Interlude

– C’est comment dehors ? demande le garçon.

            – Dehors ? répète Venzio.

            – Oui. Hors de ce laboratoire, je veux dire. Tu m’as dit que le professeur t’avait montré et expliqué plein de choses. Quoi exactement ?

            Venzio appuie sa tête contre le mur qui les sépare.

            – C’est difficile à dire. Il m’a tout expliqué avec des livres, des images et des vidéos. Je n’ai jamais rien vu en vrai. Mais… c’est beau. Il y a tellement de choses à voir ! J’ai beaucoup aimé les girafes. Ce sont de grands animaux jaunes. Avec des taches marrons et un très long cou. Et une langue bleue aussi !

            Le garçon fronce les sourcils.

            – Ce doit être une créature très effrayante.

            – Non ! Je t’assure !

            Venzio entend son ami soupirer. Puis de petits grattements contre le mur, indiquant que le garçon joue avec le morceau de béton brisé.

            – Ça va ? demande Venzio. Tu as l’air très triste.

            Le garçon ne répond pas. Venzio préfère ne pas insister. Toutefois, après un long silence, le garçon accepte de se livrer. 

            – Le directeur veut un nouveau sujet d’expérience.

            Venzio l’observe à travers le mur sans comprendre.

            – Et alors ? Tant mieux non ? Comme ça, il te laissera tranquille !

            Le garçon a un petit rire nerveux.

            – Non, tu ne comprends pas. Si le directeur a un autre enfant… Il n’aura plus besoin de moi. Et s’il n’a plus besoin de moi, pourquoi me garder ?

            Les yeux de Venzio s’agrandissent de terreur. Il sent alors de l’humidité au coin de ses yeux.

            – Il y avait un autre enfant avec moi avant, continue le garçon. Une fille, mais plus âgée. Le directeur la battait souvent, parce qu’elle ne supportait pas d’avoir son esprit enfermé dans l’Interface. A la fin, elle est devenue folle.

» Un jour, elle s’est mise à hurler et à jeter des objets dans tous les sens. Moi, je me suis réfugié sous un bureau. Le directeur a alors appelé deux vigils, qui sont venus et ont endormi la fille avec une seringue, avant de l’emmener. Je ne l’ai jamais revu. Quand j’ai demandé au directeur où elle était, il m’a dit qu’elle était un échec.

» Hier, il m’a dit la même chose.

Venzio sent une larme rouler sur sa joue. Il l’essuie de sa main tremblante et articule entre deux sanglots naissants :

– Mais toi… tu n… n’es pas fou ? N… nan ?

– Non, admet le garçon. Mais… j’ai peur de rester dans l’Interface. Alors, je fais semblant de ne pas pourvoir y arriver plus de quelques heures.

Venzio passe son bras à travers le trou et cherche la main du garçon.

– Je ne te laisserai pas mourir. Je jure de tout faire pour t’aider ! Tu es mon ami.

Les larmes du garçon se joignent à celles de Venzio.

– On trouvera un moyen, promet celui-ci. On peut s’échapper d’ici, j’en suis sûr.

Il voit le garçon hocher la tête de l’autre côté du mur. Les deux enfants passent de longues heures ainsi, main dans la main, sans un mot, à attendre une lueur d’espoir. Ou profiter de leurs derniers instants ensemble.

 

            – Tu es sûr que c’est une bonne idée ? demande le garçon.

            – Mais oui ! Il faut bien essayer ! Ne t’inquiète pas !

            Le garçon esquisse une moue peu convaincue mais finit malgré tout par écouter son ami. Il regarde Venzio s’étendre sur le sol et fermer les yeux. Il ne laisse qu’un petit espace entre le mur et le dessin scotché pour observer la scène. L’infirmière fait presque aussitôt son entrée. Avisant l’enfant sur le sol, elle laisse tomber le plateau par terre et se dirige vers une petite armoire d’urgence accrochée au mur. Elle l’ouvre à l’aide de son badge, s’empare d’une seringue et d’un flacon et se retourne en direction de l’enfant inconscient.

            Juste au moment où celui-ci la frappe violement avec une chaise. Elle heurte le sol dans un bruit sourd. Venzio la regarde avec dégout. Cette femme ne vaut pas mieux que les scientifiques eux-mêmes.

De son côté, le garçon fixe la scène avec horreur. Il déteste faire du mal aux autres. Il se console toutefois un peu en constatant qu’elle n’est pas tout à fait inconsciente. Elle gémit et bouge légèrement les doigts. Il essaie de ne plus y penser. Après tout, les gens d’ici leur font du mal en permanence.

            Venzio lâche son arme avec rage.

            – Je vais faire vite, dit-il au garçon.

            Il s’allonge près de l’infirmière.

            Il ferme les yeux et se laisse happer par les ténèbres.

            Il se réveille quelques instants plus tard, sous les traits de l’infirmière. Il cligne des yeux qui ne sont pas les siens et masse sa blessure la tête qui n’est pas la sienne.

