Guilde

Le Duc est en colère. L’information que mes petites ombres ont récoltée semble à priori vague, mais particulièrement inquiétante, surtout dans la façon dont nos domestiques l’évoquent. Ils en parlent comme d’une jambe faible, ou une douleur chronique : avec résignation. 

 

Ah… Pourquoi cette fatigue soudaine ? Mon examen d’entrée au Lys, qui a eu lieu en début de semaine l’explique peut-être ? Les résultats des six participants, dont je fais partie, auraient dû être affichés aujourd’hui, mais leur publication a été retardée par ce jour de deuil. 

 

L’après-midi commence, lorsque je sors du château, le Duc m’attend déjà, près du fiacre qui doit nous conduire à la capitale. Raeka se prélasse à l’intérieur. Le véhicule, plus petit que le carrosse que nous utilisons pour des sorties officielles, possède tout juste assez d’espace pour le Duc, Raeka et moi. Peu étonnant : notre carrosse habituel, pourtant plus massif, ne peut pas transporter la louve. 

 

— Elle peut marcher à nos côtés, me rétorque le père de Roselynd lorsque je porte ce fait à son attention.

 

Cette réponse n’est ni au goût de Kadara ni du mien. Peut-être devrais-je… Non, ça n’a aucun sens ! Ce n’est que d’un bête et inoffensif voyage en fiacre ! Rien ne peut m’arriver, surtout avec Kadara si près.

Nous partons sans plus attendre et nous nous engageons sur la voie Harriott, destination : la guilde de la magie. Nous ne sommes pas les seuls à nous rendre à la capitale depuis le sud, en ce jour singulier. La cité de Kadara se pose comme le cœur de l’empire et le lieu du souvenir. Sous la masse des Êloïtes, les routes se transforment en fleuve de larmes noires sur lequel il est difficile de naviguer.

 

En ville, la plupart des commerces présentent des devantures closes, mais les impériaux se présentent aux abords des échoppes des ciriers, rares boutiques ouvertes et indispensables en ce jour particulier. 

 

Nous réussissons à nous frayer un chemin jusqu’au niveau des ordres, principalement grâce à Kadara. Elle n’a rien de particulier à faire, elle se place devant nous et les Êloïtes s’écartent et s’inclinent d’eux-mêmes. Peut-être est-ce là l’unique raison de ma venue ? Ah ! Bien sûr que non… 

 

Creusés directement dans la montagne, les locaux de la Guilde de la magie, au centre de l’étage des ordres, soutiennent le palais impérial. De grandes portes, aussi hautes que le pan de montage, d’un métal blanc terni par le temps et décoré par des créatures dorées, stylisées selon l’art ancien de l’Empire, gardent l’entrée. Les battants restent ouverts en permanence, mais des gardes parés de l’uniforme de Fée-Dragon, plantés devant une barrière occulte en interdisent l’accès. 

 

Aucune des sentinelles ne stoppe notre fiacre, de toute façon, ceux-là sont sans aucune once de magie. On les place ici par principe. En cas d’offensive sérieuse, ils ne pourraient offrir qu’une résistance insignifiante. Ce genre de fonctionnement est d’ailleurs généralisé à tous les ordres et maisons : les militaires de bas rang ainsi qu’une partie de l’administration se composent de roturiers tandis que les nobles occupent des postes plus prestigieux.

 

Imaginez qu’un groupe de mages fou décide d’attaquer la Guilde ? Ces gardes ne deviendraient alors qu’un sacrifice inutile. 

 

Ah ! Comme il est heureux que cet empire connaisse la paix !

 

Et à l’intérieur...

Du sol au plafond se trouve un jeu anarchique de couloirs, de marches et de portes. Une adepte dont je ne vois pas la créature évolue sur l’un des escaliers qui nous surplombe et le bruit de ses pas résonne dans le vide. Lorsque je lève la tête, son regard croise le mien et elle me répond d’un sourire. 

