II - Scène I - L'Après

Ce matin-là, Binocle vient cogner à la porte de ma chambre, tout là-haut. Il ne vient jamais, et le son produit par la jointure de ses doigts est si léger sur le battant, si inattendu, que je manque ne pas l’entendre.
Je ne l'invite pas à entrer, parce que je ne veux pas qu’il entre. Le revoir, c’est revoir Monsieur, me rappeler d’hier – et je ne suis pas sûr de savoir pardonner à hier.
Binocle passe néanmoins le seuil dans un bruissement fin. Il me jette un regard dont le coin est fuyant, puis avise la lucarne ouverte sur un petit jour à peine né. Ses lunettes pendent.
— Quel goût a eu cette nuit ?
Je soupire.
— Amer.
Il s’avance comme s’il découvrait les lieux pour la toute première fois. Même s’il ne vient jamais ici, il y est chez lui, et il y a quelque chose d’insolite à le voir effleurer les choses comme s’il attendait qu’elles lui parlent. Sa main se perd un instant sur le plateau de mon bureau, entre deux piles de livres, de l’exacte façon dont elle se perd sur le sien : une paume bien à plat, doigts écartés, sec contre sec. Puis il inspire lentement, avec une sorte d’application, esquive une quinte de toux cachée dans un coin et lâche :
— Je ne m’excuserai pas, tu sais.
La surprise me tend la nuque. Ses yeux clairs basculent vers le mien et s’y plantent avec conviction.
— Cette femme est importante, à sa façon. Influente dans le Haut-Monde. Refuser sa demande aurait été dangereux.
— Vous avez refusé sa demande. Vous ne m’avez pas vendu.
Pas tout entier.
— Non. Tu as raison.
Binocle caresse avec précaution mon étui à violon posé sur la chaise, du bout de l’index – le même index s’étant pointé vers moi, il y a quatre ans. Il effleure sa courbe de ses mouvements maigres et délicats, puis avise le loquet rouillé, gratté, patiné. Je vois son sourcil se creuser, sans comprendre. Il articule à nouveau mais à voix plus basse, comme posée au ras du sol :
— Non, je ne t’ai pas vendu.
Un curieux pressentiment m’agite, mais je hausse les épaules comme pour m’en débarrasser. Cela ne fonctionne pas du tout.
— Je vous appartiens toujours, non ?
Son étonnement semble si vif, soudain, que ses poumons tressautent – la toux qu’il était parvenu à garder à l’intérieur de lui sort alors et dégringole en une longue cascade creuse. Sa douleur enrobe jusqu'à ma moelle tandis qu'il tente vainement de reprendre son souffle. Tout en moi voudrait l'aider, mais rien n'y parvient. Il y a encore sur lui un peu de l'homme qui, hier, a planté un creux dans ce que je suis. Je regarde ailleurs en priant pour que cela s'arrête, puis me rappelle qu’hier, regarder ailleurs ne m’a servi à rien. Je ferme les yeux.
Le bruit d'un bouchon que l'on ôte me fait rouvrir le bon. Binocle avale le contenu d’un flacon minuscule, plus petit que tous ceux qu’il utilise, d’ordinaire. Lorsqu’il le referme puis le camoufle dans la poche intérieure de son veston, en tremblant, j’ouvre mon œil mort et oublie que je voulais me taire.
— C’est quoi ?
Il respire avec précaution, le souffle tâtonnant dans le calme revenu, mais son curieux remède semble déjà avoir agi.
— Rien qui te concerne.
Sa tête dodeline légèrement, l’espace de quelques secondes, puis se replace dans sa ligne habituelle. Avant que je ne m’insurge, il murmure :
— Je sais que c’est difficile.
— Quoi ?
Durant quelques secondes, sa bouche se tord machinalement – il n’aime pas les « quoi » et les « qui » lancés tout seuls, sans réfléchir. Son regard, lui, est captivé par le dehors étroit, encadré par ma lucarne. Je suis tenté de le suivre pour découvrir ce qu’il voit, mais son visage, redevenu serein, me tient à nouveau en suspens. Ce n’est pas vraiment le visage de Binocle, et pas celui de Monsieur non plus. C’est un visage que je reconnais et ne reconnais pas tout à la fois, mille fois parcouru mais presque inédit. Lorsque ses yeux clairs reviennent vers moi, ils sont d’une douceur que je ne crois pas lui avoir déjà vue. Un frisson me court sur les bras.
— Perdre définitivement quelque chose, c'est... un deuil. La plupart d'entre nous nous accrochons à tout ce qui a été, à tout ce qui ne peut plus être. Mais ce que tu as vécu hier était différent. Il n'y a rien à quoi s'accrocher. Tu sais juste que ça a été là, et que la place est vide.
