Halderey : changements

Par Sabi
Notes de l’auteur : Du 22 mai au 25 juin 1075 après Débarquement

Une odeur de chair brûlée se propageait dans l’air, emplissant son museau. Aux alentours, tout était calme, rien ne semblait vouloir bouger. Il ignorait ce qui avait pu se passer ici, mais ce n’était pas une bonne chose. Le feu consume la viande, brûle le bois et tue les membres de la meute. Le feu n’apparaît jamais de lui-même sans violence. L’orage déchire le ciel, et l’éclair fait jaillir la flamme. La chaleur trop forte fait s’enflammer les troncs des arbres. Le feu est violence contre qui, seule la douceur de la pluie ou le calme de la rivière peut lutter et vaincre. Le feu est un esprit sans pitié qu’il faut fuir sans délai. Alors que faisait-il ici, à cet endroit où tout manifestait sa présence menaçante ? Sa fourrure se dressait, tandis que ses oreilles pointaient vers l’arrière en état d’alerte. Ici, toute sa force et ses crocs ne servaient à rien. Pire, il était seul. Tout doucement, il s’approcha d’un amas grisâtre. Il reconnut un bras humain, à moitié brûlé, immangeable. Le sol sous ses pattes était fait de pierre sous laquelle il sentait la terre battue. Autour de lui s’élevaient d’improbables montagnes étranges à angle droit, percées de trous, et arborant une couleur qu’il ne voyait pas souvent dans ses forêts. Il n’était pas à sa juste place. Il allait mourir s’il restait trop longtemps. Un vent chaud venu du sud vint lui chatouiller les poils du museau, se dirigeant vers le nord. On lui indiquait la direction. Pressé de s’en aller, il sauta par dessus les restes noircis autour de lui et se mit à courir de toutes ses forces pour mettre de la distance entre lui et le feu qu’il sentait couver. Sa maison l’appelait. Le nord l’attendait.

 

Halderey s’éveilla brusquement de son sommeil. Au-dessus de lui, la toile de tente brune laissait filtrer les rayons du soleil matinal. À ses côtés, Hector était assis à l’entrée en train de contempler les restes du feu de camp qui mourait. Il devait s’accorder quelques secondes pour reprendre contact avec la réalité. Ses rêves de loup prenaient de plus en plus de consistance. Au début, il se réveillait en ayant immédiatement conscience de son environnement qu’il reconnaissait comme la réalité. Plus maintenant. Désormais, il lui fallait parfois cinq secondes pour se souvenir où il était, qui il était, et surtout, que ce qu’il voyait était bien la réalité. Le prince mettait ce changement sur le compte de l’attentat auquel il avait échappé il y a de cela deux semaines. La peur qui en avait résulté avait dû modifier quelque chose dans son approche de la réalité. La sauvagerie primitive du monde avait tenté de le tuer. Il avait survécu, mais pas sans en être ressorti indemne. Le loup de ses rêves s’était nourri de la violence vécue. De simple ombre de ses rêves, il devenait nuit après nuit une présence concrète. Halderey s’était mis à envisager que, sous peu, elle devînt réel. Hector se retourna alors, lui présentant une tranche de pain et du café. Ce fut pour lui l’occasion de reprendre définitivement pied avec ce qui l’entourait, et faire s’éloigner la fourrure sombre et les crocs luisants. 

