III.16 Réminiscences

Par Flammy

Chapitre 16 : Réminiscences

 

~906 jours avant le cataclysme

 

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Il est difficile de déterminer si les Nomades de l’Est sont réellement une gent différente des Humains ou s’il ne s’agit que d’une société isolée. Tous très grands et très massifs, ils sont facilement reconnaissables dans une foule, même s’ils ne quittent que rarement leur désert natal. Ils commercent avec les autres gents, se montrent amicaux, mais défendent ardemment leurs territoires, si bien que personne n’a pu y pénétrer. Les Nomades de l’Est ne se laissent pas non plus étudier, ce qui ne laissent que leur physique et leur immense force physique pour les différencier des autres gents.

Notes de Max.

 

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Lise courrait dans les rues de Vianum, sans prendre la peine de faire attention au chemin qu’elle empruntait, juste concentrée pour éviter de percuter les passants. Fuir tout. L’ombre des Connaws dans les ruelles, le large sourire sadique de Riesz qu’elle percevait toujours du coin de l’œil, les bribes de souvenirs inquiétants dans son esprit et ses compagnons. Ses foutus compagnons qu'elle voulait croire, mais elle ne savait plus si elle pouvait faire comme si de rien n’était et ignorer ce que lui hurlait son instinct. Derrière la surface de gentilles attentions, il restait un non-dit, une tension.

Mais si elle ne pouvait pas leur accorder sa confiance, qui croire ? Perdue au beau milieu d’un monde inconnu, comment pouvait-elle espérer s’en sortir ? La chance lui avait souri jusqu’à maintenant, mais combien de temps cela durerait-il ?

Au bout d’une éternité, Lise arrêta enfin de courir, complètement à bout de souffle et trempée. Pliée en deux, les mains sur les cuisses, elle essaya longuement de contrôler les battements furieux de son cœur. Une fois sa respiration calmée et la sueur refroidie, elle ne se sentait toujours pas mieux. Elle aurait beau fuir autant qu’elle voudrait, elle ne pourrait jamais se débarrasser de ses problèmes.

Ils resteraient à jamais gravés en elle.

Un peu étourdie, Lise se redressa et avança au hasard, aussi vive et dynamique qu’un zombie. Hébétée, elle ne savait plus du tout comment agir. Le plus sûr, le plus intelligent, aurait été de retourner à la maison de Maxhirst. Jusqu’à maintenant, ils l’avaient protégée. Mais pour combien de temps encore ? Lise se remit à courir. Il ne fallait pas qu’elle réfléchisse, surtout pas qu’elle se pose de questions. L’ignorance… C’était la clé. Elle devait se forcer à penser à autre chose. N’importe quoi… Tout sauf…

Lise bouscula violemment quelqu’un, au point d’être projetée en arrière. Sa victime, un petit rondouillard, lui avait foncé dedans sans la moindre hésitation. Il manqua de peu de tomber à la renverse, mais un homme grand et musclé, probablement son garde du corps, le rattrapa. Immédiatement, le gorille afficha un air menaçant, tandis que son maître, après avoir vérifié l’état de ses riches vêtements, s’empourpra et commença à la houspiller.

— Vous ne pouviez pas regarder où vous alliez et faire attention ? Sale petite pimbêche, avez-vous idée de combien m’a coûté cette tenue ?

Lise cligna des yeux, surprise. Le passant qu’elle avait bousculé, probablement un noble, lui faisait l’effet d’un chihuahua atteint de la rage. Elle se renfrogna immédiatement. Elle n’avait aucune envie de perdre son temps et de se prendre la tête avec un tel énergumène. Mais en même temps, elle avait tellement besoin de se défouler…

— Aucune idée, et j’en ai rien à foutre !

La réplique laissa l'inconnu ébahi. Il ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois avant de se ressaisir, plus écarlate que jamais. Lise se retint de justesse de lui rire ouvertement au nez. À la place, un sourire goguenard fleurit sur ses lèvres.

— Petite impertinente ! Tu mériterais que…

— Petite ? C’est l’hôpital qui se fout de la charité ! railla-t-elle.

L’homme devint livide et un tic agita sa lèvre supérieure. Il se calma d’un coup et une lueur victorieuse éclaira son regard. Il tendit un doigt accusateur vers Lise.

— Je… Je te reconnais ! Tu étais dans l’antichambre de la Haute-Prêtresse de Lumière l’autre jour ! Avec ce monstre de prince Alyss !

—  « Ce monstre » ? fit-elle, surprise.

Elle farfouilla dans ses souvenirs. Elle se remémorait vaguement d’avoir croisé un prince, qui s’appelait effectivement peut-être Alyss. Mais il s'agissait d’un doux rêveur, très délicat, avec des plumes dans les cheveux. Pas d’une bête assoiffée de sang.

— Alyss, tu parles du blond qui ressemble à une fillette ? Ça, un monstre ? Tu te fiches de moi ?!

C’était tout à fait le genre de personnes qu’elle imaginait végétariennes, incapable de manger de la viande à cause du souvenir des animaux sacrifiés. Le nobliau s’empourpra de plus belle. Il commençait doucement mais sûrement à virer au violet sombre.

