III.1 Asha Vahishta

Par Flammy

Chapitre 1 : Asha Vahishta

 

~821 jours avant le cataclysme

 

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Dans les bibliothèques d’Atlantis ou dans les savoirs oraux sur les clans, bien peu de place est laissée aux Athanoriens. La plupart des clans sont d’accord sur le fait qu’il ne s’agit que de barbares cannibales aux rites païens et pas assez développés pour s’établir en ville. Seul le discours des Izanamiens diffère, louant au contraire leur maîtrise du feu très utile en ferronnerie.

Notes de Max.

 

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La maison, perdue au beau milieu de nulle part, paraissait beaucoup trop neuve et trop belle. Surtout pour leur époque sans magie. Pas besoin d’être un génie pour le comprendre.

 

Ewoomi s’engagea gaiement vers la demeure. Il ne se méfiait de rien. Callune, elle, restait plus circonspecte. Elle ne possédait que peu de notions de stratégie guerrière. Son père n’avait pas jugé utile de lui faire enseigner ce genre de connaissances barbares, mais cela suffisait pour saisir à quel point cette position isolée, entourée d’une forêt grouillante de soldats offrait un piège parfait. Il n’était même pas vraiment caché. Callune avait l’impression qu’ils venaient de signer leur arrêt de mort et ses compagnons évoluaient, totalement inconscients de la situation. À moins qu’ils en sachent plus qu’elle. Il lui manquait des informations.

 

Alors qu’ils ne se trouvaient plus qu’à quelques pas de la porte, celle-ci s’ouvrit et Maxwell sortit. Il parut surpris, avant de sourire largement. Il se frotta durement la joue en se tournant vers Ewoomi.

 

— Je croyais vous avoir demandé de rester au campement sans bouger ? Depuis quand tu n’obéis pas Ewoomi ?

— Bien loin de moi l’idée de contrevenir à vos instructions ! s’exclama-t-il d’un ton grandiloquent. Vous m’aviez assigné la protection de ces demoiselles et puisqu’elles s’inquiétaient et souhaitaient aller à votre recherche, je n’ai pas eu le cœur de les abandonner seules à leur triste sort.

— Moui, c’est cela… Armita ?

— Il semblait si pitoyable, raconta-t-elle joyeusement. On n’a pas pu refuser quand il a voulu partir en expédition.

— Argh. Que vaut toute ma bonne foi face à un minois si mignon ?

 

Les trois compagnons de voyage éclatèrent de rire, visiblement soulagés de se retrouver tous en bonne santé. La discussion tira même un léger sourire à Callune. Ils dégageaient une bonne humeur et une joie de vivre communicative. Elle sentit son ventre se serrer, avant de se rappeler que sa position d’observatrice en retrait lui convenait parfaitement. L’hilarité finie, Maxwell passa une main dans ses cheveux.

 

— J’espère que vous n’avez pas eu de problèmes en chemin.

— Nous n’avons croisé la route de personne.

— Tant mieux. De mon côté, j’ai eu… quelques soucis avec des soldats izanamiens.

 

Il lança un regard derrière lui, mal à l’aise. Armita se redressa et fixa l’intérieur. Son visage s’était fermé.

 

— Tu l’as senti, n’est-ce pas ?

 

Elle se contenta de hocher la tête. Sans demander l’autorisation, elle pénétra dans la maison, ignora la salle à manger et se dirigea vers l’une des portes d’un couloir, comme si elle savait déjà ce qu’elle allait y trouver. La main sur la poignée, le battant s’ouvrit. Noelia sortit, les traits tirés et les yeux rouges. Elle avait abondamment pleuré et elle semblait ailleurs, perdue dans ses pensées. Elle s’avança sans même remarquer Armita devant elle, qui sauta sur le côté pour l’éviter.

 

— Tomoe. Où est Tomoe ? Il faut qu’elle vienne. Hawk…

 

Elle paraissait à bout de force. Un poids s'enleva des épaules de Callune. Elle se sentait vraiment soulagée et heureuse de voir Noelia en bonne santé. Sans réfléchir, elle s’approcha d’elle. Noelia ne lui accorda pas un regard. Dans un état second, elle se dirigea vers le salon où une grande femme izanamienne se tenait. Callune se crispa. Elle ne l’avait même pas remarquée plus tôt. Il fallait qu’elle fasse plus attention à ce qui l’entourait.

