IV.1 Maxhirst

Par Flammy

Réminiscence de Maxhirst

 

Kaea - Quelques années plus tôt…

 

~0~

 

Maxhirst arpentait les rues de Vianum, perdu dans ses pensées. Il cherchait depuis plusieurs lunes d’argent comment ancrer un sortilège particulièrement difficile dans un objet. Il avait enfin trouvé une solution. Il ne lui restait plus qu’à dénicher un artisan qui accepterait de suivre ses instructions pour la conception d’un bijou qui manquerait probablement cruellement d’esthétisme. Mais il ne s’inquiétait pas trop. Il avait compris depuis longtemps que toutes ses lubies, aussi étranges soient-elles, trouveraient toujours satisfaction. S’il y mettait le prix. Maxhirst soupira intérieurement. Il saisissait mal l’attrait pour l’or. Du moment qu’on pouvait dormir au chaud et manger correctement, à quoi bon rechercher plus ?

Maxhirst évoluait machinalement dans la foule lorsque quelqu’un le percuta. Il s’arrêta net et cligna des yeux, surpris. Il avait l'habitude depuis longtemps d’éviter les passants, même dans ses réflexions les plus poussées. Et puis…

— Vous pourriez au moins vous excuser de bousculer une si jolie femme !

La voix, féminine, s’éloigna rapidement, semant derrière elle ses reproches et bougonnements. Maxhirst, totalement pris de court, se retourna et répondit machinalement tout en remontant ses lunettes sur son nez.

— Et vous, vous pourriez me rendre ma bourse ! J’en ai besoin pour un achat pressé…

Sa voleuse s’arrêta net et lui lança un regard éberlué. Il s’agissait d’une petite brune bien en chair, avec des yeux verts pétillants. La bouche entrouverte, elle semblait estomaquée.

— La prochaine fois, essayez d’éviter de détrousser un sorcier. J’ai un sort pour repérer ce genre de… mésaventures.

Maxhirst claqua des doigts. L’instant d’après, sa bourse réapparut dans sa main. Il la rangea de nouveau dans sa poche. Cette scène lui paraissait surréaliste. Il aurait pu récupérer son bien sans même alerter son ravisseur, mais il l’avait interpellé par réflexe. Tous les malandrins des quartiers où il se rendait avaient appris à l’éviter. Il n’avait jamais causé de tort à un hors la loi, mais la réputation de sa lignée suffisait. C’était la première fois depuis des années qu’il était détroussé. La première fois depuis sa rencontre avec Rudy. Cette réflexion tira un sourire mi-figue mi-raisin à Maxhirst. Qu’allait-il lui tomber dessus aujourd’hui ? Rien, probablement. Si sa voleuse avait un tant soit peu de jugeote, elle s’enfuirait sans demander son reste et…

— Comment oses-tu ?!

La petite brune revint vers lui, un doigt accusateur dressé devant elle. La trentaine, elle n’avait visiblement pas froid aux yeux pour sermonner un sorcier qu’elle venait de voler.

— J’avais enfin trouvé un bon pigeon et de quoi pouvoir me la couler douce un moment, et faut que tu te serves de tes sortilèges pour me taper l’affiche ? C’est scandaleux ! Avec la mauvaise réputation que tu me fais, j’ai plus qu’à changer de quartier ! Quel goujat !

— Euh… Désolé ?

Maxhirst se sentait affreusement gêné. Il remonta d’un doigt ses lunettes sur son nez, cherchant du soutien aux alentours. Tous les badauds les ignoraient avec soin. Il n’aurait jamais cru déclencher un tel esclandre en récupérant son bien.

— Comment ça, désolé ?! Tu imagines un peu le préjudice pour moi ? Qu’est-ce que je vais manger ce soir moi ? Et qui devra écumer les quartiers louches ? Une frêle femme comme moi ! Qui sait les mauvaises rencontres que je pourrais y faire ? Monstre sans cœur !

