III.2 Convalescence

Par Flammy

Chapitre 2 : Convalescence

 

~921 jours avant le cataclysme

 

~0~

 

L’équilibre de Vianum, extrêmement délicat, repose sur les interactions de différentes factions, officielles ou non. Toutes sont essentielles pour éviter l’effondrement de Vianum.

Notes de Max.

 

~0~

 

Un éclat de lumière éblouit Lise.

 

Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle ne se trouvait plus au fond du ravin. Un peu désorientée, elle mit quelques secondes avant de reconnaître la grande place et les bâtiments qui l’entouraient. Bellecourt. Elle était rentrée à Lyon. Sur le sol devant elle, Leihulm restait étrangement figé, ses vêtements trempés de sang. La potion de stase semblait efficace. À moins qu’il ne soit déjà mort. La panique de Lise monta encore d’un cran et son cœur cogna douloureusement dans sa poitrine.

 

Elle ne prit pas la peine de réfléchir et hurla de toutes ses forces, à s’en casser la voix.

 

— À l’aide ! Aidez-moi ! Appelez les secours !

 

Des passants autour d’elle sursautèrent et lui jetèrent un regard éberlué. Elle était habillée de manière étrange, avec un homme blessé équipé pour une reconstitution historique de chevalerie. Elle était apparue d’un coup, sans que personne la voie avant. Elle savait qu’elle avait l’air louche, mais elle n’avait pas le temps de fignoler.

 

Rapidement, des personnes se rapprochèrent et commencèrent et s’occuper d’elle. Les questions, les cris et les invectives pleuvaient. Lise, plus habituée au français, peinait à tout comprendre. Un homme qui affirmait être médecin s’avança et prit les choses en charge. Autour d’elle, certains sortirent leur portable.

 

Lise se sentit immédiatement étourdie.

 

Elle gardait la main de Leihulm serrée dans la sienne. Quelqu’un essaya de la faire reculer, mais elle poussa un hurlement. Sa jambe avait vraiment une position anormale et dès qu’on y touchait, la douleur la foudroyait. Les questions continuaient de s’entasser, mais elle ne parvenait pas à en saisir le sens. Trop hébétée, trop obnubilée par Leihulm. Trop de bruits, trop de monde, et trop d’informations. Et Leihulm, toujours si immobile. Le médecin paraissait surpris de son état, mais il essayait tout de même de lui prodiguer les premiers soins. S’il prenait la peine de le faire, ce n’était pas pour rien, non ?

 

Le son des sirènes augmentait de plus en plus. Des ambulances se rapprochaient. Avant d’avoir eu le temps de réaliser ce qui se passait, Lise se retrouva soulevée et allongée sur un brancard. Elle tenta de se redresser pour ne pas perdre Leihulm des yeux, mais quelqu’un la maintint immobile.

 

— Je… Il… C’est surtout lui qui est blessé, il faut s’occuper de lui !

 

Des urgentistes lui adressèrent des paroles réconfortantes, mais celles-ci glissèrent sur elle sans aucun effet. Seule l’angoisse restait. Le brancard bougea et elle se retrouva rapidement dans l’ambulance. Les portes se refermèrent et la place disparut.

 

Elle avait fait tout ce qu’elle avait pu pour Leihulm. C’était maintenant aux secours de prendre le relais. Même avec cette constatation, elle ne parvenait pas à se calmer. Elle s’agita, essaya de se lever pour trouver Leihulm. Une aiguille s’enfonça dans son bras malgré ses tentatives pour se débattre.

 

Rapidement, elle ne réussit plus à aligner deux pensées cohérentes.

 

La torpeur l'enveloppa.

 

~0~

 

Lorsque Lise reprit connaissance, elle se sentait assommée. Elle ouvrit péniblement les yeux sur une chambre d’hôpital, sans comprendre comment elle y était arrivée. La bouche pâteuse, sa tête semblait étrangement lourde. Elle essaya de se redresser, mais une douleur lui titilla le bras gauche. Une perfusion. Sa jambe droite était immobilisée, bloquée dans un plâtre.

 

Qu’est-ce qu’elle foutait là ?

 

Elle se souvint brutalement. Leihulm.

 

Son souffle se figea dans sa poitrine et la panique effaça tout le reste. Elle tenta de sortir du lit, mais entre la seringue et la fracture, elle ne réussit qu’à se faire mal. Elle essaya alors de se calmer et de trouver une solution. Elle devait savoir. Ses yeux tombèrent sur le bouton d’appel, pour alerter les infirmières. Il ne s’agissait clairement pas d’une urgence, mais elle s’en fichait. Elle devait savoir, tout de suite. Elle appuya frénétiquement dessus, de plus en plus angoissée.

 

Rapidement, une femme en panique déboula dans sa chambre. Elle chercha ce qui clochait, quel danger vital l’attendait. Rien. Elle parut contrariée, avant de comprendre dans quel état se trouvait Lise. Celle-ci était en train d’essayer d’enlever sa perfusion. L’infirmière se précipita vers elle et lui bloqua les poignets.

 

— Leihulm ! Où est Leihulm ?! Est-ce qu’il va bien ?

 

Elle lui lança un regard surpris et Lise jura. Il fallait qu’elle reprenne l’habitude de parler en français.

