I.9 Colère

Par Flammy

Chapitre 9 : Colère

 

~903 jours avant le cataclysme

 

~0~

 

Les hybrides entre Humains et Ephëws, ainsi que leurs descendants, développent parfois des Dons d’Humain, des ersatz moins puissants des Dons d’Ephëw et encore plus spécialisés. Un exemple historique est celui du contrôle du verre de petite masse, détenu par un artisan dont les réalisations se vendent aujourd’hui à prix d’or. Ces Dons, couplés à l’imagination débridée des Humains, en fait de potentielles menaces extrêmement dangereuses. C’est pour cette raison qu’il est interdit aux Ephëws de se reproduire avec des Humains et que les hybrides sont systématiquement chassés pour être abattus. Il existe une tolérance pour les hybrides à partir de la sixième génération, pour qui le Don est vraiment extrêmement diminué et atténué.

Notes de Max.

 

~0~

 

Maxhirst reposa maladroitement ses lunettes sur son nez.

 

Il n’avait pas dormi depuis beaucoup trop longtemps et il commençait à sentir cruellement le manque de sommeil. Ses yeux le brûlaient et il ne parvenait plus à se concentrer plus de deux lignes sur les lourds ouvrages qu’il compulsait. Non loin de lui, Meliantys n’offrait pas vraiment une meilleure mine. Ils avaient passé toute la journée et la nuit suivante à écumer les différentes bibliothèques qui émaillaient les étages de sa maison. En vain. Ils n’avaient trouvé aucune référence aux Fragments qui, selon Ludificus, devaient détruire l’âme de Lise. Meliantys se redressa et étira douloureusement son dos.

 

— C’est plus de mon âge ce genre de travail.

 

Maxhirst releva le nez le temps de lui adresser un sourire désolé.

 

— Va te reposer. Et dire qu’à l’origine, tu venais juste nous prévenir pour Lise. Tu sais, tu n’as pas à te sentir obligé de…

— Je… interrompit Meliantys. Je ne me sens pas obligé, au contraire. Je voulais trouver une occasion de parler avec toi, mais au vu des circonstances… Je ne t'embêterai pas avec ça.

 

Maxhirst abandonna définitivement son ouvrage. Ce n’était pas le genre de Meliantys de montrer de la gêne et de tourner ainsi autour du pot. À l’origine, il s’agissait d’un ami de son père. Mais après… l’accident, Méliantys s’était occupé de lui, terminant sa formation de sorcier et lui offrant les clés pour continuer. Ils avaient gardé contact depuis et discutaient des heures à chaque fois que Méliantys passait à Vianum. Il venait très fréquemment à une époque, avant de diriger ses recherches sur des territoires plus éloignés. Maxhirst était sincèrement content de le revoir, même si les conditions ne se prêtaient guère aux échanges de banalités.

 

— Qu'est-ce qu'il y a ? Si je peux t’aider d’une manière ou d’une autre, n’hésite pas ! Je… Je ne pourrai juste pas y consacrer trop de temps, ajouta Maxhirst avec un air contrit.

 

Meliantys sauta sur l’occasion, visiblement soulagé d’avoir la possibilité de poser ses questions.

 

— Les recherches de ton père pour la reine Dimélia. Est-ce que tu pourrais me les détailler ?

 

Maxhirst se figea. Maxhell était devenu un sujet tabou depuis des lunes d’or. Mal à l’aise, il détourna le regard.

 

— Pourquoi veux-tu savoir cela ? Je croyais que tu travaillais toujours sur l’histoire et les différentes formes de déités. La dernière fois qu’on en avait discuté, tu souhaitais changer de continent pour recenser tous les dieux connus de manière sérieuse.

 

Maxhirst parlait beaucoup et vite. Il espérait ainsi noyer le poisson mais Meliantys ne fut pas dupe.

 

— Oui, et pour la plupart des divinités avérées, je suis quasiment sûr qu’il s’agit de Ludificus, mais sous différents noms, voire différentes apparences. Il n’y a toujours qu’un seul dieu à la fois. Mais… j’ai aussi eu des échos d’une autre divinité. Certains l’appellent l’Oracle. Il est très difficile de trouver des informations tangibles sur lui. Mais il semblerait qu’il ait un lien avec le royaume de Flamiella.

 

Maxhirst soupira et s’affaissa sur sa chaise. Le royaume de Flamiella. Celui de la reine Dimelia, pour qui son père avait travaillé durant une partie de sa vie. Même après qu’elle ait été tuée, il lui était resté fidèle. Au point qu’il avait élevé ses enfants jusqu’à leur mort. Alexander et Amber. Maxhirst se frotta durement les joues. Cela lui rappelait trop de mauvais souvenirs et il n’avait aucune envie d’y repenser. Pas le temps. Méliatys sentit sa tristesse et se leva, un air navré sur le visage. Il posa une main sur l’épaule de Maxhirst pour tenter de le réconforter.

 

— Je suis désolé, je ne souhaitais pas…

— Non, c’est moi qui m'excuse. Je… Je n’ai jamais eu le courage de regarder les travaux de mon père, mais il faudrait que je le fasse un jour. C’est ce qu’il aurait voulu, que quelqu’un continue ce qu’il avait commencé. Mais je… Tout de suite, je ne peux pas, dès que je pourrai j’examinerai ses notes.

