III.7 Réflexions

Par Flammy

Chapitre 7 : Réflexions

 

~826 jours avant le cataclysme

 

~0~

 

La vie en autarcie a fini par peser. Les Ondiens supportaient mal l’isolement, les restrictions liées à la pénurie de matières premières. Les bâtiments, autrefois glorieux, se délabraient avec l’âge. Et sans aucun Âme-Liée, la communication avec Ondine fut coupée. De sauvetage, passer sous le niveau des eaux devint une punition. Des Ondiens tentèrent de fuir, de retourner à la surface. Une politique restrictive a dû être mise en place, rendant la situation encore plus tendue. La goutte d’eau en trop fut la Grande Extinction.

Notes de Max.

 

~0~

 

Son assoupissement se révéla tout, sauf reposant.

Callune tremblait de froid et se sentait brûlante de fièvre.

Parfois, elle ouvrait les yeux dans un sursaut et distinguait difficilement Noelia s’activer près d’elle, en silence.

Un hurlement étouffé.

Quelque chose qui se fracasse par terre.

Machinalement, Callune se redressa et regarda autour d’elle. Malgré la migraine, elle parvenait à saisir les anomalies autour d’elle. Elle se frotta les paupières pour essayer d’éclaircir sa vision. Noelia se tenait prostrée au sol, de l’autre côté du feu, les yeux exorbités. Les mains plaquées contre son cou et la bouche grande ouverte, elle paraissait ne plus réussir à respirer. Elle paniquait mais elle restait d’une immobilité parfaite. Callune se leva péniblement et se rapprocha en tremblant sur ses jambes.

— Pas un geste ou je l’achève !

Elle se figea en entendant la voix, grave et dure, d’un homme qu’elle ne connaissait pas. Elle provenait de derrière Noelia, pourtant elle ne distinguait rien. À moins que… un dimidius invisible ? Mais pourquoi les attaquer là ? Hawk s’était-il mis à dos d’autres personnes que les magiciens ? L’instant s’éternisa dans une immobilité terrifiante. Noelia écarta les doigts de son cou et dévoila un fin fil métallique qui s’enfonçait dans sa chair, cisaillant sa peau. Du sang coulait. Il ne faudrait pas insister beaucoup plus pour l’étrangler ou sectionner sa carotide. Quelqu’un se tenait vraiment derrière elle et la maîtrisait. La panique saisit Callune. Dans de telles conditions, que tenter à part parlementer ?

— Q-Que désirez-vous ?

Elle aurait aimé parler de la voix ferme et pleine d’assurance que ses tuteurs avaient essayé de lui apprendre au palais. Au lieu de cela, sa question s’étouffa dans une quinte de toux.

— Qui êtes-vous ?!

Callune fixa le vide, incapable d’interpréter la surprise de l’inconnu. Un instant s’écoula et il lui sembla que le fil se desserrait légèrement. Un sifflement s’échappa de sa gorge alors que Noelia recommençait à respirer plus librement. Un homme vêtu d’une combinaison de cuir apparut progressivement dans son dos. Petit et finement musclé, il se tenait accroupi derrière sa victime et continuait de maintenir le filin. Il fixait toute son attention sur Callune, qui ne savait pas comment se comporter.

Elle était certaine de ne l’avoir jamais croisé. Pourquoi une telle réaction ? Il semblait la reconnaître. Elle hésita un instant. Elle sentait que la survie de Noelia dépendait de sa réponse, mais comment choisir la bonne ? Parler de son statut de princesse auprès de dimidius lui paraissait maladroit. Mais d’un sens, son agressivité avait baissé à sa vue. Alors ? Elle maudissait sa fièvre. En temps normal, elle devait maîtriser ses pensées pour ne pas réfléchir. Et maintenant qu’elle en avait besoin, plus rien ne lui venait.

