Interlude - Eliane et Charlie

Par dcelian
Notes de l’auteur : Bsoir~
Déjà:désolé. Je sais que je ne vous dois rien, mais je vous dois quand même beaucoup, et autant de silence pour un si petit cascroûte, c'est indigne.
Pour la raison de mon absence. Croyez-le ou non, je suis en pleine réécriture des premiers chapitres. Je sais ce que vous allez me dire:la réécriture, c'est pas APRES normalement?
ce à quoi je répondrai habilement:gneuh
Blague à part:j'arrivais plus à avancer en sachant que mon début était à ce point chaotique, ce remaniement a donc pour objectif de me réconcilier avec ma plume. C'est une sorte de "embrace your past" sauf qu'au lieu de l'embracer jle tatane à coups de souris virtuelle. N'essayez pas de m'arrêter:c'est moi qui écris les règles. Et tout le reste.
Bref:la réécriture du 2e chapitre est publiée, vous pouvez y jeter un œil si l'envie saugrenue vous en prend. Je garde absolument la même trame mais l'écriture est revisitée.
Je nvous retiens pas plus et vous embrasse tendrement(je me mamifie, n'y prenez pas garde)

ELIANE

"FERMÉ"
Voilà, la pancarte est en place, la porte est verrouillée, sa deuxième vie peut commencer. Eliane change de vie comme un acteur change de costume : avec une dextérité et un professionnalisme aussi inattendus qu'épatants.
Elle actionne un interrupteur et les lumières de la boutique s'éteignent. Pleines à craquer, les étagères sont aussitôt englouties par la nuit, et une ambiance différente s'installe avec la pénombre, plus étrange, plus susceptible de surprendre. Quand l'intérieur est sombre, l'extérieur se dévoile. Eliane reste là un instant, plantée dans le sol, face aux vitres, face à l'autre côté, là-bas, à regarder le noir, la rue, à observer Rune qui s'endort, à attendre elle ne sait trop quoi.

— Tu viens ?

Un bruit de bottes frappant les marches en bois sans discrétion la ramène à la réalité. Charlie.
Elle se retourne.
Eliane et Charlie sont indissociables pour se connaître depuis toujours, ou du moins c'est ce que leur lien laisse à penser. Elle n'est pas en couple avec Charlie pour autant. Elle n'est pas même amoureuse de Charlie, d'ailleurs. En fait, Eliane n'est amoureuse de personne. Ce n'est ni bien ni mal, c'est, tout simplement. Elle se dit que parfois c'est un peu fatiguant de vivre dans cet endroit où on ne donne de valeur qu'à la femme mariée tandis qu'on trouve "libre" l'homme qui ne l'est pas. Mais parfois, elle se dit aussi qu'elle se dit tout ça pour ne pas se dire les autres choses, se dire les choses qu'elle ne peut pas se dire parce qu'elles ne se disent pas, ou plutôt parce qu'elle a peur de se les dire, peur de ce qu'elles pourraient provoquer. Le simple fait d'y songer, un si bref instant seulement, c'est déjà envisager trop de ces troubles qu'elle n'est pas prête à affronter. Alors elle se réfugie dans d'autres pensées, des pensées plus simples, plus douces. Mais quand tout se bouscule à l'intérieur, rien n'est jamais vraiment plus simple, rien n'est jamais vraiment plus doux. Elle se dit par exemple que tout ça n'est qu'une question de temps, ou plutôt une question d'"attends", une question d'un jour peut-être, ou de peut-être pas. Difficile de se réconforter avec ces promesses hypothétiques. Alors elle se dit plutôt qu'elle n'est peut-être pas faite pour ça. Après tout, elle a pour habitude d'être le roc sur lequel on se repose, elle est celle qui répond aux questions, pas celle qui les pose. C'est fatiguant, parfois. C'est vraiment fatiguant, parfois. Et puis, ça finit par passer. Les troubles vont et viennent, c'est comme les marées, ou non, plutôt : c'est comme ces rôles qu'elle joue sans cesse, ils sont éphémères, ils ne provoquent que des émotions qui s'éteignent, jamais rien d'éternel. Peut-elle réellement aspirer à autre chose, à cet inconnu effrayant, à ce "mieux" effroyable ?