 

Méliantys hocha la tête, satisfait. Au vu de la situation, il ne pouvait pas attendre mieux.

 

— Je compte partir en expédition pour les ruines du château de Flamiella. J’en aurai probablement pour plusieurs lunes d’argent, je reviendrai ensuite sur Vianum.

— D’accord. Je te fournirai une réponse à ce moment-là, en espérant qu’elle te convienne.

 

Meliantys sourit. Il n’abandonnerait pas ses recherches. Jamais.

 

~0~

 

Leihulm arpentait les rues de Vianum à grandes enjambées. Il avait beaucoup hésité avant de prendre une décision, mais il ne pouvait plus attendre. Les recherches de Maxhirst dans sa bibliothèque personnelle ne donnaient rien et Ambroise ne pourrait pas les recevoir avant longtemps. Il devait faire quelque chose, même si cette chose était complètement stupide. Il fallait qu’il sache, si Lise risquait vraiment de perdre son âme ou pas. Ludificus aurait été capable d’inventer une histoire pareille juste pour s'amuser, mais il voulait en être sûr, pas jouer l’avenir de Lise sur une intuition.

 

Lise cumulait déjà tellement les ennuis… Les Teòiridhs tentaient toujours de la faire taire pour qu’elle ne puisse témoigner qu’eux et les Connaws formaient bien une seule même entité. Si les Consuls d’Eoiel obtenaient la preuve qu’une de leur guilde de sorciers s’était adonnée à de l’expérimentation humaine si… extrême, les conséquences seraient dramatiques pour eux. Riesz, en particulier, paraissait particulier acharné à l’idée de retrouver Lise. Cela ne pouvait pas arriver. Lise ne devait jamais retourner à l’état dans lequel il l’avait découverte pour la première fois. Jamais. Ce simple souvenir lui donnait envie de hurler et de frapper quelqu’un.

 

Surtout que Lise lui avait rapporté les propos de l’homme qui l’avait attaqué au Sanctuaire. Trois contrats courraient sur sa tête. Trois personnes avaient jugé nécessaire de s’offrir les services de l’Aile du Corbeau, probablement hors de prix, pour éliminer Lise. Un contrat pour les Teòiridhs, il pouvait comprendre, mais d’où venaient les deux autres ? Les Ailés évoqués par les Prêtres de Mort ? Cela prouvait l’existence de deux menaces supplémentaires, totalement inconnues et Leihulm s’inquiétait déjà suffisamment de ce rebondissement sans en rajouter une couche avec les Fragments.

 

Leihulm parvint rapidement en vue de la bibliothèque d’Astée. Un lieu qu’il fuyait comme la peste. Sa vie avait tourné au cauchemar lors de la rédaction du dernier livre d’Astée, il n’avait aucune envie de s’approcher de ces satanés bouquins. Pourtant, il aurait presque préféré cela à ce qu’il s’apprêtait à faire. Il demanda plusieurs fois son chemin à des passants avant de trouver ce qui l’intéressait. Depuis des lunes d’or, il avait entendu des rumeurs sur un Prêtre des Savoirs qui avait ouvert une boutique dans le quartier. On lui posait des questions, il se servait de la culture que sa Plume lui fournissait pour répondre et on le payait pour ça. Peut-être que cette personne pourrait l'éclairer. S’il s’agissait d’un autre Prêtre des Savoirs que celui qu’il connaissait déjà.

 

Il inspira profondément avant de pousser la porte de la bâtisse, banale de l’extérieur. Une clochette sonna. L’intérieur était plongé dans l’obscurité, les rares fenêtres mettaient en valeur la poussière qui voletait. La pièce était remplie de livres du sol au plafond. De quoi concurrencer le bureau de Maxhirst. Leihulm s’avança jusqu’à un comptoir en prenant garde à ne renverser aucune pile d’ouvrages. Une femme d’une trentaine de lunes d’or émergea de l’arrière-boutique. Les yeux fatigués et ses courts cheveux blonds en bataille, elle aurait visiblement eu besoin de sommeil.

 

— Bonjour sieur. Que puis-je faire pour vous ?

 

Leihulm retint un soupir de soulagement. Ce n'était pas le démon du passé qu’il avait eu peur de croiser.

 

— C’est une requête assez particulière. Sa divinité Ludificus nous a demandé de chercher quelque chose pour lui, mais nous ne savons pas du tout de quoi il s’agit. Est-ce que vous avez connaissance des Fragments ?

 

La femme fronça les sourcils. Elle leva les yeux au ciel et remua silencieusement les lèvres.

 

— Cela ne me dit rien du tout. Si vous n’êtes pas trop pressé, je peux aller me renseigner ou vérifier dans des ouvrages. C’est rare que je n’aie jamais entendu parler de quelque chose, c’est excitant !