 

— La personne avec qui j’étais ! Elle… Elle…

 

La question ne sortit pas. Une grosse boule s’était logée dans sa gorge et les larmes menaçaient de déborder. Est-ce qu’elle avait vraiment envie d’être fixée ? L’infirmière la repoussa gentiment et la força à s’allonger dans son lit. Elle hésita.

 

— Je… C’est un médecin qui devrait s’en occuper, mais… votre ami a passé plusieurs heures en salle d’opération. Il est sorti maintenant, mais… son état reste critique. Il a eu beaucoup de chance, quelques minutes de plus et…

 

Elle ne termina pas sa phrase. Lise se sentait étrangement lourde, déconnectée de tout. L’infirmière attendit un moment, prononça d’autres mots et s’éloigna. Elle ne s’en aperçut même pas.

 

Plusieurs personnes vinrent la voir. Un médecin, pour lui parler de sa santé. Des contusions, quelques coupures, une commotion cérébrale, une jambe cassée et un état de choc, mais « rien de plus ». Il essayait de paraître rassurant, mais il ressemblait plutôt à une machine, totalement déshumanisé. Il lui posa aussi des questions, très basiques. Son nom, son adresse, ses antécédents. Lise répondit, sans y prêter attention. Elle n’avait pas ses papiers au moment de l’incident, il fallait donc qu’il se renseigne maintenant, très bien.

 

À aucun moment, il ne parla de Leihulm.

 

Le médecin vérifia encore quelques points puis la laissa. Il fut immédiatement remplacé par une autre personne. Son cœur manqua un battement. Lise sortit de sa torpeur, de manière beaucoup trop violente. Une femme en uniforme. Une policière. Bien sûr qu’on lui poserait des questions. Elle s’était retrouvée salement amochée en plein milieu de la place Bellecourt avec un homme agonisant, sans aucune trace pour indiquer d’où ils venaient ou comment ils s’étaient blessés. Elle paniqua. Qu’est-ce qu’elle allait bien pouvoir leur raconter de crédible ? Et comment expliquer qui était Leihulm ? Il n’avait aucune existence légale dans ce monde ! Ils finiraient par comprendre qu’elle avait menti, quoi qu’elle dise !

 

La policière commença avec quelques paroles réconfortantes, pour la mettre en confiance. Au moins, on la considérait comme une victime. Cela ne durerait pas. Arrivèrent le moment fatidique et la question que Lise redoutait.

 

— Pouvez-vous me raconter ce qui s'est passé ?

 

Une voix douce et attentionnée. Pourtant, un frisson la parcourut. Aucune idée satisfaisante ne lui vint à l’esprit et elle se contenta de fixer bêtement ses doigts. La bague de Maxhirst n’était plus là. Le connaissant, il avait aussi prévu un sortilège pour retourner à Kaea. Il fallait qu’elle la retrouve, rapidement. Pour qu’au moins Leihulm puisse rentrer avant que les effets délétères du changement de monde se fassent sentir. La policière remua à côté d’elle, elle devait répondre quelque chose.

 

— Je… Je ne me souviens pas, murmura-t-elle.

 

Probablement le mensonge le plus pitoyable de sa vie. Elle vit la policière la dévisager en silence. Lise s’efforça de ne pas paraître plus suspecte, mais elle se doutait qu’elle ne devait pas offrir une image très reluisante. Pourtant, elle n’insista pas et hocha la tête.

 

— Bien. N’hésitez pas à m’appeler si vous vous souvenez de quelque chose. Vous êtes encore sous le choc, je sais que c’est difficile. Je reviendrai vous voir dans quelques jours, reposez-vous bien en attendant.

 

Après un dernier sourire réconfortant, elle sortit tranquillement. Lise resta abasourdie. Elle n’aurait pas cru que cela serait si facile.

 

~0~

 

Lise passa les heures suivantes à ronger son frein. Elle aurait donné n’importe quoi pour aller voir Leihulm dans sa chambre, mais sa jambe cassée la bloquait et elle devait essayer de se faire discrète. Après son cirque avec l’infirmière et son mensonge avec la policière, autant garder profil bas le plus longtemps possible. Et puis, il fallait qu’elle réfléchisse. Elle devait inventer des réponses satisfaisantes pour le prochain interrogatoire, ou elle finirait par devenir suspecte. Personne n’avait encore évoqué les massacres provoqués par Riesz, mais elle savait qu’elle avait été recherchée. Qu’est-ce qu’elle pourrait bien dire ? Et si on les considérait comment complice, Leihulm et elle ?

 

Elle tentait vainement de trouver une explication plausible quand la porte s’ouvrit brutalement. Une femme d’une quarantaine d’années pénétra dans sa chambre, complètement essoufflée. Son sosie, avec vingt ans de plus et des taches de rousseur. Lise sourit à sa tante. Bien sûr, l’hôpital avait dû prévenir sa famille. Et, naturellement, ses parents avaient une excuse pour échapper à la corvée. Pas Meredith. Celle-ci se précipita vers elle, pour vérifier de ses propres yeux que tout allait bien.

 

— Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu vas bien ? Je pensais juste que tu avais dormi chez une amie, pas que… Oh mon dieu ! Je suis désolée, nous aurions dû chercher à en savoir plus.