 

— Hawk va de moins en moins bien, vous devez…

— Je ne peux rien faire, coupa Tomoe.

 

Callune fronça les sourcils. Il s’était passé beaucoup de choses depuis leur séparation. Maxwell perçut son trouble. Il remonta ses lunettes sur son nez et prit la parole à voix basse.

 

— Noelia a été attaquée et Hawk a été gravement blessé en la protégeant. C’est pour cette raison que je n’ai pas pu revenir plus tôt.

 

Étrangement grisâtre, Noor se figea, visiblement attristé pour un homme qui l’avait trompé et qui avait menacé de le tuer. Cette nouvelle laissa Callune indifférente. Hawk pouvait mourir, elle n’y accordait pas vraiment d’importance, mais elle craignait l’effet que cela aurait sur Noelia. Il fallait aller la rassurer. La réconforter. Elle devait la soutenir, une urgence dérangeante lui serra le ventre et elle sentit son souffle se faire plus laborieux. Comment y parvenir ? Peut-être la prendre dans ses bras, comme Maxwell l’avait fait pour elle ?

 

Des cris interrompirent ses pensées. Noelia perdait le contrôle de ses nerfs.

 

— Non ! Je refuse de… Vous ne voulez juste pas le soigner parce que…

 

Noelia semblait tellement furieuse que les mots s’étranglaient dans sa gorge. Incapable de continuer, elle leva la main et tenta de gifler mais Tomoe lui attrapa le poignet avant. Noelia se débattit et quand elle réussit à se dégager, elle s’enfuit à l’extérieur de la maison, en larmes. Son départ laissa un silence pesant derrière elle. Armita se maltraita un instant les doigts, mal à l’aise. Elle redressa la tête et s’adressa à Tomoe.

 

— Pourquoi ne pas lui avoir dit que…

— Je n’ai pas menti, coupa l’Izanamienne. Moi je ne peux rien faire. Et je n’ai pas à prendre de décision pour toi.

— Je… Merci mais… Je vais m’en occuper, cela ne me pose pas de problème.

 

S’en occuper ? Callune resta une seconde perplexe. Armita n’avait pas des traits dryadiens, mais plutôt ahuriens. Qu’est-ce qu’elle aurait pu… Un instant. Le temps de réaliser. La réponse surgit d’un coup, évidente. Elle avait tout depuis le début, les indices et les connaissances dans un coin de sa tête. Elle-même et probablement Noor avaient été guéris par magie. Armita ne touchait jamais personne. Elle savait qu’une Asha Vahishta était née dans les États ahuriens. Une Asha Vahishta qui devait avoir à peu près l’âge d’Armita. Asha Vahishta. La seule magicienne non dryadienne avec le pouvoir de soigner.

 

Callune garda un goût amer de cette révélation. Hawk serait sauvé, Noelia soulagée. Superbe. Mais elle avait mis tellement de temps avant de comprendre… Depuis peu, elle qui voulait s’enorgueillir de son intelligence. Mais en réalité, elle ne s’était jamais sentie aussi idiote. Elle avait beaucoup plus de progrès à faire dans ce domaine que ce qu’elle croyait. Elle n’était donc douée pour absolument rien ?

 

Elle resta totalement indifférente au soulagement ambiant. Noor souriait. Même Maxwell paraissait plus détendu. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Alors pourquoi continuait-elle à s’apitoyer sur son sort ? Après un dernier regard à Maxwell et Ewoomi, Armita hocha la tête. Elle entra dans la pièce et ferma la porte derrière elle.

 

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Comme s’il se trouvait chez lui, Ewoomi prit rapidement les choses en mains.

 

Avec force de courbettes et de politesses, Callune fut assise à une table, une tasse de tisane à côté d'elle. En hôte parfait, Ewoomi s’occupait de ses compagnons, entretenait la conversation pour eux tous et souriait à tout le monde. Seules Noelia, toujours à l’extérieur, et Tomoe, debout près d’une fenêtre, échappaient à ses attentions.