 

Le fiacre s’arrête brusquement. Le heurt me fait perdre la mage de vue. 

 

Nous nous trouvons dans une sorte de rotonde, où, sur les bords, divers véhicules sont garés. Au centre de cet espace trône un portail magique, rectangulaire, presque d’un étage de hauteur, gardé par une rangée de sentinelles. De l’autre côté, je peux entrevoir un long couloir tapissé de blanc et d’or, qui se termine par une grande fenêtre, par laquelle j’aperçois le sommet de la tour blanche de la Fée-Dragon. Grâce à elle, je comprends qu’il s’agit là d’un portail qui conduit au palais impérial. 

 

Le fiacre nous abandonne pour se placer auprès des autres véhicules. Le cochet, vêtu de noir à la place de la livrée rouge de la maison de Harriott, met pied à terre à ce moment-là. Un chapeau à bord large m’interdit de saisir ses traits. Il se laisse fléchir dans notre direction, dans une sorte de salutation épuisée avant de partir à pied vers la sortie de la guilde. Je ne peux m’empêcher de l’observer alors qu’il remonte péniblement le chemin de retour. Je l’aurais contemplé encore longtemps, si Kadara ne me poussait pas du museau pour suivre le Duc. 

 

Qui a-t-il perdu ? 

 

Malgré la date, nous croisons quelques adeptes ici et là accompagnés de leurs créatures. Beaucoup s’arrêtent, certains même se précipitent vers nous. Je constate, presque avec regret, que je ne suis pas l’explication de cet engouement. 

 

Cela fait plus d’une année complète que je me trouve ici, mais plus que la magie, c’est la présence des créatures qui reste pour moi une source d’émerveillement et également parfois, d’étonnement. Voir des bêtes sauvages se mouvoir avec une intelligence humaine est d’autant plus frappant dans des endroits habillés d’une aura officielle, comme c’est le cas aujourd’hui. Souvent, je m’extasie de m’éveiller aux côtés d’un être aussi sublime que Kadara. Cette seconde chance… même si elle est vouée à vivre la vie d’une autre… est une bénédiction. Et la beauté de l’Empire, les créatures, la magie… Tout cela…
 

 C’est...

 

 

... Tout comme la tour rouge, la guilde utilise un réseau de portail de téléportation, mais celui-ci semble plus complet et plus complexe, en plus d’être doublé par une toile d’escaliers et de passerelles métalliques. 

 

Après avoir traversé un téléporteur et selon le toit de la tour noire, visible au travers des larges baies vitrées, nous avons grimpé au moins un nombre d’étages à trois chiffres. Peut-être qu’au-dessus de ce plafond se dresse le palais impérial lui-même ?

 

Qu’importe, je continue. Kadara pose sa truffe sur mon épaule. Dans ma précipitation, je n’ai pas remarqué que le père de Roselynd s’est arrêté. Raeka assis à ses pieds, regarde par la fenêtre dans la même direction que son mage. Celui-ci, équipé de jumelles de théâtre, observe une scène en contrebas. 

 

— Ils ont commencé. 

 

Il me tend ses binoculaires. 

Nous ne nous y sommes jamais rendus, mais je connais l’endroit que le Duc me désigne. C’est une place, parfaitement carrée d’une cinquantaine de mètres de côté. Chaque étages de la capitale en possède des similaires, placés sur le même axe. Des bougies s’y consument, doucement. Et elles brûlent jour et nuit. Une fois par an, aujourd’hui, le peuple s’y réunit pour faire voler des lanternes illuminées. Et surtout, se recueillir. 

 

Un grand nombre d'impériaux flotte là, en masse brumeuse. Ils seront beaucoup plus ce soir. 

L’Empire d’Êlo a connu des siècles de paix, ainsi déclarent les livres d’histoire. Mais ces ouvrages ne qualifient pas le soulèvement populaire sous le règne de l’empereur fou comme une guerre. Hum... la frontière entre « émeute » et « guerre civile » est si fine. 