La voleuse continua à déverser ses reproches, comme si elle avait été la personne lésée de l’histoire. Autour d’eux, des promeneurs commencèrent à s’arrêter et à commenter ce qui se passait. Ils n’avaient pas suivi le début de l’incident. En ne se fiant qu’aux récriminations de la brune, il était facile de conclure que Maxhirst avait abusé de ses pouvoirs pour tourmenter une pauvre innocente.

— Euh… Je…

— C’est parce que je suis une femme, c’est ça ? Je suis sûre que tu penses que je devrais rester chez moi à faire la popote pour mon charmant mari ! Tu es contre l’indépendance des femmes ?

— Non, pas du tout, je…

— Et comment je vais survivre si tout se ligue contre moi ?!

Des murmures commencèrent à s’élever pour critiquer le comportement de Maxhirst. D’habitude, il était assez apprécié dans le quartier, mais les sorciers avaient une réputation pas très reluisante à Vianum qui lui rejaillissait dessus. Des gardes s’approchèrent de leur étrange attroupement, pour essayer de régler les choses. Vu comment tout s’enchaînait, il risquait de croupir dans une geôle avant de pouvoir s’expliquer. Il fallait rapidement apaiser sa voleuse, qui continuait dans sa lancée dramatique pour attirer et faire pleurer un maximum de passants.

— Comment je vais manger moi qui dépéris déjà ?!

— Je paierai l’auberge mais, par pitié, calmez-vous !

La brune, au bord des larmes quelques instants plus tôt, afficha un large sourire. Elle sauta au cou de Maxhirst et le serra dans ses bras.

— Merci beaucoup ! J'me doutais qu’un type bien se cachait derrière cet air sévère ! Venez avec moi, je connais l'endroit idéal !

Sans plus accorder d’attention à ses spectateurs, la voleuse attrapa la main de Maxhirst et l’entraîna derrière elle pour fendre la foule. Il lui lança un regard désabusé avant de claquer des doigts. Pour la deuxième fois en peu de temps, il récupéra sa bourse grâce à un sort. La petite brune lui adressa un large sourire, pas du tout gênée de s’être fait prendre de nouveau.

— Ça valait le coup de tenter, non ?

Elle laissa échapper un grand rire, tout en continuant de traîner Maxhirst derrière elle.

 

~0~

 

Après avoir traversé des quartiers de plus en plus riches, Maxhirst se retrouva assis dans le salon dînatoire de l’auberge la plus onéreuse de la cité. C’était la première fois qu’il rentrait dans un tel établissement, habituellement réservé aux plus aisés et aux voyageurs les plus illustres.

— Je suppose que votre choix d’adresse n’est pas fortuit…

— Absolument pas. Ça t’apprendra à tourmenter un pauvre travailleur indépendant.

Maxhirst remonta ses lunettes sur son nez. Son invitée passait commande d’une quantité incroyable de plats et d’alcool, de quoi nourrir plusieurs personnes et de les occuper pendant toute soirée. Il soupira intérieurement. Non seulement il risquait d’être mal vu dans son quartier mais encore en plus, cette rencontre lui coûterait une fortune. Drôle de femme. Il farfouilla un instant dans sa bourse avant de sortir une poignée de pièces qu’il déposa sur la table.

— Cela devrait suffire pour le repas et la nuit.

Maxhirst s'apprêtait à s'en aller quand la brune lui adressa un clin d’œil. Elle leva un doigt et l’agita devant son nez.

— Si j’étais toi, j’attendrais un peu avant de partir. Des hommes nous ont suivis, et ils ont l’air en colère contre les sorciers. Ils sont cachés dehors.

Maxhirst lança un regard surpris à la porte de l’auberge. Il ne remarquait jamais ce genre de choses. Il aurait certainement pu se défaire de quelques fauteurs de trouble, mais il n’aimait pas se battre. Il remonta ses lunettes sur son nez.

— Eh bien… Je suppose que je dois vous remercier de m’avoir prévenu.

— Mais de rien ! En plus, il n’y a rien de plus déprimant que de manger et de boire seule.

Un petit rire agita Maxhirst qui claqua de nouveau des doigts.

— Et puis, cela vous donnera d’autres occasions pour essayer de me détrousser, n’est-ce pas ?

— Tout à fait !

