Gloire.

Trois jours se sont écoulé depuis le rite de Garance. Trois jours uniquement voués au repos. Fait étrange, Garance m’a laissée tranquille. Je m’attendais à subir une de ses visites nocturnes, mais elle a dû profiter de ce temps pour parader. Qu’importe. Dans quelques heures aura lieu le bal qui célèbre sa subjugation. Une énième ode à sa gloire.

Une fois n’est pas coutume, des serviteurs sont venus pour m’assister. Mais, le problème se situe ailleurs.

Je fais face à un dilemme. Un mannequin se trouve depuis quelques jours déjà, habillé d’une robe.

C’est le genre de tenue que l’on ne voit que dans les contes de fées. Le tissu d’un noir sombre au repos, simplement rehaussé d’une fleur cristalline à la poitrine, porte un enchantement qui au contact de la peau s’éveille. De la longue traîne jusqu’à la poitrine, apparaît quelquefois un ciel étoilé, d’autres fois, une nuée de papillons colorés s’en envolent. À d’autres moments, l’étoffe ondoie comme une eau calme. Ma préférence va aux halos qu’elle dégage occasionnellement, une aura d’un rouge vif, palpitant comme un cœur amoureux. Magnifique. Vraiment.

Mais quelques détails me gênent.

La partie supérieure de la robe : un bustier à l’avant, un décolleté qui tutoie mes reins à l’arrière, est beaucoup trop révélatice. Les Harriott souhaitent que Roselynd montre les cicatrices héritées de son geste suicidaire à toute la société. Roselynd en aurait eu honte, à tort. Pourquoi regretter des actes, même avortés, qui ont pour but d’améliorer votre existence ? Seulement voilà, ces cicatrices ne ressemblent pas à celles que des serres pourraient infliger. De toute façon, mes options sont limitées. Le hasard a voulu qu’une femme de chambre ait renversé par accident une cruche de vin rouge sur toutes mes robes de soirée. Le second détail gênant, c’est qu’autant d’insistance me semble suspecte. Et c’est un cadeau bien trop beau pour Roselynd… qui empeste le piège.

Qu’importe !

Je pourrais m’abstenir d’apparaître… Ou porter une tenue quotidienne… Mais aucune de ces options ne me convient, je possède des informations à transmettre dans les plus brefs délais et j’ai besoin de répondre aux normes sociales lors de grands événements comme celui-ci. Je résous finalement la question et jette un châle en satin sur mes épaules. Une fois habillée, parée et coiffée, je descends.

La vedette de la soirée n’est pas encore apparue. Son bal a lieu dans nos jardins. Les arbres aux feuilles ardentes alignées sur le bord du tapis rouge tracent l’entrée de la réception, réchauffent et éclairent agréablement la nuit. Nous sommes protégés des intempéries et de la neige qui tombe drue, par un dôme invisible, qui frémit et carionne, lorsque les flocons s’y écrasent avant de fondre. Mon arrivée se veut discrète, mais avec une telle robe, difficile de passer inaperçu. La première et seule personne qui m’aborde est la duchesse de Sebour. Augustin ne l’accompagne pas et je m’en réjouis.

— Tu es magnifique, me complimente-t-elle.

Je lui retourne l’éloge.

— Comment vous portez-vous ce soir ? Je demande ensuite.

Elle me sourit.

– Bien. Mais je peux m’empêcher de m’inquiéter pour toi, ma Rose…

Sa sincérité me touche. Vraiment, comment ne pas apprécier cette femme ?

— Je ne me laisserai plus marcher sur les pieds.

Son visage s’habille d’une expression de surprise. Ce n’est pas ma déclaration qui l’étonne, mais par mon ton. Calme. Posé. Clair.

— Ta situation n’en reste pas moins compliquée ma Rose. Garance qui subjugue l’Oiseau de feu n’est pas un acte anodin.

— Je sais comment agir.

Elle s’inquiète. Oui, bien sûr. La dernière fois que Roselynd a « su quoi faire », elle en est morte.

— Je vous rassure, je ne mettrais pas ma vie en jeu cette fois. La duchesse acquiesce.

— Si jamais tu te retrouves aux pieds des murs, viens à Sebour. Nous t’accueillerons.

Le duc de Sebour nous interrompt. Je le connais peu, Roselynd ne lui a jamais parlé et il ne s’est jamais intéressé à elle.

— Irelia, la duchesse de Lunavel te cherche, elle souhaite te discuter de nos frontières communes.

Elle roule des yeux.