— Le prince de Mandchou a été déclaré personne indésirable par la Haute-Prêtresse de Lumière elle-même, même si cette décision lui a déchiré le cœur ! Il s’est avéré qu’il est venu jusqu’à Vianum pour exterminer les derniers représentants de la gent des Tempous. Ça doit être de famille, il a de qui tenir avec son oncle et le génocide de Flamiella, persifla-t-il.

Lise ne comprenait pas tout ce que le petit homme lui disait, mais elle avait du mal à associer dans son esprit  « exterminer » et l’image du doux rêveur qu’elle avait gardée. Cela lui paraissait tellement incongru. Elle rit sans pouvoir s’en empêcher. Elle l’imaginait plus nourrir un lapin avec ses propres provisions plutôt que le tuer pour le manger. Sa réaction vexa encore un peu plus son vis-à-vis qui abandonna l’idée de l’impressionner ou de discuter avec elle. Il claqua des doigts et s’adressa à son garde du corps.

— Récupère-la. Il y a une prime pour tous ceux qui collaborent avec le prince Alyss. On en tirera peut-être quelque chose.

Avant que Lise ne puisse bouger, le gorille lui attrapa le bras et le serra fermement. Tout en l’insultant copieusement, elle tenta de se dégager, en vain. Les passants s’écartaient largement d’eux et regardaient obstinément dans une autre direction. Personne ne l’aiderait. Il fallait absolument qu’elle trouve une solution, elle n’avait aucune envie de se retrouver en prison — ou pire — pour avoir croisé la route de la mauvaise personne au mauvais moment.

— Lâchez-moi putain ! Laissez-moi tranquille !

Cette fois, elle aurait beau pester aussi fort qu’elle le voulait, Rudy ne viendrait pas à son secours. Il ne l’avait pas suivie et elle n’avait aperçu aucun éclat roux dans la foule. Elle devait se débrouiller seule et elle y arriverait ! Elle tira de toutes ses forces sur son bras, sans même inquiéter le garde du corps qui la fixait d’un air impassible. Il s’apprêtait à se mettre en marche et à l’entraîner derrière lui lorsqu’il se figea. Le gorille dépassait déjà largement Lise. Mais l’homme qui venait de poser une main sur son épaule…

Il aurait pu inciter n’importe qui à reculer d’un regard.

Il culminait au-dessus de la foule, d’autant plus que ses cheveux poivre et sel étaient attachés en une queue de cheval haute. Équipé d’une armure complète, seule sa tête n’était pas protégée, le heaume accroché à sa ceinture. Dans son dos, une épée deux mains dépassait sans le gêner le moins du monde, alors qu’elle devait peser un âne mort. Malgré son attirail, il se déplaçait avec fluidité, ses gestes nerveux et rapides, comme s’il était habillé normalement. Son harnachement de chevalier dénotait particulièrement dans les rues parées pour la Foire des Couleurs. Jusqu’à présent, Lise n’avait vu que les gardes de la cité ainsi équipés et aux regards des passants, elle comprenait qu'il n’aurait jamais dû garder son armure dans Vianum même.

Ce n’était pas le fait que le guerrier dédaigne totalement les mœurs locales qui laissait Lise sans voix, mais ses yeux bordés de rides. Totalement blancs, ils semblaient luire d’une manière irréelle. Parfois, alors que l’inconnu fronçait les sourcils, Lise avait l’impression de distinguer une pupille délavée, mais elle ne l’aurait pas parié. Entre son regard dérangeant, la large cicatrice qui barrait son visage au niveau du nez et sa peau burinée par le soleil, Lise ne parvenait absolument pas à décrypter ses intentions. Elle n’arrivait même pas à déterminer si elle devait avoir peur ou pas.

Elle profita de la diversion pour dégager son bras et, sans insister plus, tourna les talons pour s’éloigner le plus rapidement possible des ennuis. Un homme se tenait dans son dos, tout proche d’elle sans qu’elle l’ait senti. Assez quelconque de stature, il se distinguait grâce à sa longue chevelure d’un blanc neige, exact reflet de la couleur de ses yeux, sans aucune pupille. Cela lui donnait une allure étrange, renforcée par son visage aussi inexpressif qu’un masque. Il ressemblait à une poupée géante. Il secoua la tête et émit un petit claquement de langue.

— Martel, Martel, Martel… C’est la fille qui m’intéresse, pas le lourdeau. Laisse ton esprit chevaleresque de côté et fais un peu ce que je te dis pour une fois.

Le nouveau venu avait parlé d’une voix traînante, avec les intonations de quelqu’un qui monologue beaucoup sans jamais être contredit. Il fronça les sourcils en fixant le guerrier et les légers reflets de pupilles disparurent totalement. La main de Martel quitta l’épaule pour se jeter sur le cou du gorille et le serrer, avant de le projeter sur le côté, trahissant une force surhumaine. Le nobliau pâlit d’un coup et s'enfuit sans hésiter une seule seconde. Il préférait visiblement sa survie à son petit personnel.

Martel se tourna ensuite vers Lise, qui se rappela un peu trop brutalement de la précarité de sa situation. Elle tenta de déguerpir, mais le guerrier se révéla plus rapide qu’elle. Elle s’était à peine éloignée de quelques pas qu’elle sentit une poigne ferme enserrer son cou. Il ne serrait pas. Pour le moment. Lise déglutit péniblement, incapable de comprendre ce qu’on lui voulait. C’était qui ce type ? Un Connaw ? Non, il aurait réagi plus brusquement. Un autre énergumène qui espérait gagner la prime pour Alyss ? Mais quel rapport avec elle ?