 

Callune perdit son regard au loin. Elle devrait de nouveau composer avec Hawk. Il serait probablement d’une humeur massacrante. Surtout avec la présence de magiciens. Surtout Ewoomi, qui l’avait attaqué au palais, de timthrialls auparavant. Elle espérait qu’il n’y aurait pas d’esclandre. Elle n’avait pas envie de prendre parti. Elle ne voulait pas blesser Noelia. Avec un peu de chance, il partirait dès qu’il serait soigné sans chercher à en savoir plus. Peut-être que…

 

La porte claqua contre le mur. Armita sortit précipitamment de la chambre. Elle tituba quelques pas avant de trébucher et de tomber. Ewoomi s'élança à ses côtés et se pencha sur elle, souriant mais soucieux, sans jamais la toucher. Personne ne pouvait toucher une Asha Vahishta. Aucun être vivant. Sauf les cœurs purs, selon la légende. Armita prit un instant pour retrouver son souffle et se redressa. Elle tremblait un peu, paraissait inquiète. Elle leva la tête vers Tomoe.

 

— Je… Je… Je suis désolée, bégaya-t-elle, mais je ne peux pas le soigner.

 

Tomoe fronça les sourcils. Elle se rapprocha d’une démarche ondulante.

 

— Il s’agit pourtant d’une blessure plus que banale.

 

Les yeux d’Armita se perdirent dans le vide et elle remua les lèvres, ailleurs. Elle sursauta lorsqu’Ewoomi passa une main devant son visage.

 

— Je… Oui, mais… Je ne peux pas prendre cette responsabilité. Je suis désolée.

 

Tomoe resta un instant immobile avant de hausser les épaules et de retrouver sa place, près de la fenêtre.

 

— Il mourra alors.

 

La sentence tomba, définitive. Personne ne commenta dans le silence pesant qui suivit.

 

~0~

 

Callune sortit de la masure et se retrouva dans l’obscurité. Elle resta immobile, le temps que ses yeux s’adaptent et de trouver ce qu’elle cherchait. Noelia. La dimidius était assise contre un arbre, les jambes repliées entre ses bras et le front posé sur ses genoux. Callune se rapprocha d’elle. Elle était en bonne santé. C’était bien. Elle s’inquiétait pour Hawk, mais il ne s’agissait que d’un désagrément secondaire. Malgré tout, Callune souhaitait la réconforter, juste… Elle ne savait pas trop comment commencer la conversation. D’habitude, Noelia s’en chargeait toujours. Mais là…

 

Noelia ne réagit pas lorsque Callune s’arrêta à côté d’elle. La Dryadienne attendit, mais Noelia ne trahit même pas un frémissement. Elle se sentit déconcertée. Elle n’avait absolument pas l’habitude de gérer ce genre de situation et, malgré toute son envie de la soutenir, Callune ne savait pas comment s’y prendre. Elle aurait préféré devoir parler politique ou théorie de la magie. Elle lança un coup d’œil à la maison. Il serait de bon ton de tenter quelque chose et de ne pas repartir sans rien avoir testé. Elle se rappela alors Maxwell. Son étreinte l’avait réconfortée. Pourquoi ne pas essayer de…

 

Maladroitement et terriblement mal à l’aise, elle posa sa main sur l’épaule de Noelia. Celle-ci ne réagit pas. Callune se sentit particulièrement idiote. Qu’est-ce qu’elle devait faire maintenant ? Elle ne savait pas trop. Elle pensait que cela suffirait, mais visiblement non. On ne lui avait jamais appris à gérer les états d’âme de ses semblables. Elle commença à lui tapoter timidement le dos.

 

— Est-ce que… je peux faire quelque chose pour aider ?

 

Elle sentit Noelia se crisper sous ses doigts. Un silence flotta avant que Noelia explose brutalement. Sa main vola et repoussa sèchement celle de Callune. Elle se redressa d’un coup et la fixa avec ses yeux rouges, brillants de larmes. Elle paraissait furieuse, totalement hors d’elle. Callune ne l’avait jamais vue ainsi, sans sa gentillesse et sa douceur, et pendant l’espace d’un instant, elle ne la reconnut pas.