Sa voix trébuche un peu, achève en emmenant ses yeux par terre :
— C'est difficile, de garder en soi une place vide, qui n'a la forme de rien ni de personne.
Un silence passe, portant en lui quelque chose que je n'identifie pas et qui fait vibrer l'intérieur de mon ventre. 
— Pourquoi m'avez-vous laissé le souvenir de sa visite ? Vous auriez pu choisir de me l'enlever, cette place vide.
Les épaules de Binocle s’affaissent à peine, mais suffisamment pour que son souffle émette un bruit rauque lorsqu’il lâche brusquement :
— Pour que ton dégoût puisse demeurer intact.
J’écarquille les yeux. Les siens remontent alors à moi avec une force inattendue. S'il osait me toucher, j’ai soudain la certitude que je sentirais à ce moment précis ses longs doigts crochetés autour de mes épaules.
— Ne sous-estime pas la force de ton dégoût pour ce que tu as vécu hier. Ton dégoût envers moi et ce que j’ai fait sans ton accord, ton dégoût envers cette femme et l’aisance qu’elle a eu à disposer de ce qui t’appartient. Le dégoût de cette intrusion et l’amertume qu’elle a donné à ta nuit.
Son regard s'éloigne dans un battement d'ailes glacial qui me laisse chancelant.
— C’est ton dégoût qui te permettra de te rendre justice. Pas ta colère.
Tandis qu'il se rapproche de la porte, je lui demande de s’arrêter. J’ai la gorge nouée. Noyée, pleine d’eau.
— Vous l’avez vu, mon souvenir ?
Je n’étais pas sûr d’avoir le courage de le lui demander, mais c’était probablement plus une question de dégoût que de courage, finalement. Binocle entreprend de lisser la cape que j’ai abandonnée sur la petite patère, n’importe comment. Ses doigts d’araignée s’arrêtent longuement sur le dernier bouton, presque entièrement décousu, sa bouche se tord, ses paupières se plissent et je crois un instant que la toux va revenir. Ou qu’il va pleurer. Pourtant, sa respiration demeure calme et silencieuse.
Lorsqu’il redevient pleinement lui, les plis sur son visage ne veulent plus rien dire – rien que je puisse comprendre, alors. J’insiste :
— Vous l’avez vu, quand vous lui avez donné ?
— Pas vraiment.
Pour moi, « pas vraiment » n’est pas « non ». J’ouvre la bouche pour lui demander de me le décrire, mais il m’arrête d’un simple geste du poing, levé en l’air entre nous. Comme s’il tenait ma voix, mon souffle captifs dans le creux de sa main.
— Cette manipulation est difficile, Lazare. Elle ne m’en laisse apercevoir que des fragments.
Son poing redescend lentement le long de son flanc.
— Tenter de les interpréter pour reconstruire quelque chose serait une erreur.
— Pourtant, vous ne vous excuserez pas.
Il fait « non » de la tête, doucement, et je sais soudain que je n’aurai rien d’autre que ce petit mouvement qui déjà n’existe plus, qui ne me laisse aucune preuve de son remord. Je sais que je devrais lui en vouloir, plus qu’avant, plus que jamais, mais ce mouvement minuscule a emporté avec lui toute ma colère de la nuit. En cet instant, je ne ressens qu’une lassitude gigantesque. Une lassitude et une peur gigantesques, face à cette place vide que Monsieur a créée en moi et dont il ne s’excusera jamais. Nous savons tous les deux qu’il devrait. Mais je viens de comprendre que ce mouvement était celui d’un Binocle s’excusant de ne pouvoir s’excuser. Le signe des choses que l’on fait malgré soi, pour des raisons à soi. Le « non » des raisons qui n’ont pas l’air d’avoir un sens, et qu’on ne comprend pas.
— Mais je vous appartiens toujours, non ?
Binocle a tourné les talons pour sortir, mais ma question l’arrête à nouveau. Je ne sais pourquoi il m’a semblé important de la lui redemander, de ne pas la laisser, elle aussi, sans réponse. Comme si, une fois Binocle sorti de ma chambre, je n’allais plus jamais le revoir. Comme s’il allait me laisser partir en partant.
Il se tourne vers moi, et sa tête se penche sur son épaule, par habitude. Ses lunettes glissent et mon cœur aussi, droit vers le sol. Il soupire, la main sur la poignée. Je comprends que ce que je prenais alors pour ma lassitude était la sienne.
— Si tu m’avais un jour appartenu, Lazare, aucun dégoût ne pourrait exister entre nous. Crois-le ou non, tu n’as toujours appartenu qu’à toi seul, dans cette maison.

