I. 1 - Nadah

Notes de l’auteur : Premier chapitre ! Je suis trop heureux de vous le partager ! Vous trouverez la carte du monde en copiant le lien ci-contre. Bonne lecture !
https://drive.google.com/file/d/18hn6PjQg0cQ8mFHP6oRjQDns6voO7_si/view?usp=sharing

Nadah prit une lente inspiration.

Surtout, ne pas faire de gestes brusques.

L’Oulouk qui lui faisait face la surplombait de deux bons mètres et pesait près de vingt fois son poids. Il la fixait de ses petits yeux jaunes en agitant deux mandibules. Il pencha son énorme tête sur le côté. De longues minutes passèrent en silence, la femme observant la bête, la bête observant la femme. Puis, soudain, les deux yeux de l’Oulouk parurent rétrécir, et un frisson parcourut tout son corps. Il s’était mis en mouvement.

Deux longues pattes se déplièrent dans un claquement et vinrent se ficher de part et d’autre de Nadah. Puis, dans un grognement, l’animal se détourna et s’éloigna.

La jeune femme attendit encore quelques instants, la poitrine comprimée, suivant des yeux la traînée laissée par l’animal dans la végétation. Puis soupira de soulagement. L’Oulouk n’était pas particulièrement dangereux ni agressif, mais il fallait toujours rester prudent.

Elle porta la main à la poche et en sortit un petit appareil, consultant le cadran d’un coup d’œil rapide. Redressant la tête, elle se dirigea d’un pas décidé droit devant elle.

Le Traceur était tout près d’ici. Après tout le mal qu’elle s’était donné pour le repérer, elle espérait sincèrement trouver ce qu’elle cherchait.

Elle pressa le pas, notant mentalement la baisse progressive de la luminosité. La nuit tombait vite dans la Forêt. Il valait mieux ne pas s’y attarder. L’Oulouk, comparé aux Bêtes qui surgissaient la nuit tombé, était bien inoffensif.

Nadah s’arrêta, plantant ses deux talons dans la terre meuble, et entreprit de fouiller du regard la végétation environnante. Ses yeux brillèrent quand elle aperçut ce qu’elle cherchait. Elle esquissa un sourire.

- Te voilà donc… murmura-t-elle.

Le Traceur était devant, à quelques mètres. Elle les parcourut et s’accroupit.

Un petit engin mécanique se trouvait à terre, recouvert de mousse et de plantations. Elle frotta du plat de la main pour le dégager, admirant au passage les reflets cuivrés de la machine. Quelle merveille de technologie ! Des petites stries couraient le long du métal, dévoilant de petites ouvertures. On pouvait distinguer, au centre de l’engin, de délicats engrenages. Un mécanisme complexe. La jeune femme caressait le métal mangé par le temps, absorbée dans sa contemplation, quand un craquement de branche résonna dans la forêt. Elle releva la tête. L’obscurité gagnait du terrain, elle devait se dépêcher.

Décrochant un sac en toile de ses épaules, elle fourragea dedans, puis en sortit une trousse à outils. Quelques gestes précis lui suffirent pour ouvrir la machine. Son sourire s’élargit. Elle plongea la main dans les entrailles du Traceur, et en sortit délicatement une petite sphère. Celle-ci pulsait régulièrement, émettant une légère lueur bleue.

Une pile de belystium en parfait état ! Bahr ne pourrait pas la gronder quand il verrait ce qu’elle rapportait au Clan. Elle enveloppa la pile dans un chiffon, récupéra ses outils et fourra le tout dans son sac.

Elle se leva avec souplesse. Il faisait presque nuit, les Bêtes n’allaient pas tarder à sortir : mieux valait ne pas traîner. De nouveau, elle sortit de sa poche le petit appareil, et rebroussa chemin en gardant un œil sur son cadran.

La jeune femme avançait en silence dans la forêt, promenant tranquillement son regard autour d’elle. La nuit avait à présent étendu son voile sur la végétation. Les arbres immenses étaient de grandes ombres, et leurs cimes se perdaient dans l’obscurité, se fondant avec le ciel. Un vent léger soulevait les feuilles. Les arbres frissonnaient en écoutant son murmure incessant.

