III.8 La Haute-Prêtresse de la Lumière

Par Flammy

Chapitre 8 : La Haute-Prêtresse de Lumière

 

~908 jours avant le cataclysme

 

~0~

 

Les Archosaures sont une gent peu connue, qui ne vit que dans les montagnes au nord du continent. Il n’existe actuellement aucun témoignage de rencontre avec un Archosaure pur souche, simplement avec des hybrides qui ont été exilés. Les caractéristiques propres aux hybrides sont nombreuses et apparaissent de manière totalement aléatoire dans la descendance : plumes, peau écailleuse, absence de nez, grande taille pour un poids très léger, don pour le chant ou même ossature extrêmement fragile. Les hybrides sont généralement plus rapides que la moyenne, mais avec des articulations très délicates. À partir de tout cela, nous ne pouvons faire que des conjectures sur l’apparence et le mode de vie des Archosaures.

Notes de Max.

 

~0~

 

Dans un silence quasi religieux, Lise suivit Leihulm et pénétra dans la salle d’audience de la Haute-Prêtresse de Lumière. La pièce, tout en longueur, était bordée de hautes colonnades, taillées dans une pierre immaculée et parfaitement lisse. Vers le fond, elle s’élargissait en ovale où un escalier menait vers une zone cachée par toute un jeu de rideaux semi-transparents, de façon à masquer ce qui se cachait derrière. Impressionnée, Lise leva les yeux vers le plafond, plus élevé que dans n’importe quel monument qu’elle avait visité. Provenant d’au-dessus des marches, des rayons lumineux étaient réfléchis dans toutes les directions par un ensemble de miroirs minutieusement disposés. Ils illuminaient des feuilles d’or appliquées sur les murs, formant des arabesques brillantes. Perdue dans sa contemplation, Lise remarqua à peine les hautes portes se refermer derrière elle sans un bruit. Elle avança, fascinée par le décor à la fois blanc et scintillant. Il y avait quelque chose d’irréel dans une telle pureté, comme si elle évoluait dans un rêve.

Parvenu en bas de l’escalier, Leihulm s’inclina et posa un genou au sol. Rudy et Maxhirst l’imitèrent mais pas Lise, occupée à tenter de percer l’obscurité derrière les voiles vaporeux. Elle distinguait un trône, gigantesque, ainsi qu’une silhouette. Leihulm tira sur sa manche pour la rappeler à l’ordre, mais elle l’ignora. Elle était fascinée par l’ombre qui se découpait de manière étrange en contre-jour. Ambroise peut-être. De quel genre de personne s’agissait-il ? Leihulm insista. Il chuchota, furieux :

— Lise !

— Allons Leihulm, pas d’inquiétude ! Combien de fois vous ai-je demandé de ne pas tenir compte du protocole lorsque nous nous trouvons en privé ? Nous nous connaissons depuis si longtemps et je vous suis si redevable…

Le timbre de la voix, clair et posé, résonnait dans la salle sans que Lise parvienne à évaluer l’âge de la Haute-Prêtresse. Les voilages frémirent et une femme apparut. La jeunesse des traits de son visage était contredite par un léger affaissement des joues. Sa peau, d’une blancheur exceptionnelle, ne laissait entrevoir aucune couleur, que cela soit du rose au niveau de ses pommettes ou du bleuté des veines. Elle n’était marquée par aucune ride et son corps aux formes juvéniles paraissait en parfaite santé. Malgré cela, elle bougeait de manière lente et mesurée, comme si ses articulations la lancinaient à la moindre sollicitation.

Elle était vêtue d’une robe immaculée, serrée à la taille, avec des manches et une traîne exagérément longues. Sa coiffure, ridiculement complexe, était composée de mèches argentées relevées en boucles, tenant en place en dépit de toutes les lois de la gravité. À son oreille, trois anneaux dorés brillaient. Un sourire maternel éclairait son visage, même si des cernes gris marquaient cruellement le contour de ses yeux rouges. D’un geste délicat et maîtrisé, elle invita Lise à venir la rejoindre. Devant son manque de réaction, elle descendit les marches, dans un silence étouffant. Son expression s’adoucit tandis qu’elle posait ses mains sur les épaules de Lise.

— Je suis tellement heureuse et soulagée de te revoir en bonne santé. Je me suis inquiétée lorsque les échos des activités de tes détracteurs sont parvenus jusqu’à moi.

Lise ne répondit rien. Pendant toute la semaine d’attente de cette audience, Leihulm s’était longuement obstiné à lui faire comprendre à quel point Ambroise était une figure importante de Vianum, à ne surtout pas offenser. À présent, elle n’osait pas prendre la parole, de peur de froisser la Haute-Prêtresse, mais surtout par crainte de l’avalanche de réprimandes qu’on lui réserverait en cas de problèmes. Visiblement, elles se connaissaient, avant. Mais à quel point ? Un silence gênant s’installa tandis qu’Ambroise penchait la tête sur le côté, entraînant les étranges boucles de cheveux qui se déformèrent à peine. Leihulm se redressa et intervint.