— Euh… J-Je… Hum…

Se tordre les mains et bégayer n’offrait certainement pas l’image la plus reluisante d’elle-même, mais son esprit se révélait trop engourdi pour autre chose. L’inconnu pâlit. Il relâcha Noelia et la laissa tomber au sol. Il se précipita vers Callune et posa un genou à terre devant elle, tête baissée.

— Princesse Callune, je… je ne savais pas que vous… Mes excuses, je…

Visiblement, l’homme s’était convaincu de son identité grâce à ses bégaiements. Merveilleusement flatteur. Confus, il semblait presque craindre une punition ou attendre des réprimandes. Callune adressa un regard perdu à Noelia, aussi dépassée qu’elle. Un craquement retentit dans la forêt. L’inconnu fixa les fourrés. Il hésita à peine avant de se décider. Il se remit sur pieds d’un geste souple et fouilla un instant dans une pochette accrochée à sa taille. Il en sortit un flacon qu’il fourra dans les mains de Callune.

— Pour la fièvre. Ça ne vous guérira pas mais ça vous aidera un peu. Prenez soin de vous. J’essaierais de vous retrouver, je dois en informer Xanthoceras.

Il parlait rapidement, suffisamment bas pour que seule Callune puisse l’entendre. Une fois qu’il eut fini de donner ses instructions, il se recula de quelques pas et la détailla gravement. L’instant d’après, il avait disparu. Callune se concentra mais même ainsi, elle ne distinguait aucun mouvement ou aucun bruit. Ses oreilles bourdonnaient. Une main plaquée sur son cou ensanglanté, Noelia se redressa et se rapprocha de Callune. Elle saisit son épaule pour capter son attention et lui parler d’une voix éraillée mais neutre.

— Vous… Vous connaissez cet homme ?

Callune secoua la tête négativement. Elle se laissa doucement tomber sur le sol, incapable de tenir debout plus longtemps.

— N-Non, je…

— Peut-être un soldat du palais ? Un garde qui ne vous aurait pas révélé ses origines.

— Non ! J-J’en suis sûre…

Les questions pressantes exacerbèrent l’inquiétude de Callune. Malgré tout, elle était certaine d’une chose. Elle n’avait jamais croisé l’inconnu. Contrairement à son corps, sa mémoire ne l’avait jamais trahie jusqu’à maintenant. Et l’homme dégageait quelque chose d’unique. Elle ne l’aurait jamais oublié. Par contre, Xanthoceras… Ce nom lui évoquait beaucoup de souvenirs. Il s’agissait du capitaine de la garde personnelle de son père. Il avait survécu à la Senso ? Mais pourquoi se compromettre avec un dimidius ? Il accordait beaucoup d'importance aux convenances et à l’ordre établi. Pourquoi frayer avec un sous-être ? Pas sans une bonne raison en tout cas.

Ignorant l’angoisse de Noelia, Callune baissa les yeux et observa sans le voir le flacon. Elle se concentra un instant. Elle avait déjà manipulé ce genre de fiole d’une forme étrange, remplie d’un liquide rosé. Une potion de renforcement, pour pallier temporairement la faiblesse physique de son clan. Pour garder ce remède avec lui, l’inconnu devait côtoyer régulièrement des Dryadiens. Et aussi connaître quelqu’un qui utilisait toujours sa magie. N’importe qui ne pouvait pas préparer ce médicament, il s’agissait même d’une mixture assez délicate à produire. Comment le dimidius avait-il pu en récupérer ? Et pourquoi la conserver avec lui ?

La tête lourde, Callune sentit le sol tanguer. Elle ferma les yeux un instant, le temps de se reposer un peu. Toute cette histoire se révélait vraiment si…

Quelqu’un la secoua et la jeta brutalement par terre. Elle écarta les paupières, hébétée.

— Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce que t’as encore foutu ?!

Hawk se dressait au-dessus d’elle, tous les muscles de son corps crispés au possible. Son regard froid comme de la glace coupa le souffle de Callune, incapable de répondre. Noelia attrapa le bras de son ami et essaya de le calmer, en vain.