Elle se dit plein de choses, Eliane. Mais il n'y a qu'elle qui les entend, là, à l'intérieur, tout au fond, parce qu'elle ne les dit jamais à voix haute, jamais même à voix basse, pour ne pas trop leur donner d'importance. Sait-on jamais vraiment qui nous prête l'oreille.
Alors Eliane attend, parce que l'attente est plus douce, plus convenable. Plus facile, aussi. Elle attend parce qu'agir lui demanderait de croire en elle, et seule, elle se soupçonne d'en être incapable. Elle ne sait pas, elle, combien son sourire rayonne, combien d'étoiles gravitent autour d'elle, force solaire, tranquille mais bien ancrée. Elle ne sait pas combien sa présence est chaleureuse, réconfortante, malgré ses manières parfois pataudes et maladroites. Elle ne sait pas non plus tous ces gens qui l'attendent peut-être, ici, là-bas, toutes ces rencontres potentielles, toutes ces vies qu'elle pourrait égayer. Elle n'en a pas la plus petite idée. Elle ferme les yeux à ces potentialités, ou plutôt, elle les leur entrouvre dans une toute petite fente qui laisse parfois espérer avant que le doute ne revienne clore ses paupières tout à fait. Dans ces moments-là, étrangement, elle sourit. En fait, elle sourit tout le temps. Elle sourit pour les autres, mais aussi pour elle, elle sourit parce que tout part de là. Elle sourit sincèrement, et les autres sourient aussi, et alors tout va mieux. Elle est prête à sauver de nouveaux refoulés de la noyade émotionnelle, et ils s'accrochent à elle, et elle s'accroche à eux, et alors naît ce tout indissociable dans lequel elle parvient enfin à faire taire les questions, dans lequel elles paraissent presque acceptables. A les voir d'aussi loin, avec toutes ces paires d'yeux aux côtés des siens, elle retrouve enfin le silence tant espéré.
Eliane se retourne, donc. Et puis elle sourit. Elle dit "j'arrive ! m'attends pas" de son ton stridento-enjoué. Alors Charlie sourit aussi avant de disparaître à l'étage inférieur.

***

CHARLIE

Charlie dévale l'escalier et déboule dans leur entrepôt, qui se résume en un vieil endroit inquiétant pour mieux dissuader les curieux. Ayant atteint la dernière marche, Charlie s'arrête un instant avant de soupirer profondément. Il y a des moments comme ça où la vie se met en pause pour mieux vous rappeler les tracas du quotidien. On ne sait jamais vraiment ni quand ils arriveront, ni pourquoi au juste, s'il y a un facteur mystérieux qui nous est inconnu, une image, un bruit qui raviverait les souvenirs. Charlie est solide, mais parfois, à force d'accumulation, les émotions l'engloutissent un peu, alors il devient difficile de respirer, parce que comment exister tout à fait sous cette pression immense ?
Charlie n'est pas vraiment homme. Charlie n'est pas vraiment femme non plus. Charlie est elle-même, lui-même, Charlie est, et parfois, cet acte tellement anodin pour les autres est pour lui, pour elle, une petite rébellion en soi. Ça n'est pas toujours un problème. Cet instant de confusion, ces "monsieur" qui deviennent des "madame", on ne sait jamais trop, ça a quelque chose d'excitant, d'exaltant, même. La vie ne peut jamais vraiment être banale dans ces conditions, et c'est plutôt mieux ainsi, parce qu'une vie banale ce n'est pas ce à quoi elle aspire, ce n'est pas ce à quoi il aspire, bref, ce n'est pas ce à quoi aspire Charlie.
Mais il y a ces autres moments, aussi, ces moments un peu comme maintenant, où la lutte perpétuelle ne suffit plus à effacer les peines, même les plus anodines, ces moments de fragilité où Charlie doute, est-ce que tout cela a un sens, est-ce que tout cela est vraiment bien nécessaire ? Ce combat n'est-il pas un peu lourd à porter pour deux épaules, si larges soient-elles ?
Dans ces instants, quand Charlie sent comme une vague immense l'ensevelir, son cœur accélère brusquement. Il joue la mélodie de son angoisse, il se laisse submerger à son tour et il bat à rompre son être de l'intérieur, il menace d'exploser dans son corps qui peine à le contenir. Tout disparaît lentement mais Charlie reste, tout se fige mais Charlie bout, et le monde ne lui a jamais semblé si décalé que pendant ces fêlures passagères.
Et puis, petit à petit, le vide se rétracte, l'eau s'écoule et l'angoisse s'éteint. La vie reprend son cours. Charlie inspire un grand coup.