— Elle n’a pas retrouvé la mémoire. Nous requérons votre aide pour cette raison. Pour régler définitivement le… souci des Connaws, il faut qu’elle récupère ses souvenirs. Pour apporter la preuve aux Consuls d’Eoiel qu’il s’agit bien des Teòiridhs et limiter les impacts diplomatiques.

La Haute-Prêtresse se recula de quelques pas et porta d’un geste lent sa main à ses lèvres. Son regard se perdit au loin l’espace d’un instant.

— Oui, je suis au courant, répondit-elle d’une voix traînante. Si seulement la parole de Maxhirst pouvait suffire… Ne serait-il d’ailleurs pas plus apte à renverser l’amnésie ?

Il toussota, gêné. Il se frotta durement les joues, cherchant ses mots.

— Je préfère rester prudent avec tout ce qui concerne la psyché. Ce genre de sortilèges se révèlent toujours extrêmement délicats, je… je souhaite éviter si possible.

Ambroise hocha lentement la tête, comme si ce simple geste lui coûtait beaucoup. À mesure que le temps défilait, les rais lumineux se déplaçaient dans la salle d’audience. L’un d’eux effleura la chevelure argentée de la Haute-Prêtresse qui sembla reprendre vie. Elle monta avec indolence quelques marches avant de se retourner vers ses invités.

— Venez, allons dans mon boudoir. Nous serons plus à notre aise pour discuter.

Leihulm s’inclina.

— Nous vous remercions pour votre bonté, nous…

— Allons. Oublie le protocole ou je risque de m’énerver.

Lise afficha une moue sceptique. La Haute-Prêtresse paraissait si nonchalante qu’elle ne l’imaginait absolument pas se mettre en colère. Sans se préoccuper des états d’âmes de ses compagnons qui hésitaient toujours à transgresser les usages, Lise gravit l’escalier et rejoignit Ambroise qui lui saisit doucement le bras avec un sourire. Parvenues au milieu du nuage de voiles, elles contournèrent le trône massif en pierre blanche, probablement très inconfortable, et se dirigèrent vers un couloir en partie caché. Tous suivirent en silence, dans une procession d’une lenteur exaspérante. Lise devait ronger son frein pour ne pas accélérer la cadence et pousser la Haute-Prêtresse à marcher plus vite. Au bout de plusieurs minutes d’un calvaire de langueur, ils pénétrèrent dans une petite salle, très accueillante. Des voilages colorés décoraient les murs, seulement éclairés par quelques bougies. Des canapés ensevelis sous des coussins moelleux entouraient une table basse avec des corbeilles de nourriture.

Sans attendre la moindre invitation, Lise s’avança et s’assit, heureuse de trouver un fauteuil douillet pour la première fois depuis longtemps. Elle ignora complètement le regard noir de Leihulm et se concentra plutôt sur les fruits posés devant elle. Elle n’en reconnaissait pas la moitié et malgré sa faim, elle préféra éviter de tester quelque chose au hasard. Elle avait déjà eu assez de mauvaises surprises la semaine passée. Pour ne pas céder à la tentation, Lise se força à redresser le nez et à observer autour d’elle tandis que ses compagnons s’installaient dans le petit boudoir, après avoir religieusement attendu qu’Ambroise prenne place avant eux avec sa lenteur maniérée si caractéristique.

Ses yeux tombèrent sur un portrait, caché au milieu des voiles. Une femme grande et musclée, à l'expression dure. Ses cheveux argentés étaient coiffés de façon originale. Une large mèche recouvrait toute la partie gauche de son visage. Le reste de sa chevelure avait été réparti en trois tresses, remontées en chignon où une rose était piquée. Ses prunelles rouges semblaient juger sévèrement Lise qui se sentit mal à l’aise, alors qu’il ne s’agissait que d’une vulgaire toile. L’artiste avait poussé le réalisme si loin que cela en devenait dérangeant. La Haute-Prêtresse perçut son trouble et se tourna en direction du tableau. Son expression s’adoucit un peu plus.

— Cette peinture représente ma tante, feue reine Dimélia de Flamiella. Elle m’a élevée lors de mes jeunes années avant… avant que la situation ne dégénère pour son royaume.

Ambroise avait marqué un instant de gêne en terminant son explication. Elle posa un regard désolé sur Maxhirst et Leihulm.

— Je suis navrée, cela doit vous évoquer de mauvais souvenirs.

Leihulm garda le silence tandis que son ami répondait pour eux.

— Ne vous inquiétez pas pour nous Haute-Prêtresse.

Lise resta interloquée, incapable de détourner les yeux des deux hommes. Ils paraissaient tous les deux étrangement perturbés. Maxhirst, en particulier, fixait le tableau, une lueur étrange dans le regard. Un instant de malaise flotta, qu’Ambroise ne sembla pas remarquer. Elle se tourna vers Lise et entama la conversation avec elle, le plus naturellement du monde.

— J’espère que tu ne m’en voudras pas, mais je suis obligée d’entrer directement dans le vif du sujet et de faire vite. Les demandes d’entretien ont beaucoup augmenté ces dernières lunes d’argent et je dois me dépêcher pour contenter le plus grand nombre.

