I.11 Le Prêtre de la Divinité

Par Flammy
Notes de l’auteur : J'ai eu beaucoup de mal sur ce chapitre, mais je ne suis toujours pas entièrement satisfaite, donc si vous avez des remarques, n'hésitez pas !

Chapitre 11 : Le Prêtre de la Divinité

 

~898 jours avant le cataclysme

 

~0~

 

Certaines gentes possèdent des pouvoirs propres à leur gent, qu’aucun Sorcier ou Plume peut imiter. Il s’agit des Tempous, capable de manipuler le temps selon la légende, et des Métamorph, qui serait capable de changer d’apparence selon leur volonté. Ces gentes sont toujours restées très discrètes sur leurs capacités, il est donc impossible d’en connaître précisément les contraintes et les limites.

Notes de Max.

 

~0~

 

Lise resta totalement figée, incapable de détacher ses yeux du spectacle de destruction qui s’offrait à elle.

 

Elle avait déjà assisté à des batailles, mais rien de cette ampleur. Malgré la distance, elle pouvait voir des cadavres laissés à l’abandon sur les passerelles qui menaient au Sanctuaire dans des positions improbables. Certaines arches de pierre étaient démolies mais la plate-forme centrale tenait toujours. Pour combien de temps encore ? Des flammes montaient de la forêt, ainsi que des cris et des bruits de combats. Lise trembla, incapable de se contrôler. D’autres images sanglantes de son passé se superposèrent et un haut-le-cœur lui secoua l’estomac. Elle avait cru à une époque qu’elle pourrait s’adapter à ce genre de choses, mais elle était à présent convaincue du contraire. Les scènes de guerre, c’était supportable à la télé. Pas dans la réalité.

 

Rudy se rapprocha d’elle et posa une main réconfortante dans son dos. Lise se força à respirer profondément pour se calmer, comme Leihulm le lui avait appris. À ses côtés, sa surprise passée, Téthys paniqua d’un coup. Elle comprenait ce qui se déroulait sans avoir besoin de voir. Elle voulut s’élancer vers les combats mais Leihulm la retint. Elle était connue pour ses étourderies et sa maladresse, pas pour ses talents guerriers. Il serait totalement inconscient de la laisser se rapprocher des affrontements. Elle essaya de se dégager.

 

— Neruda ! s’écria-t-elle. Il avait prévu de faire le tour des installations aujourd’hui !

 

Téthys s’affolait de plus en plus, incapable de rester en place. Leihulm tenta de la calmer, en vain. Elle se débattait de plus en plus fort. Leihulm soupira puis s’adressa à elle.

 

— Savez-vous précisément où devait se trouver Neruda ?

 

Elle s'apaisa immédiatement, étrangement sérieuse.

 

— Oui. Il devait vérifier l’état des récoltes de blé par là, près des champs.

 

Téthys indiqua une direction sans une hésitation, malgré sa cécité. Par chance, l’arche qui y menait était encore entière, même si des fissures couraient le long de la roche.

 

— Nous allons chercher Neruda, ne vous inquiétez pas. Mettez-vous à l’abri par contre, Neruda ne nous le pardonnerait pas s’il vous arrivait quelque chose.

 

Téthys hocha la tête, profondément reconnaissante. Elle s’inclina.

 

— Faites attention à vous.

— Naturellement. Lise, reste avec elle, ça sera plus sûr.

 

Lise tressaillit. Elle aurait voulu être courageuse, suffisamment forte pour protester et les accompagner malgré tout. Avant de retrouver sa mémoire, elle l’aurait fait. Mais là… Certains souvenirs sanglants la paralysaient. Le regard fuyant, elle demeura aux côtés de Téthys tandis que ses compagnons s’éloignaient. Elles gardèrent le silence de longues minutes. Téthys ne faisait pas mine d’aller se mettre à l’abri. Ses yeux aveugles contemplaient le spectacle, presque… curieux. Elle adressa un sourire légèrement inquiet à Lise.

 

— Venez, je connais un endroit où ne serons en sécurité, un recoin près d’un ravin où nous pourrons nous cacher. Il y a quelques arbres qui en masquent l’entrée, cela sera idéal.

 

Lisa hocha la tête et suivit Téthys sans poser de question. Sans une hésitation, elle s’avança sur l’arche que ses compagnons avaient empruntée. Elle voulut protester mais Téthys l’ignora. Elle progressait rapidement, son regard fixé droit devant elle.

 

Elles marchèrent quelques minutes, jusqu’à dépasser, quelques buissons et des branches, que Téthys esquiva souplement. Comment pouvait-elle avec sa cécité ? Lise allait poser la question mais Téthys l’interrompit d’un claquement de langue. Elle ne souriait plus, absolument plus du tout amicale.

 

— Voilà, c’est ici. Reste là, personne ne devrait venir.

 

Il s’agissait d’un petit recoin derrière la falaise, bordé par un ravin, surplombé par une arche qui s’élançait vers une forêt. Les environs du Sanctuaire ressemblaient plus à un labyrinthe qu'à autre chose. La plateforme n’était pas grande et se prolongeait en une corniche. Pas vraiment la cachette idéale. Complètement prise de court et un peu déboussolée, Lise se retourna.

 

Là où se tenait Téthys quelques secondes plus tôt.

 

Là où Téthys avait disparu.

 

~0~

 

Leihulm avançait le plus prudemment possible, tendant l’oreille et observant les moindres traces qui auraient pu lui donner des informations. Les bruits des combats continuaient de leur parvenir, mais ils n’avaient encore croisé personne. À croire que tous les dégâts visibles de loin n’étaient dus qu’à un petit nombre d’individus. Leihulm hésita. Il ne savait pas pourquoi le Sanctuaire était attaqué, mais Neruda représentait une cible de choix. Surtout s’il était isolé. À l’origine, ils n’étaient pas venus pour se battre, mais pour arracher des informations à Ludificus. Mais pouvaient-ils vraiment juste revenir sur ses pas et ignorer ce qui se passait devant lui ? Leihulm serra les poings. Cette coïncidence était vraiment trop grosse. Ludificus avait dû tout prévoir et calculer quand leur révéler l’existence des Fragments pour qu’ils se trouvent maintenant au Sanctuaire.

 

Saleté de divinité qui s’amusait à manipuler les hommes.

 

Avaient-ils vraiment le choix de leur vie ?

 

Leihulm suivait une paroi rocheuse avec précaution, l’oreille aux aguets. Il restait le plus discret possible, pour prendre par surprise d’éventuels agresseurs. Il s’arrêta juste avant un virage, tendu. Sans un bruit, il tira son épée de son fourreau et Rudy l’imita. Maxhirst décrocha le livre toujours suspendu à sa ceinture et commença à construire des sortilèges. Ils ne savaient pas à quoi ils faisaient face, ils devaient se préparer au pire.

 

Une ombre surgit.

 

Frédérick émergea, tout aussi nerveux qu’eux et une arme à la main. Leihulm se relâcha légèrement, mais pas Frédérick. Il paraissait à bout, blessé à l’épaule.

 

— Qu’est-ce que vous fichez là, bordel ?!

