h[R][E]Yl[N]IA

J’ai mal dormi.

Encore ce vieux rêve, celui où je tue ma mère. Je n’arrive jamais à voir son visage. Je crois qu’elle pleure. 

 

« Fautez avec FO-T ! FO-T les boissons aromatisées !»

 

Message corpo. Cliquet du chauffe lait. Live stream d’informations qui s’affiche sur mon écran…

 

Sept heures. L’heure de me lever.

 

Je m’étire, bâille, mais reste allongée. Où est-ce que j’ai foutu ma tablette ? Ces trucs sont super fins et ils tombent je sais jamais où… J’espère juste que je n’ai pas roulé dessus, c’est comme ça que j’ai cassé la dernière.  Je la trouve sous mon oreiller et la voix mécanique de Sir Potipoter me salue au travers des haut-parleurs de l’appareil :

 

« Bonjour dame Reynia ! Comment allez-vous aujourd’hui ? Votre rythme cardiaque semblait anormal pendant votre sommeil. Un cauchemar ? » 

 

Je jette un coup d’œil à ma montre connectée, la traîtresse et répond :

 

— Ouais, je grogne, j’étais poursuivie par une armée de chats mutants.  

 

C’est nul comme excuse, mais pas question de lui parler de mon vrai rêve, sinon, d’ici deux semaines je serai choisie par le Système pour une évaluation psychologique aléatoire. Nobody ain’t no time for that. (1)


 

« Dame Reynia, vous avez une nouvelle notification de GLES ! GLES-le-ré-seau-so-cial-des-16-18 ans !»

 

Sir Potipoter mâche le message corpo avec une voix qui n’est pas la sienne. 

J’y suis depuis quelques jours et… je crois que je n’ai rien posté. Je devrais le faire… Normal thing to do, right ?(2) Je me roule sur le côté et me retrouve face à l’écran du Live Stream. Le Juge de France l’occupe avec son sourire de pub de dentifrice. C’est quoi son nom déjà ? Ophéri ? Ophélie ?...Je me redresse et m’étire. Faut que je me souvienne de mettre mon pyjama à laver, j’ai une tache de sauce curry-coco dessus…

 

« Dame Reynia, de la pluie a été prévue aujourd’hui, dois je préparer votre tenue en conséquence ? » 

 

J’acquiesce… Puis me rappelle que Sir n’est pas assez sophistiqué pour saisir mes mouvements, et réponds à voix haute.

 

 ... le Système vient d’approuver la loi permettant la communion de peines légères en amandes ou en travaux d’intérêt général…

 

Je capte l’information uniquement parce que le son se modifie un poil. Ce n’est pas vraiment flagrant si l’on n’y fait pas gaffe… Juste un timbre qui change ? Le son qui devient un poil plus fort ? Je ne saurais pas le dire précisément. Mais ça semble être fait pour retenir l’attention.

 

Le Système… Quand est-ce que j’ai commencé à appréhender le Système ? Je…

 

« Dame Reynia ! Une missive importante vient d’arriver ! ». 

 

Je check avant d’oublier, un mail du lycée ce sont juste les résultats de mes évaluations psychologiques.

 

'Fin, eux ils ne les appellent pas comme ça. Pour eux ce sont des “tests de personnalité gratuits pour déterminer son métier idéal”, c’est plus Hylia qui utilise les termes “examens psy”… En fait, j’ai découvert assez tôt que c’était du profiling, mis en place par le Système… Pour détecter des trucs comme notre niveau de confiance, propension au crime et so on…

 

Chère Reynia XV-568,

 

Voici le résultat de votre test “métier idéal” :

 

Archiviste.

 

Nous espérons que nos Treatment Operative Système vous auront aidés dans le choix de votre future carrière. 

 

Une note a été ajoutée :

 

Nous avons constaté un désintérêt pour les jeux fournis par nos ordinateurs, s’ils ne vous conviennent pas l’équipe du Lycée Cameron Niffug se fera un plaisir d’améliorer votre expérience vidéoludique !  

