Jour 18 : Télévision

Jeudi 2 avril 2020, 20h50 / Retour en arrière. Nous retrouvons, Charlotte et moi, un geste que nous n'avons pas effectué depuis treize ou quinze ans : consulter un programme TV ! Depuis mon adolescence, j'ai rarement mis la main sur un TéléLoisir ou un Télé 7 jours et si je l'ai fait, c'était pour remplir une grille de mots croisés chez mes parents et non pour rechercher un programme susceptible de combler le vide existentiel d'une fin de journée où il s'est surtout agi de se déplacer de son lit à son bureau, de son bureau à la cuisine, de la cuisine au jardin, du jardin à la salle de bain et de la salle bain au salon. Trépidante vie de confiné, s'il en est ! 

Ce geste est devenu quotidien. Non pas que nous soyons rivés sur notre écran de télévision tous les soirs, Charlotte et moi... mais les séries et films plaisants sur DVD se tarissent à vue d'oeil, les lectures également et nos stratégies aux jeux de société deviennent de plus en plus sophistiquées et lisibles l'un pour l'autre, si bien que le jeu perd de son intérêt (je commence à gagner et Charlotte n'aime pas ça). Nous n'avons pas d'abonnement Netflix, cela viendra peut-être... En un mot, il faut économiser des "munitions" de loisirs et de divertissements ; et dans ce souci la télévision apparaît comme une corne d'abondance snobée depuis bien trop longtemps ; la voilà réhabilitée objet digne d'intérêt, à mes yeux du moins. Nous poussons même le vice jusqu'à enregistrer (Que tout cela me semble loin!) la diffusion de certains films quand il y a trop de choix : Thérèse Desqueyroux et Un long dimanche de fiançailles, mardi dernier, si vous voulez tout savoir... Rien ne se perd, chaque distraction pouvant nous sortir de notre quotidien est économisée avec la plus grande préciosité.

Alors certes, bien des choses ont changé depuis le temps de mes dix-sept ans : le programme se consulte sur smartphone, il y a plus de vingt chaînes en clair alors que la majeure partie de mon expérience télévisuelle se limitait à moins de dix chaînes, et surtout, ô désagréable prise de conscience, la pub a clairement pris ses droits : le prime-time démarre aujourd'hui après 21h10 alors que, du temps jadis, il commençait à 20h50. Ce moment de lecture, si particulier, du programme TV me renvoie donc à une époque où Internet n'était pas si développé et où la télévision, malgré ses nombreux défauts, parvenait à réunir devant elle, tous les membres d'un foyer. Je l'ai déjà dit : cette période de confinement suspend le temps. Toutes les époques viennent s'y télescoper et, dans ce grand mélange, nous pouvons nous retrouver catapulté une vingtaine d'années en arrière, et au final admettre que tout bien réfléchi, après tout, dans le fond, ce n'est pas si mal... la télévision. 

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