Au plafond, il y a cette petite ampoule ridicule qui pend, rattachée au mur par quelques fils incertains. La pièce est pratiquement plongée dans le noir malgré elle, c'est à se demander à quoi elle peut bien servir. La réponse, Charlie la connaît, et Eliane la connaît aussi. Charlie regarde pensivement les étagères remplies de babioles en tous genres avant de pénétrer finalement dans la pièce et de se diriger à grands pas vers l'une d'elles, pas différente des autres en apparence. Mais en apparence seulement. Parce que lorsque Charlie presse son épaule contre elle, l'étagère semble s'enfoncer dans le mur de pierre, et elle pivote lentement sur elle-même pour laisser apparaître un interstice sombre, comme un trou béant qui mènerait à la nuit la plus noire et qu'on aurait étrangement dissimulé là. Aussitôt, Charlie s'y engouffre et laisse le vide se résorber sur son passage pour l'engloutir tout à fait. Ça fait un bruit mat et sourd, et Charlie se retrouve dans ce nouvel endroit, un endroit relativement glauque et laid où tout est fait d'un gris métallique, déprimant. L'endroit n'est d'ailleurs pas tant un endroit qu'en envers, l'envers de leur décor, l'envers de la ville.
Charlie a une grimace de dégoût lorsque les effluves souterrains remontent, ce qui ne l'empêche pas de conserver un air amusé, comme à son habitude. Il va falloir se mettre en route : ce n'est pas sa destination. C'est un lieu où l'on ne reste pas, l'un de ceux qui ne sont qu'une transition éternelle d'une porte vers une autre. La transition se résume ici à ces escaliers – gris – accidentés et nauséabonds qui semblent s'enfoncer au cœur de la terre. Les murs – gris – sont très proches et parcourus de nombreux tuyaux en métal – gris. On dirait des veines. Charlie s'était déjà fait la réflexion. Les veines de la terre. En se concentrant longtemps, on pourrait presque les voir pulser en rythme, mais c'est sûrement une illusion d'optique. Et puis, ces escaliers ne conduisent pas vraiment au cœur de la terre, c'est un peu moins dramatique. Là-bas, au bout du chemin, il y a la Rue, c'est comme ça qu'ils l'appellent. C'est ici que commence leur deuxième morceau d'existence, leur vie alternative, celle des bas-fonds.
Cette fois, Charlie sourit et entame la longue descente tandis que l'écho de ses pas résonne à l'infini contre les parois tout autour. Il n'y a pas une lumière, mais Charlie connaît le chemin.

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Sklaërenn
Posté le 06/10/2021
Coucou

Pas de soucis, prends tout le temps dont tu as besoin :)
"Eliane et Charlie sont indissociables pour se connaître depuis toujours, ou du moins c'est ce que leur lien laisse à penser. Elle n'est pas en couple avec Charlie pour autant. Elle n'est pas même amoureuse de Charlie, d'ailleurs. En fait, Eliane n'est amoureuse de personne. Ce n'est ni bien ni mal, c'est, tout simplement. Elle se dit que parfois c'est un peu fatiguant de vivre dans cet endroit où on ne donne de valeur qu'à la femme mariée tandis qu'on trouve "libre" l'homme qui ne l'est pas. " J'aime vraiment ce passage <3 Il reflète encore tellement de choses <3

"Alors Eliane attend, parce que l'attente est plus douce, plus convenable. Plus facile, aussi. Elle attend parce qu'agir lui demanderait de croire en elle, et seule, elle se soupçonne d'en être incapable." Maha, je veux lui faire un calin. Elle me fait penser à mon moi d'avant :')
"Elle sourit pour les autres, mais aussi pour elle, elle sourit parce que tout part de là. Elle sourit sincèrement, et les autres sourient aussi, et alors tout va mieux. Elle est prête à sauver de nouveaux refoulés de la noyade émotionnelle, et ils s'accrochent à elle, et elle s'accroche à eux, et alors naît ce tout indissociable dans lequel elle parvient enfin à faire taire les questions, dans lequel elles paraissent presque acceptable." Et encore une fois, ça me parle tellement <3 Ton texte fait toujours écho chez moi, c'est fou <3

"Dans ces instants, quand Charlie sent comme une vague immense l'ensevelir, son cœur accélère brusquement. Il joue la mélodie de son angoisse, il se laisse submerger à son tour et il bat à rompre son être de l'intérieur, il menace d'exploser dans son corps qui peine à le contenir. Tout disparaît lentement mais Charlie reste, tout se fige mais Charlie bout, et le monde ne lui a jamais semblé si décalé que pendant ces fêlures passagères.
Et puis, petit à petit, le vide se rétracte, l'eau s'écoule et l'angoisse s'éteint. La vie reprend son cours. Charlie inspire un grand coup. " Qu'est-ce que je disais ! C'est poétique et encore une fois, ça fait mouche chez moi. D'une certaine manière, je prends conscience ( même si je le savais déjà ahah) des choses sur lesquels j'ai travailler depuis quelques années maintenant ^^

