II.

Par Sorryf
Notes de l’auteur : On y est... ce chapitre est très violent et choquant, je suis d'avance méga désolée ! n'hésitez pas à le sauter, sincèrement ! Vous serez pas perdus, vous savez déjà ce qui s'y passe T.T Vraiment, prenez ce 18+ au sérieux !

Samedi 17 avril 2027 

J’ai passé les jours suivants avec une boule au ventre à mesure que la soirée approchait. J’avais hâte qu’elle soit derrière moi. Liam, lui, rayonnait. Il criait sur tous les toits qu’il viendrait avec son mec, Rahim Ozkan le clone rappelé de 1ere S3. Quand je croisais ses potes dans le couloir, ceux qui seraient à la soirée, ils m’ignoraient comme ils faisaient depuis le début de l’année. Impossible de croire qu’ils m’avaient invités pour faire la paix. 

Enfin, le samedi 17 est arrivé. 

Plus vite passé, me répétais-je depuis le début de la journée, plus vite fini. Courage, Rahim, dans 24 heures tu seras rentré chez toi et cette soirée appartiendra au passé. Quant à Liam, ce qui doit arriver arrivera. Si ses amis parviennent à le dégoûter de moi, c’est que je suis pas à la hauteur de lui, CQFD. Et dans ce cas, il sera plus heureux loin de moi. 

- T’es prêt ? me demandait mon copain à travers la porte de la salle de bains. C’est l’heure qu’on y aille. 

J’aurais voulu contrôler le temps. L’arrêter, faire un bond en avant. Je mourrais d’envie de dire à Liam que j’étais malade pour ne pas y aller. C’était la vérité, en plus, j’avais eu mal au ventre toute la journée à cause du stress. Mais quand j’ai ouvert la porte de la salle de bains, je suis tombé sur sa bouille souriante et je l’ai trouvé tellement beau que j’en ai oublié quoi dire. Il m’avait dit de pas m’habiller spécialement bien, c’était juste une soirée entre potes. Lui portait son jean déchiré et un T-shirt tout délavé mais qui lui allait tellement bien. Je l’ai attrapé pour l’embrasser. 

- T’es beau, m’a-t-il dit. 

« Me lâche pas », ai-je eu envie de lui répondre. « M’abandonne pas Liam, je t’aime trop ». Je me suis contenté de le serrer plus fort. 

Le père de Liam nous a déposés au Vésinet devant chez Anthony, un joli pavillon avec des fleurs tout le long des escaliers. Liam a ouvert le portail avec le flegme d’un garçon qui est déjà venu ici cent fois, et je l’ai suivi le cœur serré. Dans 12 heures, je serai chez moi et tout ça sera du passé. 

- On est là ! a crié Liam en entrant. 

Dans le salon, il y avait une dizaine de personnes. Mon copain leur a sauté dessus un par un, ils se sont fait tout un tas de checks, puis il est revenu vers moi et m’a pris la main. Tout de suite, le silence s’est fait, mais Liam ne s’en est pas rendu compte, il m’a entrainé vers la cuisine pour que je pose ce que j’avais apporté : des en-cas et des pâtisseries que ma mère avait faites. Elle était tellement contente que son fils, enfin, son substitut de fils ainé se fasse enfin des amis. Les boreks et les baklavas faisaient un peu tache au milieu des chips. 

- Anthonyyyyyy ! 

Liam et son meilleur ami se sont tombés dans les bras. Anthony a commencé à lui parler d’une embrouille quelconque entre des gens que je connaissais pas bien, puis il a attrapé mon copain sous le bras et l’a ramené dans le salon sans avoir eu un seul regard pour moi. Je suis resté seul dans la cuisine, ce qui était pas si mal. J’ai regardé vers l’entrée. Peut-être que personne remarquerait si je me barrais en douce ? Puis j’ai revu Liam me dire que c’était important pour lui. Allez, courage. Plus que 12 heures. Et encore, vu comme ils m’ignorent tous, je pense qu’autour d’une ou deux heures du matin je pourrais les lâcher et aller dormir dans une chambre, le temps passera plus vite. Ils seront tous torchés de toute façon, il y avait de l’alcool plein la cuisine et le salon. J’ai inspiré un grand coup et je suis retourné dans la pièce où ils étaient tous. Dès qu’il m’a vu, Liam m’a appelé : 

- Bébé ! Viens t’asseoir à côté de moi ! 