Même si l’expression amicale de la Haute-Prêtresse ne trahissait aucun sentiment particulier, imitant parfaitement un masque, Lise la sentait contrariée de se presser. Pour peu, elle aurait ri tant les mouvements de son interlocutrice lui semblaient trop lents et maniérés.

— Dès que les Ephëws m’ont transmis votre problème, j’ai fait la demande d’une recherche dans la bibliothèque d’Astée. Les érudits ont bien trouvé quelques pistes mais… ils sont unanimes sur un point. Puisque tu viens d’un autre monde, nous n'aurons jamais de certitudes sur l’effet des sortilèges sur toi. Il serait donc plus prudent d’éviter.

— Oui, c’est bien ce que je pensais…

— Une possibilité serait simplement de renvoyer Lise chez elle, hors d’atteinte des Connaws.

Maxhirst se figea. Il étira d’un doigt la cicatrice sur sa tempe, mal à l’aise.

— Nous… Nous ne savons pas si les Connaws seraient capables de retourner de nouveau dans son monde. Il… Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte et laisser Lise seule sans protection n’est peut-être pas…

Sa voix s’éteignit dans un souffle. Le silence dura longuement, au point que Lise eut le temps de se désintéresser d’Ambroise et de manger une poire. Pensif, Maxhirst remonta d’un doigt ses lunettes sur son nez.

— Il n’y a donc vraiment pas d'autre solution ? Cela ne va pas nous faciliter la tâche pour…

Doucement, Ambroise leva son index devant elle, un sourire sur les lèvres. Maxhirst s’interrompit immédiatement.

— J’ai dit que les érudits n’avaient pas trouvé, pas que je ne pouvais pas vous aider. Peu avant votre arrivée, Ludificus est venu m’entretenir. Il souhaite que vous le retrouviez à son Sanctuaire. Il peut vous offrir ce dont vous avez besoin.

— Vraiment ?! râla Lise. Il pouvait pas nous le dire tout à l’heure quand on l’a croisé ?

Elle s’attira un regard noir de la part de Leihulm, visiblement peu satisfait de son impertinence. Le sourire d’Ambroise s’étira légèrement, preuve de son fol amusement.

— Rien n’est jamais simple avec la divinité, ses desseins restent sombres, même pour les habitants de son Sanctuaire ou moi qui le côtoyons régulièrement.

Ambroise se leva, avec sa gestuelle lente et minutieusement étudiée et se dirigea vers l’un des coins de la pièce, dans l’ombre des voiles.

— Venez avec moi. Rejoindre le Sanctuaire par les voies habituelles vous prendrait presque une lune d’argent. Les Protecteurs divins sont… quelque peu tendus ces derniers temps. Ils subissent des intrusions sur leur territoire sans comprendre comment les bandits parviennent à s'immiscer dans ce lieu sacré. Cela les rend nerveux.

Intriguée, Lise se leva et s'approcha de la Haute-Prêtresse. L’entrée d’un petit couloir était masquée par les tentures. D’une main, Ambroise écarta le tissu.

— Par là. Il a toujours existé un passage secret entre mon temple et le Sanctuaire. Vous gagnerez du temps.

Sceptique, Lise hésita. La discussion et maintenant ça… Quelque chose la tracassait et lui paraissait louche, sans qu’elle parvienne à mettre le doigt sur ce qui la gênait. Leihulm posa une main réconfortante sur son épaule et lui adressa un petit signe du menton. Il semblait confiant. Elle musela ses doutes et s’enfonça dans l’obscurité. Le bruit de ses pas résonna dans le silence étouffant. Au bout de quelques instants, elle s’arrêta. Elle avait toujours détesté évoluer dans le noir et elle ne distinguait même plus ses pieds. Continuer à marcher dans ces conditions l’angoissait. Ambroise comprit le problème.

— Laissez-moi passer devant.

Plus aucun mouvement ne troubla le corridor. Quelques secondes plus tard, une lumière douce surgit du néant et nimba la Haute-Prêtresse juste à côté d’elle. Avec ses pas si légers, Lise ne l’avait pas entendue approcher.

— Voilà, cela sera plus pratique.

Sans attendre de réponse ou de remerciement, elle prit la tête de la procession, éclairant le chemin. Lise ne la suivit pas.

— Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

— Lise ! N’insulte pas Râ.

Elle ignora totalement les réprimandes de Leihulm. Une étrange créature venait d’apparaître juste devant elle. Un petit oiseau, entièrement doré des pattes jusqu’au bec, voletait au niveau de son visage. Presque parfaitement sphérique, il ne battait des ailes que par à-coup, comme s’il oubliait parfois les effets de la gravité avant qu’un début de chute ne le lui rappelle. Ses yeux, deux gouttes d’or indéchiffrables, étaient fixés sur Lise, qui ne savait pas comment réagir face à une telle bestiole, sortie de nulle part. Ambroise se contenta d'un léger regard en arrière avec un sourire.

— Il s’agit de ma Plume, ne t’inquiète pas. Râ est d’une rare bonté, mais sa curiosité n’a pas de limite.