 

– « Et chacun de ses fidèles se rappellera ce jour. Chacun pleura ses défunts à la place du deuil ».

 

— Le livre d’Êlo ? Oui. Je suis bête. Vous souhaitez rejoindre le Lys. 

 

Je lui rends les jumelles. Une question me brûle les lèvres. Non, plusieurs, en réalité. Mais la première me semble la plus importante : ne ressent-il pas le besoin de se recueillir ? Mmh, pour appréhender l’étrangeté de son acte il faut comprendre ce qu’impliquent plusieurs siècles de paix. Avec elle, on oublie l’horreur du monde et des Hommes, mais les tyrans se posent en piqûres de rappel. 

 

Tu en sais quelque chose ! 

 

Oui, j’en sais peut-être plus que tout cet empire...

 

Êlo aurait dû préserver son peuple, l’exempter de cette expérience. La nomination de l’empereur a systématiquement été la prérogative de la créature impériale, jusqu’ici, ses décisions ont toujours été parfaites. Imaginez la crise : la foi en choix d’Êlo est l’un des ciments de l’empire. Êlo ne peut donc pas apparaître faillible. Sinon, en quoi serait-il différent des dirigeants humains ? Qu’est-ce qui justifierait son règne éternel ? 

 

Ainsi se pose mon autre question : comment l’image d’Êlo a-t-elle survécu à cet incident ? Le tabou peut-être ? Ce jour se concentre sur les morts, la folie d’un individu, les héros qui l’ont vaincu… On occulte beaucoup trop aisément le rôle de la créature impériale. 


 

— J’ai l’impression que vous avez quelque chose à me dire. 

 

La voix du Duc me sort de mes pensées. Je salue sa clairvoyance, mais je ne m’abaisserai pas à lui poser la moindre question. 

 

Je nie d’un signe de la tête, il reprend son chemin. Nous nous arrêtons devant une porte à double battant. La plaque au-dessus d’elle indique Laboratoire 5

 

Dernière, se trouve une grande salle aux murs dissimulés par de lourdes bibliothèques qui luttent pour ne pas céder sous la pile de livres qu’elles contiennent. Au centre de la pièce, des tablettes aux allures anciennes et des ouvrages aux écritures étranges dorment dans de longues vitrines. Parfois au milieu de ces objets se cachent d’autres artefacts, plus originaux : des dagues rouillées par le temps, des cubes de cristaux et des bijoux…

 

Le laboratoire, vidé de ses chercheurs, fait grise mine. En fait, une seule forme cendrée, gantée de blanc se trouve là. Assise à un bureau, elle scrute à la loupe un carnet manuscrit dans cette langue que je ne reconnais pas d’une main et de l’autre prend des notes. À côté d’elle lévite une tablette circulaire d’une vingtaine de centimètres de diamètre que la scientifique retourne régulièrement, pour mieux l’analyser. Des deux côtés, on observe une scène champêtre presque identique, à la différence de la figure centrale : un humanoïde sur l’endroit et un cerf sur l’envers. 

Sur l’épaule de la jeune femme, un axolotl fixe les deux-points noirs qui lui servent d’yeux vers moi. La mage tourne brusquement la tête quelques secondes après et pose ses yeux d’un bleu outremer sur moi. Elle sourit, mais pas en ma direction.  

 

— Je crois que vous connaissez déjà Lady Amélie de Lunavel ? me demande le Duc.

 

Je réponds à l’affirmative. Ni Kadara, ni moi ne gardons un souvenir agréable de cette rencontre. Et même encore maintenant, elle plante son regard sur nous, comme si nous étions une sorte de petite nuisance. 

 

— Lorsque Votre Grâce a évoqué la venue de sa fille, je m’attendais à voir Garance, s’étonne-t-elle d’un ton faussement naïf.

 

Il ne répond que d’un signe de la tête, puis il se tourne vers moi.