Aussi immobile que possible, Lise attendit la suite tandis qu’un filet de sueur coulait le long de son dos. Au moindre mouvement, elle ne donnait pas cher de ses vertèbres. La rue, un peu plus tôt bondée, s’était vidée de la plupart des badauds. Même les marchants avec un étal s’étaient volatilisés dans leur réserve de fournitures, savant mélange de partie de cache-cache entre les sacs et de coups d’œil pas vraiment discrets. Personne ne lui viendrait en aide.

L’homme totalement blanc se rapprocha en traînant des pieds, insensible à l’effet qu’il avait eu sur les environs. Il se posta devant Lise et la détailla longuement, des pieds à la tête. Elle ne s’était jamais sentie aussi salie et seule la main sur sa nuque l’empêchait d’exprimer le fond de sa pensée.

— Voyons, voyons… Rien d’exceptionnel à première vue, mais tous ces sortilèges, qu’est-ce que cela cache ? Je n’avais jamais perçu un tel assemblage… Et je dois dire que cela a éveillé ma curiosité.

Il posa ses doigts sur les tempes de Lise et capta son regard. Après un instant de flottement, elle voulut hurler, mais le cri resta bloqué dans sa gorge et refusa de sortir. Elle avait l’impression que quelqu’un farfouillait à l’intérieur de sa tête, raclant ses ongles contre les parois de son crâne. Quelqu’un cherchait quelque chose dans son esprit, sans aucune délicatesse.

Les souvenirs défilaient, aussi bien des paysages, des plats qu’elle avait goûtés ou des cours appris par cœur. Des réminiscences qui ne lui appartenaient pas surgirent. Des images de Rudy, de Leihulm et de Maxhirst. Mais aussi Riesz. Nélya et Laor. Ambroise. Des personnes qu’elle avait déjà rencontrées, elle s’en rappelait maintenant. Le calvaire, après avoir duré une petite éternité, s’arrêta brusquement, la laissant pantelante et incapable de tenir debout toute seule. Une migraine commençait à gonfler, suffisante pour lui maltraiter les sens. Elle ne distinguait plus rien, entendait à peine.

— Rien de particulier. Ses souvenirs sont étranges mais… rien qui puisse m’être utile. C’est le sorcier qui a lancé son sort d’amnésie qu’il me faudrait. Elle… Elle est d’une banalité affligeante. Allons-y Martel. Nous avons déjà perdu assez de temps et on ne devrait jamais faire attendre les dames.

Tombée au sol, les mains crispées devant ses yeux, Lise avait l’impression que sa tête était sur le point d'exploser. Elle se sentit manipulée comme une poupée, mais elle n’en était pas certaine. Elle voulait juste que tout s’arrête, que la migraine prenne fin. Tout plutôt que ça ! Quelqu’un la soulevait et l’emmenait. Qui, où, pourquoi ? Rien à faire. La souffrance s’intensifiait mais elle ne sombrait toujours pas dans l'inconscience. Elle se crispa et le goût du sang envahit sa bouche.

La douleur allait la tuer.

 

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Rudy erra à l’étage, sans savoir comment réagir. Lise pleurait. Il ne parvenait pas à se sortir cette image de la tête. Comment se comporter avec elle ? Il s’était attendu à beaucoup de choses, mais là… Son calme apparent l’avait trompé. Elle était bien plus chamboulée que ce qu’il avait cru. Après de longues hésitations, il descendit au rez-de-chaussée et se figea sur la dernière marche. La porte de la demeure était grande ouverte. Il n’aurait jamais cru qu’elle sortirait, juste qu’elle se réfugierait dans la cuisine ou le salon.

Sans perdre plus de temps, il tourna les talons et monta en courant les marches. Il fallait aller prévenir Leihulm et Maxhirst, tout de suite. Entre les Connaws et les trois contrats évoqués par l’homme qui avait agressé Lise… Beaucoup trop de personnes cherchaient à la tuer pour qu’il se contente juste d’attendre ton retour. Il parvint essoufflé au dixième étage. À partir de là, l’escalier s’enroulait autour d’un espace laissé vide. Rudy s’engagea dessus et des runes brillèrent. L’instant d’après, ses pieds quittèrent le sol et les niveaux défilèrent devant ses yeux, jusqu’au dernier. Ses deux pères adoptifs se tenaient sur le palier et le regardèrent arriver d’un air étrange. Il n'allait jamais tout en haut en temps normal.

— Qu’est-ce qui se passe ? s’enquit Leihulm.

— Lise. Elle ne se sentait pas bien, je l’ai laissée seule mais… elle est sortie de la maison.

Ses deux pères réagirent immédiatement. Ils s’engagèrent eux aussi dans l’ascenseur et la descente commença. Maxhirst remonta ses lunettes sur son nez.

— Il faut essayer de la retrouver, avec la foire, elle pourrait tomber sur n’importe qui. Mais avec la foule, cela va être d’autant plus difficile pour les Connaws de…

Devant les airs tendus de ses compagnons, il se reprit.

— On la retrouvera. Rappelez-moi juste de la marquer par sortilège. Ça sera plus pratique pour la prochaine fugue.