Le majordome arriva à ce moment et déposa devant eux deux assiettes fumantes, ainsi que des chopes de bière. La voleuse attrapa la sienne et la leva.

— Trinquons !

Maxhirst remonta ses lunettes sur son nez, mal à l’aise.

— Je ne euh… Je ne bois pas.

— Ah non, hors de question de jouer les rabats-joie ! Tu vas pas non plus me sortir qu’il ne faut pas manger d’animaux ?!

— Non mais…

— Taratata, tu ne veux pas que je m’énerve de nouveau ?

Sans lui demander son avis, elle lui attrapa la main et y fourra le verre. Maxhirst soupira et abandonna. Il pouvait oublier ses recherches d'enchantements pour le moment. Il leva mollement sa pinte, terriblement mal à l’aise. Son père l’aurait étripé pour moins que cela.

— Puis-je au moins savoir le nom de la personne qui tente de me soûler avec tant d’entrain ?

— Hirst, pour vous détrousser !

Maxhirst avait commencé à boire, goûtant pour la première fois à de l’alcool. Il s’étrangla, autant à cause de l’amertume et des bulles du breuvage que pour la réponse. Il toussota, sous le regard mi-étonné mi-surpris de Hirst.

— Eh bien ! Si tu roules déjà sous la table avec ça, ça va être encore plus rapide que prévu pour te chiper ta bourse tranquille.

Maxhirst mit un moment avant de réussir à respirer de nouveau normalement. Son visage s’était fermé et il s’était tendu malgré lui. Jusqu’à présent, il avait cru à une rencontre surréaliste, mais totalement fortuite. Il se montrait en général très patient. Trop selon Leihulm. Mais cette fois-ci, il parvenait au bout de ses limites.

— Très drôle. Si vous vouliez tenter le mariage, vous auriez pu vous éviter toute cette mascarade et en venir tout de suite aux faits.

Sans chercher à discuter plus, Maxhirst se leva et commença à s’éloigner vers la porte. Il s’en fichait qu’on essaie de l’agresser. Il pourrait toujours se défendre. Mais il ne supportait plus la chasse que lui donnaient toutes les filles célibataires de Vianum. Il tournait la poignée quand il sentit quelqu’un lui saisir le bras. Il se retourna et tomba nez à nez avec Hirst. Pour la première fois depuis leur rencontre, elle paraissait sérieuse, les sourcils froncés.

— Qu’est-ce que c’est que cette histoire de mariage ? Et reviens tout de suite t’asseoir ! Comment veux-tu que je te fasse boire suffisamment pour te voler si tu t’en vas ?

— Vous… vous appelez vraiment Hirst ?

— Pourquoi je mentirais là-dessus ? Si t’envisageais de me remettre à la garde, tu l’aurais fait depuis longtemps.

Maxhirst hésita un moment. Hirst ne paraissait vraiment pas comprendre sa réaction.

— Vous ne savez pas qui je suis ?

— Un type vachement dur à voler ! Mais j’aime bien les défis.

Elle s’était adoucie sur sa dernière phrase, affichant un sourire.

— Passons un marché. Je me pique de bien prévoir les gens d’habitude, mais là je pige rien avec ta tentative de fuite. Explique-moi cette histoire de mariage et j’arrête d’essayer de te prendre ta bourse. Pour le moment, ajouta-t-elle avec un clin d’œil.

Maxhirst hésita un instant. Il aurait pu partir à l’instant et ne plus jamais entendre parler de cette drôle de voleuse. Mais quelque chose le retint. La curiosité. Et aussi autre chose. Si elle s’appelait vraiment Hirst, se pouvait-il que… Il soupira et remonta distraitement ses lunettes sur son nez. Il retourna à table et entama son repas et ses explications. Tout cela lui paraissait totalement surréaliste. Au moins, la nourriture était bonne.

— Est-ce que vous connaissez la lignée des Max ?

— Bien sûr ! Tu me prends pour qui ?! Ce sont les sorciers les plus célèbres du continent !

Énervée qu’on mette en doute sa culture, Hirst attrapa sa chope et commença à boire. Quelques instants plus tard, elle reposait le verre vide. Maxhirst la fixa, impressionné. Niveau descente, elle battait Leihulm.