 

Le regard brillant, la femme disparut dans son arrière-boutique sans même attendre de réaction de la part de Leihulm. Il ne savait pas s’il devait se réjouir ou non de cette absence de réponse. Ludificus s’était-il moqué d’eux ? Ou alors, les Fragments étaient-ils seulement quelque chose de très méconnu ? Difficile de trancher. Leihulm entendit deux séries de pas revenir vers lui. La gérante de la boutique était accompagnée d’une autre femme âgée d’une soixantaine de lunes d’or, dont les cheveux argentés étaient remontés en chignon. Depuis trente lunes d’or, elle avait énormément changé, mais il aurait identifié les yeux gris perçants d’Esthel n’importe où. Merde. Justement la personne qu’il aurait aimé ne jamais recroiser de sa vie. Il vit dans son regard qu’elle l’avait reconnu. Elle réagit immédiatement et le prit de vitesse. Il sentit la brûlure sur sa joue avant de complètement réaliser qu’elle venait de le gifler.

 

— Leihulm ! Sale enfoiré ! Qu’est-ce que tu fous ici ?!

 

Il eut le bon goût de détourner les yeux, gêné. Il ne pouvait pas vraiment lui donner de réponse satisfaisante. La gérante de la boutique parut catastrophée.

 

— Esthel ! Mais qu’est-ce que…

— Ma très chère Sesia, je te présente mon ancien beau frère, lança-t-elle d’un ton acerbe.

— Ta sœur a divorcé ? Je ne savais pas…

— Ho non, je ne parle pas de Tristan. Je parle de son premier époux.

— Mais… elle était veuve…

 

La voix de Sesia s’éteignit dans un souffle tandis que ses yeux s’écarquillèrent. Esthel croisa les bras.

 

— Voilà le problème. Ce connard s’est fait passer pour mort et a joyeusement abandonné son épouse. Putain ! Quand j’ai entendu qu'il y avait un Leihulm à Vianum, je me disais que tu n’étais pas assez débile pour avoir simulé ton décès et ne pas te cacher ensuite. Je me suis trompée visiblement…

 

Leihulm ne souffla mot. Il n’aurait pas dû venir. Si Esthel était la seule Prêtresse des Savoirs présente, il n’aurait jamais sa réponse. Et puis… Il se sentait affreusement mal à l’aise. Passer pour un enfoiré ne le gênait pas. Mais le point de vue d’Esthel était biaisé, elle ne saisissait pas tout. Il hésita un instant avant de prendre la parole, sous le regard courroucé d'Esthel.

 

— Je… Je n’aurais pas réussi à rendre Ana heureuse. Je… J’ai gardé un œil de loin sur elle au début, elle s’est rapidement unie de nouveau et a eu des enfants. Je pense sincèrement qu’elle est mieux comme ça.

 

Esthel le toisa, le visage fermé. Elle paraissait s’être apaisée, mais Leihulm ne s’y trompa pas. Le calme avant la tempête.

 

— T’es vraiment con, lâcha-t-elle d’une voix blanche. Ou hypocrite, je ne sais pas ce que je préfère. Toi tu voulais absolument des gamins. Ana s’en fichait, c’était toi qu’elle adorait. Bordel. Elle t’a attendu dix lunes d’or avant votre union. Tu ne penses pas qu’elle n’aurait pas eu d’autres occasions de fonder une famille avant ? Si tu lui avais laissé le choix entre ses enfants et toi, elle n’aurait pas hésité une seule seconde. Même maintenant probablement.

 

Le visage d’Esthel s’affaissa. Les yeux brillants, elle détourna le regard.

 

— Ma pauvre Ana…

 

Leihulm ouvrit la bouche. Il aurait voulu s’expliquer, se défendre… Mais en fait, il n’y avait rien à dire. La gorge serrée, le cœur douloureux, Leihulm se retourna et se dirigea vers la porte. Il n’aurait pas dû tenter le destin et réveiller les vieilles blessures. Maintenant, il avait terriblement envie d’un verre. Mauvaise idée au vu des circonstances.

 

— Tu fuis encore une fois ?! cracha Esthel. Si tu espérais obtenir le pardon ici, tu peux aller te faire foutre !

 

Leihulm ne répondit rien. Cela ne servirait à rien. Sesia prit timidement la parole.

 

— Je… Il était venu se renseigner sur les Fragments. Tu sais, je…

— Oui, tu m’en as parlé, l’interrompit sèchement Esthel. Mais franchement Lei, je te pensais plus malin que ça, tu aurais pu trouver une autre excuse. Les Fragments, ça n’existe pas.

 

Leihulm se retourna pour détailler Esthel. Elle ne paraissait pas mentir. Il sentit un poids s’envoler de ses épaules. Au moins, cette visite n’aurait pas servi à rien.

 

— Mais il m’a dit que la divinité Ludificus lui a…

— Un mensonge de plus ! Il n’est plus à ça près.

— Les Fragments ? fit une voix traînante. Pour que tu sois au courant de cela, tu dois être dans de sacrés ennuis, jeune mortel.

 

Une Plume était apparue à côté d’Esthel. Il s’agissait d’un vieillard d’une dizaine de centimètres, entouré par une multitude de rouleaux de parchemin. Aristote. D’habitude, il se montrait rarement, préférant se consacrer à ses études. Qu’il prenne lui-même la liberté de surgir et de lui adresser la parole, c’était loin d’être anodin. Surtout pour ce genre d’avertissement. Esthel paraissait ébahie.

 

— Quoi ?! Tu connais ces Fragments ? Mais pourquoi n’ai-je pas accès à ces données alors ?

 

Aristote lui jeta à peine un coup d’œil, avant de dérouler l’un de ses parchemins et de se mettre à lire.