La plaisanterie tira un pauvre sourire à Rudy. Maxhirst l’avait souvent menacé ainsi, petit, mais il n’avait jamais mis ses avertissements en application. Cela ne devait pas vraiment être possible. Et puis, l’idée de passer une laisse à Lise... Autant tenter de déclencher la fin du monde. Rudy continua de ronger son frein, le temps de sortir de la haute tour. Maxhirst se concentra alors sur un bout de parchemin, récupéré au passage. Il se plia en forme d’oiseau et s’envola.

Les recherches commencèrent, particulièrement fastidieuses et difficiles. La foule, particulièrement compacte, rendait leur progression compliquée, sans compter qu’il fallait réussir à suivre des yeux la minuscule grue de papier. Maxhirst devait régulièrement la rappeler, ce qui les ralentissait particulièrement. Lise s’était engagée dans les rues les plus bondées de Vianum. Surtout qu’un incident bloquait l’avenue.

Rudy, oubliant les bonnes manières, donnait des coups de coude et s’infiltrait dans les moindres brèches, sans égard pour tous les regards outrés qu’on lui lançait. Il devait avancer, et vite, quitte à distancer ses compagnons. Il devait retrouver Lise, maintenant. Il sentait que quelque chose d’anormal se passait. Son tatouage commençait à le brûler et il savait que cela n’annonçait jamais rien de bon.

Il ne se le pardonnerait jamais si quelque chose arrivait à Lise. Pas encore une fois.

 

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Les badauds se dispersaient et cherchaient à s’éloigner, comme s’ils fuyaient quelque chose. Certains parlaient d’alerter la garde de la ville. Qu’est-ce qui se passait ? Leihulm avait perdu Rudy de vue depuis longtemps et il espérait que rien ne lui soit arrivé. La grue se dirigeait inlassablement vers l’origine de l’accident. Il joua des coudes pour réussir à remonter le flot de ceux qui tentaient de partir. Il se figea rapidement, les yeux écarquillés. Un fantôme du passé ressurgissait au moment où il s’y attendait le moins.

Martel, le prince génocidaire.

Par réflexe, Leihulm porta la main à son fourreau et raffermit ses appuis. Il aurait des soucis s’il dégainait son épée en pleine ville, mais lors de sa dernière rencontre avec Martel, il avait failli ne pas s'en sortir vivant et…

Martel le dépassa sans même lui accorder un regard. Leihulm ne savait pas s’il ne l’avait pas reconnu — ils avaient tenté de s’entre-tuer une vingtaine de lunes d’or plus tôt — ou s’il y avait autre chose. Ces yeux décolorés… Était-il devenu aveugle ? Ce n’était pas le cas avant ! Pourtant il évitait sans problème tous les obstacles… Leihulm remarqua à peine l’homme en blanc qui accompagnait Martel. Il fixait le dos de Martel, toujours aussi tendu.

Il vit du coin de l’œil Maxhirst effectuer quelques pas maladroits pour se placer derrière lui, comme s’il avait besoin de protection. Leihulm fronça les sourcils. Son ami n’agissait jamais ainsi, il savait se défendre mieux que quiconque. Alors pourquoi ? Il comprit d’un coup. Martel n’était pas seulement connu pour le génocide réalisé dans le royaume de Flamiella. Il avait aussi tué de manière particulièrement spectaculaire et sanglante Alexander, l’un des enfants de la dernière reine. Alexander, qui avait été élevé avec Maxhirst et qu’il avait considéré comme son frère. Alexander, sauvagement assassiné devant Maxhirst, alors qu’ils n’étaient tous les deux que des adolescents. L’un des grands traumatismes de la vie de son ami.

Leihulm se détourna immédiatement de Martel pour se concentrer sur Maxhirst, visiblement terrorisé. Il avait perdu tous ses moyens, ses lunettes étaient tombées et il ne l’avait même pas remarqué. Leihulm lui attrapa les épaules et essaya de capter son regard.

 

— Max ? Max ! Écoute, il ne va rien faire, ni à toi, ni à personne. Il est parti, d’accord ? Personne ne risque rien, je te le jure. Et de toute façon, tu es l’un des plus grands sorciers, ne l’oublie pas. Tu es capable de foutre une raclée à qui tu veux. Max ? Tu m’entends ?

Leihulm se sentait de plus en plus inquiet. Maxhirst ne se mettait que rarement dans un tel état, et son ami avait du mal à reprendre pied dans la réalité. Mais petit à petit, ses joues creuses retrouvèrent un peu de couleurs et ses paupières papillonnèrent.

— J-Je euh…

Maxhirst porta une main à son visage. Il commença alors à pleurer, voûté vers l’avant.

— C-C’est lui q-qui… Alexander, il…

Voir Maxhirst craquer à ce point serrait le cœur de Leihulm comme jamais. Mais malheureusement, ils n’avaient pas de temps pour cela, surtout pas maintenant. Pas alors que Lise s’était enfuie et que beaucoup trop de personnes auraient aimé les enterrer, ses souvenirs et elle. Rudy avait poursuivi sans eux, mais pourrait-il seulement la retrouver ?

Après le départ de Martel, la vie reprenait doucement son cours. Des promeneurs passaient auprès d’eux sans leur porter la moindre attention, les marchands recommençaient à héler tous les potentiels clients, des bruits de courses et des cris remplaçaient le silence. Même la température semblait avoir remonté.