            Du sang se dépose sur sa main, qu’il essuie sur sa blouse d’infirmière avec dégout. 

            – Ça va ? demande le garçon.

            – Oui… mais c’est bizarre, répond Venzio avec la voix de l’infirmière.  Je m’étais toujours entrainé sur d’autres enfants. Les adultes sont plus difficiles à maitriser, je trouve.

            Il gigote dans tous les sens, comme s’il eut enfilé un vêtement trop serré pour lui.

            – Comment on fait maintenant ? demande le garçon.

            – On va utiliser le charriot de l’infirmière, dit Venzio. Attends-moi là.

            Il quitte sa chambre et ouvre celle du garçon à l’aide du badge. Ils vérifient tous les deux que personne d’autre ne soit là.

            Venzio avise le charriot à plateau-repas. Celui-ci est constitué de deux étages, recouverts d’un drap pour préserver la chaleur. Il le soulève et regarde les quatre assiettes restantes. 

            – Je vais les distribuer, dit Venzio. Sinon, on va nous poser des questions. Une fois le charriot vide, tu te cacheras dedans.

            – Et ton corps ? s’inquiète le garçon. Tu ne vas pas rester dans celui d’une infirmière toute ta vie !

            – Le charriot est grand, il y aura de la place pour vous deux. Amène-le s’il te plait, pendant ce temps, il faut que je cache ma blessure et le sang.

            Le garçon opine du chef. Il retire le deuxième étage du charriot, et installe le corps de Venzio au premier, en position assise. Puis il prend place face à lui, les jambes croisées, avant de rabattre le drap sur le charriot. Pendant ce temps, Venzio réajuste le bandeau sur sa tête, et enfile un gilet par-dessus sa tenue. Il termine ensuite de distribuer les plats, avec toute la rapidité et la froideur habituelle des infirmières.

– Et maintenant ? murmure le garçon.

            Le ton de Venzio n’est soudain plus aussi assuré qu’avant.

            – Et bien… essayons de trouver une sortie. On est le soir, il ne doit plus y avoir grand monde.

            Il pousse le charriot le long du couloir. Les portes garnies de numéros (AX-103, A07-12, B23-07…) défilent sur sa gauche. Il pense aux enfants qui sont encore à l’intérieur, prisonniers de ces murs à la décoration enfantine faussement accueillante, et qui demain retourneront dans les laboratoires sordides. Il aimerait pouvoir tous les sauver.

            Il débouche soudain sur un large couloir blanc et très éclairé, malgré la lumière déclinante du soleil. De grandes baies vitrées disposées tout du long, permettent à Venzio d’avoir une vue plongeante sur Concordium. Au premier plan, les entrepôts et complexes d’entreprises, tous plus modernes et sécurisés les uns que les autres, se disputent le peu de place qu’il reste encore à exploiter. Certain en viennent même à presque se chevaucher.

            Juste derrière, Venzio aperçoit la rocade, sous la forme d’une mince ligne qui se perd dans l’horizon. Elle sert de limite informelle entre les zones privées et les Centres. Le plus proche d’ici est le Centre Etincelle, reconnaissable grâce à ses grandes tours effilées qui se découpent dans le ciel.

            Venzio n’a jamais autant aperçu la ville. Le professeur a ses fenêtres tournées vers les jardins du bâtiment. Il sait qu’il en va de même pour le garçon, car il lui a raconté que le directeur travaille essentiellement de nuit et volets fermés, comme s’il eut peur que quelqu’un puisse lui voler ses travaux.

            Venzio parvient à détacher son regard de l’horizon, et tourne à gauche. Il ignore s’il s’agit de la bonne direction. Il ne cesse de regarder partout et ne peut s’empêcher de crisper ses doigts sur le charriot. Il a un peu de mal à marcher avec les chaussures à talons de l’infirmière. Ses chevilles ne cessent de se tordre et il se retient de justesse à chaque fois.

Le couloir se scinde de nouveau en deux directions. Il y a deux panneaux indicateurs face à lui, mais Venzio peine à les déchiffrer. Il ne reconnait pas encore toutes les lettres.  

            Décidant de s’en remettre à la chance, il choisit de prendre à droite. De petites portes à battant et pourvues de hublots défilent des deux côtés. A travers les fenêtres, Venzio aperçoit de petites salles munies de tables, chaises et plans de travail. Sans doute est-ce là que les infirmières se reposent.

            Il reprend espoir. S’il parvient à mettre la main sur les affaires de l’infirmière, peut-être trouvera-t-il de quoi utiliser sa voiture ?

C’est bien comme ça que l’on dit ? Une voiture ? C’est pour se déplacer ? Oui, c’est ce que le professeur m’a dit…

            Venzio aperçoit soudain des casiers derrière l’un des hublots. Il jette un œil, et n’apercevant personne, commence à pousser la porte.

            – Tracy ? Qu’est-ce que tu fais ?

            Venzio sursaute.