 

Lise esquissa un pauvre sourire. Elle avait surtout envie de pleurer. À Kaea, c’était facile de ne pas y songer. D’oublier à quel point elle tenait à sa tante et combien elle lui manquait. Là… c’était beaucoup plus compliqué. Lise ne réussit plus à se contrôler. Il y avait beaucoup trop d’angoisse, de stress et de tension. Elle avait cru que revenir sur Terre serait la meilleure solution. Mais si elle s’était trompée ? Et si la police finissait par se douter de quelque chose ? Et si Leihulm terminait dans un laboratoire ?

 

Lise pleura longuement. Elle avait besoin de craquer. Meredith resta à ses côtés et lui serra doucement la main. Une présence réconfortante et silencieuse.

 

Plusieurs heures plus tard, une infirmière passa pour vérifier qu'elle se portait bien. Lise bondit sur l’occasion pour poser la question qui la taraudait.

 

— Excusez-moi ! Est-ce que je pourrais voir mon ami ? J-Je…

 

Elle avait besoin de s’assurer qu’il était en vie et qu’on ne lui mentait pas. L’infirmière secoua négativement la tête.

 

— Avec votre jambe, ce n’est pas bonne idée de vous déplacer.

— Mais… protesta-t-elle, la gorge serrée.

 

Meredith comprit immédiatement le problème. Elle se leva et sortit son téléphone de sa poche.

 

— Et si moi j’y allais ? Je pourrais prendre une photo.

 

L’infirmière parut surprise de la proposition, mais face à la réaction de sa patiente, elle n’eut pas vraiment le choix. Lise avait besoin de cette preuve. Les deux femmes partirent sans un mot de plus. Quelques minutes plus tard, Meredith revint et tendit son téléphone à Lise. Celle-ci dut recommencer plusieurs fois avant de réussir à le manipuler. Elle avait perdu l’habitude. Elle tremblait trop. Une image sombre s’afficha sur l’écran. Elle mit du temps pour comprendre de quoi il s’agissait. Une forme indistincte était allongée dans un lit d’hôpital. Une multitude de tuyaux reliait le blessé à des machines, au point qu’on ne voyait pratiquement pas un bout de peau laissé tranquille.

 

Lise sentit sa gorge se serrer douloureusement. Elle reconnaissait à peine Leihulm. Il paraissait en si mauvais état… Les larmes débordèrent une nouvelle fois. Meredith n’essaya même pas de se montrer rassurante. Sa santé était vraiment catastrophique.

 

~0~

 

Les jours défilèrent.

 

Lise passait ses nuits sous tranquillisants. Lorsqu’elle avait enfin réussi à s’endormir après des heures d’angoisse, les cauchemars n’avaient pas tardé à prendre le relais. Dans le calme de l’hôpital, elle avait hurlé à s’en casser la voix et s’était débattue au point de tomber de son lit. Sa jambe blessée n’avait pas apprécié. Pas plus que les infirmiers qui avaient dû la droguer pour parvenir à la maîtriser.

 

Depuis, elle avait le droit à des nuits artificiellement sans rêves. Ce n’était pas plus mal. Elle était aussi suivie par un psychologue, qui décortiquait tout son passé. Heureusement, sa situation familiale était suffisamment bancale pour l’occuper des heures. Elle n’avait aucune envie de raconter son voyage sur Kaea et expliquer que ses terreurs venaient de sorciers qui s’étaient amusés à la charcuter de toutes les manières possibles. Finir en hôpital psychiatrique, très peu pour elle.

 

Aucun policier ne revint l’interroger. Tant mieux. Ils jugeaient peut-être son état psychologique trop fragile pour cela. Des médecins avaient tenté de lui poser des questions sur Leihulm, mais à part son nom, elle n’avait pas pu les satisfaire. Son groupe sanguin, ses antécédents familiaux, sa ville d’origine… Même sur Kaea elle ne savait pas. Au final, elle ne connaissait que peu de choses sur Leihulm. Elle n'arrivait même pas à écrire « Leihulm » correctement.

 

Dès qu’elle avait eu l’autorisation de se déplacer en fauteuil roulant, elle avait demandé à ce qu’on l’amène à Leihulm. Elle n’avait pas pu rentrer dans la chambre, mais elle n’en avait de toute façon pas envie. Ce spectacle lui faisait trop mal. Il paraissait si pâle et si affaibli, presque mort. Et ces tuyaux, absolument partout… Elle avait déjà vu Leihulm blessé, mais à chaque fois, Maxhirst l’avait rapidement soigné. Là…

 

Son pronostic vital était toujours engagé.

 

Personne ne savait s’il se réveillerait un jour.

 

Lise joua avec sa bague. D’après ses souvenirs, les… les autres personnes enlevées à Lyon avec elle avaient commencé à tomber malade au bout de quelques jours sur Kaea. Il ne fallait pas qu’il arrive la même chose à Leihulm. Pour l’instant, il vivait. Mais elle devait rester vigilante, vérifier que son état ne se dégradait pas. Le jour où cela adviendrait… Ils rentreraient sur Kaea, même s’il n’était pas sorti du coma, même si elle ne savait pas où ils atterriraient. Elle espérait sincèrement que Leihulm se réveillerait avant et que le sortilège ne les balancerait pas au milieu de la plaine de Fyh.