— Max, je sais que c’est dur, mais il faut absolument continuer à chercher Lise.

— Mais qu’est-ce que vous fichez ?! interpella Rudy.

Leihulm se rendit seulement compte à cet instant de son élève qui se rapprochait en courant. Maxhirst reperdit ses couleurs.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?! questionna Maxhirst, inquiet.

Rudy était couvert de sang. Une plaie saignait abondamment dans ses cheveux, coulant jusqu’à son menton sans qu’il n’y prenne garde. Son bras droit pendait, inerte et ensanglanté, tandis qu’il tendait ses lunettes à Maxhirst du gauche.

— J’ai retrouvé Lise.

— Et ?

— Ça s’est pas bien passé.

Le visage sombre, veiné de rouge, Rudy ne commenta pas plus. Il n’avait pas besoin. Dans son regard brûlait une lueur farouche.

— Mais je ne renoncerai pas aussi facilement. On y retourne ! Je vous raconterai en chemin.

L’ordre ne laissait place à aucune contestation.

 

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Dans l'affluence dense de l'avenue, Rudy remarqua qu’il avait distancé Leihulm et Maxhirst, mais rien n’aurait pu le ralentir. Ils avaient déjà perdu tellement de temps… Il devait continuer, les autres finiraient bien par le rattraper. Il fallait qu’il retrouve Lise, tout de suite. Ce mouvement de foule… Cela n’augurait rien de bon, surtout vu le talent de Lise pour courir après les ennuis…

À force de coups de coude, Rudy parvint jusqu’à la rue que les badauds fuyaient. Il dut insister encore un peu pour dépasser l’attroupement de curieux et tomba enfin sur ce qu’il avait craint. Lise, dans une situation délicate. Un colosse lui tenait le cou, un homme étrange gardait ses mains sur ses tempes. Qu’est-ce qu’il se passait ?

Il n’eut pas le temps de s’interroger plus que l’individu tout en blanc se désintéressa de Lise et que son compagnon en armure la lâcha. Elle tomba au sol, sans la moindre résistance. Le sang de Rudy se glaça dans ses veines. Elle n’était quand même pas… morte ? Sans attendre une seconde de plus, il se précipita en avant, une main posée sur la garde de son épée. Il s’arrêta devant l’immense guerrier, prêt à en découdre en cas de besoin.

— Qu’est-ce que vous lui avez fait ?!

Si les deux hommes avaient attaqué Lise, il ne les laisserait pas partir si facilement. Il devait rester sur ses gardes, les surveiller au cas où. Celui en blanc se tourna vers lui, surpris. Il n’avait même pas remarqué sa présence.

— À cette pimbêche ? Rien du tout petit. Enfin, rien qui ne l’endommagera durablement. J’ai peut-être esquinté un sortilège ou deux en fouillant son esprit, mais rien qui vaille cet… air haineux.

Il parlait le plus naturellement du monde, comme s’il n’évoquait rien de particulier. Rudy se crispa un peu plus. Comment pouvait-il se montrer si désinvolte alors qu’il avait laissé Lise écroulée par terre ? Rudy était tiraillé entre l’envie de dégainer son épée pour expliquer son point de vue sur les agissements de l’homme en blanc et se précipiter pour vérifier l’état de Lise. Mais était-ce vraiment bien prudent de toute façon de leur tourner le dos ?

— Fais-nous gagner du temps à tous, va la voir et fiche-nous la paix. Crois-moi, tu n’as pas le niveau pour oser espérer t’en prendre à Martel, lâcha-t-il, méprisant.

Rudy serra les dents. Même si ce n’était pas très agréable à reconnaître, l’inconnu en blanc avait probablement raison. Depuis qu’il savait manier une épée, il avait appris à évaluer ses adversaires et là… Il n’était clairement pas sûr de l’issue du combat. Après quelques instants d’hésitation, il se décala, les yeux toujours posés sur le guerrier. Les deux hommes l’ignorèrent, se contentant de continuer leur route. Rudy se remit à courir vers Lise, s’arrêta au bout de quelques pas.

Quelqu’un se tenait auprès de Lise.

Une personne enveloppée de bandelettes bleues, avec un masque. Yphen, la Gardienne de Neruda. Elle s’accroupit à côté de Lise et prit son pouls au niveau du cou. Rapidement, elle hocha la tête. Rudy sentit un grand poids s’envoler. Lise allait bien. Inconsciente, mais elle se portait bien. Il se précipita en avant, pressé de vérifier par lui-même. Il percuta un mur invisible. Un instant déboussolé, il essaya d'insister, sans succès. Une sphère transparente entourait Yphen et Lise, les coupant totalement du reste de la rue.

— Yphen ! Qu’est-ce qui se passe ? Il y a un problème ? Est-ce que Lise va bien ?!

Lise gémissait. Elle remuait sur les pavés, sans se réveiller. Elle fronçait les sourcils et marmonnait, elle paraissait lutter contre un mauvais rêve. Cela lui rappelait l'incident du Sanctuaire, lorsqu’elle avait failli retrouver la mémoire de manière trop violente pour son esprit. Cela risquait de laisser des traces, voire de la détruire. Il devait arrêter ça, maintenant !

— Yphen, secoue Lise ! Doucement, mais vite !

Elle resta immobile. Au bout d’un silence, elle finit par refuser de la tête.