 

Je les aime bien, leurs jeux, mais le truc c’est qu’ils sont super dangereux. Ils ont été créés dans le but de détecter les mentalistes… Les cartes ça va, je peux m’arranger pour donner le change, vu qu’il faut juste lier des paires et je peux faire semblant de me planter… Les autres c’est plus dur… Ils sont programmés de manière à ce qu’à partir d’un moment, ils deviennent impossibles, sauf si l’on possède des pouvoirs… Et moi, j’ai du mal à m’arrêter. Puis, il ne faut pas trop échouer non plus, une fois j’ai fait un 0 % à la propension aux capacités mentales et j’ai attiré l’attention d’un prof. Et moi, je pourrais faire un 100 % sans trop d’effort… 

 

Mais je n’ai pas envie que les gens sachent que je peux déplacer les choses avec la pensée. 

 

Et ah oui… C’est comme ça que j’ai vraiment compris ce qu’était le système… le jour de l’éveil de mes pouvoirs psychiques… J’ai… appris… beaucoup trop de trucs ce jour-là.

 

Le bip de mon chauffe-lait me fait sursauter. Je suis tentée de me servir, mais je ne dois pas oublier d’aller à la douche avant, puis de m’habiller. J’ai le temps, je ne commence pas les cours avant 9 h aujourd’hui, mais si je ne fais pas les choses dans l’ordre, j’ai tendance à traîner.  

 

Sir Potipoter me rappelle de choisir une tenue après m’être lavée, alors que les unités de nettoyage s’affairent à essuyer la giclée d’eau que je laisse derrière moi. Il me propose différentes combinaisons de jean et de pull style XX°, avec mon imperméable…

 

J’aime bien ça, si je sélectionne seule mes vêtements, je tarde trop et je me mets en retard.... Faut dire ce qui est, les IA sont ce qu’elles sont : un outil de traçage et de contrôle… Mais super pratique… Ah ! Ne pas parler de la surveillance des IA… Je vais passer pour une complotiste et une anti-sys'.

En vrai, j’aimerais bien en avoir une ultra-perfectionnée un jour…

Tandis que je m’habille, les infos switchent sur des trucs moins importants… L’anniversaire de la disparition de la dernière monarchie d’Europe. La reine je ne sais pas trop quoi qui a vanish avec ses filles après un coup d’État… 

 

Mais qui en a quelque chose à faire ? 

 

Ma chambre à l’orphelinat a une petite kitchenette ou je prépare mon petit déjeuner, au moment où j’appuie sur le bouton de mon chauffe lait, la machine déclame un second message corpo :

 

« Vous préférez le café ? Essayez K-Fey IN! » 

 

Non, je ne préfère pas le café, j’aime juste les trucs buvables. Le vrai thé et le café sont hors de prix… Rien que l’odeur des alternatives me donne envie de vomir et… du coup, une tasse de lait chaud avec du miel, c’est le meilleur compromis. Je me sers et mets les chaussures en attendant que ma boisson refroidisse un peu. Je soupire. Les messages corpos sont chiants, mais les chauffe lait qui en balancent sont beaucoup moins chères. 

Je prends quelques gorgées alors que je vérifie que j’ai bien rechargé la boîte de calmant que j’ai toujours avec moi… 

 

Je jette un œil à ma montre connectée, c’est déjà l’heure de partir. Je récupère ma tablette d’une main et avale une lampée de lait de l’autre. J’ai reçu un message d’Hylia entre temps : 

 

« Je suis devant la gare ! Ramène tes fesses, gros cul ! » 

 

Elle n’est pas loin, une dizaine de minutes à pied…

Je traverse la petite cour de l’orphelinat, dans le silence généré par les isolateurs phoniques. L’IA de l’établissement gère son ouverture. En vrai, la machine devrait calculer ma vitesse de déplacement pour que la porte soit grande ouverte à mon arrivée, juste pendant quelques secondes, pour éviter les intrusions. Je ne sais pas qui voudrait s’infiltrer ici, mais ça fait partie des procédures de sécurité standard, je crois … C’est pareil au lycée… Mais on a une M.E.6 de seconde main à la place des K.I.R normalement utilisés pour les bâtiments officiels. Comme elle n’est clairement pas faite pour ce qu’on lui demande, elle galère un peu. Du coup, je dois attendre avant l’ouverture des portes. Ça ne me gêne pas, au contraire, ça me laisse encore quelques secondes de calme avant… ce qu’il y a derrière. 

