commencé, j'effleure à peine avec ces quelques phrases les questions qui doivent les tarauder de temps à autres.

Les années 2000, le début du XXIe siècle, étaient marqués par le culte de la mobilité : téléphones mobiles, travailleurs nomades, voyageurs insatiables. L'humain mondialisé était avant tout un homme, une femme possédant la capacité de se déplacer d'un endroit du globe à l'autre en moins de vingt-quatre heure, avec - toujours - la possibilité de faire le voyage retour dans les quarante-huit heures suivant son arrivée. Depuis moins d'un an, cela n'est plus possible, l'individu est aujourd'hui contraint à la sédentarité. Et au fond, c'est certainement cela le plus terrible car notre société avait traduit ses aspirations à la liberté dans la construction d'une mobilité à ce point débridée qu'elle s'affranchissait de limite physiques en développant la technologie nécessaire à l'assouvissement de ses pulsions. L'autre bout du monde, ce n'était même pas la mer à boire, à peine quelques océans à traverser...

Aujourd'hui, tout départ semble déraisonnable, toute villégiature ressemble à un caprice. Nos "allant-de-soi" se confrontent à une série d'interdits. L'immobilité s'impose à nous.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Debout la Nuit
Posté le 11/06/2021
Bonjour Imre Deceka.
Bien exprimées ces notions de mobilité virtuelle et dans la vraie vie. C'est juste que les technologies de communication ont rétréci la Terre. Une personne qui nous envoie une discussion via les réseaux, semble être dans la ville à côté..
Debout la Nuit
Posté le 11/06/2021
C'est un ressenti assez étrange. Je ne crois pas que le confinement changera cette façon de voir.
Imre Décéka
Posté le 09/07/2021
Et ce ressenti est compréhensible. Rien dans le monde ne laisse penser que nous changerons radicalement de mode de vie... pourtant, le période que nous venons de vivre nous montre que c'est nécessaire.
Vous lisez