— Non. Pour Neruda, il faut que cela se déroule ainsi.

— Quoi ? Mais pourquoi il veut que…

— Neruda n’est au courant de rien. Il ne sait même pas que je suis ici. Mais c’est important pour le futur.

Lise s’agitait de plus en plus dans le dos d’Yphen. Celle-ci ne s’en inquiéta pas, pas plus qu’elle se troubla face aux cris de protestation de Rudy. Elle s’assit en tailleur.

— Calme toi un peu, tu vas finir par te faire mal.

Rudy frappait de toutes ses forces contre la barrière pour la briser, mais à part se malmener le bras, il n’arrivait à rien. Du sang commença à couler le long d’une surface invisible, mais cela ne l’inquiéta pas. La brûlure de son tatouage, par contre…

— Il faut la réveiller, maintenant !

Lise respirait de plus en plus difficilement, elle se débattait et pleurait dans son sommeil agité.

— Non. Entre tous les futurs qui existent, il n’y en a pas beaucoup où Neruda peut espérer vivre vieux. Ludificus m’a vraiment filé une horreur à garder en vie. Et dans tous ces avenirs… Il faut en passer par là. Rien de personnel petit.

Rudy n’écoutait rien. Aveuglé par la vision de Lise qui souffrait, il se contentait de frapper, se blessant sans obtenir de résultats. Yphen finit par secouer la tête.

— Arrête, si tu continues… Tsss. J'ai compris, je bouge. J’aurais préféré ne pas la manipuler vu comment je maîtrise ma force, mais tu ne me laisses pas le choix. Éloigne-toi petit.

Rudy l’ignora totalement et Yphen soupira. Elle se pencha vers Lise et l’attrapa par la taille le plus délicatement possible, comme si elle était en verre. Cela s’avéra compliqué, Lise s’agitant de plus en plus, mais elle réussit à raffermit sa prise sans la blesser.

— Tu ne me laisses pas le choix, répéta-t-elle.

Yphen claqua des doigts. Rudy fut violemment projeté en arrière et un mur de brique amortit sa chute. Lorsque sa vision trouble redevint claire, il aperçut Yphen, Lise sous le bras, sauter sur un toit et s’éloigner.

 

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Lise se souvenait.

De Kaea, des Connaws, de ses amis. De tout.

Les images volaient dans sa tête, s’imposaient à elle.

L’une d’elles, plus obsédante que les autres, lui meurtrissait le cœur.

 

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Maxhirst avait absolument tenu à soigner Rudy avant de repartir chercher Lise. Cela ne servait à rien de s’efforcer de continuer si c’était pour s’écrouler un peu plus tard, face à Yphen. Ce n’était pas un opposant à prendre à la légère. Maxhirst récupéra ensuite un bout de parchemin pour relancer son sortilège.

En compagnie d’Yphen, Lise ne risquait probablement pas grand-chose du côté des Connaws. La menace venait de son propre esprit. D’après le guérisseur du Sanctuaire, un retour trop brutal de sa mémoire pouvait endommager son âme de manière très destructrice, au vu de sa réaction lors des premières réminiscences.

La grue de papier s’envola et fila dans une toute nouvelle direction. Ils se mirent tous les trois à courir, sans perdre la moindre seconde. L’oiseau bifurqua plusieurs fois et Rudy, concentré, se rendit compte au dernier moment qu’ils étaient revenus sur leurs pas, à la demeure de Maxhirst.

L'origami s'arrêta devant la fenêtre brisée de la chambre de Lise.

Mais pourquoi kidnapper Lise juste pour la ramener chez elle ? Cela n’avait aucun sens. Sans se poser plus de questions, Rudy ouvrit la porte à la volée et se précipita dans les escaliers.

 

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Lise s’éloigna du camp. Elle voulait rester un peu seule, même si elle appréciait beaucoup la compagnie de Leihulm, Maxhirst ou même d’Ambroise, elle ressentait souvent le besoin de se poser pour souffler. Depuis quelque temps, sa vie était plus que remplie et cela l’étourdissait. Elle n’avait pas l’habitude, contrairement à ses compagnons. Au bout de quelques minutes de marche, elle dénicha une clairière où elle pouvait distinguer le ciel, une vision qui la réconfortait. Les étoiles illuminaient la nuit partout. Elles étaient juste disposées différemment.

Elle entendit derrière elle des branches craquer et des pas se rapprocher. Elle ne s’en inquiéta pas, alors que quelques mois plus tôt, elle aurait probablement fait une crise de panique. Même les traumatismes les plus violents finissaient par s’estomper, même si elle savait qu’elle devait beaucoup à ses amis, elle s’était reconstruite grâce à eux, elle se sentait en sécurité seulement en leur présence. Sans eux… Elle frissonna. Elle n’osait pas imaginer dans quel état elle se trouverait. L’angoisse la saisit, comme régulièrement sans qu’elle puisse le contrôler. Des bras s’enroulèrent autour de sa taille et la pressèrent contre quelqu’un. Un menton se posa sur son épaule et elle se calma. Cette chaleur, cette odeur…

Rudy.

Il avait vraiment le don pour toujours arriver au bon moment et l'apaiser. Elle profita de sa présence tout en contemplant le spectacle des trois lunes et des étoiles filantes. Sur Kaea, il y en avait très souvent et elle ne s’en lassait pas. Après quelques instants, elle tourna la tête vers lui et rompit le silence, une moue moqueuse aux lèvres.