            Il se retourne pour découvrir une autre infirmière qui se dirige vers lui. Il déglutit, et tente de paraitre naturel. Malheureusement, son regard doit se faire fuyant, car la femme fronce les sourcils.

            – Est-ce que tout va bien ? s’inquiète-t-elle.

            – Je… oui ! articule Venzio. Je ne me sentais pas bien. Je voulais… (il bute sur le mot à utiliser) une asprirune !

            – Tu veux dire une aspirine ? Tu es… malade ?

            Elle lui jeta un regard étrange, mélange de dégout et de stupéfaction.

            – Je suis tombée ! Je me suis tordue la cheville !

            – Ho ! (son visage retrouva le sourire) Dans ce cas, d’accord ! Viens, je vais te donner quel… (elle s’arrête soudain et pose son regard sur le charriot) Pourquoi tu traines ça ?

            Venzio cherche un mensonge qui ne vient pas. Il jure silencieusement. La femme le regarde en fronçant les sourcils. Puis, au bout d’un temps qui lui parait interminable, l’enfant répond :

            – Je voulais le poser, avant.

            Les sourcils de la femme se resserrent davantage.

            – Mais… tu n’es pas dans la bonne direction. Tu es sûr que ça va ?

            – Mais oui ! Donne-moi juste de quoi m’aider !

            Venzio s’en veut d’avoir utilisé un ton aussi sec. La femme le fixe durant un instant et entre dans le vestiaire. Elle en ressort quelques instants plus tard, munie d’un cachet blanc.

            Tandis que Venzio l’avale, la femme pose soudain sa main sur sa tempe.

            – Mais qu’est-ce que tu as là ?

            Il n’a pas le temps de réagir que déjà la femme lui retire son bandeau. Celle-ci a alors un mouvement de recul.

            – Mais… c’est du… du sang ! D’une blessure ! Comment as-tu pu te faire mal comme ça ?

            Venzio cherche à nouveau une réponse à lui donner. Il a cependant du mal à comprendre la réaction de la femme. Les infirmières ont un don leur permettant de ne pas avoir de blessure ?

            – Ce doit être en tombant ! J’ai dû me cogner la tête sans m’en rendre compte !

            – Il faut t’emmener à l’infirmerie, déclare la femme. Donne-moi ton charriot, je vais m’en occuper.

            – Non !  

            Venzio et la femme se retrouvent tous deux agrippés au charriot. Lui, le tient fermement, décidé à ne pas le lâcher.

            – Pourquoi ? dit la femme d’un ton méfiant.

            – Je tiens à finir mon travail. Je vais bien, dit-il d’un ton sec.

            – C’est ridicule. Donne-le-moi.

            Le garçon surgit soudain du charriot. La femme ouvre de grand yeux et lance une lueur assassine à l’infirmière. Mais avant qu’elle n’ait la possibilité de faire quoi que ce soit, Venzio profite de la diversion et s’empare de l’étage du charriot retiré plus tôt et s’en sert pour assommer la femme.

            – Tu n’étais pas obligé de faire ça ! s’exclame le garçon.

            – Bien sûr que si !

            Ils s’aperçoivent alors que la femme gémit encore. Elle les regarde avec dégout et met sa main dans sa poche. Une alarme hurle soudain dans le bâtiment. 

            – Qu’est-ce qu’on fait ? s’affole le garçon.

            – Cours !

            Venzio récupère son corps et s’élance dans une direction au hasard, talonné de près par le garçon.

            – Là-bas ! s’exclame Venzio.

            Il se dirige vers une porte donnant sur l’extérieur. Mais malgré toute sa bonne volonté, elle refuse de s’ouvrir, même avec le badge de l’infirmière.

            – Ils ont dû la bloquer ! Prenons les escaliers de service !

            Après une veine tentative, le garçon secoue la tête.

            – Bloquée aussi.

            Venzio tique et parcoure les alentours à la recherche d’une solution. Celle-ci s’impose soudain à son esprit.

            – Les conduits d’aération ! s’exclame-t-il.

            Il pointe du doigt une grille à mi-hauteur du mur.

            – Retire la grille ! Je vais reprendre mon corps !

            Hésitant, le garçon regarde Venzio déposer son lourd fardeau sur le sol et s’allonger à son tour sur le carrelage glacé. Le stress empêche ce dernier de se concentrer correctement, si bien que le temps lui semble infiniment long tandis qu’il tente de rediriger son esprit. Celui-ci semble se perdre dans une sorte de brume où tous les sens sont atténués. Seuls les bruits de ferraille causés par le garçon, qui se bat pour arracher la grille du mur, lui servent d’encrage à la réalité.

            Finalement, Venzio regagne brutalement son corps. Il se sent engourdi durant quelques secondes, et ses yeux ont du mal à supporter la vive lumière des néons. Il ne peut cependant perdre plus de temps, et se relève, apercevant le garçon qui le fixe, la grille dans les mains, ne sachant que faire d’elle.