L’oiseau la détailla encore un instant avant d’aller se poser sur l’épaule de la Haute-Prêtresse. Lui aussi brillait dans l'obscurité.

— Une… plume ?

— Sur Kaea, certains enfants naissent avec une Plume, qui se rapprochent de divinités mineures pour notre monde. Il existe une très grande variété de Plumes, affiliées aux éléments, aux sentiments ou aux savoirs. Râ est une Plume de Lumière, ce qui fait de moi une Prêtresse de Lumière.

La marche reprit, rythmée par les explications. Lise se força à se maintenir à la hauteur d’Ambroise malgré sa démarche lente et l’impression dérangeante que Râ lui laissait.

— Au cours des âges, une Plume peut se lier avec différents humains, un seul à chaque fois. Certaines prêtrises, comme la mienne, ont pris beaucoup d’ampleur parce qu’il existe beaucoup de Plumes de Lumière, comme Lumina ou Apollon.

Distraitement, la Haute-Prêtresse caressa la petite créature sur son épaule.

— Grâce à mon lien, je maîtrise de manière innée la magie liée à la lumière, de façon très spécialisée mais aussi extrêmement puissante, plus que ce qu’un sorcier classique peut atteindre. Sans vouloir vous offenser, Maxhirst.

— C'est la stricte vérité, je ne vois pas pourquoi je me vexerais.

Sans marquer d’arrêt dans sa progression, Ambroise lui répondit d’un petit signe de tête.

— C’est le Don des Plumes qui permet à leur Prêtre d’aider l’humanité.

Lise réfléchit. Elle avait bêtement pensé que  « Prêtre » faisait référence à une religion, comme chez elle, mais il s’agissait de quelque chose de beaucoup plus complexe. Les divinités n’étaient pas une question de concepts ou de croyances. Elle venait d’avoir par deux fois la preuve qu’elles existaient et qu’elles prenaient part à la vie de Kaea. À ses côtés, Ambroise perdait en luminosité tandis que la sortie du couloir devenait visible au loin.

— Une dernière chose…

La Haute-Prêtresse s’arrêta. Son masque doux n’avait pas changé, pourtant elle paraissait soucieuse. Elle pencha légèrement la tête, entraînant les boucles de sa coiffure compliquée.

— Faites attention à vous. J’ai reçu des échos assez inquiétants, la criminalité s’organise en ce moment dans Vianum. Une telle gestion alarme, certains parlent du retour de la guilde de l’Aile du Corbeau. Il semblerait que cela soit eux qui s’en prennent au Sanctuaire et à ses environs. Prenez garde sur le chemin. Je ne voudrais pas que quelque chose de fâcheux n’advienne.

— Ne vous tourmentez pas. Plaignez plutôt les fous qui tenteront de nous attaquer.

Tout en répondant, Leihulm avait posé la main sur le pommeau de son épée. Ambroise hocha la tête.

— Oui, moi mieux que quiconque sait de quoi vous êtes capables, je vous dois la vie. Mais acceptez tout de même les recommandations d’une amie sincère.

— Naturellement.

— Oh, et si vous croisez Neruda, transmettez-lui mes sentiments. Cela fait longtemps que je n’ai pas eu de ses nouvelles…

— Bien sûr Hautre-Prêtresse.

Leihulm s’inclina, imité par Maxhirst et Rudy. Lise se contenta de ranger ses mains dans ses poches, ce qui tira un sourire à son hôtesse.

— Même sans mémoire, tu restes égale à toi-même. Tu n’imagines pas à quel point cela me ravit.

Avec une rapidité inattendue, Ambroise se jeta sur elle et la serra doucement dans ses bras.

— Même si tu ne te souviens plus de moi, n’hésite jamais à venir me parler si tu en ressens le besoin, je t’accueillerai toujours avec plaisir mon enfant.

Cette démonstration d’affection prit Lise de court. Avant qu’elle ne puisse réagir, la Haute-Prêtresse repartait déjà sur ses pas de sa démarche nonchalante.

— Mes devoirs m’appellent. Mais que la lumière veille sur vous !

Râ les fixa un instant de ses yeux d’or incandescents. Il ouvrit le bec, comme s’il allait s'exprimer. La seconde suivante, il avait disparu.

 

~0~

 

— Non, mais sérieusement, il aurait pas pu choisir un pire endroit pour s’installer ce crétin de dieu ? C’est encore loin ? C’est pas un chemin, c’est de l’escalade !

Pour ne pas changer, Lise râlait. En temps normal, cela indifférait totalement Leihulm qui avait appris à faire la différence entre son mauvais caractère et des plaintes justifiées. Mais la voir se lamenter autant alors que Maxhirst, pâle comme la mort, serrait les dents pour continuer malgré la fatigue, l’agaçait. Rudy avait raison, elle se montrait plus ombrageuse qu’avant. Qu’est-ce qui avait bien pu changer ? Est-ce que c’était lié à son amnésie ?

— Tu te ramollis décidément beaucoup trop dans ton monde Lise ! railla-t-il. Mais j’aurais dû m’en douter que tu t’étais relâchée. Tu as pris du poids dernièrement, non ?