 

— Fiche-moi la paix ! hurla Noelia. Tu veux servir à quelque chose pour une fois ? Soigne Hawk ! Sinon, va-t-en !

 

Callune resta figée, complètement prise de court par cet éclat. Constatant son manque de réaction, Noelia se détourna et s’éloigna dans la forêt. Le bras de Callune retomba mollement le long de son corps. Elle sentit une douleur lui transpercer la poitrine et elle posa machinalement sa main dessus, songeant distraitement que les soucis cardiaques inhérents à son clan commençaient un peu tôt.

 

À côté d’elle, des brumes condensaient doucement pour former une Sidhe, qu’elle ignora sans même y prêta attention. Son regard se porta vers la masure. Au moins, elle savait maintenant comment apaiser Noelia.

 

~0~

 

Lorsque Callune revint dans la maison, elle retrouva l'exacte situation qu’elle avait quittée un peu plus tôt. Ewoomi discutait gaiement avec Maxwell tout en essayant d’intégrer Noor. Celui-ci, particulièrement raide sur sa chaise, fixait passionnément ses doigts. Il aurait visiblement préféré se trouver n’importe tout plutôt que là. Son malaise était perceptible, même pour elle. Il vivait mal de demeurer en compagnie de magiciens qui savaient pour sa… condition. Surtout qu’Ewoomi n’en faisait pas un secret et il en avait informé son professeur.

 

Callune resta immobile dans l’entrée. Tomoe ne lui servirait à rien. Seule Asha Vahishta pouvait encore sauver Hawk. Sauf qu’elle ne le souhaitait pas. Ses compagnons n’avaient pas insisté. Elle-même n’avait pas jugé utile de lui demander pourquoi elle contrariait ses élans altruistes, alors que cela semblait la perturber grandement. À présent, elle allait devoir s’y intéresser d’un peu plus près. Faire preuve d’autorité pour ordonner à quelqu’un de faire quelque chose contre sa volonté. Une vraie tâche de princesse. Quelle blague. L’ironie de la situation lui tira un sourire mi-figue mi-raisin. À présent qu’elle était déchue de son statut, tout la renvoyait à sa vie de princesse. Les Esprits aimaient se jouer de leurs magiciens.

 

Armita se tenait sur elle-même, recroquevillée. Elle paraissait se sentir mal de refuser de soigner un blessé. Callune se rapprocha d’elle et s’assit à ses côtés. Elle ne réagit pas. Cela lui laissait le temps de réfléchir à ce qu’elle dirait. Quels arguments avancer pour la convaincre ? Callune lui coula un regard. Elle respirait la culpabilité, mordillant son pouce d’un air absent.

 

— Noelia est désespérée.

 

Elle avait lâché l’information sans intonation particulière. Armita lui jeta un coup d’œil surpris. Elle ne comprenait pas, elle ne savait pas de qui elle parlait. Comment lui expliquer la relation entre Hawk et Noelia ? Callune elle-même n’était pas sûre de la nature exacte des liens qui les unissaient. Autant broder un peu pour jouer un peu plus sur la corde sensible.

 

— Il s’agit de la sœur de Hawk. Le blessé.

 

Ce n’était peut-être même pas un mensonge. Elle n’avait jamais posé de question. Les yeux d’Armita s’écarquillèrent et son visage se décomposa.

 

— J-Je suis désolée pour elle. Mais… je ne peux pas prendre cette responsabilité. Je suis désolée.

— Pourquoi ?

— Je… Je ne peux pas le dire. Désolée. Mais je… je ne peux pas prendre cette responsabilité envers les Esprits.

 

Callune fronça les sourcils. Elle avait toujours été entourée par des Dryadiens qui se servaient de leurs pouvoirs pour guérir n’importe quelle égratignure mais elle n’avait jamais entendu cela. Même dans les livres, cette « responsabilité » n’était jamais évoquée. La curiosité domina le reste. Elle relégua Noelia dans un coin de sa tête.

 

— De quoi parlez-vous ?