 

— Confidentiel.

— Quoi ?!

 

Esthel semblait plus que choquée. C’était probablement la première fois qu’elle se rendait compte qu’Aristote lui cachait des choses. Leihulm sentit son sang bouillonner. Le danger sur Lise était réel. Il faudrait trouver une solution pour ça rapidement. L’adrénaline éclaircit son esprit. Il y avait autre chose encore. Une menace à peine voilée des Prêtres de Mort, occultée par les déclarations de Ludificus. Aristote était accessible. C’était l’occasion ou jamais de…

 

— Et les Ailés ? Est-ce vous savez quelque chose sur eux ?

 

Aristote se figea. Il arrêta de lire et leva les yeux de son parchemin. Leihulm ne l’avait jamais vu se désintéresser de ses écrits.

 

— Je retire ce que j’ai dit, commenta-t-il. Tu n’as pas de sacrés ennuis. C’est le niveau d’au-dessus. Prie pour que l’Oracle se montre miséricordieux avec ton âme.

— L’Oracle ? Mais…

— J’ai trop parlé. Adieu.

 

La seconde suivante, Aristote disparut. Leihulm se sentit étrangement déconnecté de la réalité. Ludificus ne s’était pas moqué de lui. C’était encore pire que cela.

 

~0~

 

Un hurlement déchira le silence.

 

Leihulm réagit immédiatement. Il rejeta les couvertures et bondit hors de son lit. Il se précipita sur le palier. Ça venait de la chambre de Lise. Une attaque des Connaws ? Ou… Rudy s’était levé lui aussi, il savait que Maxhirst mettrait un peu plus de temps à émerger. Des bruits provenaient de l’étage. Mélantys et ses compagnons. Pas le moment de s’en occuper.

 

Il ouvrit la porte à la volée. À moitié redressée dans son lit et empêtrée dans ses draps, Lise criait à s’en casser la voix. Ses yeux exorbités fixaient le vide. À part Mistigwi, il n’y avait personne dans la pièce.

 

Avec sa mémoire, Lise avait retrouvé ses démons et ses cauchemars.

 

Elle se débattit contre l’invisible, claquant ses mains contre le mur et la tête du lit. Leihulm se rapprocha rapidement et essaya de lui attraper délicatement les poignets pour la maîtriser. Elle n’avait pas besoin en plus de se blesser.

 

Échevelé, Maxhirst entra à son tour dans la chambre. Il comprit d’un coup d’œil la situation. Il s'avança vers Lise et s’assit à ses côtés. Après plusieurs tentatives, il réussit à la prendre dans ses bras et lui murmura des paroles réconfortantes. Malgré le temps, il avait parfaitement gardé l’habitude. Il aurait préféré ne plus jamais devoir faire ça. Ne plus avoir besoin de rassurer Lise de ses paniques nocturnes.

 

Les Connaws avaient laissé une trace indélébile sur Lise. Sur son corps et sur son âme.

 

Lise commençait à se calmer quand Rudy osa enfin passer la tête par la porte, inquiet. Il n’avait pas été nécessaire d’entrer pour comprendre. Lorsque Lise l’aperçut dans l’obscurité, elle hurla de plus belle et se débattit, terrorisée. Rudy disparut immédiatement et Leihulm seconda un moment Maxhirst. Une fois la situation apaisée, il quitta la chambre. Lise avait besoin de temps pour reprendre vraiment pied avec la réalité et Maxhirst avait toujours été la personne la plus apte à l’aider.

 

Rudy était seul sur le palier, assis contre un mur. Il avait replié ses jambes contre son torse et il avait posé son front sur ses genoux. Ses longues mèches rousses masquaient son visage mais Leihulm n’avait pas besoin de voir pour savoir dans quel état il était. Il s’approcha de son élève et serra doucement son épaule. Rudy ne bougea pas.

 

— Elle… Elle recommence à me confondre avec Riesz, laissa-t-il échapper, la voix étranglée. C’était pas arrivé depuis…

 

Il ne réussit pas à terminer. Lise leur avait manqué à tous. Ils étaient contents qu’elle ait retrouvé la mémoire, mais certaines séquelles… auraient mieux fait de rester dans l’oubli.

 

~0~

 

Lise avait comaté pendant trois jours.

 

Le jour de la révélation de Ludificus, Lise avait hurlé pour jeter tous les intrus hors de sa chambre. Elle avait passé la journée enfermée, migraineuse. Les deux jours suivants, elle était restée étrangement calme, à ranger ses affaires. Elle avait vérifié les vêtements dans sa commode, les accessoires pour cheveux, les livres. Elle paraissait totalement indifférente à cette histoire de Fragments et ne s’occupait que de tâches sans importante. Personne ne savait comment interpréter ce comportement.

 

Le quatrième jour, Lise émergea de sa tanière. Au moment du repas, elle n’attendit pas que quelqu’un lui monte un plateau. Après un vague salut murmuré à la ronde, elle s’installa à table le plus naturellement du monde. Cette fois-ci, ils étaient en petit comité, avec juste Rudy, Cole et le Fauconnier. L’inquiétude créait une tension latente qui laissa Lise totalement indifférente. Elle agissait comme à son habitude, comme s’il n’y avait rien d’anormal. Sans s’adresser à quelqu’un en particulier, elle demanda :

 

— Alors, ya quoi à manger ?