— Je vais devoir de laisser ma Rose, puisque cette chère Dorea ne sait pas s’amuser.

Elle me fait signe et disparaît.

Garance entre peu après, sublime. Elle porte une robe simple, blanche. Un modeste drapé, qui caresse son corps à chacun de ses mouvements. Ses cheveux libérés flottent autour de sa tête et la couronnent d’un halo ardant. Elle apparaît dépouillée d’ornement et pieds nus. Elle se présente dans un dénuement qui ne lui ressemble pas. En voilà une humble déesse de la victoire ! Elle porte son pigeon flambé à bout de bras, comme une torche, pour qu’il soit visible de tous.

Après, par « pigeon flambé » je suis peut-être un peu partial.

 

Un peu.

 

C’est un paon d’un rouge incandescent. Son plumage semble commun aux primes abord, cependant, l’œil aguerri remarquera les éclairs dorés qui le parcourent. La lueur des arbres s’atténue et lorsque la nuit gagne la soirée et que les plumes de l’animal deviennent le seul point de lumière Créa ouvre le bec pour entonner quelques notes. Je ne suis pas une experte en ornithologie, mais je peux affirmer sans risque qu’aucun oiseau ne chante comme celui-là. Je crois qu’aucune créature mortelle ne peut émettre ces sons. Ces accords sont trop parfaits, la tessiture trop large. Créa change de registre et passe de l’aigüe aux tons les plus graves sans effort. Un frisson me parcourt. Comment ne pas s’émouvoir face à un tel spectacle ? Le son atteins la perfection, si pure, si divin si…

 

... effrayant.

 

Lorsqu’ils avancent, la queue du paon s’élève, pour s’ouvrir en une houe de feu, qui éclaire comme un grand soleil. Les yeux du plumage se détachent en petites étoiles célestes et dérivent au-dessus de nous. Cette créature et sa magie restent bien à l’image de son maître, clinquante, mais moins utile qu’il n’y parait.

— Voici Crea. L’Oiseau de feu. La flamme éternelle, la voix du sud, frère de Raeka et la lumière de Harriott. S’écrit-elle alors.

La lumière de Harriot...

Certaines bêtes sont plus liées à certaines familles que d’autres. Crea est de celle-là. Il a été la créature de plusieurs Ducs des flammes et son histoire est mêlée à cette famille. Quel message cette situation renvoie-t-elle ? Cela me parait évident. La lumière de Harriott la désigne comme véritable héritière.

Notre défaite semble totale.

L’audience applaudie. Le volatile range ses plumes, mais les petits orbes restent en suspension dans l’air. Et la soirée reprends et Garance ouvre le bal en compagnie de son fiancé. Je me détourne d’eux. Et je cherche quelqu’un.

Lord Glenn.

Je sais qu’il participe à l’événement. Les membres du Lys Rouge sont tenus de participer à ce genre d’exhibition, au cas ou le mage perdrait contrôle de sa créature. Et pour les êtres aussi puissants que Créa, le Commandeur de l’ordre doit y assister lui-même. Je l’aperçois accompagné de deux de ses soldats : la femme de grande taille et celle au chapeau pointu, en conversation vive avec une noble que je ne reconnais pas. Si lui semble clairement apprécier le moment, ses subalternes, elles, paraissent s’ennuyer. La grande femme croise mon regard et son visage s’illumine, comme si elle rencontrait enfin la terre, après un long séjour en mer. Elle lance quelque chose à ses collègues avant de quitter le groupe.

— Lady Roselynd, comment vous portez-vous ?

— Bien, merci Lady…

— Alexandra. Alexandra Lux-Garmar. Général à vrai dire.

Elle m’annonce cela, l’air de rien, en caressant du bout des doigts la chouette d’un or éthéré qui repose sur son épaule, mais elle n’en est pas moins la fille d’un archiduc ! Cette famille en termes de rang elle n’est seconde qu’après l’empereur. Dans l’ordre dont elle fait partie, elle se place directement en dessous de Lord Glenn. D’ailleurs, par cela, elle est une interlocutrice tout aussi valable que son supérieur… Et elle m’apparaît déjà plus avenante… Cependant, l’endroit me semble mal choisi, peut-être si nous étions seules...

— Lady Alexandra, je...

Elle se retourne brusquement. Ce qui l’alarme, c’est un groupe de jeune fille, assez bruyante, qui encercle le Commandeur. D’autres, les invités dans notre entourage immédiat, observent vers cet étrange rassemblement.