Elle se raidit. Au lieu de répliquer violemment, elle pressa le pas et passa devant. Leihulm esquissa un léger sourire. Visiblement, il avait visé juste. Il resta en arrière pour soutenir son ami tandis que Rudy accélérait. Ludificus habitait dans les hauteurs des falaises qui surplombaient Vianum. Un étroit défilé perçait la paroi rocheuse et grimpait de manière abrupte, rendant l’ascension plus que physique. Ce chemin se montrait bien plus ardu que la route officielle et Maxhirst en souffrait. Il avait pratiquement récupéré de son voyage sur Terre, mais une telle montée l’aurait éreinté dans tous les cas.

D’une oreille distraite, Leihulm entendit Lise poser une question à Rudy. Pour s’adresser à son élève plutôt qu’à lui, elle devait vraiment avoir mal pris sa remarque sur son poids.

— C’est quoi cette histoire d’Aile du Corbeau ?

— Il y a une trentaine de lunes d’or, il s’agissait de la plus grande guilde d’assassins et de voleurs du continent. Il paraît qu’ils s’organisaient très bien et que personne n’arrivait jamais à arrêter un de leur membre ou alors un sous-fifre sans importance.

Un large sourire sur les lèvres, Rudy commença à expliquer avec enthousiasme, ses phrases ponctuées par des mouvements de mains. Lise le fixa, désabusée. Malgré l’exercice physique, il babillait comme toujours, pas le moins du monde essoufflé.

— Suite à une guerre intestine, l’un des chefs a fini par trahir. C’est comme ça que la guilde a été démantelée, mais on m’a raconté que même avec toutes les informations nécessaires, les opérations se sont révélées compliquées. Ils avaient des cachettes dans plusieurs royaumes et ils étaient parfaitement entraînés aux armes, il y avait aussi quelques sorciers parmi eux. Ils restent assez célèbres, on les considère comme les meilleurs hors-la-loi de l’histoire.

— Et c’est une gloire ?

Rudy haussa les épaules.

— Certains sont prêts à tout pour qu'on les oublie pas, même si je vois pas trop l’intérêt.

Il passa une main sur sa nuque, tic hérité de son maître. Cette constatation tira un sourire à Leihulm qui arrêta d’espionner d’une oreille les deux jeunes gens. Maxhirst peinait dans sa montée, il ralentit donc le rythme sous couvert de commencer une conversation avec lui. Surtout qu’un point le chiffonnait depuis les discussions dans l’antichambre.

— Pourquoi tu ne m’as pas annoncé être marié ? Si tu me l’avais dit en personne, je t’aurais cru. C’était d’ailleurs pour ça que je pensais à une simple excuse.

Maxhirst, complètement essoufflé, mit un moment avant de répondre.

— Je… Pour être honnête, c'est étrange de me considérer comme marié. Ma relation avec Hirst est… particulière, comme tu as pu le remarquer. Je ne savais pas forcément comment le présenter et… une fois le temps passé, cela devenait bizarre de remettre ça sur le tapis.

Leihulm s’arrêta. Il n’y avait pas que cela, il pouvait le sentir à la façon dont Maxhirst détournait les yeux sans s’en rendre compte. Maxhirst s’immobilisa à son tour, perplexe, et un moment de silence flotta entre eux. Il n’avait jamais été du genre à cacher sciemment des informations. Mais il avait parfois du mal à formuler certaines choses en mots, surtout quand cela le mettait mal à l’aise. Leihulm esquissa un léger sourire avant de récupérer la sacoche de son ami pour le soulager. Cela ne servait à rien de le brusquer. Maxhirst lui dirait lorsqu’il serait prêt.

Leihulm reprit la marche et trouva rapidement un autre sujet de préoccupation pour détourner la conversation.

— Tu as remarqué la réaction de Liam lorsque le prince Alyss a évoqué Martel ? Si Dyonise n’avait essayé d’interroger Lise à ce moment-là, il aurait probablement oublié l’étiquette pour nous ordonner de partir.

Maxhirst se tendit. Évoquer Martel lui rappelait toujours d’horribles souvenirs, mais Leihulm savait qu’ils ne pouvaient pas l’éviter. Ignorer une menace ne pourrait que les desservir. Maxhirst hésita avant de répondre.

— La… La situation est compliquée depuis des lunes d’or en Mandchou. Des problèmes de successions. La disparition de Martel inquiète beaucoup. C’était lui normalement l’héritier au trône. Pas le père d’Alyss. Il avait soi-disant renoncé au pouvoir, mais qui sait ? Dans tous les cas, évoquer le responsable de la mort de la reine Dimélia devant Ambroise… Ce n’est clairement pas une bonne idée. Liam doit avoir peur que la Haute-Prêtresse leur en tienne rigueur.

Leihulm eut un sourire triste. Depuis quand un ermite tel que Maxhirst était au courant de tant de rumeurs et de problèmes politiques ? D’habitude, c’était lui qui s'informait de ce genre de chose. Mais cela concernait Martel. Il y avait peut-être une sorte de fascination morbide, d’intérêt teinté de peur dans la démarche de Maxhirst de se renseigner autant sur l’homme qui avait détruit sa vie, lorsqu’il était encore adolescent. Ou alors, il s’agissait juste de vérifier que leur route ne se croiserait plus jamais. Sa disparition ne pouvait qu’inquiéter Maxhirst.