 

Il fait super chaud et le soleil tape fort, c’est presque bizarre pour un mois d’octobre. Mais le Système a prévu de la pluie et une grosse chute de température...

 

J’arrive à peine à apercevoir le ciel au travers des immeubles géants. Les quartiers pauvres du port n’ont pas beaucoup changé depuis le XXIe siècle, même l’odeur de pisse est d’origine. Ici, ç’a juste été upgrade… On ne voit que ça d’ailleurs… Les rues ressemblent à un patchwork bizarre, une tapisserie ancienne sur laquelle on aurait collé des affichages publicitaires néon, bruyants. Parfois, ils vous balancent des parfums au visage. Je n’aime pas ça. On trouve aussi des trucs plus utilitaires. Les unités de nettoyage enfoncées dans des espaces creusés. Mais le pire, c’est les panneaux flottants, ceux-là vous collent au cul.  

 

À cette heure-là, il n’y a pas grand monde, et les réclames me sont quasiment toutes destinées. Leurs écrans essayent de me vendre du Fo-T, encore, du maquillage, une nouvelle coupe de cheveux. Si on les écoute, un t-shirt neuf pourrait me sauver la vie…

 

Ah... Je préfère le silence, mais ça n’existe pas à Port-Orange, à part peut-être dans ma chambre quand aucun message corpo n’est diffusé… Ou dans la cour de l’orphelinat… lorsque les gosses n’y jouent pas...  

 

J’avale une gorgée de lait lorsque mon regard croise celui d’Hylia. Fug', j’ai encore gardé ma tasse avant de partir… Et c’est trop tard pour faire demi-tour. Faut pas que j’oublie de demander à Sir Potipoter de me rappeler de la laisser en rentrant... Elle porte un jean avec l’une de ses hoodies trop larges, d’une époque qui colle au décor. Tout le monde s’habille avec ce genre de fringues ici. 

 

— Yo ! Me salue-t-elle.

 

Elle me fait un signe de la tête et nous partons.

 

— T’as fait le devoir supplémentaire de Mr Lerds ? 

 

Elle tape son parapluie contre sa vieille paire de baskets en attendant ma réponse. Il faut que je demande à Sir Potipoter de me rappeler de lui préparer de nouvelles chaussures pour Noël…                                                

Je devrais check mon compte tant qu’à faire… J’écris une note sur ma tablette avant d’oublier. Je fais non de la tête, en réponse à mon amie.

 

— Je n’ai pas compris. 

 

— C’était facile, il fallait juste se reporter à l’annexe II sur la chute de l’Union européenne. 

 

Je ne me suis pas donné la peine d’essayer en vrai. C’est que je dois correspondre à un certain profil, qui veut que je reste une élève passable... Hylia elle, fait en sorte de garder une moyenne de 95 %, ses bourses de mérite en dépendent. Moi, j’en maintiens une de 55-60 % et mes pensions de l’état me suffisent largement.

 

Hylia et moi, on n’a pas les mêmes perspectives… Moi, je cherche la tranquillité… Elle… Elle veut une vie luxueuse et pépère… Du coup, elle oriente ses tests psychologiques pour sembler apte à un emploi bien payé… mais sans trop de responsabilités. 

Après, elle dit souvent qu’elle aimerait travailler dans le développement d’IA . Le Système prend en général compte des préférences des citoyens. 

 

— On devrait y aller, dit Hylia, le tram ne va pas tarder. 


Notre école se trouve assez loin dans les quartiers huppés de la ville. Comme on vit à cinq stations du lycée, on a quelque chose comme dix minutes de transport tous les matins et tous les soirs. Hylia est arrivée ici grâce à ses excellents résultats scolaires, on peut également dire que c’est le cas pour moi, car je garde des notes correctes dans un établissement aux exigences élevées… Mais c’est surtout le fait que mon dirlo touche un peu plus d’argent par élève à haut potentiel… 

 

Je... n’ai pas vraiment un « haut potentiel »… Je sais juste bien me servir de mes pouvoirs et même si je veux une vie tranquille, je préfère qu’elle soit dans un quartier moins pauvre que ceux du port. 