— Je… Soigner quelqu’un, c’est changer le cours de son histoire, voir de l'Histoire. On m’a appris à ne pas considérer cela comme anodin. Quand je sauve la vie de quelqu’un, j’en deviens garante aux yeux des Esprits. Et dans certains cas… Je… Je ne peux pas prendre cette responsabilité. Je suis désolée.

 

Callune restait sceptique. Elle était sûre qu’aucun Dryadien n’appliquait ce précepte. Il s’agissait peut-être d’une doctrine ahurienne pour enjoliver le mythe d’Asha Vahishta ou d’une véritable spécificité de la jeune fille. Dans tous les cas, cette croyance l’ennuyait. Il lui fallait contourner le problème.

 

— Et si quelqu’un d’autre prend cette responsabilité ?

 

Armita pencha la tête sur le côté et la fixa. Le feu de cheminée faisait scintiller les broderies sur sa robe et illuminait les perles. Une robe riche et délicate. Une robe digne du symbole des États ahuriens. Le tissu, si blanc et si éclatant, paraissait toujours terne à côté de ses longs cheveux raides. La seule tache de couleur provenait de ses yeux, écarlates. Armita garda le silence avant de se redresser et détourner le regard.

 

— Oui, je pourrais le faire. Mais…

 

Armita tira sur le fil d'une broderie.

 

— Je ne pense pas que ça soit une bonne idée. Nous… J’ai peur. Pourtant, il faudra bien y passer un jour, mais j’appréhende beaucoup. C’est idiot, non ?

 

Callune ne comprenait pas où elle voulait en venir. La logique des paroles décousues lui échappait. Armita semblait débattre avec elle-même, avec un comportement bien plus infantile que d’habitude. En temps normal, elle se montrait au contraire très mature. Mais là… Quelque chose clochait. L’espace d’un instant, Callune eut l’impression de faire face à une autre personne.

 

— Oui, je peux le faire, répéta Armita, plus sûre d’elle.

 

Elle se leva et adressa un sourire hésitant à Callune.

 

— Je vais demander à Noelia. Puisque c’est sa sœur, elle devrait…

— Je prendrai cette responsabilité.

 

Callune avait parlé sans réfléchir, sans pour autant le regretter. Si Armita découvrait qu’elle lui avait menti sur la filiation de Hawk et Noelia, cela risquait de la dissuader de soigner le dimidius. Et puis… Noelia aurait probablement accepté sans une hésitation. Mais même si Callune ne croyait pas à cette histoire de responsabilité, elle ne voulait pas prendre de pari inutile. Noelia n’avait pas à payer pour cela. C’était son idée. Elle souhaitait la protéger et l’apaiser, pas l’accabler encore plus. Elle s'acquitterait l’hypothétique prix. Elle avait une dette à rembourser.

 

Armita parut surprise. Elle lança un coup d’œil à Ewoomi, mais celui-ci ne le remarqua pas, il discutait avec Noor. Maxwell était sorti à l’extérieur de la masure avec Tomoe. Armita ferma les paupières et remua les lèvres sans un bruit. Callune garda le silence, jusqu’au moment où les prunelles écarlates se reposèrent sur elle.

 

— D’accord. Par contre, au vu de ses blessures, je vais avoir besoin d’aide. Est-ce que vous voulez bien demander à la guérisseuse de m’assister ? Ça sera plus simple comme ça.

 

Callune hocha la tête. Noelia se sentirait bientôt mieux.

 

~0~

 

Maxwell s’installa lourdement au pied d’un arbre. Il laissa échapper une grimace et un long soupir tout en remontant ses lunettes sur son nez.

 

— Ce genre d’histoire, ce n’est plus de mon âge, commenta-t-il avec un sourire.

 

Tomoe haussa un sourcil. Une grande marque d’amusement pour elle.

 

— Tu as quoi… La trentaine ? C’est en tout cas sûr que tu ne dépasses pas la quarantaine. Tu ne me feras pas croire que tu souffres déjà de rhumatismes. Les Mokochiens sont un peuple résistant habituellement.

 

Maxwell se passa une main dans les cheveux, presque gêné de la remarque.