 

Cole prit directement les choses en main. Il récupéra deux assiettes qu’il remplit d’un ragoût, gardé au chaud dans une marmite. Il en déposa ensuite une devant elle et s’installa à côté d’elle, exubérant comme toujours.

 

— Comment ça va princesse ? On arrête de bouder ? Dévore, si ça te plaît, yen a encore. J’en ai préparé beaucoup trop, je compte sur toi pour faire disparaître tout ça ! Et puis, si tu as besoin d’exercice pour perdre tout ça, tu sais où me trouver hein.

 

Il lui adressa un clin d’œil et Lise leva les yeux au ciel, amusée. Ses tentatives de drague n’étaient tellement pas subtiles que cela en devenait drôle. Elle allait attaquer son repas lorsqu’elle remarqua le comportement de Rudy en face d’elle. Il ne souriait pas et paraissait tendu à l’extrême, contenant mal sa rage. Lise fronça les sourcils, prise de court. Elle hésita. Elle avait peur de deviner ce qui le mettait dans cet état et elle n’avait aucune envie d’aborder le sujet. Pourtant… Même lorsqu’elle avait été menacée de près par les Connaws, il avait toujours gardé son sourire. Alors pourquoi là… La question lui échappa.

 

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Tu… Tu ne te souviens vraiment pas de ce que Cole a fait ?

— Euh… Non, répondit Lise, circonspecte.

— Tu vois, je te l’avais dit ! intervint joyeusement Cole. Sinon, elle m’aurait déjà étripé. Et c’est bien mieux comme ça !

 

Rudy, d’habitude toujours souriant et impossible à agacer, se redressa d’un bond et plaqua ses mains contre la table. Il paraissait tout simplement furieux.

 

— Éloigne-toi d’elle, tout de suite ! hurla-t-il.

 

Cole tenta de passer un bras autour de ses épaules, mais Lise ne se laissa pas faire. Elle fronça les sourcils tout en essayant de ne pas s’énerver. Qu’est-ce que Cole avait bien pu faire pour mettre Rudy dans un tel état ? Et pour que Leihulm le jette dehors ?

 

— Qu’est-ce que tu as fait ?

— Rien que tu…

— Il voulait te forcer ! coupa Rudy.

 

Lise écarquilla les yeux, stupéfaite. Elle fixa Cole, toujours aussi souriant, pas le moins du monde gêné par la révélation. Rudy disait vrai, il n’essaya même pas de protester.

 

— Tu as…

 

Folle furieuse, elle attrapa son assiette et la lança sur Cole. Celui-ci se jeta en arrière pour éviter les projections de ragoût, mais la porcelaine se brisa sur son bras et quelques éclats se fichèrent dans sa peau. Il tomba sur le sol et grimaça.

 

— Et ça t'faisait marrer de faire ami ami avec moi ?!

— Rho, ça va. Il s’agissait juste de s’amuser un peu.

— Tu te fous d’ma gueule ?!

 

Lise se leva, prête à… prête à… Elle ne savait pas, mais elle ne pouvait pas le laisser là avec son expression d’imbécile heureux. Elle se sentait tellement en Colère. Elle aurait pu le tuer, mais un bon coup de pied bien placé suffirait sûrement. Elle s’exécuta. Une fois, puis deux, sans tenir compte de son cri de douleur. Elle devait… Une main se posa rudement sur son épaule. Douce mais ferme. Lise se retourna et tomba nez à nez avec le torse du Fauconnier. Un peu plus haut, cachés par sa capuche, ses yeux perçants la contemplaient. Il secoua légèrement la tête.

 

— L’en vaut pas la peine.

 

Lise eut l’impression d’une douche froide. Le Fauconnier ne la fixait pas comme d’habitude, il paraissait tendu. L’oisillon ne piaillait plus en sa présence. Ils la percevaient tous les deux comme une menace. Elle se tourna vers Rudy. Toute trace de rage s’était envolée chez lui, il semblait juste… inquiet. Ils pensaient tous aux Fragments. Ils la considéraient tous comme une bête furieuse incapable de se contrôler. Cole gémit derrière elle. Avaient-ils vraiment tort ?

 

Toute Colère disparue, Lise sentit les larmes poindre. Elle se dégagea de la poigne du Fauconnier et s’enfuit hors de la cuisine. Elle devait retourner dans sa chambre. On n’exigeait rien d’elle là-bas. Dans les escaliers, elle croisa Leihulm qui l’arrêta. Il la dévisagea, surpris.

 

— Qu’est-ce qui…

— Rien, coupa Lise.

 

Elle redressa le menton et le défia du regard. Elle n’avait aucune envie qu’une personne de plus la considère comme un monstre. Leihulm respecta sa volonté de ne pas en discuter et changea de sujet.

 

— Les recherches de Maxhirst ne donnent rien et nous n’aurons pas d’entretien avec Ambroise avant une demi-lune d’argent. Nous irons donc au Sanctuaire pour voir Ludificus. Il faut qu’il nous en apprenne plus sur cette histoire de Fragments.

 

Leihulm avait parlé d’une voix posée, sans particulièrement tiquer sur la référence aux Fragments. Il paraissait confiant, comme s’il ne s’agissait que d’un souci de plus, embêtant mais pas plus que les autres. Cet air tranquille, plus que tout le reste, apaisa Lise. Sa situation n’était sûrement pas aussi grave que ce qu’elle croyait.