 

Leihulm avait déjà entendu Frédérick aboyer pour gagner en sérieux et en autorité devant ses hommes. Rien d’inquiétant donc. Par contre, la sécheresse du ton le surprit.

 

— Sa divinité Ludificus nous a rendu visite il y a quelques jours. Nous étions venus vérifier s’il se trouvait toujours ici ou non.

 

Frédérick hésita. Cela ne devait visiblement pas être le cas.

 

— Pourquoi n’êtes-vous pas repartis en voyant tout ce bordel ?

— Nous avons croisé Téthys. Elle nous a demandé de protéger son fiancé.

— Elle va bien ?!

— Oui, elle s'est mise en sécurité.

 

Cette nouvelle soulagea Frédérick. Après un regard aux alentours, il abaissa son arme et se rapprocha. Leihulm profita de ce répit pour l’interroger.

 

— Qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que nous pouvons vous aider ?

 

Frédérick tenta de repousser ses cheveux en arrière d'une main, désabusé.

 

— Le Sanctuaire est attaqué. Neruda est introuvable et des choses bizarres se produisent. Nos assaillants ne sont qu'une dizaine, mais des villageois et même parfois des Protecteurs agissent de manière étrange et agressent leurs compagnons. Nous avons déjà une douzaine d'hommes blessés ou morts. Autant de traîtres, c’est un cauchemar…

 

Malgré ses explications nettes et claires et son apparence posée, quelques signes dénotaient la nervosité de Frédérick. Ses yeux étaient perpétuellement en mouvements, craignant une attaque. La disparition de Neruda l’avait visiblement pris de court et il n’avait pas l’habitude de devoir gérer à sa place.

 

— Et vous n’avez jamais eu de soupçons avant ? C’est étrange. Max, est-ce qu’on peut contrôler le comportement de quelqu’un par sorcellerie ?

 

Maxhirst remonta ses lunettes sur son nez, le regard troublé.

 

— Il y a quelques jours, j’aurais affirmé que non. Mais depuis la visite de Ludificus, je ne parierai pas. Il faudrait en capturer un pour que je puisse vérifier.

 

Frédérick parut dans un premier temps intéressé, avant de secouer la tête.

 

— Le plus urgent, c’est de retrouver Neruda. Est-ce que vous ne pouvez pas faire quelque chose ?

— Non, je n’ai pas ancré trace en lui et…

 

Maxhirst s’interrompit. Yphen, tout en bandelettes bleutées et en masque sans vie, venait d’apparaître devant eux.

 

— Il suffit de demander ! s’impatienta-t-elle.

 

Elle tendit un doigt.

 

— Par là-bas. Il y a une grotte cachée dans la falaise, on y accède par une corniche. C’est le plus rapide. Aller aller ! Dépêchez-vous un peu !

 

Yphen se plaça derrière Frédérick et commença à le pousser dans la bonne direction, malgré sa petite taille. Leihulm ne savait que penser de cette intervention providentielle. Il n’appréciait guère ce genre de sauvetage. Cela ressemblait beaucoup trop à Ludificus.

 

— Neruda ne tiendra pas longtemps à ce rythme ! J’ai un truc à faire et je vous rejoins !

 

Les paroles d’Yphen agirent sur Frédérick comme un coup de fouet et il se mit à courir sans poser plus de questions. Rudy et Maxhirst le talonnèrent sans même jeter un coup d’œil à Leihulm. Celui-ci suivit le mouvement, profondément mal à l’aise. La Gardienne aurait dû être capable de protéger Neruda seule. Alors pourquoi les envoyer là-bas ?

 

— Je ne suis pas toute puissante.

 

Leihulm leva la tête pour trouver Yphen, perchée dans un arbre.

 

— Et ce type-là… J’arriverai pas à m’en débarrasser sans vous. Autant que vous sachiez dès maintenant ce que vous allez affronter. Ça vous permettra de mieux vous y préparer plus tard.

 

L’instant d’après, elle avait disparu.

 

Les poings crispés, Leihulm se mit en route. Il détestait qu’on s’autorise aussi simplement à contrôler les autres contre leur gré et qu’on n’essaie même pas de s’en cacher. Ludificus, Yphen… Ne le voyaient-ils que comme une marchandise ?

 

Mais surtout… Il se détestait lui. Pour être si facile à manipuler.

 

~0~

 

 

 

— Qu’est-ce que tu fiches ici ?! Tu devais te mettre à l’abri avec Téthys !

 

Lise était déjà visiblement mal à l’aise, mais Leihulm n’avait pas pu réprimer ses remontrances, toujours énervé par la tournure des événements. Lise sursauta, ouvrit la bouche et la referma immédiatement, le regard fuyant. Pour ne pas répondre en hurlant, elle devait vraiment ne pas se sentir bien, et Leihulm regretta ses paroles. Plus que pour n’importe qui d’autre, ce genre de situations était anormal pour elle. Mais la retrouver à l’entrée du chemin qui menait aux assaillants du Sanctuaire… Elle avait décidément un don pour se fourrer dans les ennuis. Maxhirst remonta ses lunettes sur son nez, inquiet.

 

— C’est Téthys elle-même qui l’a amenée ici. Avant de disparaître d’un coup.

 

Leihulm ne comprit pas immédiatement la portée de ces paroles. Frédérick, particulièrement mal à l’aise, changeait d’appuis régulièrement, son regard plongeant dans le vide qui bordait la clairière. Il ne s’agissait que d’une faille dans la falaise, pas de la mer, mais elle restait assez impressionnante pour qu’on ne puisse pas distinguer le fond.

 

— Mais enfin… Elle est aveugle, elle ne peut pas disparaître comme ça !

— C’est justement ce que j’étais en train de dire ! s’exclama Lise. Elle était bizarre, elle se comportait exactement comme si elle voyait ! J’avais même du mal à la suivre.

 

Leihulm échangea avec un regard avec Maxhirst. Ils n’avaient aucune raison de douter de Lise. Mais cela impliquait qu’ils n’avaient pas croisé la vraie Téthys. Mais pourquoi prendre son apparence ? Juste pour entraîner Lise jusque-là ? Son instinct hurlait à Leihulm de rebrousser chemin et de retourner en arrière. Les manipulations, les risques encourus par Lise… Il ne comprenait pas assez la situation pour contrôler la suite. Mais Maxhirst ne repartirait pas en laissant des personnes dans le besoin et Rudy aurait du mal à l’abandonner, même pour Lise. Pouvait-il leur demander de renier leurs convictions ?

 

— Et merde.

 

Le visage fermé, il ne commenta pas plus. Il entraîna Lise vers un recoin de la falaise, où elle pourrait se cacher. Circuler seule dans de telles conditions relèverait du suicide.

 

— Tu restes ici, compris ? Et quoi qu’il arrive, tu ne sors pas de là !

 

Elle hocha la tête, suffisamment dépassée et apeurée pour ne pas protester. Qu’est-ce qu’il détestait la voir dans un tel état ! Malheureusement, il ne pouvait guère prendre le temps de la rassurer, de toute façon, pour dire quoi ? Ils risquaient tous leur vie à rester là. Leihulm se rapprocha ensuite de Frédérick pour en apprendre plus sur la géographie des lieux.