C'était très sympa cette petite interlude. Elle laisse place à pas mal de question et donne envie d'en savoir plus sur ces deux personnages qui me font échos. J'ai hâte de lire la suite ( mais je saurais attendre patiemment sans même me plaindre, ça en vaut largement le coup <3 ) À la prochaine :)
dcelian
Posté le 06/10/2021
Coucou :)
Eh beh... Merci pour ton commentaire, c'est adorable tout ce que tu dis là ! Je suis hyper content que ça ait pu te toucher et résonner en toi pour te rappeler tes propres combats. Bravo d'avoir su les surmonter, c'est un exploit qui mérite d'être salué pour sûr !
Et merci encore, merci mille fois pour ta patience, ta gentillesse, ta compréhension et ta présence, même après une telle attente. ça me fait toujours aussi plaisir de te revoir <3
A bientôt ~
A
dodoreve
Posté le 05/10/2021
Prends ton temps pour la réécriture, même si (moi en tout cas) peut chouiner pour le reste des chapitres à venir, l'essentiel c'est quand même qu'il y ait toi et le plaisir de ton histoire <3

"En fait, Eliane n'est amoureuse de personne." Je n'arrivais pas à trouver une fin pour ce passage que j'aime beaucoup. (Sans surprise ?) C'est vraiment tout en finesse, simple, doux, mélancolique aussi un peu ?

"C'est fatiguant, parfois. C'est vraiment fatiguant, parfois." Je trouve la répétition vraiment bien amenée ici, ça porte la sensation !

"Elle attend parce qu'agir lui demanderait de croire en elle, et seule, elle se soupçonne d'en être incapable. Elle ne sait pas, elle, combien son sourire rayonne, combien d'étoiles gravitent autour d'elle, force solaire, tranquille mais bien ancrée." J'ai un petit tourbillon d'émotions qui viennent me saisir, là, parce que ce manque de courage et ces mots qui le suivent, ils ont quelque chose d'à la fois triste et si rassurant ? J'aime beaucoup.

"Dans ces moments-là, étrangement, elle sourit." Tu es conscient que tes personnages sourient beaucoup ? J'ai l'impression que ça arrive souvent dans ton texte comme un rayon de soleil inattendu, un petit bout d'espoir qui naît comme ça, l'air de rien, sur un visage.

"Mais il y a ces autres moments, aussi, ces moments un peu comme maintenant, où la lutte perpétuelle ne suffit plus à effacer les peines, même les plus anodines, ces moments de fragilité où Charlie doute, est-ce que tout cela a un sens, est-ce que tout cela est vraiment bien nécessaire ? Ce combat n'est-il pas un peu lourd à porter pour deux épaules, si larges soient-elles ?" <3

"Il n'y a pas une lumière, mais Charlie connaît le chemin." C'est bien comme dernière phrase, elle résonne comme il faut je trouve

C'était chouette comme interlude ! Ces deux personnages, ils me parlent tous les deux très personnellement, chacun à leur manière, et si ça marche autant c'est toujours grâce à ta subtilité, grâce à ta finesse d'analyse et à la douceur que tu as pour traiter tes personnages. <3
Et puis cette Rue ? Ces bas-fonds ? On va s'y rendre, nous aussi ? C'est trop intéressant, qu'il y ait un envers à la ville, alors que pour le moment on a surtout exploré l'envers du monde (Gaïa/Aïag). Alors j'ai hâte, si j'ai le droit d'avoir hâte et d'espérer que c'est dans cette direction que tu nous emmènes, même si franchement je suivrai le voyage qu'importe sa destination.
Bonne réécriture, à bientôt !
dcelian
Posté le 06/10/2021
MERCI AH VOUS ÊTES TROP MIMS AVEC SKLAËRENN BON SANG JE NE VOUS MERITE PAS
Merci pour tous ces jolis mots, merci pour tes éternelles questions qui me donnent tellement envie d'y répondre (non, je ne cèderai pas), meeeerciiiiiii
Vous m'émouvez, tiens, c'est malin :'
Sklaërenn disait la même chose, que ces personnages vous parlent tout personnellement, et ça me touche immensément parce que voilà, ces interludes c'est quand même des hommages à de vrais personnes (proprement formidables), donc si ça résonne en vous c'est prend tellement tout son sens. C'est trop fucking chouette.

Bon, t'as quand même pris le temps d'élaborer des questions (ça te ressemble bien), alors je vais pas te laisser en plan comme ça. Disons simplement que si j'ai glissé innocemment ces éléments par ici, c'est qu'ils risquent d'avoir un intérêt par la suite ? Sait-on jamais...
En tout cas, je partage ta hâte (oui oui), j'ai vraiment TROP envie de partager la suite avec vous. Mais euh...je l'ai pas encore écrite, quoi. Un jour viendra.
hihi
Merci encore, merci pour tout, et à très vite <3
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