 

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SometimesIwrite
Posté le 23/07/2021
Je n'avais même pas remarqué le changement de point de vue tellement j'étais perdue dans ma lecture *-* Perdue dans le bon sens du terme, pas perdue dans le sens "je ne comprends pas ce qu'il se passe". Comme quoi, c'était fait avec élégance et toujours une plume qui me parle. Je veux tellement lire la suite, ça me démange !
Rachael
Posté le 04/06/2021
Ca m’a fait carrément bizarre, ce changement de point de vue, avec Lazare qui devient « je ». Et puis on passe au présent, aussi. J’avoue que je ne sais pas encore ce que j’en pense. C’est sûr que cela introduit une rupture, qui s’accorde bien avec le temps passé, 4 ans, si j’ai bien compris.
Il m’a fallu un petit moment pour comprendre que « monsieur » c’était le binocle voleur de souvenir, et qu’on se situait juste après la « vente » du souvenir de lazare. C’est peut-être aussi parce que le début de l’histoire je l’ai lu il y a bien longtemps (je suis retournée voir).
Bref, je crois qu’il va me falloir un peu de temps pour « digérer » ce chapitre, car, j’ai trouvé un peu difficile de faire ce saut en avant et de comprendre vraiment la conversation entre eux, comme si j’avais manqué quelque chose. Je pense que cela s’est éclairé au fil de la lecture, quand j’ai compris exactement où on se situait, mais ce n’était pas clair pour moi au début.
Sinon, c’est toujours aussi joliment écrit, et la relation entre eux délicate, ciselée. Toujours un plaisir à lire !
Myrtille
Posté le 21/05/2021
Et voilà, encore une fois sublime, surprenant, poétique, intelligent... Le passage à la première personne surprend mais prend tout son sens au fur et à mesure que l'on avance dans la lecture. J'ai hâte de pouvoir lire la suite, félicitations pour ce magnifique travail !!
Eryn
Posté le 02/05/2021
Super ! Ce brusque changement à la première personne donne à Lazare une maturité que je n'avais pas perçue dans les anciens chapitres, comme si tout à coup il devenait plus grand. Le passage au "je" crée la surprise, mais ce n'est pas une mauvaise chose, j'attends de voir ce que ça donnera pour la suite ! En tout cas, contente d'avoir la suite de cette histoire, c'est toujours un plaisir de te lire ! A bientôt !
AudreyLys
Posté le 29/04/2021
Coucou !
C'est un plaisir de se replonger dans ce récit captivant ! Chaque scène est délicieuse par ses mots et ses messages, je me régale. Ton style est vraiment sublime, je ne m'en lasserai jamais.
Je suis moins fan de la narration à la première personne/présent, mais je constate qu'on ne perd pas un gramme de la beauté du texte ni de son intensité. Et puis j'ai tout de suite senti le changement dans Lazare, même si je ne saurai pas dire exactement en quoi il consiste. Je suppose que notre petit rêveur a grandi, tout simplement^^
Bref, pas grand chose de constructif à dire, à part que chaque chapitre est une leçon de littérature !
Pétrichor
Posté le 16/04/2021
Salut Fauchelevent !

Quel beau chapitre ! Encore une fois, bravo ! Bravo pour ton histoire, bravo pour tes personnages, bravo pour ton style et ton souci du détail !!!