 

Elle esquissa un petit sourire.

 

~0~

 

Au Sanctuaire, l’intendant Neruda écoutait attentivement les nouvelles annoncées par son second, Frédérick, qui ignorait les deux chaises où il aurait pu s’installer. Sa formation militaire lui intimait de se tenir droit devant son supérieur. La nuit était tombée et l’austère pièce n’était éclairée que par quelques chandeliers qui entouraient le lourd bureau de marbre.  Contre les murs, les étagères croulaient sous les rouleaux de parchemin. Il faudrait bientôt faire du tri. Une fenêtre ouverte laissait rentrer une relative fraîcheur ainsi que le son des vagues, lointain, qui apaisait légèrement l’agacement de Neruda face à l’écoute du rapport.

 

Les récoltes fruitières auraient un peu de retard, mais rien de dramatique. Ce qui posait problème, c’était les céréales, en partie dévastées par les malandrins qui s’étaient introduits sur les territoires de Ludificus. Ils devraient traiter avec des commerçants de Vianum pour compléter leurs réserves. Neruda fronça les sourcils, désappointé. Quand il s’agissait de s’exposer et de se faire aduler, Ludificus se montrait toujours, même dans les situations les plus improbables. Mais s'il fallait administrer et protéger le Sanctuaire… Il n’y avait plus que lui et ses hommes. Il avait parfois l’impression de s’occuper d’un gosse irresponsable, pas de servir d’un dieu.

 

Neruda nota les derniers chiffres concernant le bilan et se redressa, le temps d’étirer son dos. Il en avait pour plusieurs heures de travail pour terminer tous les comptes et gérer au mieux les finances du Sanctuaire. Une soirée de plus passée loin de Téthys. Avant, ce genre de désagréments ne l’aurait pas perturbé. Il ne l’aurait probablement même pas remarqué. Mais depuis qu’il l'avait crue morte… La donne avait changé. Il avait cruellement pris conscience de la fragilité de la vie et du fait que personne n’était éternel. Ils devaient en profiter maintenant, tant qu’ils le pouvaient encore. C’était d’ailleurs pour cette raison qu’il avait enfin décidé de bouger les choses.

 

Il avait toujours considéré les unions comme inutiles, comme une perte de temps et d’argent. À quoi bon montrer à l’aide de tatouage qu’on aimait quelqu’un ? Pour s’en persuader quand on hésitait ? Pour le prouver aux autres ? Pour jouer aux plus forts en tentant de créer un Lien grâce à un Prêtre et être systématiquement déçus après ? Il n’avait jamais vraiment compris et il avait souvent vertement moqué les unions.

 

Et pourtant…

 

Il travaillait depuis des jours sur un dessin de tatouage. Quitte à le faire, il préférait tout gérer lui-même. Et surtout, il voulait montrer à Téthys pourquoi il se lançait et à quel point il était prêt à s’investir dedans. Parce que le plus important, ce n’était pas de se rassurer ou de l'étaler devant les autres. C’était de lui confirmer à elle. Sa compagne depuis déjà tant de lunes d’or, depuis leur enfance en fait. Elle lui avait déjà prouvé son amour en le supportant, lui, son ignoble caractère et ses responsabilités. C’était à son tour de faire un pas vers elle.

 

Neruda fronça les sourcils de nouveau. Ce n’était pas en rêvassant qu’il finirait son travail rapidement. Il soupira et trempa sa plume dans le flacon d’encre. Un raclement de gorge gêné l’arrêta. Neruda sentit un début d’énervement poindre. Il n’avait aucune envie de gérer les états d’âme de son second. Mais il ne pouvait décemment pas ignorer Frédérick plus longtemps, il l’esquivait depuis plusieurs jours déjà. Irrité, Neruda redressa la tête et demanda sèchement :

 

— Oui ? Un problème ?

 

Frédérick sursauta. Il ne s’attendait visiblement plus à capter son attention. Le grand blond, si large d’épaules et musclé qu’il aurait intimidé n’importe qui, se tordit les doigts, peu rassuré. Neruda impressionnait toujours Frédérick depuis le jour où, adolescent, il avait failli à sa mission et où il s’était fait vertement réprimander pendant plusieurs heures. Il tergiversa encore avant de se lancer d’une voix hésitante :

 

— Je me mêle sûrement de ce qui ne me concerne pas mais…

— N’en parlez pas alors, coupa Neruda.

 

Frédérick sursauta, mais une lueur nouvelle s’alluma dans son regard. Il reprit :

 

— Je sais que vous ne voulez pas le voir, mais Téthys se comporte bizarrement depuis quelque temps. Je ne suis pas le seul à le remarquer et…

— Allez hop hop hop mon gaillard. On a pas compris que t’emmerdais l'chef ?

 

Yphen venait de surgir de nulle part. Frédérick réussissait encore à être surpris par ses entrées, Neruda s’était rapidement habitué. La Gardienne, petite, arrivait à peine au niveau du torse de Frédérick. Néanmoins, il ne protesta pas lorsqu’elle le poussa hors de la pièce sans lui laisser la possibilité de parler plus. Il l’avait déjà vue utiliser sa force, il savait qu’il n’avait aucune chance contre elle et qu’elle risquait de le blesser sans le vouloir. Neruda détestait les manières d’Yphen, mais elle était redoutablement efficace et elle parvenait parfois à prévoir ses demandes. Cela suffisait à l'inciter à ignorer ses travers.