— Pas question que je t’écoute cette fois ! Je vous laisse seules et t’es blessée quand je reviens !

— C’est pas de sa faute, quelqu’un est venu nous agresser et…

— Et quoi ?! Comme par hasard on vous attaque quand j’suis pas là ? Tu m’feras pas croire qu’elle y est pour rien !

Callune se recroquevilla sur elle-même, plus effrayée que face à l’inconnu. Voir son amie blessée libérait toute sa hargne et Hawk oubliait de préserver les apparences. À moins qu’il ne profite justement de l’absence de Noor pour se lâcher.

— Il s’agissait d’un dimidius ! Comment veux-tu que Callune…

La voix de Noelia s’étrangla dans sa gorge. Hawk se pencha sur Callune et l’attrapa par ses vêtements. Il la redressa sans ménagement et la plaqua contre lui, fichant ses yeux dans les siens. Callune arrêta de respirer, terrorisée par la fureur qu’il irradiait. Même dans les prisons ondiennes, il s’était mieux maîtrisé.

— Comme si tu savais pas c’qui s’passe dans le laboratoire de Malvéace. T’es au courant, n’est-ce pas ? De ce qu'il y a sous le palais ?

Complètement prise de court, aucune réponse ne vint à Callune. Elle avait déjà rencontré Malvéace, l’héritière d’une branche secondaire de la famille Lipotro. Une femme charmante, plus vieille qu’elle, qui s’était toujours montrée amicale envers elle malgré sa tare. Une des rares personnes sympathiques de son entourage. Hawk la connaissait ? Comment ? Et pourquoi blêmissait-il de rage en l’évoquant ? Elle ne comprenait pas.

— J-Je l'ai côtoyée mais… elle n’a pas de laboratoire… Je ne…

Callune n’osa pas continuer. Hawk irradiait une telle fureur… Il la fixait si intensément qu’il lui donnait l’impression de fouiller dans sa tête, à travers ses yeux. Ses mâchoires se crispèrent jusqu’au moment où il la lâcha et se détourna, écœuré.

— Fais chier. Ton père avait jamais prévu de t’garder comme héritière, il cherchait juste un moyen de s’débarrasser de toi. T’enlever, ça servait à rien depuis l’début.

Callune encaissa sans rien dire. Cela ressemblait tellement à des paroles de Sidhes que cela lui paraissait irréel. D’habitude elle craquait toujours sur les sujets sensibles, comme son père, mais la fièvre l’anesthésiait… Et puis surtout, que voulait-il insinuer ?

Elle pensait qu’il l’avait enlevée pour essayer de faire pression sur son père et obtenir une amélioration de la condition de ceux considérés seulement comme des demi-êtres, des demi-magiciens. Manque de chance pour lui, entre sa première et sa deuxième tentative, elle avait été reniée par sa famille. Sa mère avait disparu, le roi Réséda pouvait se remarier sans contrevenir aux convenances, il ne servait plus à rien de sauvegarder les apparences et de garder l’incapable princesse au palais. Depuis son réveil, elle s’était persuadée que les caprices des Esprits, et surtout le destin, se révélaient parfois saugrenus. Pourtant, les propos de Hawk lui laissaient entrevoir autre chose. Il paraissait mieux informé qu’elle ne le pensait.

Il lui manquait des données.

Hawk irradiait toujours une colère sans borne. Il l’ignorait à présent, concentré sur Noelia dont il nettoyait délicatement les blessures. Noelia, elle, gardait les yeux fixés sur elle, inquiète. Callune mourrait d’envie de poser des questions, de comprendre ce qui avait été sous-entendu avec si peu de subtilité. Mais même brûlante de fièvre, elle sentait qu’elle aggraverait son état à trop jouer avec la haine de Hawk. Elle s’assit péniblement près du feu, ses muscles endoloris par les mauvais traitements lui tiraient des grimaces. Noor choisit ce moment pour revenir dans la clairière, les bras chargés de bois. Ébahi par ce qu’il voyait, il écarquilla les yeux et laissa tout tomber au sol. Il se rapprocha d’eux en courant, inquiet.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?! Est-ce que…

— Rien. Une maladresse.