 

— Mettez-vous à l’aise, m’ordonne le Duc.  

 

Puisque c’est demandé si gentiment…

 

Il se dirige vers le fond de la salle et ouvre à l’aide d’un insigne de métal, une lourde porte de fer, qui doit protéger leurs artefacts les plus précieux. 

Je profite de ce moment pour examiner la collection du laboratoire, avec, je dois le dire, une certaine déception. Je ne déteste pas l’histoire ni l’archéologie. À vrai dire, je considère ces sciences comme importantes. Je m’attendais simplement à autre chose de la part du père de Roselynd, quelque chose… de moins banal…

 

— Vous aimez l’époque Hisealienne ? me demande Lady Amélie. 

 

J’hausse un sourcil. De quoi parle-t-elle ?  

 

— Le cube, précise-t-elle avec condescendance.

 

Amélie de Lunavel ferait un très mauvais professeur. Je me doute que l’époque... Comment dit-elle ? Hiserrienne ? Hisaelienne ? Dois désigner une ère historique ou artistique, mais une de celles connues uniquement des spécialistes. Mais... peut-être part-elle du principe que ces notions sont banales ? Hum, je l’ignore… Cependant, sa façon de s’exprimer en dit long sur son caractère. 

 

— À vrai dire, je ne me suis jamais intéressée aux artefacts. 

 

Ses yeux s’écarquillent comme si je l’avais insultée. 

 

— Vous ? La fille du Duc ? Ne vous passionnez-vous pas pour histoire ? Aux Priria ? À la noble reine Azura ? Même Garance…

 

— Lady Amélie !

 

La voix du Duc, autoritaire, fait taire la jeune femme. Il pousse un chariot devant lui. Le duc de Harriott pousse un chariot devant lui. Un acte anodin. Étrange. Étrange, parce qu’il est un monstre, un dieu, un tortionnaire et ces créatures-là ne poussent pas de chariots. Le banal doit être réservé aux humains, pas à ses semblables.

 

— Tout le monde ne peut partager notre passion pour le passé. De plus, Roselynd n’a pas votre éducation.

 

Son éducation ? Alors que j’essaye encore d’interpréter cette réplique et l’emphase surprenantes qu’il y porte, une moue agacée déforme le visage de la scientifique. Il se tourne ensuite vers moi :

 

— Veuillez excuser Lady Amélie, son amour pour l’histoire lui fait oublier les règles de politesse les plus basiques. 

 

Où avais-je la tête ? Ainsi donc, je ne dois pas lire du mépris dans ses paroles, mais n’y comprendre qu’une expression maladroite ? Évidemment ! Je suis sotte, parfois...

 

Le Duc ne semble pas souhaiter s’attarder sur l’incident, la Lunavel non plus, puisqu’elle pose les yeux sur le chariot, pour caresser du regard le carnet qui y repose. Peut-être parce que mon œil manque d’éducation, mais je n’y vois qu’un livret, certes ancien, mais banal. Seule une serrure d’un bronze ouvragé et rehaussé de cristaux noirs se démarque. Sinon, le reste : la couverture en cuir fatigué et le papier jauni en font une antiquité peu impressionnante. Je me doute bien que cet artefact doit donner des indications précieuses aux scientifiques, mais il lui manque cette aura d’« extraordinaire » qui transforme une vieille babiole en trésor.

Kadara me surprend lorsqu’elle avance pour mieux observer l’objet. Il semble éveiller chez elle un sentiment de nostalgie diffus, dont elle ne détermine pas très bien l’origine.  

 

— Peut-être que Lady Kadara reconnaît le carnet de l’ancien Harriott ?

 

Si je ressens de l’étonnement, ce n’est rien comparée à celui de Kadara. Elle jette un regard, de toute sa hauteur à Raeka qui, assis en sphinx, déforme ses babines en un étrange sourire. 

 

L'ancien Harriott ?