La Forêt tout entière semblait respirer.

Nadah inspira profondément. Des champignons géants se dressaient sur sa droite, et leurs chapeaux blancs se balançaient légèrement au rythme de la brise. De légers spores s’en échappaient régulièrement, s’égarant dans l’air avant de se déposer au sol, timides germes de vie. Non loin de là, de grandes tiges étaient recouvertes d’épines. Des fleurs se tenaient en équilibre à leur sommet, habillées de couleurs chatoyantes. Aux pieds de Nadah, des petites corolles bleues scintillait légèrement, éclairant faiblement un ancien sentier. C’était beau.

Pendant un instant, la Pilleuse s’imagina être dans une forêt de l’Ancien Monde, comme dans les légendes de l’Ancien Monde. Comme celles que lui racontaient ses parents.

La jeune femme se renfrogna à cette pensée. Sa mère était morte quand elle était toute petite. Quand à son père… elle n’en avait aucun souvenir précis. Et ni Bahr ni aucun membre de son clan n’avait jamais voulu rien lui dire à ce sujet, à croire que personne ne savait qui il était. Pourtant, elle aurait tellement voulu le connaître !

Nadah sursauta. Une branche venait à nouveau de craquer derrière elle. Sans oser se retourner, elle pressa le pas. L’orée de la Forêt n’était plus très loin : elle l’apercevait de là où elle était.

On racontait d’innombrables histoires sur la Forêt, toutes plus terrifiantes les unes que les autres, mais personne n’était en mesure de démêler le vrai du faux dans ces histoires.

On ne passait pas la nuit dans la Forêt.

Un hurlement sauvage retentit non loin derrière elle, et Nadah faillit crier de surprise. Sans plus réfléchir, elle se mit à courir. En une dizaine de secondes, elle émergea enfin de l’orée de la Forêt, le souffle court. Si elle s’était retourné, elle aurait pu voir deux yeux rouges injectés de sang, quelques pas derrière. Mais Nadah cherchait à présent à mettre le plus de distance possible entre elle et la Forêt. C’était par mesure de sécurité, les Bêtes ne la quittaient presque jamais.

Presque.

 

*       *       *

 

La nuit était complètement tombée. La lune s’était levée, dardant ses pâles rayons sur une lande immense et désertique. Au loin, à la ligne d’horizon, une Ville de l’Ancien Monde dressait ses ruines noires. Et entre elle et Nadah, des volutes de fumée s’élevaient paresseusement dans la fraîcheur du soir. Un campement se dressait là.

Le campement de son Clan.

Les Pilleurs de l’Aube.

Nadah ralentit l’allure, essoufflée, et se passa une mèche derrière l’oreille. Un vent frais lui effleurait le visage, elle tendit le cou pour mieux en apprécier la caresse. Autour d’elle, le paysage était encore plus morose et triste qu’en plein jour.

Des landes grises et désertiques, bordées par la Forêt. Obscure. Indéchiffrable. S’étendant sur des milliers de kilomètres.

Elle ne put s’empêcher de se demander à quoi pouvait bien ressembler le paysage avant les Jours de Feu. Les légendes parlaient de plaines verdoyantes, de villages en fêtes et de forêts reposantes, où le doux chant d’une rivière vous endormait. Elle esquissa un sourire narquois. Difficile d’imaginer des splendides cités et des bois verdoyants en lieu et place de la Ville en ruines et de la Forêt.

Elle approchait à grands pas du campement, et voyait à présent très distinctement l’ombre des tentes grises et les silhouettes autour d’un grand feu.

La jeune femme songea qu’elle l’avait échappé belle, et eut une pensée pour la pile de belystium au fond de son sac. Elle était si contente ! Voilà de nombreux mois qu’elle démontait des Traceurs à la recherche de la pile. Il était rare d’en trouver, et plus encore en aussi bon état. Dans l’Ancien Monde, ces piles étaient quasiment la seule source d’énergie. Pourtant personne, aujourd’hui, n’était capable de dire comment elles fonctionnaient. On savait seulement qu’elles pouvaient produire une importante énergie pendant plusieurs siècles, grâce à un métal aux propriétés chimiques remarquables, le belystium. Ils pourraient la revendre un bon prix aux autres clans.