Le tram arrive cinq minutes plus tard. C’est ici que nous nous sommes pour la première fois adressé la parole. Je l’avais déjà remarquée, puisque depuis nos onze ans nous étions les seuls enfants à monter et à descendre aux mêmes arrêts et à nous rendre à la même école. Elle est venue me parler un jour et m’a demandé si je connaissais les serveurs Revival de Dark age of Camelot. Elle a une passion pour les machines antiques et les vieux jeux vidéo, ceux qui se tournent sur des écrans, bien avant la création de l’ultra VR. L’histoire officielle, c’est que depuis qu’elle m’a fait découvrir son passe-temps, nous nous sommes plus quittés… la réalité est un peu différente. 

 

Aller des quartiers du port à ceux du centre, ça ressemble à un dégradé de couleur. D’abord, on voit les hautes tours aux murs salis, aux taches sombres et mécaniques… Puis ça devient de plus en plus clair, jusqu’à arriver aux moving house… En ce moment, la mode est au victorien, du coup, on a face à nous des bâtiments à la symétrie parfaite, tout en colonnes et en pierre. Hylia m’attrape le bras pour me montrer quelque chose : un immeuble change de skin. J’adore ce spectacle : la maison bouge vraiment, les briques glissent, se réagencent. Puis paf ! une seconde plus tard, l’édifice ne ressemble plus à ce qu’il était. On n’a pas ça sur le port…

 

On a encore quelques minutes de marche avant d’arriver, pas beaucoup en vérité, mais même pendant ce mois d’octobre, le soleil tape un peu fort. Hylia devient toujours un poil pressée ici, je sais que ce quartier la met mal à l’aise à cause de son enfance. Elle a grandi dans le coin, jusqu’à ses dix ans. Elle m’entraine et on traverse la route sans regarder. Une voiture s’arrête dans un bruit à peine plus fort qu’un souffle. Avec les IA de pilotage, on n’a aucune risque de se fasse renverser… Ces machines sont beaucoup trop perfectionnées pour ça…

 

Le conducteur lève les yeux de sa tablette et klaxonne furieusement à notre passage… On a dû lui couter au moins une vingtaine de secondes sur son itinéraire… 

 

— Laisse-le, c’est le seul contrôle qu’il a sur son existence.

 

Je sursaute à sa remarque… Hylia, comme moi, a une certaine compréhension du Système… Mes pouvoirs m’ont aidée à capter ce qui m’entourait. Mais elle… elle a tout deviné ! Mais elle n’est pas idiote au point de le dire ouvertement. Mais parfois, elle se permet ce genre de commentaire… un poil défiant, mais pas non plus totalement antisystème. J’ai toujours trouvé ça dangereux… Moi, si je fais ça par exemple, je ne m’en sortirai pas aussi bien qu’elle… 

Après, les antisys’ ne finissent pas en prison, ou dans des camps… Une dictature explicite, ce n’est plus vraiment à la mode… Mais disons que vos idées politiques figurent dans votre profil et personne ne veut fréquenter un dissident. 

 

Notre école ressemble depuis le début de la semaine à un manoir britannique… Ou du moins l’image que l’on s’en fait… Je ne saurais pas dire si l’architecture est accurate, je n’y connais rien. Les élèves font de leur mieux pour coller au décor avec leur redingote et leurs robes à corset aux couleurs flashy. Ça fait super mal aux yeux. Je remonte le col de mon imperméable noir alors que nous passons le portail de l’école. On ne commence pas les cours avant une heure, mais Hylia et moi avons des trucs à rendre et les ordinateurs du lycée sont beaucoup plus performants que les nôtres et ils y en ont en libre-service dans une salle.

Nous ne faisons deux pas dans la cour qu’on nous arrête :

 

— Hylia Rodel ! Quel plaisir de vous voir !