— Est-ce que vous savez comment les mariages sont décidés dans cette famille ?

— Ba… Par amour ou par intérêt, je suppose, non ?

Maxhirst secoua négativement la tête.

— Lors de la naissance d’un enfant, son nom est révélé via un opuscule ensorcelé qui se transmet de père en fils. C'est toujours la même structure, Max, suivi de la première syllabe du nom de la future épouse.

— Quoi ?! C’est un bouquin qui décide de tout ? C’est idiot !

Hirst éclata de rire et entama son deuxième verre.

— Et quel est le rapport avec…

Son expression joyeuse se figea alors qu’une lueur de compréhension apparut dans son regard. Maxhirst esquissa un léger sourire et leva sa chope en son honneur.

— Je m’appelle Maxhirst.

Un silence plana quelques instants avant que Hirst ne réagisse de nouveau. Elle plaqua ses mains sur la table et se redressa, renouant avec ses manières exubérantes.

— Quoi ?! Hors de question que je me marie, et encore moins avec toi ! Un type qui tient pas l’alcool ! Et puis quoi encore ?

 

Maxhirst se contenta de boire une nouvelle gorgée, sans s’étrangler cette fois-ci. Amusé, il écouta pendant longuement les récriminations de Hirst, visiblement plus intéressée par sa liberté que par fonder une famille. La discussion roula sur sa vie, haute en couleur. Elle passait son temps à voyager et à prendre ses décisions sans réfléchir, à s’installer et à tout quitter du jour au lendemain. Sans y faire attention, Maxhirst buvait ce que Hirst lui donnait et enregistrait toutes les informations. Malgré des lunes d’or de réticence contre l’alcool, il finissait par apprécier le breuvage qui lui brûlait la gorge et le réchauffait. Hirst, qui descendait plus de chopes que lui, avait les joues rouges et les yeux brillants.

Alors que la nuit était tombée depuis longtemps, Maxhirst se fit la réflexion qu’il vaudrait mieux commander de l'eau. Il avait à peine formulé péniblement cette idée que sa vue se troubla, plus que les fois précédentes.

Il ne se rappela jamais du reste de la soirée.

Au réveil, il s’était retrouvé chez lui, dans son lit, avec Hirst. Tous les deux très peu vêtus. Et Hirst portait à présent la bague de fiançailles de sa famille. Il s’était considéré comme marié à partir de ce moment-là.

Ses voisins l’avaient regardé étrangement pendant des jours. Son retour jusqu’à chez lui avait dû se révéler… animé.

Et il avait perdu sa bourse.

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Jibdvx
Posté le 02/08/2020
C'est ce qui s'appelle une soirée productive ! Marrant en tout cas le mariage dans la famille de Max, ça doit juste être un peut la flippe pendant l'appel en classe mais c'est culturel XD Joli développement de personnage en tout cas, les gens se rentre beaucoup dedans à Vianum j'ai l'impression.
Flammy
Posté le 29/08/2020
C'est exactement ça xD Le côté "Ah, tu as un nom qui peut correspondre, est-ce que c'est toi ?" c'est vraiment du culturel chelou propre à la famille mais ça me fait rire xD

Et j'avoue que se rentrer dedans, c'est un de mes gros travers ='D Mais bon, là c'était plus une tentative de vol qu'un accident donc ça passe, non ? ='D

Merci beaucoup pour ton passage <3
Djina
Posté le 03/04/2020
J'en étais sûre mais Rudy ? Rudy ?

Pourquoi avoir fait ça ? Pourquoi ? Trop de questions trop de questions, quelle surprise!

Meilleur mariage !! Je pensais pas que tu ferais ça fin j'avais pas remarqué le prénom de Marx. Je trouve ça trop chou ! :)
Flammy
Posté le 04/04/2020
J'aime quand les gens se posent des questions <3 C'est ce que je préfère moi-même quand je lis, du coup, j'ai peut-être forcé la dose :p

Et oui, le mariage de Max est l'un des meilleurs pour moi <3
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