La voix cassante de Hawk avait tranché net toute possibilité de discussion. Noor s’apprêtait à s’entêter tout de même mais un regard glacial l’en dissuada. Il se tourna alors vers Callune, espérant probablement plus de bonne volonté de sa part. Elle déglutit péniblement, gênée. Elle ne souhaitait pas se montrer grossière, mais contrarier Hawk dans de telles conditions ne pourrait que se révéler néfaste pour elle. Entre respecter les usages de la bonne société et sa santé, elle choisit rapidement. Elle détourna le regard avant de se lever, vacillant sur ses jambes.

— Je euh… Hum. Je dois m’éloigner un instant.

Noor se précipita immédiatement vers elle pour la soutenir.

— Attendez, je vais vous aider !

— Euh, je…

— J’te pensais pas du genre mateur, commenta Hawk.

Noor cligna plusieurs fois des paupières. Au bout de quelques instants, ses joues s’assombrirent. Pour montrer sa bonne volonté, il tenta de mettre un maximum de distance entre lui et Callune, mais le mouvement trop brusque la déséquilibra et elle manqua de peu de tomber de nouveau. D’une main, Noor la retint tandis qu’il se maltraitait le cuir cheveu de l’autre.

— J-Je vous jure que je ne pensais pas à mal, je voulais juste aider !

— Euh… Je vous crois, ne vous tourmentez pas.

Callune lui adressa un léger sourire et s’éloigna à pas lents vers l’orée de la forêt. Elle n’avait aucune envie de se soulager. Mais un peu de solitude lui ferait le plus grand bien. Elle avait besoin de temps et de tranquillité pour réfléchir. La Sidhe-Rose apparut à ses côtés. Callune s’efforça de l’ignorer, comme tant de fois auparavant. Mais, pour une fois, elle avait un but. Elle avait fui les questions gênantes pendant trop longtemps, elle se devait de faire face et ne pas prendre sa fièvre comme excuse. Il ne s’agirait pas de la première fois où elle devrait serrer les dents et tenir envers et malgré tout. À part sa nourrice Iris, les personnes qu’elle côtoyait avant au palais avaient toujours trouvé amusant de ne pas remarquer ses affections et de retarder les soins autant que la décence le permettait. Ils savaient pertinemment qu’elle n’osait pas réclamer les cures.

Péniblement, elle progressa en prenant appui sur les arbres au besoin. Tous les végétaux paraissaient en parfaite santé, avec une croissance régulière. Si la magie avait disparu depuis trois ans, les Dryadiens ne pouvaient plus manipuler les éléments pour créer artificiellement des conditions de vie idéales. Pourtant, tout semblait normal. Certains membres de son clan avaient dû garder leurs pouvoirs et continuaient de gérer le climat. Plus simple que de réunir des magiciens affiliés aux différents Esprits et de les maintenir sous contrôle. Garder sous contrôle. Comment forcer un Dryadien avec toutes ses capacités à coopérer ? Pas possible avec les hommes, trop fiers et trop belliqueux. Par contre, les femmes… Avec une société patriarcale comme la leur, il suffisait de les marier aux bonnes personnes. Elles obéiraient à leur époux, toujours. Surtout si cela leur permettait de continuer à soigner et de s’occuper de la nature.