 

— Quelqu’un s’est donné beaucoup de mal pour que nous vous aidions, autant faire cela bien.

 

Du coup de l’œil, il remarqua Rudy qui tentait de réconforter Lise. Il lui confia aussi une dague. Leihulm faillit l’en empêcher de peur qu’elle se blesse avec, mais il savait qu’il avait raison. Au cas où. Il fallait mieux prévoir trop que pas assez. Rudy avait bien retenu ses leçons. Il aurait juste préféré ne pas les voir en application dans de telles conditions.

 

~0~

 

Accrochée à une paroi rocheuse, Hirst serrait les dents.

 

Les Jumeaux de Mort, les charmants individus qui avaient décidé de refonder l’Aile du Corbeau, avaient jugé utile de tester ses capacités. Même s’ils ne laissaient jamais rien transparaître, ils n’avaient toujours pas digéré le fiasco de la tentative d’assassinat du prince Alyss. Ils lui avaient donc refilé une mission étrange. Ou plutôt, une punition où ils espéraient qu’elle se tuerait en l’accomplissant. Qui pouvait être assez barge pour demander un truc pareil ? Et surtout, qui était assez con pour accepter de le faire ?

 

Selon les instructions reçues, elle devait gentiment patienter, dans un équilibre précaire au-dessus du vide. Des idiots attaquaient le Sanctuaire et l’un de ces crétins intéressait particulièrement leur commanditaire. Elle devait récupérer un collier qu’il portait en permanence pour prouver qu’il s’agissait bien de lui. Elle l’avait repéré plus tôt dans la journée et, depuis, elle attendait une occasion de passer à l’action.

 

D’après la description de sa cible, elle savait parfaitement qui c'était. Ce portrait, elle l’avait entendu des dizaines de fois, énoncé par Alyss. Martel. Quelqu’un cherchait visiblement à confirmer la présence de Martel parmi ceux qui attaquaient le Sanctuaire. Probablement Alyss lui-même. Qui d’autre s’intéressait à ce vieux guerrier à la réputation sanguinaire ? Les Jumeaux de Mort ne manquaient pas de sens de l’humour. Après avoir tenté de l’assassiner, ils acceptaient un contrat de sa part.

 

Lorsque Hirst avait découvert qui accompagnait Martel, elle n’avait eu qu’une envie : fuir. Elle l’avait déjà croisé ce taré-là. Il avait bien failli la tuer en Mandchou. Grand, maigrichon longs cheveux blancs et iris de la même couleur… Il devait pas y en avoir des dizaines comme lui. Un mégalo qui se faisait appeler Prêtre de la Divinité, un machin comme ça, et qui cherchait… Sûrement quelque chose. Mais elle s’en foutait. Ce qui l’intéressait, c’était plutôt ses adorateurs. Tous des guerriers accomplis ou des trucs du genre. Réussir à choper le pendentif de Martel allait se révéler plus que compliqué.

 

Il lui fallait une diversion. Elle les avait suivis, étudiant les événements de loin, jusqu’à une grotte qui surplombait un ravin. Visiblement, il y avait un prisonnier parmi eux. Pour plus de discrétion, elle s’était lancée dans l’escalade de la falaise, pour ne pas devoir emprunter le même chemin qu’eux.

 

Depuis, elle attendait.

 

La tétanie gagnait peu à peu ses muscles.

 

La situation allait devoir bouger, et très vite.

 

Sinon, elle connaîtrait la mort la plus stupide de toute l’Aile du Corbeau.

 

~0~

 

— Où est-elle ?

 

Neruda garda les lèvres closes. Une gifle s’écrasa sur sa joue mais il s’efforça de ne rien laisser paraître, et de rester silencieux malgré le sang qui coulait de sa pommette éclatée.

 

— Je crois que vous avoir déjà fait savoir que je n'apprécie guère les marques de familiarité entre nous.

 

Il n’avait pas besoin de voir pour sentir son interlocuteur bouillir devant lui. Il n’avait visiblement pas l’habitude qu’on lui tienne tête, mais Neruda ne comptait pas répondre aux questions, jamais. Cela mettrait Téthys en danger. Et il préférait mourir que d’envisager cette possibilité.

 

— Ouvre au moins les yeux ! Je veux juste la fille qui prédit l'avenir. Le Sanctuaire, ses protecteurs et Ludificus, je n'en ai rien à faire. Parle ou le massacre va continuer. Je suis le Prêtre de la Divinité. Tu penses réellement pouvoir me résister éternellement ?!

— Vos demandes me sont inconnues, lâcha-t-il d’une voix neutre.

 

Neruda avait insisté sur le vouvoiement, il ne reçut qu'un nouveau coup en réponse. Le goût du sang envahit sa bouche mais il se retint de cracher. Il ne ferait pas ce plaisir à son tortionnaire. Il resterait digne jusqu’au bout.

 

Et surtout, jamais il n’ouvrirait les paupières.

 

Lorsque l’attaque sur le Sanctuaire avait débuté, il avait rapidement réuni quelques Protecteurs et commencé à reprendre la situation en main. Puis il avait croisé l’homme blanc et ses acolytes. Il avait suffi qu’il fiche son regard quelques instants dans les yeux de ses subordonnés pour que ceux-ci se retournent contre lui. Il n’avait aucune idée de la nature du  sortilège, mais il n’avait aucune vie qu’on manipule son esprit.

 

— Arrête de mentir ! C'est la Haute Prêtresse de Lumière qui nous a renseignés !

 

Neruda sursauta sans pouvoir s’en empêcher. Ambroise les avait vendus ? Mais cela n’avait aucun sens ! Elle avait toujours eu beaucoup d’affection, autant pour Téthys que pour lui. Alors pourquoi ébruiter la capacité de Téthys de voir l’avenir ? Cela ne pouvait que la mettre en danger ! Et si c’était vraiment une trahison de sa part, pourquoi ne pas donner le nom de Téthys et sa description ? Après un instant d’incompréhension totale, il reprit le contrôle de ses nerfs. Ce n’était juste pas possible. L’autre affabulait pour le forcer à commettre une erreur. Cela n’arriverait pas.

 

Il protégerait Téthys, à n'importe quel prix. Même s’il devait le payer de sa vie.

 

~0~

 

Frédérick bouillonnait. Qu’on maltraite ainsi son supérieur…

 

Plaqué contre la paroi de la falaise, en équilibre sur une corniche beaucoup trop fine pour lui, il écoutait depuis plusieurs minutes ce qui se déroulait à l’intérieur de la caverne, en se retenant d’intervenir. Il fallait en savoir plus, déterminer au moins le nombre d’agresseurs. Attendre le retour d’Yphen avant d’agir. Mais ce manque de respect envers Neruda…

 

Il ne pouvait juste pas le supporter.

 

Il bondit dans la grotte.

 

— Jetez vos armes au sol et levez les mains !

 

Pas très éloquent et subtil. Seul avec son épée face à six personnes, il ne pouvait paraître que ridicule. Et pourtant, à aucun moment sa voix ou sa lame ne tremblèrent. Sa loyauté était à toute épreuve.

 

— Frédérick ! Ne le regarde jamais dans les yeux, sinon prendra le contrôle de toi !