Le jeune homme était en route pour Val-lès-l’Ombre. Suite à la déclaration de guerre officielle qui avait suivi l’attentat, toutes les familles ducales étaient rentrées aussitôt dans leurs duchés afin de se préparer aux combats et envoyer des troupes. Bien entendu les Marjiriens et les Sylvepeyre avaient été les premiers à s’en aller. Cela avait été un moment dur pour Halderey. Il se sentait responsable de ce qui était arrivé aux deux jeunes filles. Le prince était en effet sûr et certain que l’attentat le visait lui, et personne d’autre. Voir particulièrement le visage de Cléomène, devenu depuis l’accident perdu et lointain, le mettait dans un état de détresse qu’il n’avait jamais connu. Il lui semblait qu’Érica parvenait à mieux gérer les retombées du drame. Mais il était clair qu’elle aussi avait été profondément affectée par ce qui leur était arrivé. Cette détresse qu’il ressentait était un mélange de culpabilité et de colère. Colère qui finit par consummer sa compagne suite à son retour sur les lieux de l’attentat. Tout avait été nettoyé, et c’était presque comme si rien ne s’était passé. Mais le jeune homme avait vu la veuve et l’orphelin inconsolables, assis à même l’endroit où se tenait l’étal. La barbarie les avait privés d’un époux et d’un père. La misère les menaçait. Le prince avait cru que son père ne serait pas long à tendre la main aux victimes, et à prendre la route vers le nord. Mais à sa grande surprise, il n’en avait rien été. Le roi s’était contenté de réunir son conseil militaire, et de préparer l’envoi de soldats à la frontière septentrionale. Après l’avoir directement confronté, Halderey avait compris que son père n’avait pas pensé une seconde aux victimes collatérales de la tragédie, et n’avait nullement l’intention d’aller au front diriger par lui-même ses troupes. Face à cette attitude, le fils qu’il était eut une réaction viscérale : le dégoût. Sur le coup, il ne l’avait pas compris, mais maintenant qu’il était dans cette tente, il voyait bien que ce simple constat avait été la goutte d’eau qui faisait déborder le vase. Halderey avait toujours été quelqu’un de simple, n’appréciant pas spécialement la vie de cour. Pour autant, il n’avait jamais eu l’envie de se désolidariser de tout cela, car jamais il n’avait connu autre chose. Ceci jusqu’à la venue de Cléomène Sylvepeyre. La visite de la capitale en sa compagnie avait été certes très courte, mais pleine d’enseignements pour lui. En bon prince héritier, jamais il n’était même allé dans les cercles médian et extérieur. Sa rencontre avec le peuple avait été des plus brutales et tragiques, mais il avait bien senti au fond de lui que ce à quoi il aspirait depuis longtemps, c’était ce genre de vie plus vraie, directement exposée à la souffrance, qu’elle soit personnelle ou empathique. Et en voyant l’égoïsme et la couardise de son propre père, quelque chose en lui avait cédé. Il ne serait pas comme tous ses courtisans et ses nobles de cour, vivant loin des réalités dans le confort et l’opulence. Le lendemain, il annonçait à toute sa famille, devant la cour entière, son intention de rejoindre le nord et de s’y préparer aux combats. Le séisme qui s’en suivit avait été historique. Le roi entra dans une colère monstrueuse tandis que sa mère fondait en larmes. L’assistance, quant à elle, restait bouche bée face au spectacle qu’elle avait sous les yeux. De nombreux cris et menaces furent échangées. Halderey, dont la colère couvait et ne cherchait qu’un prétexte pour s’exprimer, alla même jusqu’à insulter directement la Couronne et la personne royale. Le résultat de tout ceci fut catastrophique. Le roi lui interdit formellement de partir, et donna l’ordre que toutes les portes soient surveillées, et tous les accès contrôlés. Qu’à cela ne tienne. Le prince, s’étant assuré de la loyauté et de l’aide de son majordome Hector, réussit à sortir du palais une semaine plus tard, en se cachant dans les corbeilles de linge sale à destination des lavandières du cercle extérieur. Là-bas, ils prirent la route avec des provisions, et montés sur des chevaux qu’Hector avait pris le soin de préparer à l’avance.

Et maintenant, ils se retrouvaient en route pour le Val, galopant le jour, montant la tente au coucher du soleil, et repartant tôt le matin. Un tel changement dans la vie d’Halderey était une nouvelle épreuve pour lui. Le jeune homme n’avait jamais eu à dormir ailleurs que dans un lit, et tout était toujours fait par des serviteurs. Or, si Hector était bien son majordome, ils n’étaient pas trop de deux pour faire toutes les tâches que la vie en plein air demandait. Le prince avait encore honte de la façon dont Hector avait dû le lui faire comprendre. Il était si humilié de se sentir stupide et maladroit. Pour autant, cette expédition lui faisait un bien fou. Chaque jour, il voyait les montagnes se rapprocher, les températures baisser, les forêts devenir plus denses. La nature qui l’entourait le fascinait. Il avait parfois l’impression que la fourrure et les crocs se tendaient de joie en lui, plus le voyage vers le nord progressait. Le prince ne tarda pas à se faire la réflexion qu’il avait pris la place de Cléomène à Valoria. De même, Hector, qui avait toujours été une présence fidèle, mais distante par son mutisme, se mit à devenir plus loquace. Ce majordome lui apprenait l’histoire de ce coin du royaume et les vertus des simples. Il se révéla une mine de savoir insoupçonnée, si bien qu’Halderey finit par lui demander d’où il avait appris tout ce qu’il savait. À cela, Hector avait répondu très simplement avec un petit sourire :

« L’expérience, votre Altesse. »

Apparemment, Hector n’avait pas toujours été un majordome, ce qui paraissait très étrange à Halderey qui l’avait toujours connu à ce poste au palais. En l’observant de plus près, le jeune homme remarqua qu’il avait des habitudes spécifiques qui démontraient une grande expérience de la monte et du voyage. Celle de dormir avec un morceau de bois calé sous les chevilles pour éviter de glisser dans les pentes n’était qu’un exemple parmi tant d’autres.