J’ai traversé le salon sous les regards pesants. Je pouvais pas m’empêcher d’être un peu fier. Dans vos dents, bande de vautours. Jusqu’à aujourd’hui au moins, Le mec de Liam Raleigh, c’est moi. 

Mon copain s’est blotti contre moi et a relancé la conversation comme si de rien n‘était. Ça parlait du lycée, des profs, de musique, de télé. On a fini par m’oublier et tout compte fait je me sentais pas si mal, j’avais pas besoin de parler et je tenais Liam dans mes bras. Le temps passait, trop lentement mais il passait. J’ai malgré tout fait une grimace quand de la coke est apparue sur la table. Je sais bien que dans les lycées chics comme le nôtre c’est courant, mais moi c’était la première fois que je voyais ça pour de vrai, cette bande d’ados physiquement plus jeunes que moi se sniffer des rails comme dans les séries. Liam s’en foutait, il a simplement fait un geste nonchalant pour dire qu’il passait son tour, sans perdre le fil de la conversation. Alors j’ai rien dit. Déjà que tout le monde me déteste, je me sentais pas de faire le rabat-joie. De toute façon, je m’en fous de ces gens, et mon copain ne touche pas à ces merdes. 

Liam touchait pas à la drogue mais il buvait pas mal, par contre, et il s’est vite retrouvé un peu pompette. J’avais pas l’intention de l’empêcher de s’amuser, ni de le chaperonner, mais j’avais pas envie de le voir bourré au milieu de sa bande de potes. Ivre, il se laisserait facilement entrainer dans leur méchanceté. Et même si bourré ça compte pas, même si le lendemain il s’excusait, je voulais pas le voir se moquer de moi, rire aux insultes à peine dissimulées de ses potes. Alors quand il a encore attrapé la bouteille de vodka, je lui ai murmuré : 

- Doucement hein ? Bois pas trop. 

Il m’a regardé avec des yeux un peu vitreux, a hésité, puis enfin il m’a répondu en soupirant : 

- Okay okay. 

Il a posé la vodka et s’est rabattu sur le choco-redbull. J’avais été le plus discret possible mais notre échange n’a pas échappé à Roman qui nous regardait méchamment depuis le fauteuil opposé à nous : 

- Et sinon, au pieu, tu fais aussi tout ce qu’il te dit ? 

Liam a mis un peu de temps à comprendre : 

 - De quoi ? 

- Je sais pas, il contrôle ce que tu consommes, il t’interdit de boire… 

Ça commençait. Liam m’a regardé, troublé. Puis il s’est mis à rire : 

 - Qu’est-ce que vous voulez ? Je peux pas lui résister, je l’aime trop. 

- Arrête tes conneries, a fait Bethany. Regarde-le. T’es tellement mignon, pourquoi tu te contentes de ça ? 

Liam riait encore, un peu plus nerveusement : 

- C’est parce que vous le connaissez pas. Sinon vous voudriez tous sortir avec ! 

La bande a mimé diverses grimaces de dégout et vomissements. Je savais pas comment réagir. Je les vois comme des bébés parce qu’ils ont tous encore ce corps d’ado que je n’ai plus, mais ils sont plus âgés que moi, plus expérimentés, et plus nombreux. Liam protestait avec légèreté : « Vous savez pas ce que vous perdez, en même temps c’est mieux comme ça parce que je partage pas hahaha ». Anthony, le roi de la soirée, s’est alors levé. Vu toutes les substances qu’il avait ingéré, j’étais étonné qu’il marche aussi droit. Il est venu se planter devant Liam et moi et il a dit d’un ton sérieux et méchant : 

- La vie de ma mère, jamais j’aurais voulu de lui. Un clone rappelé putain, Liam ! C’est limite une poupée gonflable ! En plus moche ! T’as pas de dignité ou quoi ? Pourquoi tu choisis ça alors que tu pourrais m’avoir moi ? 

- Arrêtez, m’a défendu Liam. J’ai eu trop de mal à le convaincre de venir, si vous êtes chiants il reviendra plus. Et puis Anthony, on avait dit qu’on passait à autre chose ! 