 

Sans même noter l’avertissement, l'homme penché vers Neruda se redressa et se tourna lentement vers lui avec un petit rire. Ses longs cheveux blancs et raides s'écartèrent de son visage pour dévoiler deux pupilles immaculées. Il s'esclaffa avant de gifler son captif sans y porter une grande attention.

 

— Tu crois vraiment me faire peur à attaquer ainsi ? La stupidité n'est pas un talent très recherché.

 

Il rit encore, d'un rire affreusement faux et nasillard. Ses cinq compagnons armés l'imitèrent après un signe de sa part. Il y avait quelque chose de malsain et de dérangeant dans ce spectacle. Ce n'était pas un chef et ses sous-fifres. C'était un marionnettiste et ses poupées. Un être dangereux qu'il fallait réussir à mettre hors d'état de nuire.

 

— Assez plaisanté. Plus de temps à perdre.

 

La soudaineté avec laquelle l'hypocrite accès d'hilarité s'arrêta prit Frédérick au dépourvu. Sans aide, il aurait sûrement été submergé et vaincu en quelques secondes. Seuls trois des hommes se battaient. Mais il s’agissait d’experts. Chacun avait un style de combat très spécifique, rendant toute tentative de riposte difficile. L'un privilégiait la vitesse, l'autre l'économie de mouvement et le dernier les attaques puissantes et dévastatrices. Trois techniques très différentes et disparates, et pourtant mortellement complémentaires.

 

Frédérick ne dut sa survie qu’à l’intervention de ses compagnons d’infortune. Il ne savait pas s’ils avaient vraiment été manipulés comme ils le pensaient, mais il bénit celui qui s’en était occupé.

 

Grâce à eux, il pourrait sauver Neruda.

 

~0~

 

Lorsque Leihulm et Rudy pénétrèrent dans la grotte, Maxhirst prit le temps d’organiser quelques bases de sortilèges avant de quitter la corniche pour se plonger dans la mêlée. D’après un coup d’œil de Leihulm, il n’y avait que trois combattants. Il s’agirait probablement de duels, il devrait juste les supporter. Il n’avait détecté aucun Sorcier, donc pas de problème de ce côté-là. Tout se passerait bien. Il l’avait déjà fait plusieurs fois, beaucoup trop pour lui, et il faisait confiance à ses compagnons. Une fois prêt, Maxhirst inspira profondément et se décala pour entrer dans la danse.

 

Il perdit aussitôt ses moyens. Complètement décomposé, il entendait ses dents claquer plus qu’il ne les sentaient. Il ne parvenait pas à quitter du regard l’imposant guerrier en armure lourde qui maniait une large épée deux mains face à Leihulm. Martel le génocidaire. Des images lui revinrent en tête. Alexander, torturé et crucifié, à peine reconnaissable. Amber, pratiquement coupée en deux par un coup d’épée, dans une flaque de sang. Que des gosses. Des enfants avec qui il avait été élevé. Sauvagement abattu. Et tous les autres cadavres anonymes, affreusement malmenés, abandonnés sur le passage de Martel.

 

Maxhirst n’eut qu’une seule envie. Fondre en larmes. S’enfuir aussi. S’éloigner le plus possible de Martel et de ses massacres.

 

Leihulm peinait. Malgré l’étroitesse de la grotte qui handicapait les mouvements amples et puissants de Martel, Leihulm ne parvenait pas à prendre le dessus sur son monstrueux adversaire, pas plus que vingt ans auparavant. Il essayait d’esquiver ou de contraindre Martel à rester en posture défensive, mais il était parfois obligé de parer des attaques qui lui tiraient des grimaces de douleurs. Leihulm ne résisterait pas très longtemps à ce rythme. Et si Leihulm était vaincu, cela briserait le fragile équilibre qui permettait à Frédérick et Rudy de tenir le choc face à leur assaillant.

 

La main crispée sur le livre où il notait tous ses sortilèges utiles pour les confrontations, Maxhirst tenta de respirer profondément pour retrouver le contrôle de lui-même, sans grand succès. Une première blessure apparue sur le bras de Rudy. Des images sanglantes lui revenaient sans cesse en tête et il ne parvenait pas à quitter Martel du regard. Une attaque, plus rapide que les autres, manqua de peu d’arracher son épée à Leihulm.

 

Maxhirst passa enfin à l’action. Il tissa mentalement des lignes de sortilèges, les ancra sur une base qu’il gardait attachée sur un bracelet au cas où. En quelques secondes, il améliora les conditions physiques et la concentration de ses compagnons. La blessure de Rudy disparut. Dans un aspect si réduit, il ne pouvait pas se permettre de lancer des sortilèges trop extravagants — explosion, tremblements de terre ou boule de feu —, mais il pouvait les soutenir et les aider par touches au bon moment. Une liane végétale retint le bras de Martel, à peine un instant, suffisamment pour laisser Leihulm esquiver.

 

Il n’abandonnerait pas ses amis. Même si cela signifiait affronter ses peurs.

 

~0~

 

Dans la confusion des bruits de batailles, Neruda ne parvenait plus à comprendre ce qui se passait. Mais Frédérick avait réussi à le retrouver. Était-ce une bonne chose ou pas ? Et si son second tombait sous le contrôle de Prêtre de pacotille ? La tentation de vérifier grandissait, mais il savait qu’il ne devait pas ouvrir les yeux. Le salut de Téthys en dépendait.

 

— Faut-il vraiment en arriver là ? C'est d'un tel ridicule ! Pourquoi ne pas admettre tout de suite votre défaite ?

 

Son agresseur se glissa dans son dos et posa brutalement une dague sur sa gorge, entaillant sa peau. Il manquait d’entraînement dans le maniement des armes. Un beau parleur incapable de se battre.

 

— Bon, passons à la vitesse supérieure. Soit tu me dis où est-ce que je cherche, soit je t'égorge sans une hésitation.

 

Neruda garda le silence, étrangement serein. Dès qu’il avait été capturé, il savait que cela finirait ainsi. Il n’avait aucune appréhension face à la mort. Juste des regrets. Téthys ne verrait jamais le tatouage qu’il avait dessiné pour elle. Il avait pourtant pris soin de le faire graver dans du bois pour qu’elle puisse le sentir du bout des doigts. Est-ce qu’elle l’aurait apprécié ?

 

— Comme c'est dommage.

 

La lame prenait son élan quand une interjection retentit et la figea.

 

— Yo !

 

La voix d’Yphen. Il l'avait totalement oubliée. Elle n’était pas censée le protéger ? Pourquoi attendre aussi longtemps avant d’intervenir ? Vraiment, sa légèreté l’énervait prodigieusement.

 

— Une Gardienne ? Tu te rends compte au moins que tu es totalement inutile ?

 

Yphen se redressa avant de s'étirer et de bâiller. Neruda ouvrit les yeux, prêts à les refermer dès que son ennemi quitterait son dos. Il se sentait presque déprimé, pas tant de mourir mais de savoir qu’elle serait sa dernière image.

 

— Ho, je ne viens pas pour ça, mon ptit est décidé à y rester, je peux rien faire contre ça, c'est son choix. C’est quasiment impossible de sauver quelqu’un qui ne le veut pas. Je délivre juste un message.