Nadah leva la tête. Des éclats de voix lui parvenaient du camp. Elle voyait distinctement son Clan, rassemblés autour de grands feux, et qui mangeaient en riant. Une bonne odeur vint lui frotter les narines : de la viande grillée. Du Raaal. Le matin, les chasseurs en avaient attrapé tout un troupeau. D’ailleurs, To’r était à coup sûr en train de raconter comment il avait risqué courageusement et vaillamment sa vie pour rapporter de la nourriture au clan. Elle sourit en imaginant le jeune homme sauter un peu partout pour mimer les bêtes qu’il avait attrapées.

La jeune femme sursauta. Elle avait repéré un mouvement dans l’ombre, sur sa gauche. Elle se détendit quand elle reconnut l’homme qui sortait de l’ombre.

- Salut, Nadah. Tu as trouvé ce que tu voulais ?

Vêtu de sombre, il tenait dans ses mains un long fusil. Un paralyseur. Il suffisait d’un seul projectile de cette arme pour que même un Oulouk s’endorme comme un bébé.

- Salut, Belij. J’ai trouvé mieux encore ! répondit-elle avec un grand sourire. Tu montes la garde ?

- Ouaip. C’est Bahr lui même qui a déclaré qu’il fallait être prudent. Le chef est inquiet, on a aperçu des Charognards dans le coin.

Nadah se pinça la lèvre inférieure. Des Charognards ? Voilà qui ne présageait rien de bon. Elle ouvrit la bouche pour le bombarder de questions, mais son estomac la rappela à l’ordre. Elle aurait tout le temps de poser ses questions à Bahr.

- Bon, j’ai une faim de Warkral, je vais manger !

Le garde déglutit bruyamment.

- Parle pas de ces Bêtes là, ça porte malheur.

Nadah éclata de rire. La superstition de Belij était devenue légendaire au sein du Clan. Il parut un instant surpris, puis esquissa un sourire forcé.

- T’as raison, il vaut mieux en rire qu’en pleurer, grommela-t-il.

Saluant Nadah, il retourna à son poste.

La Pilleuse franchit l’entrée du campement, délimité par un petit portique en bois, et en quelques enjambées s’approcha du grand feu de camp. Elle ne s’était pas trompé. To’r se tenait au milieu du cercle, les yeux brillants, et gesticulait dans tous les sens, à grands renforts de bras et de jambes. Nadah s’assit en tailleur derrière tout le monde, et prit une assiette à moitié pleine qui traînait à côté d’elle. Elle mordit joyeusement dans la viande grillée tout en prêtant une oreille amusée à ce que racontait To’r.

- Le Raaal se dressait devant moi, terrible et terrifiant ! Je vous assure que je faisais pas le malin. Mais moi, n’écoutant que mon courage, j’ai retroussé mes manches et j’ai attrapé les deux cornes du Raaal, et d’une pirouette tout en souplesse, je me suis retrouvé sur le dos de l’animal. Il protestait férocement, et se débattait ! Mais heureusement, ajouta-t-il avec un sourire faussement modeste, je suis le plus habile et le plus courageux de tous les chasseurs.

- Et aussi le plus vaniteux !

Tout le monde éclata de rire. Une vieille femme s’était levé d’un bond, les yeux pétillants.

- On sait tous ce que tu vaux, To’r. T’es un bon à rien ! Le Raaal t’aurais bouffé tout cru s’il avait un peu plus de cervelle !

Le jeune chasseur rougit violemment. Autour de lui, on s’esclaffa encore plus.

Nadah, un grand sourire aux lèvres, se lécha consciencieusement les doigts. Elle songea qu’elle aimait cette vie au Clan. To’r ne changerait jamais, et grâce à lui, on était assuré d’avoir des veillées joyeuses chaque soir. Et ils en avaient bien besoin, de cette gaîté et de cette insouciance. On devinait bien, derrière tous ces rires, une inquiétude sourde, causée par la recrudescence des Charognards.

- Nadah ! Je n’avais pas vu que tu étais là !