Finalement, au milieu du quatrième jour, les montagnes des aiguilles se dressèrent devant eux, et l’entrée de la vallée menant à Val-lès-l’Ombre se tint sous leur nez. Le soir même, au détour d’un énième virage imposé par le tracé de la rivière, le Val s’était révélé sur sa petite colline au pied de laquelle coulait l’Ombreuse. En arrière-plan de tout ceci, le soleil se couchait derrière le promontoire rocheux massif de la Dent de l’ours.

 

Le sentinelle qui veillait à la porte de la ville eut beaucoup de mal à croire leur identité avant de finalement être convaincu grâce à la bague royale qu’Halderey sortit de sa poche. Complètement affolé, il les laissa entrer et dépêcha un messager jusqu’au château avertir son seigneur de l’arrivée de ce si éminent personnage. Halderey, quant à lui, ne pouvait s’empêcher de trouver cela très amusant. Cela voulait aussi dire que nul message de sa disparition de la capitale n’était arrivé jusqu’ici. En un rien de temps, ce fut comme si l’ensemble du Val avait été réveillé. Des torches furent allumées aux remparts, des gardes furent envoyés sur la route de Halderey pour le guider. Tout transpirait la surprise et la précipitation. Ce ne fut qu’une fois franchie la herse que le prince vit le seigneur Steffron arriver vers lui, le front barré par un pli de souci.

« Monseigneur, je suis heureux de vous revoir, commença le prince.

- Je vous avoue que cela aurait été le cas pour nous aussi si nous avions été prévenus de votre venue, votre Altesse, marmonna en retour Steffron.

- J’en suis navré vraiment. Mais la situation a fait que nous avons dû partir dans la précipitation.

Les sourcils du seigneur Marjiriens se relevèrent.

- Discutons en dans un endroit plus approprié. »

Halderey confia son cheval aux palefreniers, et, toujours accompagné d’Hector, pénétra dans le château même. Le bâtiment était surtout fonctionnel. Un seul hall de réception pour les invités de marque au rez de chaussé qui servait en temps normal de pièce à tout faire, et des pièces privées réservées à la famille à l’étage. Les cuisines et les réserves étaient situées au sous-sol. Comme Halderey était arrivé sans se faire annoncer, le hall n’était bien entendu pas prêt pour l’accueillir. Aussi fut-il conduit directement dans le salon privé des Marjiriens où l’on s’occupait au moment où l’annonce de l’arrivée du Prince héritier était arrivée. Tout le monde était là, y compris quelques membres de branches mineures venus des recoins du duché pour préparer la guerre. Au moment d’entrer, Halderey fit le tour des visages. La plupart était soit surpris, soit tendus. Seule Érica, assise sur une chaise en osier recouverte de fourrures ne semblait pas trop surprise, et même contente de le voir. Le jeune homme remarqua tout de suite qu’elle avait changé. Pas au point d’être méconnaissable, bien entendu, mais de légers détails nouveaux dans son apparence et sa physionomie modifiaient presque imperceptiblement son physique. Les traits de son visage étaient devenus plus émaciés et tendus. Elle avait perdu du poids, et l’ossature de ses joues ressortaient davantage. Même assise sur cette chaise, on voyait qu’elle avait une posture de protection, les pieds en dedans, les mains serrées, l’une d’elle sur le fourreau d’une dague qu’il ne lui avait jamais vu. Le regard de la jeune fille était devenu plus aiguisé, plus dur. Le prince ignorait si c’était une bonne chose, ou non. Il ne la connaissait pas assez pour pouvoir s’en faire une estimation. Quoi qu’il en soit, elle semblait réellement contente de le voir, tout comme lui. On lui plaça une chaise face à la famille où il put s’assoir. 

« Maintenant que nous sommes installés, expliquez-nous ce que vous faites ici, commença Steffron.

- Je suis venu pour participer à la guerre.

Le chef de famille haussa un nouveau sourcil. Edmond s’agita sur son siège.

- Et pourquoi votre père ne nous a-t-il pas informé de votre venue ?

- Nous avons eu quelques désaccords.

- Êtes-vous en train de nous dire que vous êtes ici sans son accord ?

Steffron n’avait pas l’air particulièrement secoué par la nouvelle. Il avait surtout un ton inquisiteur, celui que l’on emploie quand on veut être sûr d’avoir toutes les cartes en main.