 

Ton ancêtre, ou plutôt, l'ancêtre de ton hôte. Et c'est là son unique explication. Une réponse que j'aurai pu déterminer seule...

 

— N'a-t-il donc pas de nom, cet ancien Harriott ? je demande, espérant obtenir quelques éclaircissements. 

 

La Lunavelle répond par un soupir exaspéré. Le Duc, avec une patience que je ne lui connaissais pas, me précise :

 

— Effectivement, vous ne devez pas être familière avec cet individu. Avec le temps son identité a disparu des mémoires, mais nous savons que ses découvertes sont indispensables pour percer le mystère de l’empire. 

 

Encore une emphase étrange. Je demande :

 

Le mystère ?

 

— Êlo.

 

Êlo ?

 

Êlo… Son origine n’a pas été élucidée... de même que celles des autres créatures… J’ignorais que certains Êloïtes s'intéressaient à ce « mystère ».

Je comprends pourquoi le Duc demeure discret sur ses recherches. Même si nous ne sommes pas en période d’inquisition, elles restent à la limite du blasphème : on n’essaye pas d’expliquer un dieu. On l’accepte tel qu’il est. Une fois que les Hommes l'appréhendent, il perd son aura divine. Seulement, si son investigation est admise par la Guilde et l'Empire, elle ne doivt pas être totalement mal vue, mais peut-être que les plus dévots pourraient critiquer son travail ? 

 

La Lunavel ne s'intéresse plus à moi, le Duc, lui, les yeux rivés sur ma figure, décrypte la moindre ride d’expression, le moindre haussement de sourcil. Il cherche visiblement à déterminer quelque chose au travers de mon visage, mais quoi ? 

 

— Le loquet ne se débloque qu’en contact avec de la magie d’ombre, intervient Lady Amélie.

 

Ce qui explique ma présence, mais...

 

— N’avez vous pas dit qu’il s’agissait du carnet d’un Harriott ? Pourquoi se déverrouille-t-il grâce à l’ombre ?

 

De même, n’importe quel adepte des ténèbres peut déverrouiller ce carnet ? Cela ne me semble pas se poser comme la protection idéale. 

 

— Nous ignorons beaucoup de choses. Peut-être était-il un double éveillé, comme vous. 

 

Kadara observe le carnet un long moment, lève la tête, avant de s'asseoir sur son arrière-train, à côté de moi. D’un geste, j'invoque la magie des ténèbres et qui déverrouille l'objet d’un clic. Lady Amélie se précipite pour récupérer l’ouvrage, et calme, elle feuillette les pages avec une douceur maternelle. De là où je suis, j’ai une vue sur les premiers feuillets, couverts de symboles encore plus étranges que le texte sur lequel elle étudiait il y a quelques minutes et qu’elle semble avoir totalement délaissé. 

 

— Nous devrions la laisser travailler, me dit le Duc. Le vrai talent de Lady Amélie ne se révèle que dans la solitude. 

 

Il se dirige sans sa créature vers la sortie et m’invite à le suivre d’un regard. Kadara me précède.

 

— Que pensez-vous de notre laboratoire ? me demande-t-il dans les couloirs.

 

Difficile de donner une réponse sincère. Je n’ai été témoin que de la bonne humeur de Lady Amélie. Sans attendre ma réponse, il continue :

 

— Que diriez-vous de rejoindre la Guilde ? 

 

— Pardon ?

 

— Vous êtes, sans conteste, assez intelligente pour notre ordre. Si j’appuie votre candidature, la guilde l'étudiera avec soin. Même si l’archéologie ne vous intéresse pas, la guilde se penche sur de nombreux sujets, je suis certain que vous trouverez votre bonheur. 

 

Si j’accepte, Garance serait folle de rage. Elle, la fille chérie du Duc, n’a pas eu cette opportunité. Et la fierté me brûle les joues. 

 

La Guilde me paraît être le compromis idéal, me souffle Kadara, ton secret n’y sera pas menacé. 