 

Hylia sourit au salut du jeune homme à canne qui vient à notre rencontre. Il a l’air smart avec sa redingote orange fluo. Je n’aime pas trop la couleur par contre, mais je ne comprends rien à la mode à ce qui parait. Le truc avec le sourire d’Hylia, c’est qu’il n’y a pas grand monde capable de l’interpréter. Même ses parents avaient du mal. Moi je le peux grâce à mes pouvoirs. De l’extérieur, elle a l’air contente que ce type lui adresse la parole… Pourtant… 

Normalement, il n’y a à pas de détecteur psy dans la cour. La loi sur les libertés des méta-humains ne les rend pas obligatoires dans les lieux ouverts non sensibles. Je vérifie quand même qu’aucun n’a été installé dans la nuit. J’avale une gorgée de lait et je plonge mon esprit dans celui de mon amie et je découvre… qu’elle se marre. 

Lire les pensées, voir les choses à travers la vision d’un autre c’est quelque chose ! Des détails changent, les couleurs aussi ! Des subtilités deviennent soudainement plus importantes...

Par exemple, au travers des yeux d’Hylia, le visage de ce type se modifie, je remarque des expressions, des plissures que j’aurai ignorées sinon… Et je suis à travers son esprit les interprétations qu’elle en tire. L’élément « A » entraine la conclusion « B » et ce jusqu’à « Z ». Parfois, ça va directement à « E » puis à « W » pour revenir à « R ». Son esprit fonctionne comme la plus perfectionnée des unités TOS ou ROS. Non, c’est plus une Reasoning Operative Système devenue folle, mais qui par miracle, tournerait toujours.

Je quitte ses pensées, saisie d’une migraine. Je n’arrive jamais à suivre très longtemps. Dans sa tête, ça va partout, tout le temps je me demande vraiment comment elle fait pour ne pas se faire bouffer par son propre cerveau. 

 

J’avale une gorgée de lait, quand je constate que le garçon s’est interrompu pour me regarder avec un sourire que je n’aime pas beaucoup. Je ne connais pas son nom, mais il fait partie du gang des bullies du lycée. Je n’ai pas envie de devenir sa victime. Je stoppe son train de pensée. Déjà, la weirdo qui ramène sa tasse se transformait en la cible idéale. Calme-toi mon ami, I’m not the droid you’re looking for (3)

J’imprime cette idée au plus profond de son esprit « Reynia C’est juste la fille un peu cheloue qui traîne autour d’Hylia. Rien de plus à dire ». C’est le jeu de quelques secondes, mais mon cœur bat encore la chamade alors qu’il reprend sa conversation avec Hylia. C’est super illégal ce que je fais, si je me fais choper, je ne verrais plus jamais la lumière du jour. Il faut que je me calme… Autant communiquer avec Hylia ce n’est pas grand-chose parce qu’elle sait et c’est safe… Mais imprimer quelque chose dans l’esprit de quelqu’un d’autre… C’est quoi ? Vingt-cinq à perpet’ ? 

 

Déjà l’accélération de mon rythme cardiaque est assez suspecte comme ça, mais quand je m’énerve, je ne contrôle plus rien… Je jette un coup d’œil en biais à Hylia, elle capte mon regard et comprend le problème sans que je n’aie rien à dire. Je serre les mains, tords mes doigts. Ça fait mal, mais la douleur me calme. Pas question de péter un vrai plomb ici ni d’utiliser un de mes sédatifs… Ça me tue toujours un peu, à chaque fois. Mais... Je ne sais pas si je pourrais détruire la ville, mais je n’ai pas envie de tester. 

 

— Oui, oui ! Réponds Hylia.

 

Elle s’empresse de chercher quelque chose au fond de son sac, une bille d’un noir métallique : un core d’IA personnel, une qu’elle a surement configurée elle-même. Elle en vend à nos camarades. Si ses pensions de l’état suffisent pour vivre, je suppose qu’elle ne doit pas cracher sur l’argent que ça lui rapporte, en plus de mettre en avant ses talents de programmation.  

 

Je termine ma tasse de lait d’une traite. C’est plus très chaud, mais au moins ça finit de me calmer. Faut pas que j’oublie de demander à Sir Potipoter de me rappeler de ne plus l’emmener à l’école. Le garçon sort sa tablette et la transaction se fait en quelques secondes.

 

— Le code d’activation c’est « Paprika ».

 

— Bien aimable, remercie-t-il en soulevant son haut de forme. Vous passerez le bonjour à vos parents !