 

Au bout de quelques jours, Lise n’avait plus aucune raison de demeurer à l’hôpital. On lui fit passer une dernière batterie d’examens, remplir une ultime série de paperasse et elle se retrouva dans la rue avec ses béquilles. Des véhicules et des gens pressés défilaient devant elle. Elle se trouvait dans le centre-ville de Lyon, un endroit qu’elle connaissait par cœur. Et pourtant… Elle ne se sentait pas chez elle. Quelques minutes plus tard, Meredith gara sa voiture près d’elle et elle monta difficilement à l’intérieur avec l’aide de son frère. Lionel, malgré leurs disputes habituelles, était venu plusieurs fois. Pas leurs parents. Trop occupés.

 

Lise regarda le paysage défiler dans le rétroviseur, jusqu’à ne plus voir l’hôpital. Elle aurait préféré y rester. Elle était terrorisée à l’idée que l’état de Leihulm se détériore d’un coup et qu’elle y aille un jour pour apprendre qu’il était mort. Elle sentit sa gorge se serrer.

 

Il n’avait pas le droit de mourir.

 

Si cela arrivait, elle n’oserait jamais retourner sur Kaea et faire de nouveau face à Rudy et Maxhirst.

 

~0~

 

Les jours se transformèrent en mois.

 

Lise n’avait plus aucune trace physique de l’accident. Pourtant, elle n'assistait toujours pas à ses cours. Les traumatismes psychologiques restaient et sa famille la laissait tranquille. Elle aurait pu leur expliquer que cela n’avait rien à voir, mais cela lui convenait parfaitement. Cela faisait maintenant un mois qu’elle était retournée vivre dans son appartement, avec son frère. Avant, Meredith l’avait accueillie chez elle, mais elle commençait à se douter de certaines choses. C’était plus simple d’avoir Lionel comme colocataire, elle pouvait n’en faire qu’à sa tête.

 

Lise s’extirpa péniblement de son lit, avec une impression de lourdeur qui ne la quittait plus. Sa jambe ne la faisait plus souffrir, elle avait même récupéré sa souplesse. S’entretenir physiquement lui avait paru important. Mais ses démons du passé ne lui laissaient pas de répit. Maxhirst lui manquait. Elle ne savait pas s’il était toujours en vie. Rudy aussi lui manquait. Terriblement. Ils réussissaient à l’apaiser. Là, elle devait se débrouiller seule. Avec ses cauchemars, la Colère et sa culpabilité, elle ne s’en sortait que difficilement. Pendant un temps, elle avait tenu. Son psy la bourrait de médicaments et la plongeait dans un tel état qu’elle aurait probablement pu faire la bise à Riesz sans broncher. Mais maintenant, fini les doses de cheval. Elle devait se débrouiller avec autre chose.

 

Normalement, elle devait voir Camille dans la matinée. Son amie s’inquiétait pour elle et elle mettait un point d’honneur à essayer de la sortir et de lui changer les idées. Habituellement, elle passait tout son temps libre à l’hôpital, mais son entourage trouvait ça malsain. Ils ne comprenaient pas. Leihulm avait toujours tout fait pour elle, même sauter d’une falaise. Il fallait bien qu’elle lui rende la pareille. Elle s’en voulait tellement. Elle était en Colère contre elle-même. Elle aurait préféré aller le voir, mais cela faisait plusieurs fois qu’elle repoussait cette sortie. Camille finirait par venir faire le pied de grue devant chez elle.

 

Sans aucune motivation, elle s’habilla et balaya des yeux sa chambre, dans un état de chaos avancé. La bourse de Cole, en évidence sur son lit. Elle n’en aurait pas l’utilité à l’extérieur, mais elle n’avait aucune envie que son frère tombe dessus par hasard. Elle hésita avant de la glisser dans son sac à main, tout au fond. Au cas où.

 

~0~

 

Une heure plus tard, Lise vagabondait dans le centre-ville de Lyon en compagnie de Camille. Celle-ci s’efforçait de paraître la plus joyeuse possible, mais son amie n’était pas dupe. Elle avait toujours mal joué la comédie. Au moins, une fois cette corvée finie, elles seraient toutes les deux tranquilles pour un moment. Camille menait la danse, conduisant Lise à tous les endroits qu’elle aimait habituellement et qui la laissèrent indifférente. Vianum se montrait tellement plus féérique et beau. Lyon lui paraissait fade.

 

Camille les dirigeait vers son marchand de glace préféré quand Lise s’arrêta devant une boutique, attirée par les effluves. Elle hésita avant de pénétrer à l’intérieur. Du thé. Elle n’avait jamais été une fervente amatrice, mais cette odeur lui rappelait quelque chose. Oui… Chez Maxhirst. Vu qu’il s’agissait de la seule boisson qu’elle reconnaissait, elle avait vidé ses stocks. Celui-ci n’avait jamais osé lui dire que c'était une denrée très rare et très chère, exportée de loin. Le genre de truc qu’on réserve pour les grandes occasions. Et il l’avait regardée finir ses provisions, avec un sourire doux. Ce souvenir lui donnait envie de pleurer. Sans même y réfléchir, elle acheta plusieurs sachets, un peu au hasard. Elle lui donnerait quand…

 

Un sanglot lui écrasa la gorge.

 

Elle ne savait toujours pas si elle reviendrait un jour sur Kaea. Elle avait la bague, elle aurait pu. Mais elle ne pouvait pas laisser Leihulm derrière elle, cela aurait signé son arrêt de mort. Et si un jour il finissait par vraiment mourir…

 

Elle n’y retournerait pas. Même avec l’histoire des Fragments, même avec les Connaws. Elle ne pourrait pas.