L’interpellée leva la tête. Une femme, devant elle, s’était retournée et affichait un sourire splendide.

- Judith !

Nadah s’approcha pour l’embrasser, puis l’admira quelques instants. Judith était comme sa propre mère : elle s’était occupée d’elle quand elle avait perdue la sienne, à l’âge de huit ans.

- Où étais-tu encore passée ? Je me faisais un sang d’encre !

Le sourire de Judith avait disparu pour laisser place à une mine inquiète.

- Oh, euh… Par ci, par là…

- Elle était dans la Forêt, c’est évident, maman.

Nadah fusilla du regard le jeune garçon qui venait de parler. Assis à côté de sa mère, il mâchonnait méthodiquement sa viande de Raaal.

- Teigan, occupe toi de tes affaires. Écoute plutôt l’histoire de To’r.

- J’ai plus quatre ans, maman. En plus, il raconte n’importe quoi.

Judith haussa un sourcil désapprobateur, et le jeune garçon détourna le regard, à regret. Le fils de Judith et de Bahr allait bientôt avoir douze ans, et il s’exprimait déjà comme un adulte. Il affichait toujours un air désintéressé qui mettait Nadah mal à l’aise, mais c’était un garçon malin.

- Tu sais très bien ce que j’en pense, Nadah. La Forêt est dangereuse, et tu le sais.

Nadah soupira, et se retint de lever les yeux aux ciel. Elle n’était plus une enfant !

- Oui, oui… Je suis prudente, tu sais, se contenta-t-elle de répondre.

- Prudente ? Aller se balader dans la Forêt à la nuit tombée, ce n’est pas ce que j’appelle prudente, rétorqua Judith. D’ailleurs, Bahr t’attend dans sa tente. Il a deux mots à te dire.

La Pilleuse prit un air étonné.

- Dans sa tente ? Il n’a pas participé à la veillée ? Mais pourquoi ?

- Tu lui demandera toi même. Allez, file !

Nadah sourit face à l’air sévère que prenait la femme du chef. Elle l’embrassa à nouveau, et se leva d’un bond. Elle était content d’aller voir Bahr. Elle n’était pas très inquiète, il savait parfaitement qu’elle était assez grande pour se débrouiller toute seule. Peut-être pourrait-il lui parler des Charognards.

Les mains dans les poches, elle traversa lentement le camp. Tout autour d’elle, une centaine de tentes s’alignaient le long de l’allée centrale. La plupart étaient immenses, capables d'accueillir des familles entières. Nadah vivait dans sa tente individuelle depuis qu’elle avait seize ans, un cadeau de Bahr. Elle s’arrêta devant une tente encore plus grande que les autres, et prit une grande inspiration.

- Toc toc toc, fit-elle.

- Qui est-ce ? répondit une voix grave qu’elle aurait reconnu entre mille. Une voix de chef.

- C’est Nadah.

- Ah. Entre, fille.

Nadah eut un petit sourire. Bahr l’appelait toujours fille, alors même qu’elle venait d’avoir dix-neuf ans. Écartant l’ouverture, elle entra dans la sacro-sainte tente du chef.

À l’intérieur, la tente paraissait encore plus vaste. De lourdes tentures pendaient ci et là, la séparant en plusieurs parties. Au centre, une table était dressée, recouverte de cartes et d’appareils qui émettaient des lueurs à intervalles réguliers. Un homme y était assis de dos et présentait son crâne rasé. Il émanait de lui une aura de puissance et de force contenue. Ses deux épaules musclées tressaillaient nerveusement.

- J’en ai pour deux secondes. Assied-toi.

La voix était pressante, comme inquiète.

Nadah prit un coussin qui traînait là et s’assit en tailleur. Elle jeta un regard vers la grande glace qui lui faisait face à l’autre bout de la tente. Pour faire passer le temps, elle entreprit d’étudier la jeune femme qui faisait face dans le miroir. De taille moyenne, assez fine, elle portait un long vêtement sombre et chaud, serré à la taille par une ceinture. Une cape pendait à ses épaules. Aux pieds, elle portait de grandes bottes sans talons.