Je suis, évidemment, allé relire le prologue. C'est super, parce qu'on fait le lien, et on comprend le prologue en question.

On sent bien la rupture avec la première partie. Tu introduit de nombreux changements. Je t'avoue que j'ai eu peur au début ;D Je me suis dit zut, on a perdu le Lazare du début, ça n'a plus rien à voir, blablabla...
Mais en fait non, pas vraiment. Parce qu'il se passe quand même quatre années, donc c'est normal que le bougre (pardon pour la familiarité ;) ait changé. Et comment a-t-il changé, d'ailleurs ? Qui est-il devenu ? Quatre ans, c'est beaucoup... Je me demande encore comment tu vas arriver à faire le lien entre un Lazare de première partie et ce Lazare ci... Mais je m'inquiète pas trop pour ça :D

Ainsi, on lui a volé son souvenir... Et n'importe lequel, d'ailleurs. Son plus beau !
Je me demande de quoi il peut bien s'agir. Un souvenir récent ? Un avec Binocle ?
Et grande question : qu'est-ce qui va se passer ensuite ? Est-ce qu'il va essayer de reprendre ce souvenir ?
J'ai aucune idée de la façon dont tu vas faire évoluer ton récit... Et ça m'agace beaucoup ;)
Je suis aussi incapable de conjecturer la suite que je l'ai été pour ce chapitre...
Parce qu'en soi, cette première partie était davantage descriptive. On découvrait et on appréhendait un monde par les yeux du petit Lazare... Qui a désormais bien grandi. C'est comme ci l'histoire commençait vraiment... Maintenant.

Bon je me répète sûrement, mais bravo pour ce chapitre (et pour tous les chapitres d'ailleurs) !
Ton style est toujours aussi joli, et tes tournures très poétiques ! Je trouve très chouette que tu laisses beaucoup de liberté au lecteur. Tu lui laisses l'espace pour découvrir ton univers tranquillement. Je trouve que c'est un défaut de beaucoup d'écrivains, trop zélés : leur envie de tout bien décrire me donne, à moi, la désagréable impression qu'on me prend par la main pour me montrer chaque détail que j'aurais mal vu, sans me laisser la liberté de regarder là où j'ai envie. (Dsl pour les phrases interminables xD)
Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire, mais en tous cas saches que tu n'as pas du tout ce défaut !

Bon, assez papoté. J'ai encore plein de choses à dire mais il faut savoir s'arrêter. ( Ceci dit, j'aime beaucoup la façon dont tu amènes la réflexion dans ton récit -comme avec le dégoût- sans jamais imposer dans le récit un point de vue)

Bon, promis, je m'arrête ici.

A bientôt j'espère ! Hâte de découvrir la suite...


Pétrichor.
Prudence
Posté le 26/03/2021
Je viens enfin de comprendre le préambule... ! Je commence seulement à comprendre, c'est merveilleux et triste à la fois. Mon cœur s'est brisé quand j'ai re-relu les dernières phrases de ce chapitre. Je suis dans le même état que Lazare, un vide intersidéral me broie la poitrine. On se sent si impuissant. C'est affreux ce qu'il a fait à Lazare. Je me demande ce qu'il va se passer, ce qu'il va faire, qui est cette femme au début du récit. Que de questions ! Je suis scotchée (oui, je vois que j'étais très loin dans mes conjectures, au tout début, dans mes premiers commentaires, moi qui pensait que Lazare était un esclave xD)

C'est toujours un plaisir de te lire, Fauchelevent ! Je serai au rendez-vous pour le prochain chapitre <3 :-)
Fauchelevent
Posté le 08/04/2021
Oh, merci Prudence ! <3
Je suis - tout à fait égoïstement et cruellement - assez heureuse de lire que cette scène t'a fait ressentir toutes ces émotions, te poser au plus proche de Lazare. C'est un sacré compliment que tu me fais là, mine de rien.
Merci pour ta fidélité. <3
arno_01
Posté le 23/03/2021
WAOUHHHHHHHHHHHHHHH.
C'est remuant. D'habitude dans un chapitre de Lazare on a un mélange de naivetés / découvertes, de fééries avec un peu de mélancolie, nostalgie, et de tristesse.
Dans ce chapitre, c'est donc la seconde part qui est à l'honneur. Cette absence de fééries joyeuse, auquel on est habitué, renforce d'autant la dureté de ce passage.