 

~0~

 

Quelques heures plus tard, Camille quitta Lise, visiblement soulagée, mais toujours aussi inquiète. Lise ne pouvait rien lui révéler, pas sans paraître folle. Avec son suivi psychiatrique et ses crises de paniques, elle n’aurait aucune crédibilité.

 

Lise monta dans un tram en direction de l’hôpital. Il ne se passait pas une journée sans qu’elle s’y rende. Une semaine après sa lourde opération, l’état de Leihulm s’était amélioré. Le pronostic vital n’était plus engagé. Mais il restait dans le coma, il ne répondait à aucun stimulus. Lise ne savait pas si c’était à cause du fait qu’il ne se trouvait pas dans son monde d’origine. Contrairement à tous les cobayes des Connaws, sa santé ne se dégradait pas. Mais il ne se réveillait pas.

 

Lorsque Lise arriva dans l’hôpital, elle salua la femme de l’accueil comme d’habitude. Elle avait fini par prendre ses petites habitudes et on la connaissait bien. La réceptionniste parut surprise de sa visite.

 

— Bonjour ! Mais… Pourquoi êtes-vous venus ?

— Pour voir Leihulm.

 

Lise fronça les sourcils. Quelque chose clochait.

 

— Vous n’êtes pas au courant ? Sa famille a demandé à le faire transférer dans un établissement spécialisé dans les comas longue durée. Il a été emmené ce matin, je pensais que…

 

Lise n’écouta pas la fin des explications. Sa famille ? Et puis quoi encore ! Leihulm ne connaissait qu’elle sur Terre. Elle courut dans les couloirs, angoissée. Il fallait qu’elle vérifie. Il s’agissait sûrement d’une erreur. Elle bouscula plusieurs personnes, s’attira des cris de protestation. Elle s’en fichait. Lorsqu’elle parvint enfin devant la porte de la chambre, elle hésita. Elle prit quelques secondes pour maîtriser les tremblements de ses mains avant de tourner la poignée.

 

La pièce était vide. Toutes les machines avaient disparu, le lit était fait et tout avait été nettoyé, aseptisé. Il ne restait aucune trace du passage de Leihulm sur Terre.

 

Lise se laissa tomber au sol.

 

Elle avait perdu Leihulm. Elle ne savait même pas comment c’était possible, mais elle avait réussi. Elle sentit les larmes monter. Ça ne pouvait pas finir comme ça. Elle avait espéré trop fort, pendant trop longtemps. C’était l’idée de revenir sur Kaea avec lui qui l’avait fait tenir. Qu’est-ce qu’il lui restait là ?

 

Une infirmière arriva dans son dos. Elle l’aida à se redresser et l’installa dans une chaise. Elle l’avait suivie pour la réprimander à cause de sa course dans les couloirs, mais face à son état de choc…

 

— Il a été transféré ce matin, sa famille ne vous a pas prévenue ?

 

Elle secoua la tête. Sa famille ? Quelle famille putain ?!

 

— Ils nous avaient demandé de ne pas vous embêter avec cela, mais je pensais que…

 

L’infirmière ne termina pas sa phrase. Lise émergea un peu et se tourna vers elle.

 

— Qui ?! Je ne savais pas que quelqu’un d’autre venait le voir !

— Mais enfin… Sa famille. Ceux qui règlent tous les frais pour lui et gèrent l’administratif. Vous n’êtes pas au courant ?

 

Lise sentit sa gorge se serrer. C’était pas la sécu qui avait payé ? Elle avait été trop contente qu’on ne lui pose pas de questions. En fait, elle aurait dû s’en inquiéter beaucoup plus tôt.

 

— De qui il s’agit ? Je peux avoir leur nom ? Leur numéro ?

 

Il fallait qu’elle retrouve la trace de Leihulm. Elle ne pouvait pas l’abandonner comme ça. Et si des tarés se servaient de lui comme cobaye ? L’infirmière parut particulièrement mal à l’aise.

 

— Je… Ce sont des informations privées. Je ne peux pas vous les transmettre sans accord et ils ont été très stricts sur la question.

 

Lise sentit la Colère flamber. Il ne s’agissait pas de la famille de Leihulm, juste d’imposteurs. Mais comment le prouver ? Elle se leva d’un bond, incapable de se contenir plus longtemps. Elle savait qu’elle devait éviter les esclandres, mais là…

 

— Ne vous inquiétez pas, je vais m’en occuper, intervint une voix autoritaire, à l’accent britannique prononcé.

 

Lise se tourna vers la porte de la chambre. Une femme habillée en gothique lolita se tenait dans l’entrée, sa coiffure rose exubérante en partie cachée par une ombrelle de dentelle blanche. Son visage lourdement maquillé ne laissait transparaître aucune émotion ou aucun indice sur son âge. L’infirmière sursauta à sa vue, mais elle parut la reconnaître. Elle hésita avant de quitter la pièce. Très sûre d’elle, l'inconnue s’installa sur le lit et croisa ses fines jambes, son regard gardé sur Lise.

 

— Vous êtes Lise, n’est-ce pas ? Appelez-moi Mademoiselle. Je suis la sœur de Laioum.

— Leihulm, corrigea Lise.

 

Mademoiselle se contenta de secouer une main gantée, dédaigneuse. Elle n’essayait même pas de mentir convenablement. Elle sauvait la face à l’extérieur, mais elle ne s’en donnait pas la peine dans cette chambre.