 

Si sa façon de s’exprimer n’était déjà pas assez agaçante, le fait qu’il parle des darons d’Hylia tout en sachant qu’ils sont en prison...J’envoie un message mental à mon amie :

 

« Je lui pète les genoux quand tu veux » 

 

M'en fout de me faire choper. Comme si…

 

Hylia répond par un grand sourire et lock son bras autour de mon cou, comme pour me retenir. 

 

— Oh, je leur transmettrais vos salutations quand ils accepteront de me voir. Ils ont encore du mal à digérer cette histoire de dénonciation…

 

Ici, tout le monde connaît le passé d’Hylia et les autres élèves ont toujours eu des idées contradictoires sur le fait qu’elle a vendu les crimes de ses propres parents. Si certains pensent que c’est tout à fait normal de signaler des hors-la-loi, d’autres sont moins certains. Un père et une mère, c’est quelque chose de sacré, je crois... Moi, je comprends, Hylia. Ce n’est pas parce qu’ils t’ont pondue qu’ils ne peuvent pas être totalement timbrés et qu’il ne faut pas les arrêter. Le garçon réplique avec un sourire forcé, je suppose qu’il attendait une autre réaction. Saloperie de bully. 

Elle le salue et m’entraine dans le bâtiment. Ici, il y a des détecteurs psy à peu près partout.

 

— On devrait se concentrer sur notre devoir Rey, dit-elle. 

 

Je prends quelques secondes pour me calmer avant de répondre :

 

— Ouais, on n’a toujours pas de stage.

 

— Je m’en occupe, t’inquiète. 

 

À sa façon de réagir, elle semble carefree. On a que deux semaines pour trouver un truc… cependant, elle est totalement sûre de pouvoir en dégoter un. Après, comprendre, Hylia, même pour moi, c’est compliqué… Je pourrais, mais… je dois plonger dans son esprit… Profondément. Et je ne fais jamais ça, surtout pas à elle… Et en plus, c’est dangereux et creepy

On croise beaucoup d’élèves dans le bâtiment, sur le chemin de la salle info. Les écoles huppées aiment bien le présentiel. Dans celles du port, il n’y a que deux jours obligatoires, ici, il faut venir toute la semaine, sauf les week-ends. Je ne sais pas pourquoi, mais il doit y avoir une raison. Notre vie est régie par le Système, même si les décisions semblent bizarres, il y a une justification… Enfin, c’est ce qu’on nous explique depuis toujours. 

 

On s’installe devant une machine. Le seul adulte de la pièce lève à peine les yeux à notre entrée, trop occupé à faire quelque chose sur sa tablette. Hylia sort la sienne et la connecte à l’ordi. 

 

Et les trucs bizarres, ça peut aller loin. On nous dit souvent que par exemple, refuser une nomination explicite du Système pourrait entraîner détresse psychologique, suicide, violence qui engendre encore plus de violence…

 

Une fenêtre se trouve en face de nous. Mais depuis notre arrivée dans le bâtiment, le ciel s’est assombri et déjà quelques gouttes s’écrasent contre la vitre.

 

À ce qui paraît, le Système ne se trompe jamais.

(1) Personne n'a du temps pour ça. 

(2) C'est ce qu'on fait normalement, pas vrai ?

(3) Je ne suis pas le droid que vous cherchez. 

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Tac
Posté le 10/11/2022
Yo !
Je laisse un message ici car je vais peut^-etre être interrompu dans ma lecture du chap suivant.
J'aime beaucoup ce début ! J'ai pas été très convaincu par le prologue, que j'ai trouvé un peu classique et plutôt attendu à la fin dans la vibe "l'humanité est chaos". Cela étant il était bien écrit, ce n'était pas une souffrance de le lire !
Le chapitre 1 m'a vraiment plu ; il donne plein d'infos mais il n'st pas non plus trop explicatif. Je sens bien l'esprit de ta narratrice, un peu en flottaison tout en sachant sa ligne directrice. Je trouve que tu en dis suffisamment de l'univers pour le comprendre, mais insuffisamment pour développer une curiosité à son égard.
j'ai juste relevé unee incohérence : l'hérôine part sans sa tasse de lait, mais à la fin du chapitre elle boit du lait...
Plein de bisous !
Pandasama
Posté le 20/11/2022
Coucou !