 

Yphen s’approcha du bureau et s’installa dessus, écrasant une pile de parchemin. Son masque dénué d’expression se tourna vers son protégé.

 

— La dernière mission est une réussite. Tous les membres de l’Aile du Corbeau qui étaient entrés illégalement ont retrouvé le chemin de la sortie avec une correction qu’ils ne sont pas prêts d’oublier.

 

Neruda fronça les sourcils.

 

— Je ne vous avais pas demandé de les laisser en vie.

— Tu n’avais pas non plus précisé qu’il fallait les tuer.

 

Neruda eut une furieuse envie de se frotter les tempes, mais il se retint. Yphen obéissait, tant que ses ordres étaient assez complets pour ne pas être contournés.

 

— Surveille les environs et préviens moins si de nouveaux intrus tentent de s’introduire dans le Sanctuaire.

 

Yphen hocha la tête sans répondre. La seconde suivante, Neruda était seul dans le bureau.

 

~0~

 

Son sac sur le dos, Lise gravissait la montée en essayant d’économiser son souffle. Cette fois-ci, ils avaient emprunté la voie officielle pour se rendre au Sanctuaire, passant les contrôles grâce au parchemin délivré par Neruda. Même s’il était plus praticable, il restait physique. Leihulm et Rudy évoluaient à côté d’elle comme s’il s’agissait d’une simple promenade de santé. Horriblement vexant. Au moins, elle tenait mieux que Maxhirst, c’était déjà ça.

 

Ils étaient partis quelques heures plus tôt, après une séparation rapide avec Méliantys et ses compagnons de voyage. Eux se mettaient en route pour les ruines de Flamiella, ils reviendraient les voir d’ici quelques lunes d’argent. Personne n’avait clairement reproché l’incident avec Cole à Lise. Leihulm s’était contenté de commenter sobrement, totalement indifférent au traitement qu’il avait subi.

 

« À force de jouer avec le feu, fallait bien que tu te brûles un jour. »

 

Dire que Leihulm n’aimait pas Cole aurait été un euphémisme. Pourtant, Lise se souvenait d’une époque où Leihulm formait Rudy et Cole. Ils s’entendaient tous bien à ce moment-là. Elle-même l’appréciait, avec ses manières franches et ses habitudes de dragueur du dimanche. Mais un jour, il avait tenté de la violer. Ça, elle ne tenait pas vraiment à s’en rappeler. Mais cela expliquait pas mal de choses. Cela lui donnait envie de vomir. Elle avait peur rétrospectivement, elle ne se sentait pas en sécurité. Et, de façon totalement incongrue, la flamme de la Colère brûlait dans un coin de son esprit.

 

Quelque chose clochait en elle, comment n’avait-elle pas pu le remarquer avant ?

 

— On fait une pause, signala Leihulm.

 

Maxhirst, les joues écarlates, était complètement à bout de souffle. Lise lui adressa mentalement des remerciements. Elle ne rêvait que de s’arrêter depuis un moment déjà. Elle s’assit contre la paroi rocheuse, crevée. Elle ne dormait pas assez pour ce genre d’expédition. Rudy s’approcha d’elle et, sans un mot, lui tendit une gourde. Elle mourait de soif, mais elle refusa d’un signe de tête.

 

Son cœur lui faisait mal. Atrocement mal. Comme à chaque fois qu’elle pensait à Rudy. Elle voyait qu’il souffrait autant qu’elle. Elle sentait qu’il aurait fait n’importe quoi pour elle. Qu’il l’aimait vraiment, autant qu’avant malgré leur séparation. Mais elle ne pouvait pas lui pardonner la façon dont il s’était débarrassé d’elle. Elle savait que c’était pour son bien mais…

 

Elle n’arrivait plus à lui faire confiance.

 

Un silence gênant plana qui la mina. Au moins, personne n’avait essayé de lui faire la morale sur son comportement avec Rudy. C’était déjà ça.

 

Maxhirst reprit son souffle, avant de se rappeler quelque chose. Il fouilla dans ses poches et extirpa le flacon laissé par Ludificus. Il le tendit à Lise.

 

— Tiens, récupère-le. J’ai pu regarder ce que c’était. Il s’agit d’une potion de stase.

— Une quoi ?

— C’est… hésita Maxhirst. Ça permet de garder l’état d’une personne identique pendant un certain temps. C’est quelque chose de très dur à réaliser mais l’utilité reste… limitée.

 

Lise prit le flacon. Elle l’observa un instant avant de le ranger en haussant les épaules. Elle ne comprenait pas trop à quoi ça servait et pourquoi Ludificus lui avait refilé ça. Mais elle comptait bien profiter de leur rencontre pour lui rendre en échange de son pic à cheveux.