            – Qu’est-ce que tu fais ? Dépêche-toi !

            Venzio le saisit par le bras pour lui faire lâcher la grille. Il désigne ensuite le conduit d’aération. Le garçon hoche la tête et pose son pied sur les mains jointes de Venzio, avant de s’engouffrer dans le conduit.

            Des pas résonnent à l’autre bout du couloir. Des ordres sont soudain criés, puis on entend une voix de femme qui parle faiblement. Les pas se dirigent vers les deux fuyards. Venzio s’empare de la grille et la coince sous son bras, avant de se saisir des mains tendues du garçon, qui l’aide à monter.

            Venzio remet maladroitement la protection en place, juste assez pour tromper leurs poursuivants, même brièvement. Puis il ordonne au garçon d’avancer.

            Les deux enfants progressent au hasard, se laissant entrainer par les conduits. Ils tournent quand il ne leur est plus possible d’aller tout droit, descendent quand ils ne peuvent pas monter, font demi-tour si le conduit face à eux est trop étroit.

            De longues heures semblent s’écouler ainsi, sans que les deux enfants ne prononcent le moindre mot. Leur fuite n’est entrecoupée que de faibles échos des voix des quelques scientifiques encore dans leurs laboratoires, et des vigiles à leurs poursuites. 

            Venzio ordonne soudain une halte à un croisement de plusieurs conduits. Lui et le garçon s’allongent. Leurs membres sont endoloris à force d’être restés accroupis, et leurs estomacs gargouillent.

Venzio a l’impression que ces derniers produisent un vacarme qui se répercute dans tout le bâtiment. Pourtant, aucun vigile ne semble en vue. Seuls les souffles des deux fuyards se répercutent dans le silence des conduits.

            – Ils ne nous ont pas trouvé, murmure le garçon. Tu crois qu’on leur a échappé ?

            – Je ne sais pas, répond Venzio.

            Il doute sérieusement de pouvoir échapper complétement à leurs poursuivants, du moins tant qu’ils sont prisonniers du bâtiment. Sans doute attendent-ils que les deux enfants s’épuisent et sortent sans réfléchir de leur cachette ?

            L’estomac du garçon se plaint à nouveau.

            – J’ai faim, gémit-il.

            – On va trouver un moyen de sortir, promet Venzio.

            Ce dernier se relève et observe chacun des conduits. Ils se révèlent tous identiques.

            – Choisissons une direction et voyons où ça nous mène.

            Venzio s’engage dans le conduit de droite, rapidement suivit par le garçon.

            Ils avancent tout droit durant de longues minutes. Pour seul repaire, Venzio ne possède que des grilles en dessous de lui, au travers desquelles il peut apercevoir des laboratoires. Pour l’heure, ceux-ci sont vides, mais il ne fait aucun doute qu’ils vont rapidement se remplir. Puis soudain, il n’y a plus que des couloirs sombres sous eux. De temps à autres, un néon vient éclairer l’endroit, mais Venzio ne voit rien d’autre que le sol carrelé.

            Il se fige alors soudainement. Il retient un cri, mais le garçon derrière lui gémit faiblement lorsqu’il heurte son ami.  

            – Pourquoi tu t’arrêtes comme ça ?

            – Chut !

            Un drone-caméra plane dans le couloir. Il fait des allers retours en dardant son œil dans chaque recoins sombre. Venzio suspend sa respiration. Le drone se semble pas les avoir repérés. Venzio se tourne vers le garçon et lui fait signe de ne pas bouger. Il avance alors lentement, priant pour que le métal des conduits ne grince pas sous son poids. Le drone ne semble pas réagir.

            Une fois celui-ci loin en arrière, Venzio soupire de soulagement, et fait signe à son ami de le rejoindre.

            Le deux garçon rencontrent plusieurs autres drones-caméras sur leur chemin. Puis ils sont tout à coup stoppés par une grille fixée en travers du conduit.

            – On doit faire demi-tour ! s’exclame le garçon.

            – Non. S’il y a les caméra et cette grille, c’est qu’il y a quelque chose d’important. Je veux savoir quoi !

            Venzio se saisit du cadrillage et tire dessus de toutes ses forces. Celui-ci ne bouge pas d’un poil, solidement attaché au conduit. Il n’ose pas donner des coups dedans, de peur d’alerter l’un des drones. Il avise alors les vis qui maintiennent la grille en place. Peut-être qu’en les retirant à la main ?

            Venzio relève une de ses manches et passe ses ongles sous l’une des vis. Il la tourne pour commencer à la retirer. Sa première tentative échoue, de même que la seconde. Il n’a droit qu’à des ongles retournés qui lui causent un mal de chien. Venzio refuse de se laisser faire pour autant et amorce une troisième tentative. Cette fois-ci, la vis bouge. Il parvint à la tourner assez pour finir le travail correctement. Le bruit de ferraille causé par la vis lorsqu’elle heurte le conduit est salvateur. Venzio esquisse un sourire et serre sa main abimée contre sa poitrine. Le garçon propose alors de prendre le relais. Il retire les deux vis suivantes, avant de laisser la place à Venzio pour la dernière. Ce dernier s’empare alors de la grille et la pose délicatement au sol. Puis il poursuit son chemin sans attendre, talonné de près par son ami.