 

— Qu’est-ce que vous avez fait de lui ?! Et qu’est-ce que…

— Du calme, young lady. L’hôpital allait finir par se lasser de s’occuper de lui. Et tu ne croyais quand même pas que tout était aussi facile que cela et qu’il suffisait de ne rien faire ?

 

Mademoiselle secoua la tête, mais ses anglaises roses restèrent parfaitement immobiles. Lise s’efforçait de ne pas s'énerver, de garder le contrôle de la Colère. C’était sa seule chance de savoir où était Leihulm.

 

— Nous ne ferons rien à Laioum. Nous l’avons juste transféré dans un endroit où nous pourrons mieux nous occuper de lui.

— Qui êtes-vous ? Et pourquoi…

— Je ne répondrai à aucune question. Mais si tu veux voir ton ami, tu n’as qu’à m’accompagner. Je venais te proposer de te montrer où il est à présent.

 

Lise hésita. Cela puait le piège à plein nez cette histoire. Mais si elle espérait le retrouver… Elle joua avec la bague, toujours à son doigt. Dans le pire des cas, elle avait une porte de sortie. Devant son silence, Mademoiselle se crut forcée d’ajouter :

 

— Je ne vous veux aucun mal. Vous pourrez faire demi-tour quand vous le souhaitez.

 

Lise hocha la tête. Elle n’avait pas vraiment le choix de toute façon.

 

~0~

 

— C’est bon ! Miss a réussi à amadouer la fille. Au moins, ça nous évitera de devoir l’enlever et de l’enfermer.

 

Les yeux particulièrement cernés, l’homme se rejeta en arrière sur son fauteuil et s’étira. Il se trouvait dans une salle remplie d’ordinateurs et d’écrans, en compagnie d’une jeune femme.

 

— En même temps, est-ce qu’il arrive parfois à Miss d’échouer ?

 

L’homme rit. Il se frotta les paupières et retrouva son sérieux. Il pianota sur le clavier, ouvrit plusieurs fichiers.

 

— Lise serait plus difficile que Laioum à faire disparaître discrètement. Elle existait avant l’accident ! Lui par contre…

 

Le texte défila sur l’écran, accompagné de quelques photos.

 

— Aucune existence légale. Même avec son ADN, on n’a pu le rattacher à aucune population. Il ne vient quand même pas de l’île de North Sentinel !

— Dans tous les cas, il devrait avoir des traceurs communs avec d’autres. Sans parler du fait qu’ils sont apparus tous les deux blessés comme par enchantement et que Laioum avait une épée. Non, mais c’est quoi ce type ?

 

L’homme rit.

 

— Sérieux, après Mal’, ya encore des choses qui t’étonnent ?

 

La femme garda le silence un instant, vexée. Elle ouvrit un fichier avant de reprendre.

 

— Même la fille est louche. Quand elle lui parle, elle utilise un langage totalement inconnu, on n’a trouvé aucun lien avec une autre langue. Et puis… ces radios…

 

Des images en noir et blanc s’affichaient à l’écran. Des os. Beaucoup d’os, avec un nombre incalculable de fractures.

 

— Une gamine si battue, quelqu’un aurait dû la signaler aux assistantes sociales. Là, rien…

 

Elle garda le silence. Sur l’un des ordinateurs, une carte de Lyon et de ses environs s’étalait, avec un point rouge qui bougeait dessus.

 

— Au moins, elle n’est pas dure à suivre. Il ne reste plus qu’à en apprendre plus d’elle.

— Faut juste espérer que Miss la brusque pas trop. Tant que Laioum est dans le coma, c’est la seule qui pourra nous expliquer quelque chose. Autant passer pour les gentils.

 

La femme hocha la tête sans répondre.

 

~0~

 

Lise suivit Mademoiselle jusqu’à une voiture qui les attendait à l’extérieur de l’hôpital avec un chauffeur. Il tint la porte à sa patronne et laissa Lise se débrouiller toute seule. Ils roulèrent un moment et quittèrent Lyon. Lise regardait par la fenêtre pour essayer de retenir le chemin. Il fallait qu’elle soit capable d’y retourner par ses propres moyens. Le véhicule pénétra dans les Monts d’Or et ils surplombèrent bientôt Lyon. Ils s’engagèrent ensuite dans l’allée d’une vaste demeure isolée, masquée par de hauts arbres.

 

Dès que la voiture s’arrêta, Lise en sortit. Elle n’avait qu’une hâte, revoir Leihulm. L’endroit ne semblait pas dangereux, cela ressemblait surtout à une cachette. Elle ne comprenait pas pourquoi ces gens avaient pris Leihulm en charge, mais ils n’avaient pas l’air menaçant pour le moment. Mademoiselle extirpa d’abord son ombrelle pour se protéger avant d’émerger de la voiture. Sans un mot, elle se dirigea vers la maison. Lise la suivit. À l’intérieur, elles ne croisèrent personne. Elles s’enfoncèrent dans un dédale de couloirs jusqu’à une porte qui ressemblait à toutes les autres. Mademoiselle se plaça sur le côté.

 

— Allez-y, prenez votre temps. Je vous laisse tranquille.