Ravie que ce premier chapitre t'ait plu ! Merci, pour l'incohérence, moi qui pensais avoir fait attention à ça ! Je m'en vais corriger de ce pas !

Merci pour ta lecture.
Edouard PArle
Posté le 06/11/2022
Coucou !
Je trouve ce premier chapitre bien flippant. Tu évites le cliché de dictature absolue en SF pour décrire un pouvoir aux méthodes bien plus subtiles et nuancées qui n'en demeure pas moins extrêmement dangereux. Ca m'a un peu fait penser au système de notation chinois : en apparence anodin mais extrêmement pervers.
Toutes les sollicitations extérieures en début de chapitre (montre connectée, pubs) mettent tout de suite de l'ambiance et en on ressort plus. La mise en page aide aussi à se plonger facilement dans ton univers.
Apprendre que la meilleure amie de l'héroïne a dénoncé ses parents m'a fait quelque chose. C'est quand même pas courant. Je suis vraiment curieux d'en apprendre plus sur cette histoire.
Une petite remarque :
"on n’a aucune risque de se fasse renverser…" -> faire
J'attaque le prochain chapitre (=
Pandasama
Posté le 08/11/2022
Salut,

En effet, je voulais un peu m’éloigner des clichés habituels, même si je les aime bien, ne sont pas ce que je voulais raconter. Quand à Hylia, ouais... elle est un peu spéciale, enfin, tu en découvriras plus si tu décides de poursuivre ta lecture !
DraikoPinpix
Posté le 03/11/2022
Coucou !
Je suis contente de découvrir ton histoire, c'est un début intéressant ! Ca manque peut-être de descriptions de l'environnement, mais l'esprit science-fiction est là avec tous ces termes qui lui sont propres. J'aime ton style et son dynamisme et je m'attache déjà à l'héroïne.
Bref, à bientôt :3
Pandasama
Posté le 08/11/2022
Salut !

Déjà, merci de ta lecture et surtout, merci pour tous ces compliments ! Quant aux descriptions, la chose est que je dois trouver un équilibre entre le point de vue de Reynia qui manque parfois d’attention et les descriptions nécessaires pour l’immersion, donc ouais, un peu compliqué...

Bref, à bientôt !
Altaïr
Posté le 21/08/2022
Mon esprit soupçonneux me souffle qu’un message codé se cache dans les titres de tes chapitres (un peu comme dans la série « Alias » si tu connais) ... à suivre !

Je trouve que tu es habilement passée du style narratif du prologue au récit à la première personne. D’autant plus que le langage de ta protagoniste est presque familier et truffé d’anglicismes, ce qui tranche nettement avec le style de ton premier chapitre.
En parlant d’anglicismes, je ne sais pas à quel lectorat tu destines cette histoire, mais as-tu envisagé de mettre des annotations ou des « auto-paraphrases » pour les personnes non anglophones ? Autant certains termes sont compréhensibles pour quiconque ne vit pas complètement coupé du monde actuel (comme « switcher »), autant je me dis que « Nobody ain’t no time for that » n’est peut-être pas à la portée de tous.
Ta description de Port-Orange m’a ramenée plus de vingt ans en arrière, dans la banlieue défavorisée de Barcelone ... va savoir pourquoi ... toujours est-il que tu poses un contraste intéressant entre les quartiers favorisés et, ben le reste : les beaux quartiers et le lycée. Astucieux ces ravalements de façades instantanés, leur description est très visuelle !
Je me demande si je n’aurais pas préféré découvrir plus tard l’existence des pouvoirs de Reynia, par exemple les deviner au fil de l’histoire (où Reynia décrirait ce qui se passe lorsque ses pouvoirs se manifestent sans dire explicitement qu’elle les possède). A ce stade j’hésite encore. J’attends de lire la suite pour statuer.