La Pilleuse releva le menton et planta son regard dans celui de son reflet. Ses deux yeux bruns luisait d’une gaîté permanente, teinté d’une pointe de défi et de malice. Ses cheveux, de la même couleur que ses prunelles, avaient étés coiffés en une natte élégante, afin de ne pas entraver ses mouvements. Quelques mèches rebelles encadraient l’ovale d’un visage harmonieux, ponctué par un joli nez, deux lèvres fines et de légères fossettes.

Bahr poussa un soupir satisfait, redressa la nuque et se tourna vers son invitée.

- Je suis à toi, Nadah. Qu’est-ce qui t’amène ?

Nadah porta son attention sur Bahr. Il souriait, mais son sourire était un peu crispé. Au fond de ses deux prunelles grises pointait une légère inquiétude. Son front se plissa.

- C’est Judith qui m’a dit que tu voulais me parler, dit-elle.

L’homme eut l’air surpris, puis son visage s’éclaira.

- Judith ? Ah oui ! À propos des Charognards, c’est ça ?

Nadah haussa le sourcil.

- Pas du tout, à propos de la Forêt. Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire de Charognards ? poursuivit-elle aussitôt, heureuse de pouvoir aborder un autre sujet.

Bahr ne sembla pas entendre sa dernière phrase.

- Ah, oui, ça y est, je me souviens. Judith m’a parlé de ton escapade, elle était inquiète comme tout. Qu’est ce que tu es encore aller faire en Forêt ?

- J’avais enfin réussi à mettre la main sur le Traceur ! Tu sais, celui que je pistais depuis quelques jours, précisa-t-elle devant l’air interrogateur de Bahr.

- Et ? demanda celui-ci.

- Et bien j’ai trouvé une pile de belystium en très bon état !

La jeune femme exultait, mais son interlocuteur n’eut pas la réaction escomptée. Il la fixait pensivement, le regard ailleurs.

- Bien, bien. On pourra en tirer un bon prix.

L’enthousiasme de Nadah retomba aussitôt. Elle se leva et prit les deux mains de Bahr dans les siennes.

- Qu’est-ce qui ne va pas, Bahr ? s’inquiéta-t-elle.

L’intéressé reprit ses esprits.

- Il y a de plus en plus de Charognards qui traînent autour du campement. Ces hommes sont sans foi ni loi ! s’irrita-t-il. À la première occasion, ces maudits bandits se précipiteront sur nous. Ce matin, une poignée d’entre eux a attaqué une de nos patrouilles de chasseurs. On a réussis à les mettre en déroute, mais ils vont sûrement revenir, et plus nombreux.

Dans sa voix transparaissait une rage sourde, contenue. Il marqua un temps, puis reprit, plus calme :

- Mais rien qui ne puisses vraiment t’inquiéter, Nadah. En revanche, je voulais te parler d’autre chose.

Nadah s’écarta et se rassit posément, une lueur curieuse dans le regard. Bahr, les deux coudes appuyés sur les genoux, planta son regard dans le sien.

- Nous avons accroché un signal, dans la partie sud de la Ville. Ce n’est pas rare, en général c’est un simple Traceur.

La jeune femme acquiesça.

- Le hic, c’est que ce signal est émis à une cinquantaine de mètres sous le sol. Certains des nôtres prétendent qu’il viendrait du Dessous, ajouta-t-il avec une teinte de mépris dans la voix.

Nadah sauta sur ses jambes.

- Quoi ? Du Dessous ? Mais…

- Je ne crois pas à ces histoires, dit-il en levant la main pour la calmer. C’est sûrement un signal parasite quelconque. Je veux envoyer une patrouille, pour aller regarder ça de plus près.

Les yeux de Nadah brillaient d’un vif intérêt.

- Nous sommes tous les deux des Pilleurs, fille. Mais contrairement à moi, et malgré tous mes efforts pour t’en dissuader, tu as toujours cru à ces légendes du Dessous.

Bahr avait durci le ton en prononçant ces mots. Il marqua un temps, puis ajouta :

- Tu n’as pas participé à de patrouilles depuis assez longtemps, et j’aimerais bien avoir ton point de vue sur l’affaire. Tu partiras donc demain matin avec la patrouille de l’aube. De nuit serait bien trop dangereux, avec les Charognards qui traînent dans les parages.