Ses pensées bondissaient d’une idée à l’autre et réalisaient des liens avec une facilité déconcertante. Cela lui rappelait ses leçons sur la théorie magique. À une époque, elle excellait dans ce domaine et jonglait avec les concepts abstraits comme s’il s’agissait d’un jeu. Si son intelligence avait un temps forcé l’admiration, on s’était rapidement gaussé d’elle. À quoi bon dompter des notions si compliquées puisqu’elle ne pourrait jamais les mettre en pratique ? Elle avait fini par arrêter cette branche qui la fascinait. Elle récoltait moins de moquerie à se fondre dans la masse, on la dénigrait moins en la pensant moyenne, juste dans la norme. Elle serra les dents, autant à cause du souvenir que de la migraine qui malmenait ses tempes. Elle se laissa glisser le long d’un tronc et s’assit au sol.

 « … »

La Sidhe remuait les lèvres, en vain. Les oreilles de Callunes bourdonnaient trop. À moins que cela ne soit autre chose.

La Senso.

Pour quelles raisons ? Toute une liste de tensions et de vieilles rancunes entre les différents clans défila derrière ses yeux clos. Elle avait toujours connu parfaitement toutes les relations entre les diverses contrées d’Atlantide. Mais même si les désaccords évoluaient dans le temps, ils existaient depuis des centaines d’années. Pourquoi déclencher la Senso maintenant ? S’était-il passé quelque chose pendant son sommeil ? La disparition de la magie… Cela suffisait-il comme explication ? Pourquoi, quel lien avec l’affrontement ? À moins… À moins qu’il ne s’agisse d’une occasion à saisir. Une opportunité. Les Izanamiens. Ils avaient toujours conservé une culture du maniement des armes, dénigrée par les magiciens traditionnels. Un énorme avantage dont ils avaient peut-être voulu profiter. Avec les samouraïs et les ninjas, l’empereur Kuruyamada avait probablement pu s’opposer à la coalition des autres clans. À quel point ? Jusqu’à gagner la Senso ? Elle n’avait jamais osé en demander plus à Hawk. Peur du dimidius ou peur de la réponse ?

Elle ne savait plus.

Ses pensées dérivèrent. Les Izanamiens s’étaient-ils vraiment lancés dans une telle entreprise ? D’après ses souvenirs, il s’agissait d’un peuple calme, vivant de manière recluse, très attaché à l’honneur. Au Meiyo[1]. Ils… Leur territoire avait rejoint Atlantide plusieurs centaines d’années après la séparation des mondes. Leur intégration s’était révélée difficile, leur simple présence avait perturbé les équilibres établis jusque-là. Ils étaient restés en retrait et avaient préservé la relative stabilité entre les clans. Elle avait rencontré l’empereur Kuruyamada une fois, lorsqu’elle était petite. Il lui avait offert des confiseries typiques d’Izumo et elle gardait de lui une impression de gentillesse. Pourquoi attaquer ainsi les autres ? Il paraissait si charmant.

Ewoomi. Elle avait rencontré un autre Izanamien. Ils quittaient rarement leur royaume, cultivant une tradition du secret. Hawk. La première fois qu’il avait tenté de l’enlever, elle se trouvait seule dans un couloir de l’académie. Seul le passage inopiné d’Ewoomi l’avait sauvée. Un drôle de personnage. Le chevalier servant dans toute sa splendeur. Il avait failli s’attirer les foudres de Xanthoceras, qui l’avait cru à l’origine de son agression sur un malentendu. Xanthoceras. Le capitaine de la garde, qui gérait toute la sécurité au palais. Il n’osait jamais s’exprimer devant elle. Il avait trop l’habitude de hurler et d’insulter ses subordonnés, il ne savait plus comment parler normalement et il voulait épargner ses oreilles. Il l’avait toujours perçue comme une enfant à surprotéger, incapable de se débrouiller par elle-même. Les souvenirs prenaient corps dans sa tête, et elle avait presque l’impression de le revoir. Son crâne rasé, son maintien militaire, excessivement raide, son cou épais et ses manières très… crues. Il lui semblait qu’il lui aurait suffi de tendre la main pour le toucher, pour effleurer l’image inquiète accroupie juste devant elle, perdue au milieu de la forêt. Ses intonations, ses mots… Ils résonnaient en elle comme si elle les avait entendus la veille.

