Halderey : Héritier du Royaume

Par Sabi
Notes de l’auteur : 20 mai 1075 après le Débarquement

C’était le printemps. Le vent qui soufflait entre les branches des arbres apportait des odeurs de sève et de fleurs des bois. Les proies sortaient de leurs tanières, pressées de profiter des beaux jours. Pour les loups aussi, l’heure était à la réjouissance. Ils avaient senti le fumet du jeune cerf encore inexpérimenté avec ses cornes vertes. Le mâle alpha les guidait, sûr de lui vers le lieu du combat où les jeunes guerriers de la meute pourraient prouver leur valeur. Le voici, brun de poil, occupé à brouter entre les racines d’un arbre. Il releva la tête à leur approche et se mit en garde. Les jeunes loups se lancèrent sur lui, l’un d’eux se fit éventrer par un coup d’andouiller bien placé. L’empaumure et ses épois ressortaient des côtes du petit frère. Il serait honoré par ses ancêtres. Les autres attaquèrent sur les flancs du cerf, et bientôt il fut certain que le sacrifice de la meute ne serait pas vain. La chair fraiche faisait saliver. Et sous peu, le goût du sang ruissela pareil à une bénédiction dans la gueule et le gosier des loups. Aujourd’hui était une bonne journée.


 

Au sortir de son rêve, Halderey se souvenait parfaitement de ce qu’il avait vu. Les loups, la meute, le cerf, l’os craquant sous les crocs. Le plafond couvert de dorures lui était aussi familier que la paume de ses mains. Il aurait dû se sentir au moins désarçonné par l’étrangeté de ses songes, mais au contraire, tout cela lui semblait naturel, comme respirer. Tout était normal, et le jeune homme ne s’expliquait pas ce sentiment. Jusqu’à présent, il n’en avait parlé à personne. Ces rêves étaient un secret, son intimité. Quelque part, il n’avait pas vraiment envie de les divulguer à qui que ce soit. Le secret leur donnait une saveur supplémentaire. Et puis, étant qui il était, avoir une vie privée relevait d’un luxe considérable. 

Sitôt levé, les serviteurs, comme alertés par un sixième sens, pénétrèrent dans sa chambre et commencèrent leur routine du matin. Finalement habillé de pied en cap, Halderey se prépara à paraître devant la cour royale. Aujourd’hui n’était pas un jour comme les autres au palais royal. L’assemblée annuelle des ducs et duchesses de Corvefell allait commencer en début de soirée, et durer plusieurs jours. On attendait encore les Mervos et les Marjiriens, chose tellement habituelle qu’elle en était devenue un usage. Il était de notoriété commune que les Mervos étaient d’un caractère tel que leur indiscipline les mettait souvent en retard, et que les Marjiriens, tout au nord goûtaient peu les joies de la capitale. 

Le nord. Halderey n’y était jamais allé. Du moment qu’on le pouvait, la couronne et ses proches évitaient d’y mettre les pieds. Pourtant, quelque chose y attirait le jeune homme depuis peu. Sûrement cela était-il lié à ses rêves de bois sauvages, de montagnes, et d’air pur. Il n’y avait que dans les duchés du nord que l’on trouvait pareil paysages. Le sud était composé pour sa part de grandes plaines arables, et d’une chaîne montagneuse désertique tout au sud au contact du royaume austral de Cyrcelor.

-Hector, héla Halderey.

Son majordome attitré se plaça derrière lui.

-Oui, votre altesse royale ?

-Rappelle-moi la composition de la délégation des Marjiriens ?

Le jeune prince croyait avoir entendu que…

-Cette année, Monseigneur Steffron est accompagné de l’ensemble de sa famille. Sa fille cadette, son altesse ducale Érica vient de fêter sa majorité.

Oui, c’était bien ce dont il se souvenait.

-Merci Hector.

-C’est toujours un honneur, monsieur, lui répondit-il avant de se reculer de quelques pas.

Intéressant. Il se demandait bien à quoi allait bien pouvoir ressembler cette nouvelle tête. Son frère Edmond était un taiseux, costaud et intimidant. Sa sœur serait-elle de la même étoffe rêche et peu avenante ? S’ils parvenaient à lier des relations cordiales, peut-être aurait-il une bonne raison de contenter cet appel silencieux ? Il imaginait d’ici le tremblement de terre diplomatique que cela créerait dans le Royaume. Peut-être devrait-il réfléchir à un moyen de s’y rendre incognito ?

En attendant, Halderey devait mettre de côté ces réjouissantes perspectives, et se concentrer sur ces devoirs princiers de la journée. En attendant l’ouverture de l’Assemblée à laquelle il devrait assister en tant qu’Héritier présomptif, il devrait animer la société des jeunes héritiers et héritières ducales déjà arrivés. Il se souvint alors que cette Érica n’était pas la seule nouvelle tête cette année. La maison Sylvepeyre avait une nouvelle Dame qui devait se présenter à cette Assemblée. Elle faisait déjà partie des dirigeants du Royaume, mais étant sensiblement du même âge qu’Halderey et tous les futurs ducs et duchesses de Corvefell, il était sûr et certain que la Dame des chèvres serait encline à les fréquenter. Elle était arrivée hier, mais le prince ne se souvenait pas de son prénom. 

Pénétrant dans le salon dit de l’Héritage où se réunissaient traditionnellement les fils et filles aînés des ducs et duchesses, Halderey jeta un regard aux alentours, et reconnut pêle-mêle ses camarades de toujours : Florian Havenin de Serrecoeur, Alécia Rorn des Barques et Lioubomia Volano d’Aigues-mir. Ces jeunes gens de son âge seraient ses futurs vassaux, et lui serait leur roi. Il connaissait chacun d’eux depuis l’enfance. Ils ne se voyaient certes que quelques jours par an, mais c’était suffisant pour nouer des liens. Les seuls enfants de têtes couronnées qu’il ne connaissait que très peu étaient Edmond, toujours assez distant et ne venant même pas tous les ans, et celle qui était maintenant la Dame Sylvepeyre, jamais venue à Valoria jusqu’à présent, du fait de la coutume différente qui avait lieu avec cette famille.

Oui, cette Assemblée serait autrement plus intéressante cette année. Il en était certain. Quelque part dans le palais retentirent trois notes distinctes de trompes. C’était celles des Mervos. Ils arrivaient. Plus que les Marjiriens.

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Zoju
Posté le 24/05/2020
Salut ! Je viens de lire tes deux derniers chapitres. On change d'ambiance du premier, toutefois j'ai bien aimé les nouveaux personnages. Si je me suis attachée à Erica, j'ai plus de mal avec Halderey (côté peut-être un peu supérieur ?). La manière dont tu as décrit la capitale Valoria m'a fait un peu pensé à la tour de Babel. La diversité des maisons promet de nombreux éléments. Curieuse d'en apprendre plus sur ton univers. J'aurais juste deux petites remarques. La première concerne les répétitions. Dans la partie sur Erica paragraphe dans le bain (Je pense), tu répètes plusieurs fois son prénom de la fille. J'ai trouvé que cela alourdissait un peu le paragraphe. Il y a aussi dans ce chapitre où tu commences deux phrases très proches par "En attendant". L'autre élément concerne la formulation de certaines phrases. Si je trouves ton style d'écriture agréable à lire, j'ai eu un peu de mal avec le début de la partie sur Erica. Pour le reste, c'est très bien. En tout cas, je suis curieuse de connaitre la suite. :-)
Sabi
Posté le 24/05/2020
Nooon, pas les répétitions ! C'est un cauchemar !
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