 

Elle s'approcha jusqu'à ce que son masque effleure l'oreille de Neruda, sans faire attention à ce qui se passait autour. Elle n'avait pas eu besoin de se pencher beaucoup, mais cela n'empêcha pas le ruban de soie bleue qui attachait son chignon de caresser le visage de Neruda.

 

— Ils ont Téthys, murmura-t-elle. Et ordre de la tuer s'ils n'ont pas ce qu'ils cherchent, ils pensent que c’est juste ta fiancée, mais s’ils apprenaient par… hasard la vérité ? Et je ne ferais ri-en.

 

Yphen insista lourdement sur le dernier mot avant de s'écarter pour s'étirer une nouvelle fois avec un petit rire cristallin, son comportement toujours aussi désinvolte. À l'entente des dires d’Yphen, le visage de Neruda perdit toutes couleurs. Auparavant, il s'en fichait de mourir, rien ne lui aurait fait révéler son secret. Là, tout s'inversait. Téthys était en danger. Sa Téthys. Son rayon de soleil, la joie de vivre incarnée, son bonheur. L’abandonner était inenvisageable.

 

Neruda rejeta la tête en arrière, tant pour échapper à la pointe effilée qui le menaçait que pour tenter de percuter les mâchoires du marionnettiste. Celui-ci parvint à esquiver le coup et s’apprêta dans le même mouvement à planter son arme dans le torse de Neruda. Yphen réagit. L'une des bandelettes bleues de son vêtement vola vers la dague et s'enroula autour de la lame. En quelques secondes, elle se brisa. Le tissu repartit à l'attaque vers le Prêtre de la Divinité, mais celui-ci l'évita. Pendant ce court laps de temps, Neruda avait réussi à s'éloigner et à ne plus être en danger.

 

— Eh bien voilà ! C'est tout de même plus facile de protéger quelqu'un qui a envie de vivre ! commenta joyeusement Yphen.

 

Elle s’applaudit, visiblement ravie d’elle-même.

 

~0~

 

Le Prêtre de la Divinité réévalua rapidement la situation, extrêmement contrarié par ce contretemps. Son prisonnier s’était libéré et placé sous la protection d’une Gardienne. Les affrontements qui se déroulaient dans l’entrée de la grotte s’étiraient en longueur, sans que personne ne prenne l’avantage. Pourquoi les vermines refusaient-elles d’admettre sa suprématie et de se laisser écraser ?

 

Ses sourcils blancs se haussèrent en observant l’un des combattants qui demeurait à l’écart. Tandis qu’il le détaillait, ses yeux s’écarquillaient de plus en plus. Enfin. ENFIN ! Il avait trouvé le Sorcier à sa mesure qu’il convoitait, assez doué pour avoir l’honneur de le servir. Depuis des années il en cherchait un ! Et il l’avait enfin déniché ! Il ne lui restait plus qu’à le cueillir. Cela serait probablement un peu plus compliqué qu’avec ses grosses brutes habituelles, mais rien d’insurmontable pour lui.

 

Et lui suffisait de repérer son point faible.

 

Il se désintéressa totalement de Neruda et de sa Gardienne, beaucoup plus captivé par son nouveau jouet.

 

Une femme se laissa souplement tomber sur la corniche. Elle dénoua un instant ses muscles puis pénétra dans la grotte, sans accorder un regard au Sorcier. Lui, au contraire, la fixait, complètement pris de court et surpris. Une attaque particulièrement puissante de la part de Martel repoussa son adversaire en arrière, ce qui tira le Sorcier de sa torpeur. Il tissa des sortilèges pour tenter de maîtriser Martel. Les roches fondirent autour de ses pieds avant de se figer de nouveau, bloquant ses mouvements. Sans en tenir compte, Martel essaya de continuer à se battre, mais sans pouvoir réajuster ses appuis, il perdit l’équilibre.

 

La femme passa immédiatement à l’action. Tandis que Martel basculait en arrière, elle sauta souplement sur ses épaules. En quelques gestes rapides, elle dégagea un collier et le récupéra. D’un bond, elle s’éloigna, prête à s’enfuir sans plus attendre. La chute avait libéré les pieds de Martel, qui reprit son combat comme s’il n’avait rien remarqué. Le Sorcier fixait toujours la femme, visiblement mal à l’aise et inquiet. Le Prêtre de la Divinité ricana. Exposer ses émotions, c’était systématiquement une grave erreur.

 

Le destin lui avait offert une solution. Il était vraiment béni des dieux !

 

Un sourire aux lèvres, il claqua des doigts. Immédiatement, l’un de ses hommes se désintéressa de son combat contre le rouquin et se précipita vers la femme. Prise de court, elle esquiva l’attaque à la dernière seconde. Même si elle était armée, elle n’était pas préparée pour un tel combat au corps à corps et elle se retrouva rapidement en difficulté. Elle reculait de plus en plus pour se soustraire à l’épée, mais elle fut bloquée contre une paroi, sans plus de possibilité de fuite. Acculée, elle tira un couteau, pour tenter le tout pour le tout. Son adversaire n’était pas un épéiste normal, mais un guerrier d'exception. En quelques gestes secs et fluides, il planta sa lame dans son avant-bras et dégaina une dague pour achever Hirst.

 

Une explosion retentit.

 

L’épéiste fut projeté en arrière et ne bougea plus. Le Sorcier gisait au sol, dans son sang.

 

— Je le savais ! Il suffisait de l’attaquer elle pour le mettre hors service. Quel idiot ! Que quelqu’un me le récupère !

 

Il jubilait, fou de joie. Il avait construit son sortilège trop rapidement pour la sauver et il en avait payé le prix.

 

Sans tenir compte du danger, il se précipita vers l’un de ses compagnons, le seul qui ne combattait pas. Il ficha son regard dans le sien quelques instants et son subalterne tomba au sol, agité de convulsions. Il se rua ensuite vers la sortie et claqua des doigts en direction de Martel. Immédiatement, celui-ci se désengagea de son duel, abandonna son encombrante arme et attrapa Maxhirst comme s’il s’agissait d’une poupée de chiffon, et s’enfuit avec. Ce fut le seul homme à suivre le Prêtre de la Divinité.

 

Des pertes, certes, mais tellement négligeable !

 

Il avait enfin trouvé sa marionnette Sorcier.

 

~0~

 

— Max !

 

Leihulm n’avait compris qu’avec un temps de retard ce qui se passait. Il regarda Maxhirst être enlevé sans pouvoir intervenir, la fuite du Prêtre de la Divinité et de Martel couverte par le dernier assaillant toujours conscient dans la caverne. Leihulm hésita un instant. Aider Frédérick à se défaire de son adversaire et avoir du renfort pour sauver Maxhirst ou ne pas prendre le risque de perdre sa trace ?

 

Paniqué, il survola rapidement la grotte. Neruda restait dans un recoin, protégé par sa Gardienne. Trois hommes gisaient par terre, en mauvais état. Rudy et Frédérick avaient été blessés, mais ils continuaient de lutter contre le dernier adversaire. Et… Hirst fixait une flaque de sang au sol, aussi secouée que furieuse.