            Quelques mètres plus loin, une nouvelle barrière les attend, mais cette fois-ci, Venzio la retire sans difficultés. Elle débouche sur une pièce plongée dans le noir. Venzio tâtonne dans l’obscurité, à la recherche de prises pour descendre, avant de se rendre compte, une fois ses yeux habitués à la pénombre, qu’il n’est qu’à un mètre du sol.

            Une fois sortis, les deux enfants s’étirent longuement. Le craquement de leurs articulations est suivi de gémissements plaintifs.

            Venzio observe alors son environnement. Il distingue une grande masse de forme ronde, face à lui. Des voyants lumineux clignotent en rythme. Elle produit un ronronnement caractéristique d’une machine, assez fort pour que Venzio doive élever légèrement la voix pour se faire entendre de son ami.

            – C’est quoi ? demande ce dernier.

            – Je ne sais pas. Allons voir !  

            Ils avancent vers la machine, puis soudain les lumières à détecteur de mouvement du plafond s’allument subitement.

            Les deux garçons découvrent alors l’impressionnante construction devant eux.

            Elle n’est non pas ronde, mais de forme légèrement oblongue, et haute d’une vingtaine de mètres. Le métal dont elle est constituée est mat, sans le moindre reflet, pas même ceux des lumières vertes et rouges qui parcourent sa surface. De larges tuyaux de caoutchoucs s’échappent de la base de la machine et s’enfuient vers le fond de la salle, où ils sont reliés à des ventilateurs géants et des générateurs d’électricités. Sur leur droite, un grand tableau de contrôle permet de réparer ou ajuster la machine.

            Les deux enfants la fixent, les yeux ronds et la mâchoire béante, oubliant par la même leurs maux d’estomac.

            – C’est quoi ça ? demande le garçon. C’est… super grand !

            – Et ça a l’air important, remarque Venzio.

            – Là-dessus tu as parfaitement raison mon garçon.

            Les deux enfants sursautent en attendant la voix derrière eux. Ils se retournent et se figent aussitôt. Ils sont incapables de bouger. Le directeur Ross s’avançant vers eux, les mains dans le dos et son sourire narquois sur les lèvres, leur donne la chair de poule. Il est rapidement suivi par deux vigiles armés de pistolets tranquillisants, qui se placent de manière à empêcher toute retraite des fuyards.

            – Ceci, continue le directeur, est l’une des trois seules génératrices de l’Interface qui existent à Concordium. Nous nous en servons pour accomplir nos expériences, en échange de quoi, nous devons la protéger de ceux qui pourraient vouloir la détruire.

            Venzio lance un regard noir au directeur. Celui-ci a un petit rire moqueur et lève un sourcil par-dessus ses lunettes en demi-lunes.

            – Qu’est-ce que tu espères jeune homme ? Me terrasser en me fusillant du regard ?

            Venzio n’en démord pas et continu de fixer le directeur. Derrière lui, il sent que le garçon s’agite nerveusement. Ce dernier se met soudain à renifler. Ses sanglots naissant se font entendre, malgré tous ses efforts pour les atténuer.

            – Ressaisis-toi ! siffle Venzio entre ses dents.

            Le garçon renifle et essuie son nez avec sa manche.

            – On a une sacré hargne à ce que je vois, remarque le directeur. Malheureusement, cela ne suffira pas. Vous allez gentiment me suivre.

            Adler s’avance et saisit Venzio par la nuque. Quant aux vigiles, ils se rapprochent du garçon, le contraignant à avancer vers le directeur.  

            Soudain, celui-ci pousse un hurlement. Une douleur cuisante lui traverse le dos de la main, là où Venzio vient d’y planter l’une des vis recueilli sur la grille.

De colère, Adler jette Venzio sur le sol. Ce dernier se cogne violement la tempe sur le carrelage mais parvient à rester conscient.

            Les vigiles réagissent aussitôt. L’un d’eux agrippe le garçon par les cheveux tout en pointant son arme tranquillisante sur Venzio. Le second se précipite au secours de son patron. Ce dernier tient sa main blessée contre lui, fixant avec haine la vis qui lui traverse le dessus de la main pour ressortir de sa paume.   

            Son homme de main demande à examiner la blessure, mais Adler le repousse violement.

            – La ferme ! Contentez-vous d’attraper ces deux gamins ! Mais pas de seringues tranquillisantes ! Je les veux conscients, ajoute-t-il d’un ton venimeux.

            Le directeur s’empare alors de la vis et la retire d’un coup sec. Il la jette ensuite dans un cri rageur, avant de presser sa main contre sa poitrine, pour atténuer le filet de sang qui en sort. Adler fouille dans la poche intérieure de sa blouse et récupère une petite seringue, qu’il introduit dans les veines de son bras blessé.