 

Lise hésita. Il pouvait s’agir d’un piège. Mademoiselle perdit rapidement patience et elle ouvrit elle-même le battant. Lise aperçut à l’intérieur une réplique parfaite de la chambre d’hôpital de Leihulm. Elle s’engagea dedans. Elle le reconnut immédiatement, allongé dans le lit. Il était relié par des câbles à une multitude de machines. Sa peau était particulièrement pâle, presque translucide. Ses muscles avaient entièrement fondu. Il paraissait faible, tellement faible… Mais il s’agissait bien de Leihulm, identique au souvenir qu’elle gardait de la veille.

 

Lise attrapa une chaise et la tira près de lui. Elle saisit délicatement la main de Leihulm et la serra. Machinalement, elle posa la tête sur le drap propre. Elle se sentit si soulagée et inquiète. Ils auraient pu s’enfuir maintenant. Il aurait suffi d’un mot. Mais avec tous les tuyaux, quels effets cela aurait-il sur Leihulm ? Et s’ils se retrouvaient au milieu de la plaine de Fyh, qu’est-ce qu’elle ferait ? Pouvait-il seulement respirer sans les machines ? Il fallait attendre qu’il se réveille. Elle aurait pu partir et tenter de revenir avec Maxhirst, mais il se passait des choses si étranges d’un point de vue temporel… Ici, l’attaque de la fac par Riesz n’avait jamais eu lieu. Si à son retour Leihulm n’existait plus nulle part ?

 

Elle resta plusieurs heures, prostrée, incapable de lâcher la main de Leihulm.

 

Il commençait à faire nuit lorsque Lise émergea enfin.

 

Elle regarda une dernière fois Leihulm et serra doucement ses doigts. Aucune réaction. D’après les médecins, il pouvait aussi bien se réveiller le lendemain que jamais. Le cœur lourd comme toujours, elle quitta la pièce. Mademoiselle apparut à l’extrémité du couloir, toujours couverte par son ombrelle.

 

— Mon chauffeur va vous ramener chez vous.

 

Elle lui tendit un bout de papier.

 

— Voici son numéro. Vous n’aurez qu’à l’appeler quand vous voudrez venir voir Laioum.

— Leihulm.

 

Mademoiselle secoua sa petite main gantée.

 

— Revenez aussi souvent que vous le souhaitez. Votre compagnie est un tel plaisir.

 

La remarque était si hypocrite et formatée que Lise ne réussit même pas à se vexer. Elle se contenta de hocher la tête et de la suivre jusqu’à l’extérieur de l’immense demeure. À son grand étonnement, une heure plus tard, la voiture la déposait devant son appartement.

 

~0~

 

Une nouvelle routine s’installa.

 

Lise continuait d’aller voir tous les jours Leihulm, mais à présent, elle dépendait du chauffeur de Mademoiselle pour ses visites. On ne l’avait jamais embêtée, on ne lui avait jamais rien demandé. Au début suspicieuse, elle avait posé des questions, mais Mademoiselle les esquivait à chaque fois. Ce qui ne l’empêchait pas, elle, d’espérer des confessions de sa part.

 

— Vous pouvez nous parler, young lady. Vous avez bien constaté que je ne vous voulais pas de mal.

 

Lise n’avait rien répondu.

 

— Que puis-je faire pour vous prouver ma bonne foi ?

 

Énervée d’être ainsi importunée dans la chambre de Leihulm, elle avait balancé la première idée qui lui était passée par la tête.

 

— Trouvez-moi une arme et on en reparlera !

 

Elle s’était souvent dit que si au Sanctuaire, elle avait pu se défendre seule, Leihulm n’aurait jamais fini dans cet état.

 

Ce jour-là, elle croisa Mademoiselle pour la première fois depuis longtemps dans les couloirs. Elle lui adressa un coup d’ombrelle et quelques mots avant de s’éloigner.

 

— Nous parlerons ce soir.

 

Lise ne comprit pas le sens de ces paroles jusqu’au moment où elle pénétra dans la chambre. Un étui était posé sur sa chaise. Elle n’eut pas besoin de l’ouvrir pour deviner de quoi il s’agissait. Cette découverte la mit mal à l’aise. Elle ne s’était pas attendue à ce qu’on accède vraiment à sa demande. Elle hésita un instant avant de le laisser sur une étagère. Elle s’en occuperait plus tard. Elle s’assit à côté de Leihulm et attrapa sa main. Il ne frémit même pas. Elle commençait à perdre espoir. Lise sentit les larmes monter.

 

— Lei… Ne m'abandonne pas. Réveille-toi, s’il te plaît…

 

Il ne réagit pas.

 

Comme d’habitude.

 

Lise resta malgré tout plusieurs heures. Elle s'éloignait juste parfois pour faire les cent pas dans la chambre, lorsque la Colère se faisait trop présente. Depuis les mois, elle avait appris à mieux la gérer. Tant qu’elle n’était pas prise de court et qu’on la laissait tranquille, elle pouvait contrôler. Mais dès qu’il y avait un imprévu. Elle serra machinalement la main de Leihulm. Elle pensait au Fragment. Qu’est-ce qu’elle ferait si elle ne retournait pas sur Kaea ? Il faudrait qu’elle trouve une solution.

 

Perdue dans ses réflexions, elle sentit à peine les doigts trembler entre les siens. Elle avait imaginé ce frémissement si longtemps et elle s’était trompée si souvent… Sans y croire, elle leva la tête vers Leihulm. Ses yeux étaient entrouverts.