 

— L’enfoiré, marmonna-t-il. Il a encore osé !

 

Elle crispa les poings, furibonde. Leihulm renonça à lui demander des explications sur sa présence. Il y avait beaucoup plus urgent à régler.

 

— Rudy, avec moi !

 

Il aurait besoin du maximum d’aide. Frédérick parut un instant inquiet à l’idée de perdre son soutien. Son hésitation lui fit parer une attaque un peu trop tard et une nouvelle blessures apparue sur son bras.

 

— Je…

— Vous voulez vraiment une attaque du Sanctuaire avec Max de l’autre côté ?! Coupa Leihulm.

 

Frédérick se tut et se reconcentra sur son combat. Celui-ci partit en courant, sans prendre garde aux risques de tomber de la corniche dans le vide. Heureusement pour eux, la stature de Martel le désavantageait dans sa fuite, et obligeait le Prêtre de la Divinité à l'attendre. Il les apercevait au loin, se rapprochant dangereusement de l’endroit où les multiples chemins aideraient à les semer. Si seulement ils pouvaient les ralentir encore un peu…

 

Une forme sombre se jeta sur Martel, dérisoire. Par réflexe, Martel repoussa la charge, et laissa tomber Maxhirst sur la corniche. Martel tendit la main vers sa proie, mais la silhouette repartit à l’attaque, inconsciente des risques. Leihulm reconnut avec effroi la longue tresse de Lise. À quoi pensait-elle ?! Même désarmé, Martel aurait pu lui briser les vertèbres en serrant son cou d’une seule main ! Heureusement, Martel restait buté sur son objectif, incapable de régler son sort à Lise avant de récupérer Maxhirst. Il se contenta donc de la refouler, d’un large geste du bras. Lise atterrit près du vide. Beaucoup trop près.

 

Un craquement sinistre retentit, amplifié par l’écho.

 

Apeurée, elle baissa les yeux vers le sol. Une fissure était apparue dans la roche. Leihulm se précipita vers elle tandis que Rudy s’occupait de repousser Martel. Au loin, des cris d’hommes s’approchant tirèrent un cri de rage au Prêtre de la Divinité qui claqua des doigts. Immédiatement, Martel se précipita vers lui, abandonnant derrière lui le combat et le corps de Maxhirst, ensanglanté.

 

Leihulm tendit la main vers Lise, prêt à la l’attraper pour la ramener en sécurité

 

Elle partit en arrière.

 

Le morceau de falaise venait de céder.

 

Leihulm continua quand même sur sa lancée. Du bout des doigts, il réussit à saisir le poignet de Lise. Entre son élan et sa chute, il savait qu’il ne parviendrait pas à la retenir. Il s’en foutait. Il s’en foutait tellement. Il se sentit tomber et se laissa entraîner sans une hésitation.

 

Lise et Leihulm disparurent dans le vide.

 

~0~

 

Avec le départ du marionnettiste, les Protecteurs avaient réussi à reprendre le contrôle de la situation. Quelques-uns des assaillants s’étaient écroulés au sol en convulsant, d’autres s’étaient enfuis sans attendre. Aussi brutalement que le chaos s’était abattu, le calme était revenu. Devant le Sanctuaire, Neruda coordonnait les opérations. Parfaitement maître de lui-même, il donnait des ordres et commandait ses hommes avec sa rigueur coutumière. Les muscles rigides, il se montrait aussi crispé et à l’aise qu’à son habitude.

 

Il fallait attacher ceux qui avaient été mentalement manipulés au cas où et tous les enfermer jusqu’à une expertise de sorcier. Il devait organiser les secours, pour soigner les blessés que pour contrôler les incendies qui ravageaient les forêts et les cultures du Sanctuaire. L’aide de tous serait nécessaire et sans coordination, cela risquait d’empirer la situation.

 

Méthodiquement, Neruda donnait ses instructions, lorsqu’une rafale de vent balaya la passerelle devant le temple. La seconde suivante, Ludificus était apparu, flamboyant dans une tenue rouge et or. Il adressa un sourire étincelant à la ronde et rejeta ses cheveux en arrière. Neruda lui jeta à peine un coup d’œil avant de continuer comme si de rien n’était. Il y avait des choses plus importantes à gérer que ses caprices. Le dieu regarda les environs, les quelques cadavres qui jonchaient toujours les alentours, les arches détruites et la fumée au loin. Rien ne semblait l’inquiéter. Au contraire. Quel irresponsable.

 

Il sourit un peu plus largement et s’approcha d’une démarche dansante de Neruda. Il se glissa dans son dos et passa ses bras autour de son cou, frottant sa joue contre la sienne. Neruda resta imperturbable. Il avait malheureusement l’habitude de ce genre de comportement. Ses hommes eurent plus de mal. Neruda termina rapidement de distribuer ses instructions et seul Frédérick demeura à ses côtés. Ludificus commença à mordiller l’oreille de Neruda quand celui-ci s’adressa enfin à lui d’un ton sec. Il avait décidément un don pour se renouveler et agacer les autres.

 

— Vous arrivez juste après la bataille, reprocha-t-il. Votre aide aurait pourtant pu nous éviter beaucoup de dégâts.

— Hum ? Je pensais que vous refaisiez la déco moi.

 

Neruda ferma les yeux et se pinça l’arête du nez. Il avait plus de mal que d’habitude à se contrôler. La vie de certains de ses hommes aurait pu être épargnée si cet empaffé se souciait un peu moins à son propre plaisir.

 

— Vous m’excuserez, votre divinité, mais si vous n’avez rien à me demander, j’apprécierais que vous me lâchiez. Je dois gérer les conséquences de cette attaque. Je doute que vous vous en occupiez vous-même.

— Quel rabat-joie tu fais. Je suis venu parce que c’est toi qui a besoin d’aide.

 

Neruda se crispa.

 

— Je vous demande pardon ?

— Pour Téthys. Je pensais que ta Gardienne te l’avait dit.

 

Il écarquilla les yeux d’un coup. Il repoussa d’un geste sec Ludificus et se tourna vers lui. Normalement, Yphen s’en chargeait. Il lui en avait donné l’ordre ! Ce n’était que grâce à cela qu’il pouvait s’occuper du Sanctuaire, l’esprit tranquille.

 

— De quoi parlez-vous ?!

— Elle a été enlevée. Par celui qui a fait quelques… aménagements ici. Otage, chantage, pression, toussa toussa quoi. C’est ironique quand même, il a emmené la personne qu’il voulait sans le savoir. Le destin, quel grand farceur !

— J’avais envoyé Yphen la sauver, paniqua Neruda.

— Ce n’est pas sa protégée, c’est tout de suite plus compliqué pour elle d’être efficace. Elle est née pour te garder en vie toi, pas quelqu’un d’autre. Et ce bougre-là… Tu as pu remarquer qu’il ne fallait pas le prendre à la légère.

 

Ludificus s’éloigna de quelques pas et commença à jouer avec son chapeau haut de forme. Il se tourna vers Neruda et lui adressa une mimique joyeuse.