Tous leurs regards se sont durcis. 

- Tu fais ce que tu veux, mon pote, a fait Anthony, tu sors avec qui tu veux, mais ce mec, là, c’est juste une insulte pour nous tous. 

- Je vois pas en quoi ça vous concerne, suis-je intervenu. 

D’habitude, j’ignore ces sales cons, mais Liam était tellement mal à l’aise, ça me faisait de la peine. Il a pas l’habitude de se faire attaquer comme ça, moi oui. Anthony a plissé ses yeux mauvais et s’est penché vers moi : 

- Ça nous concerne parce qu’on est ses putains de potes, le clone. Et toi t’as rien à faire avec lui. 

Pourquoi ils m’avaient invité, alors ? tu vois poussin, j’avais raison. J’étais là parce qu’ils voulaient s’en prendre à moi. Liam s’est mis debout et il s’est retrouvé nez à nez avec Anthony. Le visage de celui-ci a fondu et il lui a souri adorablement. Ils étaient si proches que leurs nez se touchaient presque. Ils avaient trop bu tous les deux. D’instinct, je me suis levé aussi. 

- Je suis super déçu, a déclaré Liam en regardant Anthony droit dans les yeux. Tu dis qu’on est des potes, mais les potes ça insulte pas les mecs des autres, ça essaie pas de détruire les couples. Mes potes ils sont censés être contents pour moi si je suis heureux. Je suis super désolé de t’avoir mis un râteau, mais en même temps tu savais déjà que j’avais quelqu’un quand tu m’as demandé, et c’est nul d’avoir fait ça. 

Anthony l’a attrapé par les épaules : 

- Arrête de le voir comme quelqu’un, putain ! 

Et brusquement, devant tout le monde, devant moi, il l’a embrassé. Il lui a collé la langue au fond des amygdales. 

Dans ma tête je me disais : ça devait arriver. Liam a le droit de choisir. Lui et Anthony se ressemblent tant, ils feraient un super couple, sans conteste le numéro un du lycée, et Liam adore ce genre de popularité. Pourtant, malgré tout ce que j’avais réfléchi, tout ce qui tournait dans ma tête depuis toujours, mon corps s’est précipité. Sans m’en rendre compte, j’avais arraché Liam à son baiser, et j’avais poussé Anthony tellement fort qu’il est tombé sur la table basse derrière lui. Tout le monde s’était mis debout. Liam était pâle, un peu tremblant. Il s’est essuyé la bouche, a appuyé une main sur mon bras, et il a regardé de haut Anthony qui gueulait parce que son cul était taché de guacamole. J’avais jamais vu mon copain avec un regard aussi froid envers quelqu’un. J’en ai eu un frisson. Anthony s’est tu. 

- Viens Rahim on se casse, a craché Liam sans détacher son regard de celui qui venait de l’embrasser. C’est des cons. 

Sa voix était enrouée, et tellement chargée de déception, ça devait être insoutenable pour ceux à qui c’était adressé. Anthony n’a pas osé moufter. Liam s’est tourné vers moi et son regard s’est adouci, il a tenté un sourire un peu piteux, un peu coupable. J’ai eu envie de le prendre dans mes bras, mais j’avais peur d’envenimer la situation. Il avait l’air super triste, et comme je le connais par cœur je sais qu’il avait envie de me dire qu’il était désolé, mais c’était pas le moment. Je l’aime tellement. Il n’a pas hésité une seconde à me choisir, avant ses potes. J’ai eu honte d’avoir douté de lui, tout le temps. Je me suis promis que maintenant j’aurais confiance, j’arrêterai de le sous-estimer, de croire qu’il me quitterait à la première occasion, parce qu’il mérite tellement mieux que ça, il m’a donné tellement de preuves, je suis un idiot de penser encore ça. On est allés prendre nos manteaux dans la cuisine, j’avais envie de lui tenir la main, de lui dire que c’est moi qui étais désolé. Il me disait, nerveux, qu’on allait devoir marcher pas mal, peut-être appeler un Uber, parce qu’on était loin et nos parents devaient dormir. On attendait d’être dehors pour se dire les choses qui comptaient vraiment. Mais on a jamais pu, car alors que je prenais mon manteau, Roman m’a fracassé la tête avec une bouteille en verre. 