— D’après les rumeurs, Martel… tient parole, hésita Leihulm. Pas le genre à se laisser intimider ou à comploter pour le pouvoir. Ni à disparaître sans raison. Ça doit être pour ça que son neveu le cherche, même si cela n’est pas au goût de tous…

Leihulm se tut. Les Connaws, l’Aile du Corbeau, les manigances de Ludificus, les craintes d’Ambroise, Martel, le prince génocidaire qui disparaissait… Le futur s’annonçait sombre pour Vianum.

 

~0~

 

Lise continuait d’avancer sans poser plus de questions, hors d'haleine.

Rudy lui proposa son aide dans plusieurs passages difficiles, tenant plus de l’escalade que de la marche, mais elle le repoussa à chaque fois, quand elle ne lui hurlait pas dessus. Elle finirait peut-être la journée sur les rotules, mais son orgueil resterait sauf. Le soleil commençait à décliner à l’horizon lorsque Rudy souffla un peu plus régulièrement sur ses longues mèches rousses. Les yeux fixés devant lui, il prit la parole d’une voix incertaine.

— Est-ce que… Est-ce que ton monde ne te manque pas trop ?

Lise fut tellement surprise de la question qu’elle ralentit l’allure, jusqu’à s’arrêter totalement. Rudy l’imita, sans pour autant la regarder directement. Gênée, elle serra ses bras contre son ventre.

— Pour être honnête… Pas du tout. Je n’y pensais même plus depuis quelques jours, Vianum est une chouette ville. Et puis, je n’ai pas des relations… faciles avec ma famille. Non… Il y a juste que…

— Juste que ?

Leihulm et Maxhirst les rattrapèrent à ce moment. Ils ne posèrent pas de questions, conscients du sérieux de la conversation.

— J’adore ma tante Mérédith et j’ai peur qu’elle s’inquiète avec tout ce qui s’est passé à Lyon et ma disparition… Et… Et je dois avouer qu’elle, elle me manque. C-Camille aussi, bien sûr. Et parfois, même cet idiot de Lionel.

La gorge nouée, Lise avait terminé dans un souffle, les yeux baissés au sol. Sa situation lui revenait d’un coup et tout ce qu’elle avait refoulé avec succès ressurgissait violemment. Elle remarqua à peine Rudy tendre une main vers elle, avant de se raviser. Elle voulait changer de sujet. Ne plus repenser à tout cela, c’était trop douloureux. Elle leva la tête vers Rudy. Plus que jamais, elle espérait une diversion, mais pour une fois, il restait silencieux. Elle fronça les sourcils quand ses yeux tombèrent sur son avant-bras.

— Je rêve où ton tatouage vient de bouger ?

— Oh ? Oui, ça arrive parfois.

— Mais… Mais… Comment c’est possible ?

Mal à l’aise, Rudy passa une main dans ses cheveux. Il reprit la marche, fuyant pour la première fois une question. Qu’est-ce qu’il se passait ? Lise le suivit, prête à le harceler, mais l’expression triste sur son visage l’en dissuada. Après de longues minutes de silence, il ouvrit de nouveau la bouche, toujours sans la regarder.

— Ce n’est pas un tatouage classique, c’est… un sortilège très particulier.

— Oh, et il fait quoi ?

— C’est… Un Lien. La preuve d’un mariage si tu préfères.

Lise resta un instant bouche bée. Elle n’aurait jamais cru qu’il était marié. Elle allait lui poser plus de questions mais il continua ses explications d’une voix ferme.

— Il existe trois types de mariages ici. Le Lien, réalisé par un Prêtre lié à l’amour. C’est une union magique, impossible à détruire. Mais… Il ne suffit pas de le vouloir, ce sont les Plumes qui décident qui y a le droit ou pas. En dessous, il y a le mariage d’une vie. N’importe quel Prêtre peut le faire et le confirme avec un tatouage, mais pas ensorcelé. Ces deux unions ne sont pas… révocables. Et il y a les mariages classiques. Cela ne concerne que le couple, qui choisit de se tatouer n’importe quel dessin n’importe où, mais le même. Ces unions se font et se défont, il peut y en avoir autant qu’on veut dans une vie.

Le discours paraissait trop bien mené pour Rudy. C’était plutôt digne des explications de Leihum. Il semblait répéter un monologue appris auparavant. Ce n’était pas la première fois qu’il lui racontait ça ? Elle aurait aimé en savoir plus, notamment sur la malheureuse élue liée avec lui, mais Rudy sentit venir les questions et il accéléra le pas. Lise abandonna, pas assez résistante pour le suivre.

— Et pour toi, pas de tatouage alors ?

Leihulm essayait visiblement de changer le sujet de la conversation. Assez maladroitement d’ailleurs. Maxhirst, encore essoufflé, peinait à répondre autrement qu’en secouant la tête.