Nadah, sans réfléchir, se jeta dans les bras de Bahr.

- C’est formidable ! Merci Bahr !

Bahr l’écarta de lui et lui posa les deux mains sur les épaules.

- N’espère rien, lui dit-il en la fixant de ses yeux gris acier. Je composerais la patrouille moi-même. Et attention aux Charognards, ajouta-t-il.

Elle lui adressa un sourire éblouissant.

- Promis, Bahr ! Je vais aller préparer mes affaires.

La jeune femme fit mine de partir, mais Bahr lui attrapa le bras.

- Et, Nadah… Bravo pour la pile de belystium. J’en ai longtemps cherché quand j’étais plus jeune, mais je n’en ai jamais trouvé qui fonctionne encore. Mais, tu sais… Judith s’inquiète beaucoup, et elle a raison. La Forêt, même pour une jeune adulte comme toi... consciente et responsable, accentua-t-il en voyant que Nadah voulait intervenir, reste un endroit dangereux, et plus encore de nuit. Mais une telle pile est terriblement rare, alors je suis très fier de toi, ajouta-t-il avec un grognement.

- Merci beaucoup, Bahr, répondit-elle d’une voix émue.

La jeune femme embrassa son père adoptif sur les deux joues et sortit prestement de la tente, le visage radieux.

Il lui avait dit de ne rien espérer, mais c’était trop tard. C’était peut-être un signal du Dessous ! Personne ne connaissait rien de ce Monde légendaire, et ils allaient peut-être pouvoir prouver son existence. Nadah serra le poing et un fol espoir lui enserra le cœur. Son sourire s’accentua encore.

Elle partait demain avec la première patrouille.

Dès l’aube.

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Emmy Plume
Posté le 30/03/2021
Hello Pétrichor !

Super chapitre ! Tes deux précédents nous ont plongé dans l'ambiance et avec celui-ci, nous avons le décors. Et quel décors ! Cette ambiance post-apocalyptique qui mêle la technologie et le primitif me rappelle certains romans de Jack Vance (tu connais peut-être?). Tu nous plonges dans ton monde et ses enjeux qu'on effleure à peine encore (et au passage, ta carte est super ^^).

Les personnages que tu nous présentent sont pleins de vie et biens distinct les uns des autres (niveau caractérisation, c'est un carton ;). Ton héroïne est inintéressante et déjà on se pose des questions: à quoi va lui servir cette pile, qui semble être une source d'énergie illimitée? Qui étaient vraiment ses parents? Qu'était les yeux rouges derrière elle dans la forêt?

En parlant de cette forêt... Je ne sais pas pour toi, mais j'aime beaucoup illustrer mes romans, et là tu m'as donner des fourmis dans les doigts ! Des plantes luminescentes, des champignons géants avec des spores qui flottent dans l'air, des créatures géantes et mystérieuses... On se serait cru dans ta propre version de Nausicaa !

Bref, je m'emballe peut-être, mais j'ai beaucoup aimé ton entrée en matière. Les termes inventés que tu introduits dans le récits semblent couler de source, et ils ne gênent pas la lecture (au contraire, ils nous plongent plus encore dans ton univers). Le danger avec ces trucs-là, c'est que si on en met trop, ça déconnecte le lecteur et rend le récit laborieux et plus complexe que nécessaire (bravo pour avoir maîtriser cet aspect difficile donc ! ^^).

Voilà voilà. J'ai beaucoup aimé te lire, et reviendrai avec plaisir à ton univers dès que je le pourrais. Bon courage pour la suite ! =^v^=

Emmy
Pétrichor
Posté le 31/03/2021
Salut Emmy !

Quel beau commentaire ! Merci beaucoup d'avoir pris le temps de lire ce chapitre, ça me fait vraiment très très plaisir.