J’ai vacillé et me suis agrippé à la table. Je suis resté sonné un certain temps. Une seconde ? plus ? J’entendais des cris un peu lointains, puis de plus en plus fort. C’était mon copain qui criait, furieux. J’ai fait un effort pour stabiliser ma vue. Liam engueulait Roman de m’avoir frappé, alors que Mattéo le tenait pour l’empêcher d’en venir aux mains à son tour. C’est en tout cas ce que j’ai cru. Roman est venu se placer entre Liam et moi, et en voyant que je reprenais mes esprits, il m’a crié une insulte et m’a mis un coup de poing. Je l’ai poussé. Ma tête me faisait super mal, surement à cause de la bouteille, et je savais pas me battre. Comme j’ai toujours eu quatre ans de plus que tous mes camarades de classe, j’ai grandi avec la peur de faire mal, de ne pas doser, de blesser quelqu’un de plus faible. J’ai toujours appris à éviter de taper. Mais j’ai frappé quand même Roman de toutes mes forces, malgré mon mal de crâne et ma maladresse, parce qu’il barrait le chemin entre Liam et moi. Malheureusement il ne s’est pas bougé. Par-dessus son épaule je voyais Liam, toujours ceinturé par Mattéo, et Anthony qui avait attrapé sa tête pour l’immobiliser et l’embrassait encore. A force de se débattre, Liam a réussi à dégager un bras de Mattéo et a poussé Anthony. Dès qu’il a pu respirer, il s’est remis à crier, toujours avec colère, mais aussi avec de l’hystérie dans la voix. 

- Arrête, putain de taré ! C’est pas marrant ! 

Mattéo l’a attrapé de nouveau, et il ne faisait pas que le tenir, il passait ses mains dans son T-shirt, il... il lui léchouillait le cou et l’oreille. 

- Tu fous quoi ? a grondé Anthony par-dessus les cris de rage de Liam. 

- Et ben ? a répliqué l’autre. Je vais pas juste lui tenir les bras pendant que vous baisez. Tu m’as trop chauffé là. 

Ils se sont affrontés du regard une seconde. Même Liam s’est tu. Et puis Anthony s’est remis à l’embrasser, Mattéo a repris ce qu’il faisait, comme s’ils venaient de passer un accord tacite, animal. L’ambiance de la pièce  changé. Tout le monde nous avait suivi dans la cuisine, sauf un ou deux trop défoncés pour bouger, et leur regard à tous a viré à ce moment-là, de la méchanceté à l’envie, à l’avidité. J’ai ressenti une terreur immense, un épouvante que je n’aurais jamais imaginé. Liam, à force de donner des coups de pieds, a été déséquilibré. Les trois sont tombés par terre. 

Roman avait encaissé mon coup de poing dans le ventre pendant que deux autres abrutis m'étaient tombés dessus. Il a détaché ses yeux du trio qui s'agitait au sol, et m’a dévisagé avec un air malsain, en collant à ma gorge le tranchant de la bouteille brisée. 

- Après eux c’est moi, m’a-t-il souri. 

- LACHEZ-LE PUTAIN ! JE VAIS VOUS TUER ! LAISSEZ-LE TRANQUILLE ! 

Roman m’a griffé le visage avec la bouteille, mais je lui accordais à peine un peu d’attention. Je voyais mon copain par terre, crier et se débattre, les larmes aux yeux. Roman m’a attrapé le menton pour que je le regarde : 

- Je sais pas pour tout le monde, m’a-t-il répondu, mais moi ça fait depuis la 4eme que je veux me taper Liam. J’ai jamais pu à cause de toi. 

- Pareil, a grogné Rayan qui me tenait fermement d’un côté. 

- IL VEUT PAS DE VOUS ! C'EST VOTRE POTE, PUTAIN, VOUS POUVEZ PAS LE FORCER !

Nouvelle griffure sur toute la longueur du visage. 

 - Il voudrait de nous si t’avais pas été là, sale clone. 

___ 

Liam était allongé sur la table, les mains maintenues dans le dos, au milieu des paquets de chips, des bouteilles et des pâtisseries de ma mère. Il était plein de de bleus, plein de griffures. Par moments, selon comment ils le tournaient, je voyais son visage, son regard croisait le mien et dans ces cas là il essayait de me sourire, il murmurait, de plus en plus mécanique, absent : 

- T’inquiète Rahim, on est plus forts que ça. 