            Aussitôt, les nano robots à l’intérieur du liquide se mettent en action. Le sang coagule et la blessure commence à cicatriser. En quelques secondes, toute trace d’agression disparait.

            Adler range sa seringue dans sa poche et se tourne vers les vigiles, qui maintiennent chacun l’un des enfants. Puis soudain, l’un de ses hommes de main lève son arme et tire sur son camarade. Celui-ci s’effondre, inconscient, avant de réaliser ce qui vient de lui arriver ; le garçon se retrouve alors libre de toute entrave.

            – Que signifie…  

            Le directeur s’interrompt pour observer le garçon s’emparer du corps apparemment inerte de Venzio et le poser au sol, sous l’œil vigilant de l’homme de main. Ce dernier tourne ensuite son arme vers Adler.

            – Je vois, fit ce dernier. Tu veux jouer à ce petit jeu ?

Il désigne le pistolet du menton.

– Sache que ce genre de produit n’a aucun effet sur moi. Mes nano robots le neutraliserait en un clin d’œil. Allez… regagne ton corps et rendez-vous tous les deux sans faire d’histoires.

Venzio resserre sa prise sur l’arme.

– Non.

Son ton se veut ferme et assuré, mais lui-même sent que sa voix est chevrotante.

– Non ? Non ?! Mais pour qui te prends-tu ? Tu n’es qu’un rat de laboratoire ! Une chose ! Sans nom et sans identité ! Tu ne vis que parce que je l’ai voulu ! Et c’est également valable pour tous tes « amis » !

Venzio l’ignore et continue sur sa lancée.

– Je veux partir d’ici. Nous voulons tous les deux nous en aller. Relâchez nous !

Le directeur part dans un rire tonitruant, surpassant même le ronronnement infernal de la machine.

– Partir ? Soit. Mais après ? Que crois-tu qu’il va advenir de vous une fois dehors ? Vous ne serez pas seulement des enfants sans défense, vous serez des enfants sans identité ! Autrement dit, un régal pour les criminels en tout genre ! Car vous ne valez alors pas mieux que des objets ! Ils pourront vous faire subir tout ce qu’ils veulent sans que la loi soit de votre côté ! C’est cela que tu veux ? Vraiment ?

Les lèvres de Venzio se mettent à trembler. Il échange un regard avec le garçon, mais celui-ci ne lui est d’aucun secours, il hésite tout autant.

– Vous ne serez jamais mieux traité qu’ici, continua le professeur. Vous avez à manger, un toit sur la tête, un lit dans lequel dormir, des soins, des jeux… Et par-dessus tout, vous êtes utiles. Plus que certain dehors ! Vous, vous participez à quelque chose de grand ! Qui va révolutionner la science ! Tout le monde ne peut pas s’en vanter.

Il fixe les deux enfants, un sourire triomphant sur les lèvres.

            Le garçon se rapproche alors de Venzio et lui murmure :

            – On devrait peut-être l’écouter, non ?

            – L’écouter ? Tu plaisantes ! ne fais pas attention à ce qu’il raconte ! Il ment ! Dès qu’on se sera rendu, il va soit nous tuer, soit nous faire souffrir davantage ! Rien ne sera jamais pire qu’ici ! Dehors au moins, on a le choix de notre vie !

            Venzio cesse de viser Adler pour pointer son arme vers la machine.

            – Et je choisis de détruire cette chose.

            Le directeur rit de nouveau.

            – Tu n’es pas sérieux ? Ce ne sont que des fléchettes paralysantes.

            – Pas sur celui-là.

            Venzio se saisit d’un second pistolet que le vigile avait dissimulé sous sa veste et tire sur le tableau de contrôle. La balle percute un écran, qui se brise et cesse d’afficher des informations.

            L’effroi peut alors se lire sur le visage du directeur.

            – Tu es fou ! Arrête !

            Une seconde balle jaillit. Contrairement à la précédente, elle envoie une impulsion électrique lorsqu’elle touche sa cible. Le tableau de contrôle grésille légèrement. Adler se précipite vers Venzio. Celui-ci n’a pas le temps de réagir, il se retrouve plaqué sur le sol, et son arme glisse à plusieurs mètres de là. Le directeur le tient fermement par la nuque et se tient sur son dos de tout son poids.

            – Activation du système de défense ! Code d’accès huit huit tr…

            Un coup dans la mâchoire le fait taire. Venzio était parvenu à se retourner. Il donne un nouveau coup au directeur et l’envoie sur le sol. Les deux adversaires se livrent alors à un corps à corps. Venzio a du mal à coordonner correctement ses mouvements dans ce corps massif d’adulte, mais il se sait plus lourd que le directeur et parvient à le maintenir au sol. Ce dernier arrive cependant à approcher son poignet du cou de Venzio. Celui-ci s’aperçoit que la manche de blouse dissimule un large bracelet, d’où sort une fine aiguille. Adler tente de l’enfoncer dans la chair tendre du corps qu’habite Venzio. L’enfant lui maintient fermement le bras, mais faiblit à mesure que les nano robots dans le corps du directeur se mettent en marche pour l’aider à gagner en puissance.