 

— Lei ! Ça va ? Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ?!

 

Elle enchaîna les questions sans penser que les tuyaux dans sa bouche et son nez l’empêcheraient de répondre. Il paraissait dérangé, mais il était trop faible pour bouger. Lise essayait de le soulager quand la porte de la chambre percuta brusquement le mur. Des personnes en blouse blanche pénétrèrent à l’intérieur et commencèrent à s’occuper de tout. Mademoiselle l’éloigna dans un coin de la pièce à coups d’ombrelle tandis que les médecins s’affairaient.

 

Lise riait et pleurait à la fois.

 

~0~

 

Une semaine plus tard, Lise arriva à la demeure cachée avec une énorme valise. Mademoiselle haussa un sourcil perplexe.

 

— Il s’agit juste de quelques affaires pour Leihulm.

 

Mademoiselle ne commenta pas et accompagna Lise jusqu’au convalescent. Depuis qu’il s’était réveillé, la maison semblait avoir repris vie. Elle croisait régulièrement du monde, des infirmières et des médecins. Lise ne savait pas qui les avaient aidés, mais ils étaient riches. Tout ce personnel pour un seul malade… Ils ne seraient pas déçus de les avoir secourus.

 

Lise traîna derrière elle sa valise dans la chambre de Leihulm, qui l’accueillit avec un sourire. Il paraissait toujours faible, mais les tuyaux avaient disparu. Il ne gardait qu’une perfusion.

 

— Alors, comment ça va aujourd’hui ?

— Un peu mieux, mais là, je crois que même Max me battrait à la course !

 

Lise rit, avant de prendre une expression plus sérieuse.

 

— Si tu ne te sens pas de partir tout de suite, on peut attendre un peu…

 

Depuis son réveil, elle lui avait laissé la bague. En cas de souci, il pourrait s’enfuir. En espérant qu’il ne se retrouverait pas isolé dans un coin paumé.

 

— Non, c’est bon. On a perdu assez de temps comme ça.

 

Les Fragments l’inquiétaient. Ainsi que Maxhirst. À peine remis qu’il pensait déjà aux autres. Lise hocha la tête. Elle ferma soigneusement la porte de la chambre derrière elle et elle tira sa valise jusqu’au lit, où elle s’assit.

 

— Alors autant y aller tout de suite. Donne ton bras.

 

Lise n’avait jamais touché une aiguille de sa vie et elle lutta avant de réussir à enlever la perfusion sans que Leihulm se plaigne. Normalement, un médecin viendrait rapidement protester. Elle avait compris depuis longtemps qu’il y avait des caméras dans la pièce. Dans une main, elle serra la poignée de sa valise et de l’autre, elle attrapa celle de Leihulm. Elle le fixa dans les yeux et hocha la tête.

 

— Aveglandez.

 

La seconde suivante, ils avaient disparu.

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Djina
Posté le 26/05/2020
Bonjour ! Je t'ai lu goulument hier avant d'aller me coucher et je n'ai rien posté. J'ai décelé des fautes de frappes au début de ton texte notamment une tournure de phrase qui ne va pas mais vu.... que je suis happée par ton récit... Je ne les relèvent pas... Peut être une autre âme le fera ou t'en rendras tu compte :)

Je tenais à donner mes impressions ce chapitre si surprenant si décalé si étrange : revenir à Lyon ( y vivant je voyais bien Bellecourt) ... Déjà chronologiquement, je ne sais pas quoi comprendre car l'attaque de Riezs n'existe pas, sa tante la pensait chez sa meilleure amie ....Cette organisme sur la Terre qui s'occupe de Leilhum et le prononce mal.... C'est très étrange.. La cohérence de tout cela, je me dis qu'il y a des sortes de boucles temporelles à cause des va-et-vient entre les mondes.... J'ai adoré la radio qui montre l'état réel de Lise et le fait que Lei ne soit pas reconnu comme humain classique par ce biais là malgré son apparence finalement non choquant mise à part sa tenue... Le fait que la police ne dise rien et qu'il soit pris en charge par cet organisme.. On dirait les Connaws version terriens et scientifiques.... Je me dis que Lei ça va dans le monde de Lise malgré UNE ANNEE ? C'est la potion de stase de la divinité ? Ludificius ?

Je commence à essa
Djina
Posté le 26/05/2020
Pardon envoi trop rapide : je commence à me demander la place du monde originel de Lise qui ne s'y retrouve plus.... Ensuite tu dépeins la psychiatrie et la psychologie de façon si négative ^^', je comprends il n'empêche, cela touche mon petit coeur... Mais vu le récit de vie de Lise il est cohérent de penser qu'on la pense dans un délire... Bref bref, très bien amené, cela casse tellement le rythme et en même temps, c'est comme si comme Lise on avait oublié ce monde ^^' et La réaction de Mérédith ?!! Max n'était pas censé l'avoir déjà rencontré ? Ne serait ce pas sa mère la vraie ? Et ses parents absents ?! Ce passé sombre me surprend tant... Cet espèce de mirage sur eux... Vas tu le lever? les faire entrer dans l'intrigue?

ET l'organisation terrienne avec la personne en chaise roulante me fait penser au père de MAxhirst ....? Je suis allée trop loin, je me mets à chercher des indices PARTOUT!!! Merci pour cela :) Tu crées un miracle en me rendant si addict... Et courage!!! <3
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