 « Peuchère, princesse ! Qu’est-ce que vous foutez là ? Euh… Faites là, dans cet état ? »

Un léger sourire étira ses lèvres et un petit rire la secoua. Xanthoceras ne parlait pas, il tançait, même malgré lui. Dans l’ombre des feuillages, elle avait l’impression de brûler. La chaleur l’étouffait. Derrière le souvenir de Xanthoceras, la Sidhe-Rose s’estompait. Il fallait qu’elle retourne près du campement, même si l’idée de côtoyer les flammes d’un feu l’horrifiait. Le regard flou, elle tenta de se relever mais elle glissa et retomba lourdement.

 « Vous faites pas d’bile, je m’occupe de tout, peuchère ! Vous avez besoin de quoi ? J’peux pas vous prendre tout de suite, ça s’rait pas sûr, ya la mission, mais… »

Callune respirait péniblement. Qu’est-ce qui aurait pu améliorer sa situation ? Calmer Hawk. Rentrer dans ses bonnes grâces, ou au moins arrêter d’attirer ses foudres continuellement. Ses dagues. Il s’était plaint un peu plus tôt de ne plus les avoir depuis leur passage sur les îles ondiennes. Noelia et Noor s’inquiétaient probablement. Si elle ne revenait pas maintenant, Hawk serait capable de sonner le signal du départ sans elle. Elle devait aussi vérifier ses hypothèses.

Elle sombra dans les ténèbres sans lutter.

 

~0~

 

 

Après une longue attente, Hawk dut se rendre à l’évidence. Callune ne reviendrait pas toute seule et Noor refuserait de partir sans elle. Il ne comprendrait pas. Et en tant que pseudofrère, la corvée d’aller chercher le mollusque lui retombait dessus. Elle s’était probablement perdue ou évanouie quelque part. Quelle empotée. Il haïssait les Dryadiens, leur arrogance et leur faiblesse physique. Il s’enfonça à grandes enjambées dans la forêt, énervé. Elle l’entendrait si elle s’était trop éloignée ! Et si elle avait tenté de s’enfuir, elle aurait le droit à une punition dont elle se souviendrait longtemps ! Alors que la colère montait petit à petit, il s’arrêta net, figé.

— Qu’est-ce qu’elle a foutu…

Adossée contre un large tronc, Callune dormait, les joues rouges et le souffle court. Les paroles de Hawk l'extirpèrent de son sommeil et elle ouvrit des yeux vitreux. Perdue, elle cligna un instant des paupières avant de le reconnaître.

— Le clan… qui a déclenché la Senso… Ce sont les Izanamiens, n’est-pas ? murmura-t-elle péniblement.

— Euh… Oui.

Il ne comprenait pas le pourquoi de la question. Pire encore. Sa réponse tira un sourire à Callune, avant qu’elle ne tombe à nouveau dans l'inconscience. Hawk secoua la tête. Il était rarement pris de court, mais là… À côté du mollusque, deux dagues reposaient sur le sol, soigneusement rangées dans des fourreaux. Des armes magnifiques. Qu’est-ce qu’elles fichaient là ?

 

[1] Meiyo : Honneur en japonais

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Jibdvx
Posté le 28/01/2020
Une esquisse des pouvoirs de Callune ? Pourquoi pas. En tout cas son père devait sans doute faire des truc pas très jojo avec cette histoire de laboratoire. Hawk aurait-il été le sujet de quelques expériences ? Sinon c'est bien, Callune commence à se servir de son enseignement royal. Ça va très certainement leur être très utile plus tard !
Flammy
Posté le 04/02/2020
Coucou !

Les laboratoires, c'est en effet des trucs pas très cools :p En même temps, avec un nom pareil... On en saura plus dessus dans la suite ^^

Et oui, Callune commence à se prendre un peu en main et à se bouger !

Merci beaucoup pour ta lecture et ton commentaire ! =D
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