 

Ils restèrent silencieux un moment, le temps que Maxhirst récupère totalement. Au bout de plusieurs minutes, ils entendirent des pas et une personne se rapprocha d’eux, visiblement elle aussi essoufflée. Au détour d’un virage, Téthys fit son apparition. Ses mèches couleur miel étaient plaquées contre ses tempes à cause de la sueur. Malgré son épuisement évident, son nez en trompette donnait un air rieur à son visage. Ses yeux aveugles fixaient le lointain, mais cela ne l’empêchait pas de gravir le chemin chaotique sans trébucher. Près d’eux, elle s’interrompit et tendit l’oreille. Maxhirst continuait de respirer bruyamment, aussi elle s'avança vers lui en trottinant.

 

— Vous… allez bien ?

— Oui, merci, répondit Leihulm.

 

Elle sursauta et se tourna vers lui, visiblement prise de court. Leihulm s’approcha d’elle, inquiet. Elle semblait sur le point de s’écrouler.

 

— Je… Je suis ravie de vous revoir ! Enfin… Façon de parler.

— Vous voulez faire une pause ? Vous…

— Non ! Surtout… pas… Je… Je me connais. Je ne... repars pas sinon…

 

Elle paraissait en effet prête à continuer, malgré ses jambes tremblantes. Leihulm échangea un regard avec Maxhirst avant d’attraper les affaires de Téthys.

 

— Nous allons vous aider alors. Nous allions justement nous remettre en route.

 

Téthys lui adressa un sourire reconnaissant. Lise se redressa en grommelant. Téthys n’était plus vraiment une jeune jouvencelle et pourtant, elle rappelait indéniablement les demoiselles en détresse des contes. Son handicap n’arrangeait rien, même si elle ne pouvait pas lui reprocher sa cécité. Le genre de femmes que Lise ne pouvait pas voir en peinture. Et malgré ça… Téthys restait quelqu’un de sympathique. Comme quoi… Elle comprenait pourquoi les hommes pouvaient préférer ces choses délicates.

 

 Ils marchèrent encore une heure, dans un silence seulement troublé par des souffles courts. Téthys avait tenté un moment de maintenir la conversation, mais un point de côté l’avait stoppée. Alors qu’ils n’étaient plus très loin du sommet, elle s’arrêta, un peu perdue.

 

— C’est… C’est étrange… On aurait déjà dû croiser des gardes… Quelque chose… cloche.

 

Téthys paraissait tellement perturbée que Leihulm se tendit. Il accéléra le pas et disparut derrière un virage. Lise fronça les sourcils. Qu’est-ce qui se passait ? Elle puisa dans ses dernières forces pour le rattraper. Elle s’arrêta net après le tournant.

 

Elle se situait légèrement en hauteur, avec une vue imprenable sur le Sanctuaire, niché sur les arches de pierre qui surplombaient la mer.

 

De la fumée montait du Sanctuaire. Sur sa gauche, un autre début de feu ravageait la forêt. Sur les différents accès, des hommes se battaient, dans un éclat d’arme et de cris.

 

Le Sanctuaire était attaqué. Le chaos régnait partout.

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Djina
Posté le 09/05/2020
Hey !!! Je rattrape doucement, je reviendrais lire plus tardivement ^^

D'ailleurs on se laisse sur un suspens de follie .. J'ai tellement peur pour Tethys, je ne veux pas qu'elle meure... et tout ce qui se passe avec Neruda si aveugle à cause de sa gardienne là... L'amour c'est important, Ludi m'énerve, une union de l'amour, de l'écoute pour eux, du bonheur mais je ne le sens pas vu tout ce que tu nous a fait voir ^^' D'ailleurs dans un sens elle fait penser à un Oracle...

Enchantée par tes mots toujours mais vraiment très intriguée par ce que tu nous concoctes et combien de chapitres avant la fin de ce tome ci ? Histoire de voir si on est bientôt dans une attente plus longue pour les tomes d'après :)

Rudy et Lise, j'aimerais qu'ils se fassent comprendre, ce qu'elle a enduré j'ai peur, et penser à Rudy et Riesz comme à des jumeaux un peu comme les prêtres 2 faces d'une même personne.. Ce sentiment est persistant.



Bises Continues et merci ! <3
Flammy
Posté le 10/05/2020
Prends ton temps, ça ne risque pas de s'envoler, pas d'inquiétude ! =D

Neruda a surtout a sens du devoir très (trop ?) développé et sa mission est très importante ^^ Mais il commence à comprendre le petit =D

Alors, cette partie contient 12 chapitres. Il y a ensuite un interlude de 4 chapitres, puis 12 chapitres et encore un interlude de 4 chapitres après ^^

Et pour Lise et Rudy... je préfère ne rien dire, c'est plus drôle comme ça :p

Merci beaucoup pour ta lecture et tes commentaires !
Luciole Mape
Posté le 05/04/2020
Un chapitre merveilleux avec du suspens, bravo ! J'ai remarqué quelques fautes par ci par là mais elles ne comptent pas. J'ai hâte de lire la suite ! =D
Flammy
Posté le 05/04/2020
Coucou !

Merci beaucoup pour ta lecture et ton commentaire, c'est ultra gentil de ta part, surtout que la fin du livre 2, ya pas grande monde qui est arrivé au bout ^^" Je suis bien contente que ça te plaise du coup =D

La suite est écrite, normalement je poste un chapitre par semaine pour pas trop noyer les gens ^^ J'espère que la suite te plaira =D

Pluchouille zoubouille !
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