            Pendant qu’ils se livrent à leur bagarre, le garçon profite du fait que personne ne fasse attention à lui pour se glisser près du tableau de commande. Il se sent désarmé face à la nuée de commandes qui lui fait face. Peut-être qu’en appuyant au hasard ? Le garçon choisit un bouteau bleu face à lui. Rien ne se produit. Soudain un message s’affiche :

 

[MOT DE PASSE REQUIS]

 

            Le garçon gémit. Il tente d’appuyer sur tous les boutons au hasard mais rien ne se produit. Il avise alors une caisse à outils qui dépasse d’un meuble. Il se saisit d’un tournevis et commence à le planter dans le tableau de contrôle.

            A quelques mètres de là, le directeur a aperçu son manège. Au même moment, la machine émet un signal d’alarme. Adler écume de rage. Il fixe Venzio avec haine.

– Cesse immédiatement ! rugit le directeur. Ou je détruis ce corps ! Et le tient par la même occasion !

– Je me fiche de ce corps ! réplique Venzio. J’en volerais un autre si nécessaire !

– Tu prendrais le corps d’un enfant innocent ?

– Innocent ? répéta Venzio. Il n’y a pas de Concordien innocent !

Adler pousse un cri rageur. Il rassemble ses forces et enfonce profondément l’aiguille dans le cou de Venzio. Ce dernier lâche aussitôt sa prise. Le directeur le pousse sur le côté et se relève. Il aimerait prendre plaisir à regarder le nano virus de sa seringue faire pourrir le corps de Venzio, mais il y a plus urgent. Il se dirige vers le vrai corps de Venzio et y plante également sa seringue fatale. La peau commence déjà à devenir noire là où la piqure a été faite. Ne reste plus qu’à maitriser l’autre garçon.    

Il attrape ce dernier par le cou et, dans une rage folle, le plaque contre le tableau de bord qui continue de hurler.

– Sale morveux ! Je savais bien qu’un jour tu me créerais des problèmes ! J’aurai dû te tuer quand j’en avais l’occasion ! Je t’aurais laissé dans l’Interface et t’y aurais regardé mourir !

Ses mains puissantes enserrent le cou du garçon. Les jambes de ce dernier se débattent dans le vide, ne donnant que de faibles coups dans les mollets du directeur. L’air lui manque. Des larmes perlent sur ses joues alors qu’il sent la vie quitter son corps.

Il se demande alors s’il aura droit à un haut-delà, même sans avoir de nom.

Un coup de feu retentit soudain. Toute pression sur le cou du garçon disparait alors soudainement. Il lève les yeux vers Adler. Ce dernier le fixe, les yeux grands ouverts, un filet de sang s’échappant du trou dans sa gorge. L’instant d’après, il s’effondre.

Le garçon éclate en sanglot. Le directeur n’est pas mort. Il le sait. Les nano robots se mettent déjà en route pour réparer cette blessure qui aurait été fatale à n’importe qui d’autre.

– Aide… moi, supplie alors une voix.

Le garçon aperçoit Venzio dans le corps du vigile qui tend la main vers lui. Il manque de vomir en voyant ce qu’il advient des chairs de l’homme. Sa peau noircie suinte de pus et dégage une odeur de charogne répugnante. Ses cheveux tombent par grappe de son crâne, rejoints par des dents qui finissent toutes par se détacher des gencives.

– ‘e ne ‘eux ‘as… ‘ou’ir !

La langue de Venzio commence à devenir noire à son tour. Elle s’affaisse et menace de tomber dans sa gorge.

Le garçon regarde autour de lui, à la recherche d’une solution, essuyant les larmes qui lui brouille la vue. Mais il n’aperçoit que le corps d’origine de Venzio, qui n’est déjà rien de plus qu’un tas de chair informe et puant. Son regard s’arrête soudain sur la machine. Il la fixe durant de longues secondes. Il sent alors les doigts dépourvus d’ongles de Venzio qui s’accrochent à lui.

– Prends mon corps, dit le garçon.

Venzio fronce ce qui étaient autrefois ses sourcils.

– Je vais aller dans mon Interface. Tu resteras dans mon corps le temps qu’on trouve une solution. Je vais m’en sortir ! Fais-le, vite ! Et sors nous d’ici !

Venzio opine du chef. Ses yeux se ferment. Il se retrouve alors dans le brouillard. Il n’a plus mal, mais capte la souffrance du vigile juste au moment où le corps de ce dernier achève de se décomposer.