Mais depuis qu’ils l’avaient mis sur le ventre, il gardait sa tête obstinément tournée dos à moi. Il avait arrêté de se débattre. Il pleurait plus, il criait plus, il avait arrêté de supplier. Ça avait pris un certain temps. Au début, il s’arrêtait pas, quand il y croyait encore. Il criait : « Laissez Rahim partir ! Je vous en supplie, je vous promets que je ferai tout ce que vous voudrez ! on est pas obligés d’en arriver là ! » ça les faisait rire. Tout ce qu’ils voulaient, ils l’avaient déjà. Alors il avait fini par se taire. 

Moi, j’étais maintenu contre le plan de travail. J’essayais de me dégager, de les frapper, ils avaient cherché de quoi m’étrangler pour m’affaiblir. Il n’y avait pas de fil dans cette cuisine high-tech, et Bethany avait été dénicher un ancien fer à repasser dans la buanderie. Ils m’avaient serré le cordon autour du coup, puis un petit malin avait eu l’idée de le brancher, le fer chauffait près de mon oreille. Si je bougeais, si je tournais la tête ou fermais les yeux comme ils me l’avaient interdit, ils hésitaient pas. J’en avais déjà fait les frais deux fois, les deux fois je m’étais évanoui. 

Je revenais à moi par des claques et des jets d’alcool et de soda qui me faisaient hurler de douleur.  

- On a dit tu regardes, me provoquait tantôt Roman, tantôt Anthony ou un autre. 

J’ai dû regarder. Un de ces connards était sur Liam, je discernais même plus lequel à travers les larmes, la douleur, la peau. Mais ce mec l’a attrapé par les cheveux et lui a redressé la tête. Alors j’ai revu le visage de mon amoureux. Ses yeux vides et secs, neutres. Sans douleur. Mais quand il m’a vu ils ont retrouvé toute leur vie et se sont à nouveau remplis de larmes. 

- Rahim je suis désolé. Je suis désolé de t’avoir entrainé là-dedans. 

C’est tout ce qu’il a pu dire avant que son visage ne soit caché par Arthur qui lui a tiré la mâchoire et lui a fourré... dans la bouche... J’ai fermé les yeux. Je regarderai pas ça. Aucune douleur au monde pouvait me forcer à regarder ça. Le fer s’est collé une nouvelle fois contre ma joue et ma tempe. J’ai encore hurlé et je me suis encore évanoui, sous les rires de mes bourreaux. 

___ 

Quand enfin ils nous ont laissés, et qu’ils sont retournés finir la soirée dans le salon, je n’ai pas bougé. Plus rien ne me retenait, pourtant je suis resté là. Je me suis laissé glisser par terre et j’ai attendu. Liam aussi. J’ignore combien de temps s’est écoulé, la douleur à mon visage ne diminuait pas. Quand j’ai été tiré de ma torpeur je n’entendais plus les rires et la musique qui venaient du salon, juste des voix molles de fin de soirée. Il faisait presque jour. 

- Rahim, m’appelait une toute petite voix en miettes. Rahim tu m’entends ? Faut qu’on s’en aille. 

J’ai levé ce qui restait de mes yeux sur Liam. Il grimaçait de douleur alors qu’il essayait de se lever. Quand il a vu que je le regardais, il m’a souri. 

- Ça va aller t’inquiète, faut juste qu’on se barre de là. Mais je crois pas que je vais arriver à marcher… hahaha 

Un rire faible, qui n’avait rien à faire là à part tenter de me rassurer, ou bien de nier la réalité. Liam a réussi à se mettre debout sur ses jambes tremblantes, puis il est tombé aux pieds de la table, sur la bouffe et la vaisselle cassée. Il avait pas perdu conscience, je voyais ses yeux grand ouverts et rêveurs, mais il a pas fait un geste pour se redresser. Son absence de combattivité, si rare chez lui, m’a fait revenir à moi. Moi je pouvais me lever.  Mon visage me brûlait comme s’il était en feu mais je pouvais marcher… réfléchir… Liam allait super mal, j’osais pas le toucher, encore moins l’aider à marcher. Il fallait… les pompiers, la police. Il fallait qu’on nous emmène à l’hôpital. 