 

— En général, j’évite d’aider deux fois de suite quelqu'un. Surtout pour la même chose. Après, mes croyants pensent qu’ils peuvent me demander des trucs et c’est l’interminable liste des doléances. La barbe. Mais un intendant aussi efficace et qui me supporte, c’est rare. Je préfère autant te garder le plus longtemps possible.

 

Il plongea son bras dans son chapeau, jusqu’à l’épaule, et il fouilla un instant. Il finit par en extirper un bout de parchemin plié. Il le tendit à Neruda.

 

— Mon prix pour cette fois-ci. Normalement, je devrais mettre les formes et parler d’offrandes, remerciements, blablabla, mais bon, je pense que tu me connais assez, non ?

 

Neruda ne l’écouta même pas. Il récupéra le message et le parcouru des yeux. De l’argent, essentiellement, avec quelques demandes de matériel précis. Quelle surprise. À quoi s’attendait-il de toute façon ?

 

— Qu’on soit clair. Si tu acceptes, tu devras me payer, quoiqu’il arrive ensuite. Sinon, tu… Boarf, tu n’auras pas vraiment d'autres possibilités en fait. C’est compris ?

 

Neruda hocha la tête. Il n’avait guère le choix. La vie de Téthys était en jeux.

 

— Oui. J’accepte.

 

Il était toujours inquiet pour sa fiancée. Mais le pacte avec Ludificus avait porté ses fruits la première fois. Il n’y avait pas de raison pour cette fois-ci pour que… Ludificus frappa dans ses mains, heureux.

 

— Parfait ! Puisque ce souci est réglé…

 

Ludificus tourna sur lui-même, dans un tourbillon de vêtements rougeoyants. La seconde suivante, il avait disparu. Neruda resta immobile quelques instants, le temps de retrouver le contrôle total de ses nerfs.

 

— Frédérick, occupe-toi de tout gérer. Je vais voir comment se porte Téthys, je reviens dès que possible.

— Pas la peine.

 

Yphen venait d’apparaître à ses côtés et d'intervenir avec sa nonchalance habituelle. Elle tourna son visage masqué vers Neruda, mais quelque chose était étrange. Elle n'avait pas son exubérance coutumière, ses manières qui prenaient tellement au dépourvu son protégé et qui l'agaçaient tant. Le masque, habituellement totalement blanc, était grignoté au niveau du côté gauche par des volutes grises.

 

— Puis-je savoir pourquoi ?

— Tout simplement parce que cela ne sert à rien. Elle est morte.

 

Blanc.

 

Silence.

 

Neruda mit du temps avant de parvenir à réfléchir de nouveau, à entendre des sons. Frédérick le regardait, inquiet. Ses muscles étaient si crispés qu’ils avaient mal. Mais tout cela, c’était secondaire.  Il… Il ne réussissait plus à penser correctement.

 

— Plaît-il ? J'ai passé un marché avec...

 

Pour la première fois, Yphen parut énervée. Véritablement agacée.

 

—  Ah non, ne me parle pas de Ludificus ! Tu ne vas quand même croire à ses entourloupes ? Il voulait juste te faire tourner en bourrique, et même la disparition de cette idiote l'arrange. Maintenant que tu n'auras plus que le Sanctuaire comme centre d'intérêt.

 

Étrangement, Neruda ne se sentit pas en colère. Juste… Étonnamment vide. Détaché de tout, comme s’il n’appartenait pas au drame qui était en train de se jouer. 

 

— Mais pour répondre à ta première question, sache que Téthys est morte depuis un moment déjà. Depuis sa disparition l'autre jour. Je suis devenue Gardienne trop tard pour y faire quelque chose. Je suppose que Ludificus l’a fait exprès.

 

L'explosion arriva enfin. Neruda, incapable de se contrôler plus longtemps, se rua sur Yphen. Il pouvait admettre qu'elle joue avec ses nerfs, après tout elle le servait bien en cas de besoin, mais jamais il ne l'autoriserait à insulter sa fiancée. Car elle devait bien être encore en vie, non ? Il l'avait retrouvé après l'attaque des bandits, il n'avait pas été le seul à la voir et, et... Elle avait été vivante, non ? Son image était trop présente dans son esprit pour qu'elle soit morte. Son sourire trop éclatant, sa peau trop chaude. Neruda jeta Yphen au sol et alors qu'il s'apprêtait à la ruer de coups sans pouvoir se contrôler, il s'arrêta net, les yeux écarquillés d'horreur.

 

À l'instant où le danger devenait réel pour elle, les bandes qui constituaient les vêtements d’Yphen commencèrent à se mouvoir, enserrant quelques parties de son corps ou au contraire faisant paraître d'autres plus grosses jusqu'à sculpter une nouvelle silhouette. Le tissu changea de couleur et même le masque d'Yphen sembla fondre et modeler un visage, rapidement encadré par des cheveux apparus de nulle part. Un sosie parfait de Téthys se tenait maintenant aux pieds de Neruda, la seule différence était le sourire plein d'ironie qu’elle affichait.

 

— Hé bien quoi, tu ne veux plus venger ta chère et tendre ? Ou plutôt, devrais-je dire, tu ne veux plus me venger ? Je suis très déçue par toi mon amour.

 

Yphen se redressa d'un bond avant de s'étirer les muscles.

 

— Les Gardiens ont TOUS les pouvoirs pour protéger la personne qui leur est désignée. Il fallait que tu aies aujourd'hui une raison de lutter dans la grotte, et la seule raison suffisante, c'était ta fiancée. Mais il n'était pas nécessaire qu'elle survive vraiment. Je ne vais pas non plus faire...

 

Elle ne put terminer sa phrase. Frédérick venait de la frapper de toutes ses forces avec son poing fermement crispé.

 

— Nécessaire ?! Mais comment peux-tu...

 

Yphen tourna la tête pour cracher un peu de sang avant de reprendre.

 

— Je ne suis pas là pour rendre mon protégé heureux, mais pour qu'il vive ! C'est déjà assez dur de devoir subir une pseudovie, je ne m'encombre pas de détails en plus.

 

Frédérick allait de nouveau se jeter sur elle, fou furieux, mais Neruda l'arrêta. Son calme l’effrayait.

 

— Stop. Elle n'en vaut pas la peine.

 

Sans ajouter un mot de plus, il prit la direction du Sanctuaire, raide comme à son habitude. Rien n'aurait pu trahir l'horreur de ce qu'il venait d'apprendre, s'il n'y avait eu une anomalie.

 

Pendant des jours, il avait vécu un bonheur parfait, heureux de retrouver sa fiancée après la frayeur qu'elle lui avait faite, heureux de ne plus être trop obtus pour s'ensevelir sous le travail plutôt que de profiter d’elle. Il avait entrevu un autre avenir, un équilibre entre efficacité et vie privée. Parce qu'il la voulait, cette famille, plus que jamais.

 

N'ayant jamais eu qu'Ambroise comme image maternelle, il avait trouvé en Téthys, petite fille amenée au temple par Ludificus, une amie de jeu, puis plus. Il n'avait juste jamais pu franchir le dernier pas, l’union. Pourtant, sa prise de conscience lors de la disparition de sa fiancée lui avait fait comprendre ce qu'il souhaitait, ce dont il avait besoin. Il n'avait plus douté, et il avait même commencé discrètement à s'occuper des préparatifs de leur union pour lui en faire la surprise. Mais cela ne servait plus à rien. C'était trop tard. Cela l'avait été depuis que cette nouvelle résolution était née en lui.