- Oui, c’est ça.

Le seigneur Marjiriens se rencogna contre le dossier de son fauteuil et se passa une main fatiguée sur le visage, avant de répondre :

- Nous sommes bien sûr honorés et heureux de votre présence ici votre Altesse. Mais vous comprendrez mon inquiétude quant à la réaction de sa Majesté…

Oui, Halderey était bien conscient de ce que son acte impliquait en terme de conséquences politiques. Au pire, le roi pouvait très bien accuser les Marjiriens d’avoir influencé son fils pour qu’il vienne les rejoindre et se mettre sous leur protection. Avoir l’héritier de la couronne pour un temps indéterminé sous son toit conférait un avantage certain aux Marjiriens, et impliquait une préférence de sa part pour cette famille.

- Ne vous en faites pas Monseigneur. J’enverrai une missive officielle à chacun des duchés du Royaume afin de leur exposer les faits, ainsi que mes motivations.

Steffron le regarda d’un air dubitatif.

- Cela ne suffira pas à calmer toutes les rumeurs et les conséquences politiques, j’en conviens. Mais c’est le mieux que je puisse vous proposer, continua Halderey.

- Vous êtes si déterminé à rester, demanda alors Livia ?

C’était la première fois qu’il entendait la voix de la dame du Val. Elle avait les yeux bleu turquoise, et des cheveux auburn typique des Mervos.

- Je ne peux pas rester en arrière alors que ceux qui ont voulu ma mort attaquent le Royaume. Et si je meurs, eh bien je ne suis pas le seul dans la ligne de succession. La Couronne ne sera pas menacée.

- Avez-vous de l’expérience de combat, commença Edmond ?

- Peu. J’ai bien peur d’avoir reçu seulement les leçons classiques d’épée, de lance et de bouclier.

-Vous allez devoir apprendre rapidement, répondit Edmond d’un ton dubitatif.

- Avec vous comme instructeur, je ne doute pas d’y arriver, répliqua le prince avec une certaine ironie dans la voix.

- Très bien, vous pouvez rester, trancha Steffron. Nous allons vous conduire à votre chambre, et nous trouverons de quoi vous occuper dès demain. »

Et ce fut la fin de la discussion. Le seigneur se leva et guida lui-même le jeune homme jusqu’à ses quartiers, réservés à la royauté. Avant d’y entrer, il donna à Hector son congé pour la soirée, et, obéissant, le majordome s’éloigna vers les escaliers. Laissé seul avec lui-même, Halderey trouva ses quartiers assez réduits, mais confortables, avec une fenêtre près du lit à baldaquin. Les serviteurs avaient tout juste eu le temps de dépoussiérer et de faire la literie. La lumière de la lune passait à travers les carreaux. Tellement de choses s’étaient passées en si peu de temps. Quand le prince réalisa que seulement un mois plus tôt, il était encore au palais sans que rien ne se soit jamais passé, il se sentit très bizarre. Le jeune homme doutait de pouvoir trouver aisément le sommeil cette nuit.

 

Les jours se succédèrent, au point de devenir une semaine. Les journées étaient toutes occupées au maximum de leur possibilité. Le plus dur pour Halderey fut de devoir assister chaque matin, pratiquement aux aurores, à une cession d’entraînement dirigée par Edmond, et auxquelles participait aussi Érica. Les Marjiriens se battaient comme des lions. En cela, ils méritaient leur bannière. Edmond forçait le prince à puiser dans ses ressources physiques afin d’endurer les dures frappes d’épées et de lances sur son bouclier. Chaque soir, le jeune homme sentait ses muscles crier grâce. Quant à Érica, sa force ne pouvait rivaliser avec celle de son frère, mais elle compensait largement par une vivacité et une fluidité qui la rendait presque plus dangereuse sous certains aspects. L’après-midi variait selon les nécessités. Le plus souvent, ils partaient vérifier l’état de la frontière. Corvefell et Sorsombre étaient séparés par une chaîne de montagne faites de sommets escarpés. Les seules voies d’accès étaient les cols, lourdement surveillés et protégés. Les Marjiriens avaient posté leurs troupes déjà prêtes dans des camps situés au pied des trois passages montagneux vers Sorsombre. Ils avaient aussi envoyés des escadrons spéciaux dans les hautes montagnes afin de s’assurer que l’ennemi ne passerait pas par les hauteurs. Pour le moment, le duché était en défense. Les Marjiriens attendaient les renforts du Royaume avant de lancer des attaques de grande ampleur. Et la situation était plutôt stable. Sorsombre attaquait, mais il était à chaque fois facilement contenu. Du moins, jusqu’à présent. En tant que prince héritier, Halderey avait assisté à des réunions stratégiques au Val, et même pu donner son avis sur certains plans envisagés. Il ne savait pas grand-chose de la guerre. Aussi se contentait-il de faire des remarques, ou des propositions, en espérant que cela apporte une aide.