Mon téléphone était resté dans le salon. Dans le salon il y avait tous les monstres en train de se fumer un dernier joint mais j’en avais plus rien à faire. Je me suis trainé là-bas. Je voyais presque rien, j’avais tellement mal. Ils ont mis en pause leur philosophie de six heures du mat’ quand je suis entré dans la pièce. Mon tel était sur la table basse au milieu d’eux. Je suis allé le récupérer. Ils étaient tous défoncés. 

- Comment t’es moche, a commenté Bethany. 

Ils se sont marrés. Ils se rendent pas compte, putain. Ils se rendent pas compte de ce qu’ils ont fait et qu’avec mon téléphone j’allais appeler les secours, qu’ils iraient en taule, et que s’ils y allaient pas, que s’ils en sortaient, dans un an ou dans dix je les tuerai tous un par un. J’avais pas peur d’eux. Défoncés comme ils étaient, ils avaient rien percuté de ça. Ils étaient retournés finir leur soirée comme si tout était normal, ces putains de psychopathes. À force de harceler et humilier des gens au lycée sans jamais en subir les conséquences, ils se croyaient intouchables. Ils se doutaient pas de comme cette fois, ils allaient payer. 

Je suis revenu dans la cuisine. Dans le couloir entre les deux il y avait un miroir, je suis passé sans le regarder. Liam avait pas l’air perturbé par l’état de mon visage. J’ai appelé les pompiers. En  les attendant je me suis assis par terre à côté de mon copain. J’ai pris sa main, le seul endroit où j’osais le toucher. 

- Les pompiers arrivent, Liam. On va nous soigner. 

Il essayait de rire, encore. 

- Tu parles de potes… c’est vraiment des sales cons. Ils sont jaloux de toi c’est tout. Mais c’est fini c’est plus mes potes, je leur pardonnerai jamais ça. Et Anthony il peut toujours courir s’il veut que… ah… que je lui rende son Fifa. Je vais le mettre à la poubelle. 

Son petit filet de voix tournait et tournait, mais sa main dans la mienne était molle, son regard absent. 

- …Et Disneyland, j’irai pas, et je rembourserai pas ma place à Mattéo. Qu’ils aillent tous se faire foutre. Et notre exposé, alors là ils peuvent crever pour que je le fasse avec eux. Je vais demander à changer de groupe, et si je peux pas je les laisserai en plan. Je les emmerde. Le spectacle de Bethany en juin ce sera sans moi. Et puis… Et puis… 

Les pompiers sont arrivés, puis la police, tout le monde s’est mis à s’agiter, les monstres gueulaient et chialaient, ils osaient chialer ces chiens. Liam continuait à rêvasser et à parler doucement, et c’était tout ce à quoi j’arrivais à me raccrocher. 

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tiyphe
Posté le 22/10/2020
Beuh

Je crois que le pire c'est le fait que Liam ne réalise pas ou ne veuille pas réaliser et le pire de ça, c'est que ça se passe généralement comme ça...

Bref, j'suis en PLS ! C'est horrible et euh t'es pas très sympa avec tes persos ! xD
Sorryf
Posté le 23/10/2020
Hahahaha... désolée :x j'ai un peu honte lol, qu'est-ce que cette fic fout encore sur PA ? Et comment j'ai réussi à poster ça OKLM xD c'était pendant le confinement je crois et le forum était en panne je n'avais plus aucun contact avec la vie, c'est surement pour ça xDD

Perso je trouve que au contraire ça rend un petit peu moins pire le fait que Liam réalise pas, ça le protège un peu :-(
tiyphe
Posté le 23/10/2020
C'est moins pire pour lui, mais pas pour son entourage et seulement au début T_T
Ce genre de trauma, au moment où tu t'en rends compte, quand tu passes la phase de déni (qui peut être très longue), ça remonte encore plus fort et c'est horrible
Bref, du coup je trouve ça vraiment réaliste que tu l'aies décrit comme ça :)

Et ne te blême pas de l'avoir écrit, ça fait partie de ton histoire ;)
Rimeko
Posté le 14/04/2020
Coucou Sorryf :)