— Pas trop dans… l’esprit de la famille…

L'explication n’intéressa réellement personne. Plutôt que de relever, Lise reprit la marche, pressée d’arriver. Un jour, elle aurait le fin mot de l’histoire à propos du mariage de Rudy.

 

~0~

 

Après une heure de marche particulièrement pénible, Lise distingua la fin du chemin qui débouchait sur les hauteurs des falaises. Heureuse d’arriver au bout de la torture, elle se mit à courir. Rudy tenta de l’arrêter.

— Attention !

Elle ne l’écouta pas. En quelques instants, elle tomba sur un panorama incroyable. Les parois, en arc de cercle, étaient parfaitement verticales et laissaient place sans aucune transition au vide. Des passerelles rocheuses s’élevaient gracieusement des falaises et s’entrecroisaient en l’air, suspendues au-dessus de l’océan. Elles reliaient différents chemins éloignés et, au milieu de la plus large, se dressait un temple en marbre rose, coloré par le coucher du soleil. Le paysage, magnifique, aurait inspiré n’importe quel peintre.

Lise ne lui accorda même pas un coup d’œil, trop occupée à fixer ses pieds.

Dans sa précipitation, elle n’avait pas remarqué le bout du sentier et elle s’était arrêtée trop tard. Elle glissait à présent sur les cailloux du bord de la falaise, incapable de réussir à retrouver son équilibre. Des bras la ceinturèrent et la tirèrent en arrière. Rudy était arrivé à temps pour la rattraper et, en se jetant arrière avec elle, il s’était laissé tomber au sol, Lise serrée contre lui.

— Je t’avais prévenue ! Fais…

Elle n’entendit pas la fin de la phrase, ses oreilles bourdonnaient beaucoup trop. Son rythme cardiaque, loin de se calmer, s’emballait encore plus. Sa vue se brouilla et elle ne distingua plus rien. Elle sentait la chaleur de Rudy à travers ses vêtements, son odeur, son souffle court à cause de la course. Son contact lui électrisait la peau, le sang battait à ses tempes, provoquant un mal de crâne insoutenable. La panique la saisit et, rapidement, elle ne parvint même plus à respirer.

Lise sombra dans l’inconscience.

 

~0~

 

Lise délirait.

Incapable de reprendre pied avec la réalité, elle se débattait malgré tout, assaillie par une multitude de couleurs, d’odeurs et de sons. Quand elle essayait de se concentrer sur eux, ils s’évanouissaient et elle ne parvenait à en capter que des fragments.

Des souvenirs étranges, déformés. Comme s’ils ne lui appartenaient pas, qu’il s’agissait d’une vieille cassette dont elle ne se rappelait que vaguement. Elle distinguait parfois un éclat roux ou argenté, du métal brillant et de l’écarlate, beaucoup d’écarlate. Et une entêtante odeur de sang. Et les mêmes mots, en boucle, tellement ressassés qu’ils avaient perdu leur sens.

Comment avez-vous pu ?! Me trahir comme ça !

Une bouffée de Colère et de ressentiment l’envahit. Elle essaya de bouger, de communiquer, en vain.

L’odeur de sang fut remplacée par une autre. Beaucoup plus violente et écœurante, presque piquante. Lise tenta de se détourner, de fuir l’effluve, sans succès.

Un gémissement lui échappa.

La seconde suivante, elle reprenait conscience.

 

~0~

 

Lise ouvrit péniblement les yeux. Elle se sentait dans le même état qu’avec la pire gueule de bois imaginable. Sa vue resta trouble un moment, mais elle parvenait à distinguer un vieillard penché sur elle. Il lui adressa un sourire avant de se redresser et de parler à quelqu’un, dans l’ombre.

— Elle s’est réveillée, c’est bon. Je n’ai pas compris tous les tenants et les aboutissants de sa perte de mémoire, mais visiblement son organisme supporte mal les réminiscences. Je ne sais pas si son psychisme se remettrait un tel traumatisme. Il faut éviter que cela recommence, par tous les moyens !

Sans attendre de réponse, le guérisseur s’installa sur le lit où reposait Lise et lui attrapa le poignet. Après une minute de silence, il hocha la tête et vérifia ses pupilles, lui demanda d’ouvrir la bouche et effectua toute une série de tests. Elle se laissa faire. Elle se sentait aussi vide et creuse qu’une poupée.

— Une dernière chose… Aidez-moi à l’asseoir s’il vous plaît.

Leihulm sortit de l’ombre et soutint Lise. Celle-ci remarqua à cet instant qu’elle ne portait pas ses vêtements de la journée. Quelqu’un avait dû la changer, mais elle ne trouva même pas l'énergie de s’offusquer. Une main glissa le long de son dos.

— Cette marque est bizarre, vous l’avez toujours eu ?

Lise prit un moment pour mobiliser ses forces et se souvenir comment on articulait quelques mots.

— Oui… Tache de naissance.

— Étrange, vous n’avez jamais eu de soucis à ce niveau ?