— On ne peut jamais être tranquille, hein ?

— Qu’est-ce que tu crois ? Je te surveille pour être sûr que tu ne t’enfuis pas !

Lise lui enfonça son coude dans les côtes. Rudy souriait toujours. Mais elle avait appris à le connaître suffisamment pour distinguer les subtilités. Là, il s’était inquiété pour elle et il était venu s’assurer que tout allait bien. Que quelqu’un se préoccupe autant de son sort… Elle n’avait pas l’habitude.

— Et tu ferais quoi pour m’empêcher de partir ? Je suis sûre que je te bats à la course !

En réalité, probablement pas. Elle manquait toujours d’endurance, elle gardait encore des séquelles de son enfermement. Mais personne ne l’aurait relevé, surtout pas lui.

— Je pense que j’utiliserais une technique fourbe pour t’immobiliser, fit-il pensivement.

— Une technique fourbe ? Toi ? Et je peux savoir de quoi… Ah !

Un cri interrompit Lise. Rudy avait entrepris de la chatouiller et comme d’habitude, elle était beaucoup trop sensible. Elle essaya de se débattre, de se dégager, mais il maintenait bien sa prise. Au bout de quelques instants de lutte, elle finit par glisser et basculer en arrière. Rudy se laissa tomber avec elle et Lise se retrouva allongée au sol, Rudy sur elle. Tous les deux essoufflés, ils gardèrent le silence. Ils se contentèrent de se fixer dans les yeux. Un petit moment de pause.

Avec n’importe qui d’autre, Lise se serait sentie mal à l’aise. En position de faiblesse face à un homme, être dominée… Cela la crispait. Mais elle savait parfaitement que Rudy n’avait pas d’arrières pensées salaces. Incapable d’empêcher sa chute, il avait juste suivi le mouvement pour placer sa main derrière sa tête et la protéger d’un mauvais choc. Toujours prévenant, sans jamais s’en vanter. Sans percevoir l’aspect tendancieux de leur position, il se releva puis l’aida à se redresser. Elle accepta avec plaisir et sauta sur ses pieds. Sa bonne humeur s’envola lorsqu’elle remarqua du sang sur ses doigts.

— Tu

— Ce n’est rien, il n’y aura plus rien demain.

Il cacha précipitamment sa main dans son dos. Il avait dû se blesser en tombant, pour la protéger. Lise sentit la culpabilité poindre, mais elle la refoula. L’inquiéter aurait été une bien mauvaise façon de le remercier. Elle préféra le tourmenter un peu plus en retour.

— Et moi qui voulais te faire un bisou magique.

— Un bisou magique ?

— C’est…

Lise croisa les bras, cherchant une explication. Elle parlait vraiment trop vite parfois.

— Dans mon monde, il n’y a pas de sorcellerie. Mais quand un enfant se blesse, on lui propose un bisou magique. On lui fait croire que ça guérit et ça va mieux. Mais je suppose qu’avec Max, tu n’avais pas besoin de ça.

— Non, pas vraiment !

Il ne se moquait jamais de son monde ou d’elle. Pourtant, certaines choses devaient lui paraître étranges, mais il souriait toujours, heureux d’en savoir plus sur elle. Un vent frais se leva et, avant même qu’elle puisse frissonner, Rudy se rapprocha d’elle et la serra dans ses bras pour la réchauffer, tout en lui frottant le dos. On lui avait prêté un pull, mais beaucoup trop large pour elle, il tombait régulièrement de ses épaules. Rudy profita que le vêtement tentait une fois de plus de s’enfuir pour déposer trois baisers sur sa peau, au niveau du bras.

— Et trois de plus.

Lise jeta un coup d’œil à l’endroit du délit. Trois cicatrices. Elle avait eu beaucoup de difficultés à tolérer son nouveau corps, si balafré. Il avait été aussi extrêmement compliqué d’admettre le changement, dans le regard des autres. Peur, dégoût, horreur, pitié… Cela lui faisait plus de mal que tout le reste. Seul Rudy les acceptait pleinement, à les trouver normales.

 « Elles font partie de toi et tu es magnifique. Pourquoi ça me poserait problème ? »

Devant son désamour de son corps, il avait pris le pari de le lui faire aimer de nouveau et d’embrasser toutes les cicatrices sans exception, pour bien lui rentrer dans le crâne que lui, ça ne le gênait pas. Et il se mettait régulièrement à la tâche, même s’il n’aurait jamais tenté la dévêtir pour. Il profitait juste des occasions, quand ils étaient seuls.

Lise sentit son cœur se serrer. Sans lui, elle… Elle n’osait pas l’imaginer. La panique la saisit et le sourire de Rudy trembla un instant, signe qu’il l’avait perçue, même s’il ne devait probablement pas en comprendre l’origine. Sans lui laisser le temps de réagir, elle se hissa sur la pointe des pieds et posa ses lèvres sur les siennes.

— J’aime bien les bisous magiques.

— Idiot, souffla-t-elle.

Elle ne voulait pas le perdre. Jamais. Sinon… Elle ne donnait pas cher de sa peau. Ni de son équilibre précaire.

Elle l’aimait. Plus que tout. Et elle avait surtout besoin de lui.