Coquillettes :
" « M’abandonne pas Liam, je t’aime trop »." Le point devrait être à l'intérieur des guillemets (comment ça je chipote ?)
"Plus que 12 heures." C'est quoi cette soirée interminable o.O
"Jusqu’à aujourd’hui au moins, Le (le) mec de Liam Raleigh"
"Vu toutes les substances qu’il avait ingéré(es)"
"- Arrêtez, m’a défendu Liam. J’ai eu trop de mal à le convaincre de venir, si vous êtes chiants il reviendra plus. Et puis Anthony, on avait dit qu’on passait à autre chose !" J'veux bien qu'il plane un peu, mais ça me paraît vachement doux vu ce qu'Anthony vient de lui sortir...
"J’entendais des cris un peu lointains, puis de plus en plus fort(s)"
"surement (sûrement) à cause de la bouteille"
"L’ambiance de la pièce (a) changé."
"un(e) épouvante que je n’aurais jamais imaginé(e)"

Alors... J'ai lu à une vitesse d'escargot asthmatique, j'ai tourné en rond, sauté des phrases, relu d'autres, je suis revenue plusieurs fois sur les mêmes paragraphes, au début parce que j'avais trop peur de ce qui allait arriver, par anticipation, puis parce que je savais pas trop comment lire ça. En tous cas j'admire ce que tu as fait, c'est choquant et horrible et tout, mais sans tomber une seule fois dans le voyeurisme ou le pathos ou vraiment la violence gratuite. L'escalade paraît "vraie", et on a un vrai sentiment de pierre dans l'estomac quand ça commence pour de bon, comme si on ne savait pas comment ça allait finir... Ouh, j'ai vraiment l'impression que ça a pas beaucoup de sens ce que j'écris. Je me suis pris la chair de poule du "puta*n c'est super bien écrit mais c'est tellement dur" à un moment... Surtout vers la fin, l' "après", avec Liam qui a vraiment l'air cassé, c'est...
Bon. Je pense revenir pour la suite en tous cas.
Sorryf
Posté le 14/04/2020
c'est vrai 12h ça fait bizarre ? C'est parce qu'ils vont vraisemblablement dormir sur place, puisqu'après minuit il y a plus de RER (sens-tu le vécu xD) maintenant que tu le dis, ça se passe dans des banlieues limitrophes... et c'est des enfants de familles aisées il pourraient carrément rentrer en uber ! j'y ai pas du tout pensé tellement je suis conditionnée par les contraintes du RER xD (D'ailleurs, je crois que c'est la première fois depuis 2006 que je reste aussi longtemps sans monter dedans ! Il me manque trop ;_; NAN JDECONNE)

désolée pour ce chapitre difficile ! La bonne nouvelle c'est que le plus dur est passé ! Toi qui lis des fanfics : on en a fini avec le "hurt", on va entrer dans la partie "comfort" ! enfin la suite est moche aussi, mais c'est des horreurs de type "médical" je trouve que ça passe mieux, en tout cas j'ai eu moins de mal a l'écrire.

Merci beaucoup d'avoir lu alors que c'est un sujet difficile !!
Joke
Posté le 13/04/2020
Par rapport à ta réponse de com précédent : selon moi tu as évité l’écueil, tu peux être tranquille.
C’est net, sans épanchement, c’est laissons parler les faits, ils se suffisent très bien à eux-mêmes.

J’aime beaucoup entendre penser Grenade, il a un fonctionnement psychologique qui me parle énormément, à plein de niveaux (dans le chapitre 1 déjà.)

C’est dur de commenter, alors je te parle d’autre chose: j’ai enfin lu Crime et Châtiment!
(je l'avais reposé vingt fois, je sais pas pourquoi le début m'a autant fait ramer, mais une fois arrivée à la partie 2 c'était parti j'étais dedans: je l'ai plus lâché.)

Il est sublime. Merci de nous l’avoir conseillé.
Je vais me faire tout Dosto maintenant !
J’ai beaucoup aimé Dmitri Ratzoumikhine. Et bien sûr Rodia, et Sonia, et Dounia.