Non, je connais pas du tout Jack Vance ! Mais par contre, j'avoue que Nausicaa a été une grosse source d'inspiration pour la forêt. J'aime tellement ce film d'animation ! (Et tous les miyazaki en général)
Oui, je l'avoue : illustrer une scène est ce que je préfère dans l'écriture. Et j'aime le faire, non pas d'une manière descriptive comme une liste, mais un peu à la manière d'un poème. Je trouve ça tellement plus beau ! D'essayer de transmettre l'émotion que tu ressentirait face à la scène plutôt que la scène elle-même.
Je suis content que l'utilisation des termes inventés te convienne ! C'était un peu une de mes peurs, d'en faire trop.

Hé oui, tant de questions sans réponses... Mais je ne te dirais rien !

En tous cas, un immense merci pour toutes ces remarques ! Je suis vraiment heureux que mon récit te plaise et que mes descriptions aient fait écho chez toi !

À bientôt, donc, hâte de lire ton prochain commentaire !

Pétrichor.
Louison-
Posté le 27/02/2021
Chouette premier chapitre ! On découvre les premiers aléas de la vie au camp, différents personnages dont on se réjouit d'en apprendre davantage, avec un climat assez sombre et fiévreux, dû au danger qui rôde autour des personnages...
Je suis allée voir ta carte, elle est incroyable ! Bravo pour ça, et bravo aussi pour l'invention de nouveaux mots/noms, on sent bien que tu as réfléchi aux diverses sonorités et c'est assez bien trouvé ;)
Pétrichor
Posté le 28/02/2021
Merci Louison pour ton commentaire, ça fait plaisir !
Merci pour la carte ! Bon c'est encore qu'un premier jet à la main, à l'avenir je la referais vraiment propre à l'ordi.
Trouver des noms c'est trop bien, ça participe vraiment à l'ambiance d'un livre je trouve !
Klyfire
Posté le 27/02/2021
Nous voilà donc au début de l'aventure !

Franchement, j'adore !! C'est un récit vraiment de qualité, on voit que tu as déjà la suite en tête, c'est vraiment agréable à lire !!
J'ai même essayer de rechercher "belystium" sur internet pour voir si ça existait... t'es trop fort pour inventer les mots ! XD

Et dès ce premier chapitre, j'aime beaucoup Nadah ! Son caractère est bien encrée à elle (je sais pas si ça ce dit...) !
Vraiment, bravo !

J'ai repéré quelques petites fautes, pas d’orthographe, je suppose que ce sont des oublis :

"ce qui passait avec ces Charognards" = "ce qu'il se passait avec..."

"capables accueillir" = "capables d'accueillir"

"vers un grand glace" = "vers une grande..."


À part ces trois petites fautes d'étourderie, ton texte est très propre ! Bravo !

Klyfire
Pétrichor
Posté le 28/02/2021
Merci beaucoup Klyfire !

Je suis vraiment content que ça te plaise !
Oui belystium :D ça m'est venu comme ça, je trouvais que ça sonnait bien.
Normalement on dit ancré ! Mais je vois ce que tu veux dire, et c'est cool que tu trouves qu'elle ait son caractère ! J'ai toujours peur de faire des personnages fadasses...

Merci pour les fautes, je vais corriger ça de ce pas !

Encore merci de prendre le temps de me lire !
Blanche Koltien
Posté le 13/02/2021
Trop ouf comme chapitre!!! Vraiment, je suis fan!!
Nadah est tout de suite attachante, on sent que le personnage a une vraie personnalité!
On se prend tout de suite dans l'histoire, entre les Jours de feu et les Charognards, sans compter ce signal qui viendrait du Dessous... ça fait beaucoup d'informations qui donnent une réelle dynamique au récit!

J'ai beaucoup aimé les parents adoptifs de Nadah, et To'r m'a bien fait rire!

Bref, c'est vraiment top! Et ce style elliptique que tu as, les phrases courtes et percutantes qui jalonnent le récit... top!! Vraiment!
Pétrichor
Posté le 13/02/2021
Je suis trop content que ça te plaise !
Trop cool que tu aies ce ressenti sur Nadah, j'ai souvent peur que mes personnages manquent de personnalité ou paraissent fades...
Oui c'est vrai, je l'avoue, j'aime les phrases courtes et percutantes, qui claquent comme il faut... des fois trop, peut-être :D
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