 

~0~

 

Rudy déboula tellement rapidement sur le palier du premier étage qu’il manqua de peu de perdre l’équilibre. Il se rattrapa d’une main et se précipita vers la chambre de Lise. Il n’essaya même pas d’ouvrir la porte normalement et tenta directement de l’enfoncer d’un coup d’épaule. Elle s’écarta sans offrir la moindre résistance et Rudy pénétra dans la pièce. Yphen se tenait accroupie sur le rebord de la fenêtre. Pas le moins du monde surprise, elle lui adressa un petit signe de tête.

— C’est bon, c’est fini. Je vous laisse gérer la suite. Bon courage, cela ne va pas être simple.

Avant même d'avoir terminé de parler, Yphen avait disparu. Lise était allongée sur son lit, totalement inerte. Les traits tirés, très pâle, elle évoquait les souvenirs d’une période sombre que Rudy aurait préféré oublier. Il ne percevait pas sa respiration. Le cerveau complètement anesthésié, il ne réussissait pas à esquisser le moindre geste. Pourtant, il avait enfin atteint son objectif, non ? Il aurait dû se précipiter vers elle, non ?

Mais elle lui remémorait trop sa convalescence d’après les Connaws. Elle lui rappelait trop le père de Maxhirst, simple coquille vide au dernier étage. Et si l’esprit de Lise avait été détruit ? Ou pire, si elle était morte ? Comment réagir, que faire ensuite ? Est-ce qu’il voulait vraiment être fixé ? La réponse lui faisait peur. Tellement peur.

Maxhirst le bouscula et pénétra dans la pièce, tout aussi inquiet. Ses paumes luisaient déjà, prêtes à soigner en cas de soucis. Il se précipita sur Lise et commença à l’ausculter et son visage se décomposa. Il remonta ses lunettes sur son nez d’un doigt tremblant.

— L-Les sortilèges ont volé en éclats de manière violente. Je… Je vais nettoyer les dernières traces de sorcelleries mais… je n’ai aucune idée de…

La voix de Maxhirst s’étrangla dans sa gorge. Rudy sentit Leihulm poser une main sur son épaule.

— Je suis désolé, marmonna Maxhirst, brisé. Je…

— Maxhirst ! Espèce d’enfoiré !

Lise se redressa d’un coup, agrippa le col de Maxhirst et le frappa. Ses lunettes s’envolèrent dans l’indifférence la plus totale. Lise avait à peine entrouvert les yeux. Elle les referma immédiatement et s’écroula de nouveau sur le matelas. Épuisée. Malgré le coup, Maxhirst souriait largement.

— Si… Si elle est capable de réagir aux stimuli… Ça devrait être bon. Elle… Elle a juste besoin de temps. Elle… Elle devrait s’en remettre.

Rudy recommença à respirer librement. Il fallait attendre que Lise se réveille pour vérifier que tout allait bien mais… Oui, tout s'arrangerait.

 

~0~

 

Une migraine monumentale vrillait les tempes de Lise. Elle était totalement incapable de réfléchir correctement. Elle était

 

agressée par une multitude de sons, de couleurs, d’images et de souvenirs dans une cacophonie ingérable.

 

C’était horrible. Elle avait l’impression que sa tête allait exploser.

Elle avait envie de hurler, de frapper, de tout détruire.

Elle se souvenait. Elle se souvenait à présent, dans les bribes éparses de sa vie passée. Des paroles prononcées par ses compagnons, ses amis, ces traîtres.

 « Maxhirst est en train de préparer un sortilège d’amnésie. Tu… Tu vas repartir chez toi Lise. C’est ce qu’il y a de mieux. Je… Essaie d’être heureuse, d’accord ? Au moins, tu ne te souviendras plus de tout ça. C’est… sûrement mieux pour toi. »

Rudy.

Ce traître, ce menteur.

Comment avait-il pu se débarrasser d’elle comme ça ?

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Jibdvx
Posté le 02/08/2020
Et bien ! Que de drama dans ce chapitre ! Les révélations sur le passé de Lise arrivent au bon moment et ça renforce beaucoup l'empathie du lecteur grâce à sa relation avec Rudy. Très bien d'ailleurs là dessus. On comprend, le moment est intime sans tomber dans le cucul dégoulinant (la romance en fantasy, c'est jamais simple haha !). Max a VRAIMENT pas eu une vie facile par contre ! Et j'ai très hâte de voire le match retour entre Leihulm et Martel, même si quelque chose me dit que l'homme en blanc doit tirer deux trois ficelle dans cette affaire. C'est bien! On reste dans l'intrigue avec suffisamment de flou mais les éléments viennent tous seuls de façon organique !
Flammy
Posté le 29/08/2020
Coucou ! =D

Oui, c'est totalement le chapitre "mille révélations d'un coup", contente que ça te plaise =D Surtout pour la scène "romantique" parce que bon, comme tu le soulignes, c'est souvent compliqué en fantasy et j'ai moi-même du mal à doser ^^"

Et oui, Max a eu une belle vie de merde ='D Il est gratiné le pauvre. Et dire que c'est mon perso préféré, la logique xD Et pour le match retour, faudra attendre un peu par contre ;)

En tout cas, je suis vraiment contente de voir que ça t'a plus <3 Merci beaucoup pour tes retours !
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