Tiens j’ai relevé un passage qui m’a fait penser à ton écriture, d'une certaine manière, un passage qui, pour moi, fait de Rodia le frère slave de Liam :

« Alors, pourquoi redouter le changement qui va survenir dans votre existence ? Ce n’est tout de même pas le bien-être qu’un cœur comme le vôtre pourrait regretter ? Et qu’importe cette solitude où vous serez pour longtemps confiné. Ce n’est pas du temps qu’il s’agit, mais de vous-même. Devenez un soleil et tout le monde vous apercevra. Le soleil n’a qu’à exister, à être lui-même. »
Joke
Posté le 14/04/2020
PS: sur Dosto, je ne veux pas dire que Rodia et Kiwi pensent ou agissent de façon similaire, pas du tout hein ! (je pense que t’as compris, mais j’ai préféré préciser parce que j’y ai repensé d’un coup, et j’ai flippé d’avoir mal exprimé…)
Leurs parcours, leurs motivations, réflexions, rapports au monde sont très différents, mais quand je dis que je vois une forme de fraternité entre ces persos, c’est dans la condition humaine qu’on peut entrevoir à travers eux, les questions qu’ils soulèvent, et au travers des autres personnages auxquels ils sont confrontés, et qu’ils conduisent à s’interroger...
Ce passage que je t’ai cité, il est hyper surprenant parce qu’il vient d’un personnage qu’on a du mal à comprendre, Porphyre, il se montre horrible, cruel, manipulateur, on le voit dans une volonté de dominer pendant une grande partie du roman, et d’un coup on le voit pourtant capable d’empathie envers Rodia et il veut l’aider à sortir du cauchemar, au moment où on s’y attend pas du tout… C’est comme si d’un coup, il arrivait à voir le soleil dans Rodia, c’est-à-dire son humanité, et par cet effet-là, lui aussi, enfin, devient plus humain à son tour. (enfin, c’est comme ça que je le comprends en lisant).
Et je trouve que dans KEM, tu es arrivée à ton tour à faire ça, à ta façon propre, des personnages qui se confrontent avec un personnage central, Kiwi, qui souffre et qui agit, un personnage complexe avec de l’ombre et de la lumière, bref, tu as su créer des personnages qui font profondément questionner les autres sur leur routes, sur tellement de choses : aux moyens de se révolter contre l’injustice, à ce que signifie la lutte, à ce que peut faire un être humain seul face à un système qui opprime les autres, à l’abnégation, à l’amitié, à l’amour au milieu de tout ça, bref tu abordes toutes ces questions, et il me semble que tu vas encore aborder ça au travers ce spin off, en traitant cette fois du trauma, alors respect, parce que je trouve ça très difficile.
Sorryf
Posté le 14/04/2020
T'as réussi à lire ce moment difficile,, bravo ! et merci !
Super belle cette citation ! Tu sais comme j'aime Dostoievski <3 Mes romans ont rien en commun avec les siens, rien de rien, mais j'ai découvert cet auteur a l'adolescence, quand on se construit encore, et il a renversé mon approche de la littérature et de la psychologie. Alors je suis émue et fière que tu voies un petit lien.
ludivinecrtx
Posté le 13/04/2020
Coucou Sorryf !!

J'ai pris le risque ahahah.

Je n'ai pas été déçue mais je m'étais tellement rodé que ce fût moins difficile que prévu, je crois que ça a été plus dur dans l'histoire originale de le lire finalement. En tout cas pour moi.

Par contre ce qui pése c'est la réaction de Liam, du début à la fin. il ne perd pas de sa candeur et c'est le petit oiseaux que tu as envie de protéger.. et Grenade... Non mais pfff c'est sa partie à lui qui m'a fait le plus de mal... le fait qu'il se batte pour ne pas regarder et que Liam tente de le rassurer c'est ça qui a été pour moi le plus violent... Comme quoi :).

Sinon toujours aussi bien écrit ;). Félicitations.
Sorryf
Posté le 14/04/2020
Tant mieux si c'est plus facile que prévu ! j'aime pas du tout écrire ce genre de trucs violents. Mais maintenant ça y est, le plus dur est passé ! la suite... apportera son lots de problèmes, mais ce sera quand meme plus facile à lire ! (en tout cas ça a été plus facile a écrire pour moi)
Merci beaucuoup pour ta lecture courageuse !!
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