Je trouve que les 4 changements :narration, temporel (+4ans), et l'ambiance, et de rythme (c'est je crois le chapitre avec le plus de dialogue) se comprennent très bien ensemble. Et si cela fait un 'choc', pour moi, cela renforce la seconde partie, et ne nuit pas à la lecture.

J'avais totalement oublié le préambule (merci au commentaire de Shangaï, de me l'avoir rappelé).

La seconde partie est intriguante, et on se pose plein de questions : que s'est il passé pendant les 4 ans, quel est le souvenir volé, et pourquoi Binocle l'a t il fait.

Seuls point, que je trouve bizzare, c'est la fin de ta première partie. Le chapitre précédent se termine par la douleur de Lazare quand il entend Binocle dire qu'il n'est "rien qui vaille vraiment la peine de nous y arrêter". Si la premère partie, sert à planter le décor, tant dans l'univers que dans les relations entre Lazare et Binocle, la terminer sur cette phrase me laisse un peu sur les dents.
J'ai envie de savoir comment Lazare et Binocle vont agir juste après avoir entendu/dit cela. Et finalement on se retrouve 4 ans plus tard, sur le chapitre d'après.
Cela laisse donc une sensation de friction entre Lazare et Binocle, à la fin de la première partie, qui est plus forte que celle qu'on a pu voir dans le reste de cette partie.
Peut-être bien sur que c'est justement l'idée, pour annoncer / amorcer , la vente forcée du souvenir appris dans ce chapitre.
(je ne sais si j'ai été clair, sinon je tacherais de reformuler)

En tout cas c'est toujours un plaisir à lire, un concentré d'émotions, qui fait du bien à lire.
Fauchelevent
Posté le 08/04/2021
Désolée, arno, de ne te répondre que si tard...
Merci d'avoir pris la peine de construire un commentaire aussi précis, de me faire part de ton ressenti de façon aussi détaillée, c'est toujours un bonheur !
Il me semble que tu as été tout à fait clair quant à tes interrogations, et je te confirme que tu as supposé juste : je souhaitais que la première partie s'achève sur une sorte de fracture, quelque chose qui puisse laisser entendre que durant les années à suivre, l'incompréhension et la distance demeureront entre Binocle et Lazare. Montrer que ce qu'il y a entre eux est très fragile.
Et - je ne le cacherai pas - si une pointe de frustration est présente à l'idée de ne pas avoir accès à l'hypothétique conversation ayant suivi cette dernière scène, alors ça me réjouit assez. Ca signifie que la personne qui me lit a ressenti une petite tension, quelque part, et ça me plaît. :)
Merci encore à toi, en tout cas. <3
Shangaï
Posté le 21/03/2021
Bien bien bien bien ... Me voilà complètement perturbé x)

Tout d'abord ce passage à la première personne ! Je trouve que cela donne la sensation que Lazare à vieillit d'au moins 10 ans, je ne ressens plus sa naïveté d'enfant.

Enfin le contexte de l'histoire n'est plus le même il semble que l'on soit juste après le prologue si je ne me trompe pas (je ne me souviens plus exactement du prologue et je vais donc aller le relire de ce pas...).

Je ne comprend pas toute leur conversation mais je crois comprendre que Binocle à pris l'un des souvenirs de Lazare pour le vendre à une cliente et que Lazare lui en veut mais est troublée car aillant perdu son souvenir il ne sait pas jusqu’où il doit lui en vouloir puisqu'il ignore ce qu'il a perdu...

Sinon comme toujours tes tournures de phrases sont très poétique et nous donne matière à réfléchir !

Si je peux me permettre une question ou deux : pourquoi avoir changé la forme de la narration ? Est-ce un essaie ? Ou est-ce voulu dans l'évolution de l'histoire ?