 

Les larmes qui coulaient silencieusement le long de ses joues trahissaient ses rêves brisés. La seconde après qu'il disparut dans l'ombre du Sanctuaire.

 

~0~

 

Complètement sonnée et désorientée, Lise ouvrit péniblement les yeux. Une douleur lancinante lui massacrait le crâne et elle avait l’impression d’être passée sous un rouleau compresseur. Elle ne distinguait pas grand-chose et le moindre geste lui tirait une grimace. Elle se força tout de même à se redresser. Elle laissa échapper un cri et manqua de peu de s’évanouir à cause de la souffrance.

 

Sa jambe… Sa jambe avait un angle étrange.

 

Complètement paniquée, elle essaya de ne pas y prêter trop d’attention. Un liquide chaud coulait sur son visage. Poisseux. Du sang. Elle porta sa main dans ses cheveux. Ses doigts se teintèrent de rouge. Il… Il fallait qu’elle trouve Max, tout de suite. Il pourrait la soigner. Il pourrait…

 

Ses yeux tombèrent sur Leihulm. Étalé au sol, il baignait dans une flaque de sang. Il ne bougeait plus du tout, Lise dut se concentrer pour apercevoir sa poitrine se soulever légèrement. Non, non, non !

 

La réalité frappa Lise d’un coup. Elle se souvenait de la chute. Leihulm l’avait protégée, serrée dans ses bras. Et c’était lui qui avait encaissé la majeure partie du choc. Il avait besoin de soins, tout de suite. Lise leva les yeux et elle distingua la corniche, au-dessus d’elle. Ils n’étaient pas tombés de si haut, mais ils devaient être invisibles depuis la terrasse. Et Maxirst n’était pas en état de les aider. Lise secoua la tête, complètement paniquée.

 

— Non, non non ! Lei ! Lei ! Dis-moi que tu n’es pas mort !

 

Elle attrapa sa main et la serra de toutes ses forces, espérant obtenir une réaction.

 

Rien.

 

Il y avait tellement de sang partout… Qu’est-ce qu’elle pouvait faire ?

 

Les larmes obscurcirent sa vue tandis qu’elle fixait les doigts inertes de Leihulm, coincés entre les siens. Elle remarqua sa bague. La bague donnée par Maxhirst. Le flacon rendu par Maxhirst.

 

Il restait peut-être une chance.

 

Sans plus attendre, elle chercha fébrilement la fiole dans ses poches, sans s’inquiéter de la douleur qui lui transperçait les membres. Elle la sortit maladroitement et la vida dans la bouche de Leihulm. Il n’y avait plus qu’à espérer que Maxhirst ne s’était pas trompé dans sa diagnose de potion.

 

Lise serra ensuite de toutes ses forces la main de Leihulm et ferma les yeux, complètement terrorisée.

 

— Je vous en supplie… Faites que ça marche.

 

Une dernière hésitation, suivi d’une grande inspiration.

 

— Aveglandez.

 

La seconde d'après, il ne restait que du sang dans le ravin.

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Djina
Posté le 11/05/2020
Voici ce que j'ai pu relever de ce chapitre un peu complexe à écrire selon tes dires.. Alors j'essaie d'aider en espérant que cela ne soit pas mes propres erreurs de concordance que je relève.

1- "Il s’agit des Tempous, capable de manipuler le temps selon la légende, et des Métamorph, qui serait capable de changer d’apparence selon leur volonté." -> "Il s’agit DES Tempous, capableS de manipuler le temps selon la légende, et DES Métamorph, qui seraiENt capableS de changer d’apparence selon leur volonté." => je ne suis pas sûre du S pour capable mais si tu es dans une pluralité de personnes il semble cohérent d'accorder les temps et les pluriels…
2- "Elle avait cru à une époque qu’elle pourrait s’adapter à ce genre de choses" -> "Elle avait cru, à une époque, qu’elle pourrait s’adapter à ce genre de choses" => rythme de la phrase, virgule nécessaire il me semble sinon je la trouve étrangement longue … ?
3- "Avaient-ils vraiment le choix de leur vie ?" -> "Avaient-ils vraiment le choix de leurS vieS ?"
4- "Leihulm échangea avec un regard avec Maxhirst." -> "Leihulm échangea un regard avec Maxhirst." 2* Avec
5- " Je crois que vous avoir déjà fait savoir que je n'apprécie guère les marques de familiarité entre nous." -> " Je crois VOUS avoir déjà fait savoir que je n'apprécie guère les marques de familiarité entre nous."
6 - "sinon prendra le contrôle de toi !" -> "sinon IL prendra le contrôle de toi !" la tournure de phrase est étrange
7- "Soit tu me dis où est-ce que je cherche," -> "Soit tu me dis où est, e que je cherche," problème de rythme de la phrase
8- "Et lui suffisait de repérer son point faible." -> "IL lui suffisait de repérer son point faible."
9- "soigner les blessés que pour contrôler les incendies" -> "soigner les blessés AUTANT que pour contrôler les incendies"
10- "Tu ne vas quand même croire à ses entourloupes ? " -> "Tu ne vas quand même PAS croire à ses entourloupes ? " Manque un mot.

Mes impressions :

Questionnement de ce Max car je viens de faire le lien entre le bibliothécaire de chez Callune et de Max de Lise et de son père, avec les âmes non mortes autre part et la capacité d'analyse etc… Est-ce une piste à explorer ? Je me le demande …


Je me demandais justement si Téthys n'était pas morte depuis le départ.. Yphen, la gardienne est la tueuse non ? Au début, quand Ludificus lui aconfié sa tâche, on l'avait décrite rousse avec des boucles il me semble mais je ne me souviens pas si on connaissait son nom réel?
C'est si méprisable ce qu'il arrive avec ce faux dieu, les choix inéluctables come si nous assistions à un jeu d'échec ou de go (pour rester dans le thème) et que chaque personnage n'est qu'un pion et j'avoue que c'est très frustrant. Cela me fait penser au Monde de Sophie, un livre d'initiation philosophique. Les ailes du Corbeau, les corbeaux brigands, le Martel, le trauma de Maxhirst, l'incapacité d'Hirst à accepter l'aide son mari… J'ai du mal à la comprendre ce personnage. Et là Neruda qui sombre .. J'ai envie de dire va-t-il devenir plat ? Mourir? Anéantir Ludificus? (J'ai pas envie qu'il se venge mais plus qu'il utilise ces forces et n'étant moins déterministe…) Ludi j'espère qu'il va quand même regretter un peu, un peu de sensations négatives pour lui serait agréable. Je suis littéralement choquée par cette tournure d'évènements.. L'amour de Lei pour Lise au point de tomber avec elle ? Max qui se fait berner par ses propres peurs… Sniff beaucoup de sang …

Je veux voir ce que le chapitre sur Hirst nous réserve… ^^

Merci de me faire vivre ce moments <3
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