Quand la première semaine au Val s’acheva, Halderey sentit qu’il commençait à s’habituer à ce rythme de vie. Le jeune homme eut alors davantage conscience des changements qui continuait à s’opérer en lui, et autour de lui. Ses rêves de loup étaient toujours là, à la différence près que leur degré de réalité avait cessé d’augmenter. Le prince continuait à se réveiller en ne sachant plus ce qui était vrai ou faux, mais au moins cela s’était stabilisé. Il s’était habitué. Ce qui s’affutait en revanche, c’était fourrure et crocs. Cette présence issue de ses rêves s’enfonçait de plus en plus profondément dans son être, dans son corps même. Il la sentait parfois observer par ses yeux, écouter par ses oreilles, ou sentir par ses narines. Jamais cela n’avait duré plus de quelques minutes jusqu’à présent. Mais plus cela allait, plus la durée se rallongeait. Halderey se demandait ce qui se passait, et ce qui se passerait. Il était réduit à observer ce qui se produisait en lui. Mais curieusement, cela ne lui faisait pas spécialement peur. Au contraire, plus il y était confronté, et plus le prince trouvait cela « naturel ». Comme s’il savait au fond de lui que cette présence serait apparue tôt ou tard, un jour ou l’autre.

L’autre raison qui l’empêchait d’avoir peur était Érica. D’une part, la jeune fille le traitait amicalement. Elle l’accompagnait régulièrement aux frontières, et s’était chargée de lui faire visiter le Val et les environs. Leurs discussions tournaient généralement autour de leurs enfances respectives, ainsi que de la guerre. Il leur arrivait de mentionner Cléomène. En revanche, pas une fois ils ne parlèrent de l’attentat. Le jeune homme l’avait trouvée changée lorsqu’il était arrivé. Au bout de la semaine, il put se rendre compte qu’elle n’avait pas fini de se transformer. Non pas au niveau physique. À vrai dire, ce n’était pas quelque chose qu’il pouvait percevoir aisément, et donc décrire facilement. De temps à autre, il semblait au prince que la jeune Marjiriens devenait plus « solaire ». Halderey avait l’impression de voir par intermittence une sorte d’aura particulière imposant le respect et la crainte autour d’Érica. Et tout comme sa présence, plus le temps passait, et plus cette aura était visible et durait. Le prince aurait voulu lui en parler. Mais il n’en avait pas le temps, et ne savait pas vraiment comment aborder la question. Alors, Halderey se contenta d’observer. Ce furent des jours mouvementés, mais en quelque sorte paisibles. En tout cas, le prince se sentit plus à l’aise dans cet environnement nordique et rustique qu’il ne l’avait jamais été tout ce temps au palais royal.

Au terme de la deuxième semaine, les premières troupes du sud arrivèrent au Val. Halderey parvint le jour même à mettre Edmond en difficulté lors de l’entraînement. Le jeune homme prit alors sa décision. Il était temps d’aller visiter l’état du Haut Domaine, et de Cléomène.

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Zoju
Posté le 04/06/2020
Salut ! Chapitre intéressant qui nous en apprend plus sur Halderey. Il a fort changé depuis les premiers chapitres. Alors que je le trouvais assez arrogant au départ, je trouve son nouveau caractère assez intéressant. Finalement, il semble beaucoup apprécié Cléomène. En tout cas, j'aime bien la manière dont évolue ce personnage. Curieuse de voir comment cela va continuer. La partie sur le loup est asse intrigante et pose pas mal de questions. Ces rêves sont loin d'être anodins. On est content aussi d'en apprendre plus sur les autres personnages comme Hector qui était encore fort en retrait jusqu'ici et aussi sur la famille d'Erica. Pour le reste, j'ai trouvé ce chapitre bien écrit. On visualise bien les différentes scènes et tu expliques en peu de mots ce qui s'est passé pendant les deux semaines qui ont suivi l'attentat. Juste une question, si j'ai bien compris Cléomène et Halderey sont retournés sur les lieux du drame ? Quoi qu'il en soit, les éléments commencent à se mettre en place. Hâte de lire la suite ! :-)
Sabi
Posté le 04/06/2020
Cléomène est repartie immédiatement. Halderey est revenu seul sur les lieux du drame quelques jours plus tard.
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