 

— Je suis un rat de bibliothèque. Pas un guerrier. Je n’ai pas l’endurance d’Ewoomi ou d’un jeune.

— Callune aurait toutes les raisons du monde de se plaindre. Vu son état général, elle doit particulièrement souffrir des articulations. Elle n’a pas été physiquement entraînée comme toi.

 

Imperturbable, Tomoe ignora le regard surpris qui l’invitait à continuer. Toujours debout, le dos raide, elle fixait le ciel noir comme si elle cherchait à y lire quelque chose. Le silence dura longtemps. Progressivement, le sourire charmeur de Maxwell avait disparu et son visage s’était assombri. Il ne paraissait pas énervé, juste profondément pensif et sérieux.

 

— Ewoomi a tenu à me former aux maniements des armes. Vu la situation, je n’ai protesté que pour la forme, ce type de savoirs peut servir.

 

Tomoe se contenta de hocher la tête. Les tresses dépassant de son chignon se balancèrent.

 

Un nouveau silence.

 

— Tu es un érudit. Les tiens n’ont pas l’habitude de ce genre… d’activité. Cela a dû te demander beaucoup d’efforts.

 

Une lueur amusée passa dans les yeux de Maxwell.

 

— Il y a eu quelques… protestations, en effet ! Mais parfois… Il faut faire ce qu’il faut faire. C’est tout.

 

Pensivement, il caressa du bout des doigts la couverture de cuir du livre accroché à sa ceinture. Tomoe y jeta un rapide regard et Maxwell arrêta immédiatement d’y toucher. À la place, il lui adressa un sourire enjôleur.

 

— Juste de quoi bouquiner, histoire de ne pas totalement dépérir hors de mon domaine de prédilection.

 

Tomoe se contenta de lever de nouveau les yeux vers le ciel. La question ne semblait pas l’intéresser.

 

Nouveau silence.

 

Cette fois-ci, Maxwell fut mal à l’aise. Il contemplait la maison, comme s’il attendait qu’un miracle s’y produise. Une main dans les cheveux, il paraissait un peu perdu.

 

— Je ne pensais pas que ça se passerait comme ça… Je croyais que…

— Il survivra, l’interrompit calmement Tomoe.

 

Maxwell la fixa, surpris.

 

— Mais…

— Les choses doivent se dérouler ainsi, non ?

 

Les yeux écarquillés, Maxwell tenta de capter son regard, sans succès. Au bout d’une interminable attente, elle le lui accorda. Elle ne réussit pas à contenir une mimique amusée.

 

— Je ne devine pas l’avenir. Tu fais un bien piètre psychologue. Au vu des caractères présents, et surtout de celui d’Armita, elle ne tiendra pas longtemps avant d’aller le soigner. Si c’est cela qui t’inquiète.

 

Maxwell sourit tout en remontant ses lunettes sur son nez. Machinalement, sa main se dirigea vers son livre mais il se retint au dernier moment et la posa plutôt contre le sol pour s’aider à se relever.

 

— Rien ne m’inquiète voyons ! Vous aviez juste l’air tellement sérieuse, c’était un peu… surprenant. Par contre, je vais devoir m’isoler un peu.

 

Il s’éloigna dans la forêt, prenant l’excuse de sa vessie à soulager. Tomoe sourit, amusée.

 

— Pas besoin de le cacher, j’ai déjà feuilleté ton opuscule, murmura-t-elle pour elle-même. Je t’ai même tenu bébé. La première fois que tu l’étais en tout cas. Lorsque je t’ai tué.

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Djina
Posté le 21/05/2020
Toujours un plaisir d'être dans la tête de Callune. Quelques petites fautes de frappes...
Très étrange cet échange de fin entre Maxwell et Tomoe ? Les différentes vies, les cycles de vie, je ne comprends pas ... Je suppose qu'on en saura plus après?

Je ne m'attendais pas à ce que Callune sauve Hawk pour Noélia, je pense que j'aurai préféré que celle-ci soit plus en accord avec elle-même, cette réaction de colère non hypocrite est tellement plus naturelle. Et ensuite que devrions nous savoir des Dimidius et du pouvoir de Hawk? Que de questions à la fin de ce chapitre ><' Merci!
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