— Non…

Ce simple échange la laissa épuisée. Aussi loin qu’elle s’en rappelait, une rose serpentait autour de sa colonne vertébrale. D’habitude, lorsqu’on lui faisait des remarques dessus, elle s’énervait. En compétition de gymnastique, elle avait parfois eu des ennuis, parce qu’on pensait à un tatouage. Pour une fois, elle ne se sentait pas d’humeur à crier. Leihulm la réinstalla délicatement sous les couvertures.

— Je n’ai détecté aucun souci, il ne s’agit que de fatigue. Mais s’il y a un problème, n’hésitez pas à me contacter.

— Merci beaucoup pour votre aide.

— De rien voyons, je ne fais que mon métier. Prenez soin de vous.

Le guérisseur réunit rapidement ses affaires et quitta silencieusement la chambre. Leihulm s’assit sur le bord du lit, éclairé par une seule bougie. Une expression douloureuse sur le visage, il dégagea quelques mèches de cheveux collées par la sueur au front de Lise. Il semblait ailleurs, comme perdu dans un souvenir malheureux. Il se complaisait dans une telle souffrance qu’elle pouvait presque la sentir, sans en comprendre l’origine.

— Excuse-moi, articula-t-il d’une voix blanche.

— Pourquoi…

— Te rendre la mémoire, oui, mais à quel prix ? Nous n’avons pas le droit de risquer ta santé. À force de vouloir le meilleur pour toi, j’en oublie que le juge le plus adapté, c’est toi.

Lise réalisa péniblement que Leihulm se tourmentait à cause de son état. Il s’inquiétait vraiment pour elle. Plus même que ses parents lorsqu’elle dépassait les quarante degrés de fièvre. Un comble. Elle tenta de se redresser, la pièce tourna un instant devant ses yeux, mais elle tâcha de ne rien laisser paraître. Leihulm voulut l'empêcher de bouger, mais face à son entêtement et sa vigueur qui revenait petit à petit, il abandonna.

— C'est à moi de décider, hein ? Eh bien j'aimerais assez jeter Rudy du haut de la falaise et vous planter sur place, mais ce n'est pas ce qu'il y a de mieux à faire, même moi je m’en rends compte.

La voix faible prenait de plus en plus de force, mais cela ne suffisait pas et Lise marqua un instant de pause avant de continuer.

— Je ne sais pas si c’est une bonne idée que je retrouve la mémoire. Mais...

Elle s'arrêta de nouveau quelques secondes, le temps de calmer sa respiration.

— C’est la seule solution, non ? Pour me débarrasser des Connaws, pour pouvoir vous fausser compagnie, faut bien en passer par là, non ? Alors je ne vois pas pourquoi j'hésiterais.

Elle esquissa un sourire. Elle tremblait légèrement, mais cela n'avait plus rien à voir avec sa crise de délire. Elle avait faim, elle n'avait rien mangé depuis le matin, et entre la présence de la bougie allumée et l'absence de lumière venant des fenêtres, la nuit devait être bien entamée. On avait dû espérer le plus longtemps possible qu'elle se remette d'elle-même avant d'employer les grands moyens. Leihulm sourit. Il paraissait rassuré et de meilleure humeur.

 

— C'est toi qui décides. En attendant, je vais te chercher à manger et tu te reposes. Nous parlerons à l’intendant du Sanctuaire demain.

Leihulm se leva et se dirigea vers la porte. Avant de l'ouvrir, il jeta un dernier regard derrière lui et s'immobilisa un instant.

 

— Je suppose que si je te demande de remercier Rudy...

Il se décala d'un pas pour éviter l'oreiller.

— Tu vas lancer ce qui te tombe sous la main. Tu vas vraiment mieux alors.

Leihulm sourit plus largement en renvoyant le projectile, avant de sortir complètement rasséréné. Lise, elle, se sentit terriblement mal à l’aise. Elle avait du mal à croire qu’il puisse jouer la comédie de l’inquiétude sincère aussi bien. Pourtant, quand elle avait sombré dans l’inconscience…

Elle était presque sûre de s’être souvenue d’une trahison très violente.

Et cela concernait Leihulm, Maxhirst et Rudy.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Slyth
Posté le 22/01/2020
Coucou,

Désolée, ça devient de plus en plus difficile de se stopper dans la lecture pour laisser une trace de mon passage. Les révélations arrivent au compte-goutte, ajoutant aussi des questions et des réflexions. C'est une grande complexité qui se révèle petit à petit...

En tout cas, même si je peux parfois avoir un peu de mal à suivre ou ne pas tout comprendre, je suis vraiment bien embarquée ! Alors merci pour ça ! ^_^
Flammy
Posté le 04/02/2020
Coucou !

Pas de souci, je trouve au contraire flatteur que tu n'arrives pas à t'arrêter de lire ;) Et oui, j'aime bien les trucs compliqués, donc plus ça va, et moins ça va =p

Normalement, c'est pas trop grave de ne pas toujours tout comprendre du premier coup, le plus essentiel c'est que ça te plaise et qu'au fur et à mesure, ça aille mieux niveau compréhension =D

Merci beaucoup pour tes lectures et tes commentaires <3 Pluchouille zoubouille !
Vous lisez