J'attends la suite fiévreuse d'impatience !
Shangaï
Posté le 21/03/2021
J'ai rapidement re-parcouru le préambule et je ne me souvenais pas que celui-ci avait une narration à la première personne ! Cela fait donc bien le lien entre le préambule et ce chapitre comme si il y avait deux histoires en une : une histoire ou l'on suit Lazare qui apprend ce à quoi ressemblera sa nouvelle vie, plein d'espoir et cette seconde histoire ou l'on est directement dans la peau d'un Lazare plus mûre, moins naïf et pour qui la vie n'a visiblement pas été aussi belle qu'il l'aurait espéré...
Fauchelevent
Posté le 24/03/2021
Haha, je suis heureuse d'avoir pu suivre ton cheminement dans cette découverte de la deuxième partie / la redécouverte du préambule... C'était une crainte, mais même si cela t'a perturbé, je constate que tu as su remplir l'essentiel sans que je n'aie besoin d'introduire quoi que ce soit (je ne voulais pas commencer par un passage explicatif, justement, pour savoir si le changement de narration et de temporalité pouvait passer...).
La première partie était consacrée à l'enfance de Lazare, et même s'il demeure toujours un enfant, il a grandi. Je suis heureuse que cela se ressente, à l'écriture.
A partir de là, nous allons entrer peu à peu dans le vif du sujet, j'espère que ça continuera de te plaire !
Shangaï
Posté le 24/03/2021
Je n'en doute pas ! Même si il est possible que la tendre naïveté du jeune Lazare me manque par instant, je sais que ce Lazare plus âgé sera lui aussi très intéressant !
dodoreve
Posté le 21/03/2021
Oh, si je m'attendais à retrouver Lazare et ses petits mots à lui...! Décidément, le printemps nous fait des cadeaux. Merci <3
J'ai beaucoup aimé (pardon de ne pas faire dans l'originalité) la question "Quel goût a eu cette nuit ?", le moment où Binocle égare ses mains dans la chambre, Lazare qui l'observe, Binocle qui s'excuse de ne pouvoir s'excuser, "Ses lunettes glissent et mon cœur aussi, droit vers le sol."
Et "Sa voix trébuche un peu, achève en emmenant ses yeux par terre :
— C'est difficile, de garder en soi une place vide, qui n'a la forme de rien ni de personne." Parce qu'évidemment, nous on ne vend pas nos souvenirs, et pourtant j'ai l'impression qu'on peut le ressentir malgré tout. Est-ce que c'est la sensation de l'oubli ? Est-ce que c'est aussi simple que ça, ou est-ce que ça me renvoie à une sensation de souvenir derrière l'oubli, ou d'un sentiment derrière autre chose...? Je ne sais pas, en tout cas ça me parle et ça m'interroge.
J'aime beaucoup aussi que cette deuxième partie nous renvoie au préambule, alors qu'on pense au début au chapitre qui précède. C'est agréablement bien ficelé, et je dois avouer que je me perdais tellement dans les sensations et les mots de Lazare que j'en oubliais presque ce souvenir qui lui a été pris. C'est bien cousu que ça ressorte maintenant je trouve (et je parle de couture volontairement : un peu comme si l'aiguille ressortait finement d'entre les mailles). J'ai énormément commenté ton style, je pense, mais voilà un chapitre qui me rappelle aussi à quel point cette histoire promet d'être joliment tissée.
J'aime beaucoup le moment que je vis, là : je ne sais pas ce qui va se passer. Et je ne peux que remercier ta lenteur (hé oui !) parce que je fais partie des personnes qui lisent vite, beaucoup trop vite : pour une fois je savoure.
Au fait : le dégoût...! J'ai toujours eu conscience qu'il ne fallait pas taire la colère, et qu'il y avait un droit à la colère, en quelque sorte, mais je n'avais jamais réfléchi à la force du dégoût lui-même - et aussi à ce qu'elle veut dire, comme le rappelle Binocle à Lazare à la fin.
Bref, tu n'en finis pas de me surprendre avec cette histoire, mercimercimerci !
Fauchelevent
Posté le 24/03/2021
C'est bien la première fois que l'on me remercie de ma lenteur !
Merci, en tout cas. J'appréhendais plutôt le passage à la deuxième partie, précisément à cause du renvoi au préambule, et je suis heureuse que ça fasse un peu sens.
J'espère que la suite continuera de te surprendre, et que la surprise sera jolie. :)
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