 

Nous avons la même idée. Faire mes armes à la Guilde me semble tout aussi gratifiant que dans le Lys… En plus sûr… 

 

Mais… cela reviendrait à faire ce que le Duc désire et…

 

Qu’importe ! Il ne peut rien nous faire ! 

 

— Mais je serai honoré que vous rejoigniez le laboratoire 5, mon enfant. J’ose croire que vous êtes de celles qui cherchent la vérité de ce monde. Ainsi que la justice. 

 

Vérité. Justice. Des mots bien étranges, prononcés avec une intonation étonnante. Mon cœur menace d’ouvrir ma poitrine. 

 

Joie. Fierté. Peur. Fuir. 

 

Mes pensées conscientes ne recherchent qu’une échappatoire. Une partie de moi ne désire que le suivre. Si je reste ici une minute de plus, je risque de prendre une décision que je regretterai. 

Je dois éviter le Duc. Ses mots atteignent Roselynd et c’est moi qui dois lutter.

 

Kadara ressent ma détresse et place son corps massif entre nous. J’entends le rire du Duc, puis il commence, d’une voix rendue grave par une rage soudaine :

 

— Roselynd, vous ne me…

 

Il s’interrompt à la vue d’une blouse grise. L’homme qui s’en couvre se rue vers nous, un sourire aux lèvres. 

 

— Monsieur le Duc ! Lorsque Lady Ruschiel m’a appris votre présence, votre humble serviteur s’est précipité à votre rencontre…

 

Sa voix meurt. Je ne vois pas le visage du père de Roselynd, caché par la louve, mais à la grimace de l'importun, j'imagine qu'elle doit être terrible. 

 

— Lady Ruschiel ? Répète le Duc, avec l’intonation d’une menace de mort. Ainsi donc, cette peste…

 

Le Duc s’interrompt. Les yeux de l’intrus s'agitent comme ceux d’un homme au bord de la noyade, qui cherchent une bouée. Et lorsque son regard se pose sur moi, je comprends que je serais sa planche de secours. 

 

— Je… J’ignorais que votre fille était présente ! Je… Je ne vous dérangerais pas plus longtemps, lance-t-il avant de fuir.

 

Le Duc avance de quelques pas. S'arrête. Parle :

 

— Retournez au laboratoire.

 

Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? 

 

 Je ne sais pas. Je le regarde simplement s’éloigner. Incapable de bouger. J’essaye de comprendre tandis qu’il disparait. 

 

Kadara me pousse du museau pour faire demi-tour. Lorsque je retourne au laboratoire, Lady Amélie ne remarque même pas mon arrivée. Je reste assise. Seule. Près d’une fenêtre. Longtemps. Jusqu’à ce que les lanternes mortuaires consument l'obscurité du ciel et s’élèvent jusqu’au palais impérial. 

 

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Alice_Lath
Posté le 09/06/2021
Hello hello
Eh bien, que de découvertes sur le duc et aussi, dans une autre mesure, lady Amélie. J'avoue que j'ai bien aimé découvrir cet aspect contrasté de leurs personnalités, ça change et cela leur donne plus de profondeur, bien joué pour le coup ! De manière générale, j'ai bien aimé découvrir toute cette investigation autour de leur passé et de Elo
En point un peu plus négatif, j'ai trouvé les explications sur la journée de deuil un peu confuse et j'ai eu pas mal de difficultés à me représenter leur arrivée à la tour de la guilde, de même que les lieux. Egalement, une petite piqûre de rappel de là où Rose a rencontré Amélie ferait ptet pas de mal haha comme à nouveau il y a beaucoup de personnages
Pandasama
Posté le 09/06/2021
Bonjour !

C’est vrai que j’ai énormément de personnages secondaires qui apparaissent pour l’instant très peu et je devrais les réintroduire !
Je note également tes remarques concernant le jour du deuil et évidemment je rendrais tout ça plus clair !

Merci de ta lecture !
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