Il se retrouve alors dans un nouvel esprit. Celui du garçon. Mais quelque chose ne va pas. Venzio tente de comprendre et d’appeler à l’aide, mais le garçon perd connaissance. Venzio ne va pas tarder à sombrer à son tour, sans savoir où il sera.

Il a tout juste le temps d’entendre une porte s’ouvrir et des pas se diriger vers lui/eux. Son/leur corps est soulevé et emmené. La personne court à vive allure. Venzio/Le garçon sent qu’il est paniqué.

Un temps à la fois court et infini semble s’écouler. Venzio/Le garçon pense qu’il a quitté le bâtiment. Il lui semble également reconnaitre les lueurs de la ville encore endormie. Une forte odeur d’algue et de sol assaillie alors ses narines.

Venzio/Le garçon entends alors ces derniers mots, prononcés par son/leur sauveur :

– Voici tout l’argent que je possède, emmenez le de l’autre côté ! Qu’importe que l’océan soit agité aujourd’hui, il doit partir !

Venzio/le garçon reconnait la voix du professeur. Il voudrait lui dire merci. Au lieu de quoi il sombre.

 

*

 

            – Quoi ? Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi c’est moi qui suis ici ? Ça devrait être l’inverse ! Je… je ne sais pas faire ! Je ne sais pas survivre ici ! Au secours, aide-moi ! Tu m’entends ? Tu m’entends ?!

 

*

 

            Le garçon ouvre les yeux. La lumière du soleil l’éblouit mais il persiste à les garder ouvert quand il aperçoit la voute céleste au-dessus de lui.

            Elle est d’un bleu comme il n’en a jamais vu.

            Le garçon a soudain très froid. Il prend alors conscience de l’eau qui lui lèche les joues et du sable qui lui colle à la peau. Il se redresse un peu, autant que le lui permettant ses nombreuses courbatures et son corps affaibli. L’océan infini s’étend devant lui. Il ignore comment il est arrivé là. Qui est-il ?

            Soudain affaiblit, sa tête retombe dans le sable.

            – Tu es réveillé ! Aide-moi ! J’ai peur !

            Encore sous le choc, le garçon peine à comprendre le sens des mots qui semblent venir de nul part.

            – Quoi ? Mais… qui me parle ? Je suis qui ? On est où ? demande-t-il d’une faible voix.

            Le garçon tousse et recrache de l’eau salée qui lui pique la gorge.

            – C’est moi ! C’est Venzio ! On a réussi !

            Le garçon renifle.

            – Réussi ? Quoi ? C’est quoi Venzio ? C’est mon nom ?

            – Ton… ?

            Un silence s’installe.

            – Oui. Venzio. Tu t’appelles Venzio.

            Le garçon hoche faiblement la tête. Ses yeux sont lourds.

            – D’accords. Je suis Venzio.

            Des éclats de voix s’élèvent soudain au loin. Le garçon les entends se rapprocher. Il veut lever la tête pour voir qui vient vers lui mais n’y parvint. Il ne peut qu’ouvrir les yeux et apercevoir deux silhouettes se pencher vers lui.

            Le garçon voit une petite fille, accompagnée d’une femme adulte. Cette dernière lui touche le front, observe ses yeux et son corps, avant de se tourner vers la fillette :

            – Va chercher les Bastiens ! Vite !

            Le garçon entend la fille s’éloigner au pas de course. La femme caresse soudain sa joue. Il sursaute à ce contact étrange.

            – Qu’est-ce qui t’est arrivé mon grand ? Comment tu t’appelles ?

            Il ne répond pas. Elle insiste.

            – Je me nomme Marlène.

            Le garçon ouvre la bouche et inspire.

            – Venzio. La voix a dit que je m’appelais Venzio.

            – La voix ? Mais quelle voix ? Tu as dû prendre un sacré coup sur la tête, mon bonhomme. Ne t’inquiète pas, on va bien s’occuper de toi.

            Le garçon hoche la tête. Rassuré par les mots de cette femme, il ferme les yeux et se laisse aller.

 

*

 

            – Tu es qui ?

            – Moi ? Personne. Je suis simplement ici.

– Tu es forcément quelqu’un !

– Bon d’accords. Alors… disons que je suis ton ange gardien ? Ça te va ?

Un ange gardien ? Mais tu insultes tout le monde en permanence ! Ça ne fait pas ça un ange gardien !

– Hé ! Moi aussi j’ai droit à mes mauvais jours, d’accord ?

– C’est parce que tu as peur que tu es comme ça ?

– Peur ?

Oui. Sur la plage, quand on est arrivé, tu as dit que tu avais peur.

– Tu as dû rêver. De quoi pourrais-je avoir peur ?

 

*

 

            – Tu as un nom ?

            – Qu’est-ce que je ferais d’un nom ? Ça ne sert à rien d’en avoir un.

            – Un jour, je t’en trouverai un. Qu’est-ce que tu penses d’Etel ? C’est le nom du héros d’une histoire que m’a raconté Marlène.

            – On verra. Tu as toute la vie devant toi. Profites-en.

 

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