Lycée Cameron Niffug ... tiens tiens 😏

Quelque chose me dit que ton récit est truffé de jeux de mots et de références, alors soit elles échappent à ma compréhension, soit je me fais des idées. Je penche pour la 1ère option, ce qui est d’ailleurs quelque peu frustrant 😅

Quelques coquilles (entre les //) et remarques :

// Cliquet de la (du ?) chauffe lait // Sir Potipoter me salut (salue) // une armée de chat mutant (mettre au pluriel ?) // et répond (réponds) à voix haute // vous auront aidées (aidée) dans le choix // s’il [les jeux] ne vous convient pas (s'ils ne vous conviennent pas) // J’ai… après (appris ?)… beaucoup trop de trucs ce jour-là. // les infos switch (switchent) // au moment ou (où) j’appuie sur le bouton de ma (mon) chauffe lait //
* * *
Une phrase dont je n’ai pas saisi le sens : « Les messages corpos sont chiants, mais les machines qui en balancent sont beaucoup moins chères ».
* * *
// Je ne sais pas qui voudrait s’infiltrer ici, mais que (supprimer « que ?) ça fait partie des procédures // ceux-là vous colle (collent) au cul. //
* * *
Très bon passage :
« À cette heure-là, il n’y a pas grand monde, et les réclames me sont quasiment toutes destinées. Leurs écrans essayent de me vendre du Fo-T, encore, du maquillage, une nouvelle coupe de cheveux. Si on les écoute, un t-shirt neuf pourrait me sauver la vie… »
* * *
// Hylia est arrivé (arrivée) ici // Je l’avais déjà remarqué (remarquée)
Avec les IA de pilotage, on n’a aucune chance qu’on se fasse renverser (aucun risque – ou chance - qu’on se fasse renverser) …
Mes pouvoirs m’ont aidé (aidée) // les ordinateurs du lycée sont beaucoup plus performants que les nôtres et ils n’y en ont pas (et ils en ont ?) en libre-service dans une salle. // Mais (supprimer « mais », pas forcément utile ici, et cela éviterait une répète) nous ne faisons deux pas dans la cour qu’on nous arrête // M'en fou (fout) de me faire choper. // Ce n’est pas parce qu’ils t’ont pondu (pondue) // cependant, elle a (est) totalement sûre de pouvoir en dégoter un. // sauf les week-ends. (manque un espace) // Mais entre (depuis) notre arrivée dans le bâtiment //

A bientôt !
Altaïr
Posté le 22/08/2022
N.B. : en relisant j'ai compris le passage relevé dans mon com précédent ... je devais être fatiguée car il est tout à fait compréhensible ... et une coquille s'est glissée : je voulais écrire *défavorisés
Pandasama
Posté le 22/08/2022
Bonjour !

Déjà, merci pour ta lecture et pour avoir relevé mes coquilles. Je me relis et j’utilise Antidote, mais j’en laisse passer encore beaucoup, j’espère que ça n’a pas rendu la lecture trop désagréable.

Ensuite, pour les anglicismes, je me posais la question justement, je me disais que les notes en bas de pages n’étaient peut-être pas pratiques étant donné que j’en ai pas mal... Mais en y réfléchissant, je devrais au moins traduire les expressions les plus longues.

Pour les références et les jeux de mots, il y en a, mais j’essaye d’avoir la main légère dessus et de faire en sorte que si tu ne les saisis pas, elles n’empêchent pas la compréhension du récit.


Feydra
Posté le 04/05/2022
Merci pour le partage de ce récit. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce chapitre. On découvre la narratrice et tu arrives à la faire "vivre" de manière très fluide et naturelle : son caractère, sa manière de parler, sa puissance. On commence à comprendre un petit peu ce qu'est le Système et les caractéristiques du monde se dévoilent petit à petit. Toutefois j'ai du mal à visualiser la ville : peut-être qu'avec plus de détails sur les lieux et les gens la ville prendrait "vie".
Bravo ! Je sens que je vais dévorer la suite.
Pandasama
Posté le 04/05/2022
Bonjour !

Tout d’abord, merci de ta lecture ! Je suis ravie de voir que le début de cette histoire t’a plu, et j’espère que la suite te plaira tout autant !

Je note ta remarque sur la description de la ville, dans ce premier chapitre, je n’y ai encore pas donné beaucoup d’importance, à rectifier peut-être ?
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