— … que nous puissions voir le pilier de lumière serait un honneur… sont les mots que je capte.

Ce dont elles parlent m’est totalement inconnu… contrairement ceux qui m’environnent. D’autres s’avancent, réclament. Lord Glenn se contente de boire son vin, sans se donner la peine de répondre. La générale s’interpose. Elle fait de son mieux pour garder un ton civil, mais son agacement, non, une colère inattendue émane de chaque cellule de son corps. Elle semble à deux doigts d’exploser.

— Nous ne sommes que des invités ici, articule-t-elle péniblement, Lord Glenn ne s’autoriserait pas…

— Mon père n’y verrait aucun inconvénient, intervient Garance, attirée par la cohue. Je vous l’assure.

Lord Glenn étudie ces visages implorants, comme s’il assistait à un spectacle qu’il ne comprenait pas.

— Puisque l’héritière de Harriott vous le permet, je pense que cela ne pose aucun problème, lance Augustin. Ce serait un privilège d’être témoin du pilier de lumière en l’honneur de sa subjugation.

Oh, Augustin !

Qu’attends-tu pour le finir ?

— Puisque c’est en l’honneur de la subjugation de l’héritier…

Pour cette réponse, ma voix se mêle à celle du Commandeur là où mon ton reste sarcastique, le sien cache à peine son agacement. Il force un sourire et met son verre entre mes mains. Avance, tous le suivent comme une sorte de messie. Puis, il claque des doigts. Il se contente de claquer des doigts

... Pour que le ciel s’illumine comme en plein jour.

Quelque chose que je ne peux décrire uniquement comme un pilier de lumière percute notre coupole protectrice, qui en riposte prend sa forme première, celle de serpents de feu, agités, comme si leur nid aurait été dérangé par un intrus. Les cris d’agonies qu’ils poussent, des notes aigües proches de la voix humaine répondent étrangement au bourdonnement profond et assourdissant de la puissance solaire. Le dôme semble péniblement absorber l’attaque et dévier la magie belliqueuse en dragons d’or emmêlé dans des ronces de sangs. Tous les visages sont tournés vers le ciel, habillés d’une expression de pur amusement…

 

Suis-je donc la seule à ressentir un sincère effroi ? Suis-je la seule dont le corps est parcouru par un frison, non pas d’excitation, mais d’horreur ?

 

Un craquement. Le dôme de Harriott, qui protège la famille ducale des attaques extérieures se fissure. Les défenses du château sont réglées sur leur puissance la plus faible, mais il n’empêche… Des stries d’un blanc divin s’y dessinent, desquels s’échappent quelques flammèches. Et à ce moment-là, se passe quelque chose d’étrange. Si je devais donner un sens à cette attaque, je dirais que le pilier s’abat du haut vers le bas. Mais là, le flux d’énergie prend la direction opposée, entraînant avec lui des pièces de plus en plus importantes de notre barrière protectrice, pour les laisser se désagréger au-dessus de nous, les transformant une pluie de poussière étincelante et chaque grain qui touche le sol prononcent une note unique avant de mourir. Des applaudissements et des cris d’émerveillement remplacent le bourdonnement et le doux tintement de la lumière. Le pilier, maintenant libre de passage, s’abat au milieu du jardin… j’en ai le souffle coupé. Littéralement. La clarté m’éblouit et dissipe les orbes solaires de Créa, la pression magique m’écrase, si lourdement qu’elle prend une masse physique. Je pourrais l’empoigner, la former. Mes poumons me brûlent. Ils sont les premiers à pâtir de l’atmosphère délétère. Je ne semble pas la seule à souffrir, mais je reste de loin la plus touchée.

Lord Glenn exécute un geste de la main et le pilier disparaît. Un froid soudain me saisit et quelques flocons m’atteignent, mais la barrière se reforme petit à petit. Je respire de nouveau. Des applaudissements retentissent. Donc, ça, c’est Lord Glenn Aldring… Dans une société qui ne valorise que la puissance, qu’est-il ? Un dieu ?

Ce n’est que quand il se tourne vers moi que je remarque que je tiens encore son verre de vin. Je prends une grande inspiration pour calmer mes poumons et affiche un sourire. Lorsque je tends sa boisson vers lui, j’entends un craquement surprenant. Je n’ai pas à chercher longtemps son origine. La fleur qui ornait ma poitrine tombe lourdement au sol et ma robe, qui s’était teinte d’un blanc de tempête de neige, meurt.

 

Avant de prendre feu.

 

Ces flammes sont clairement offensives. En tant que mage, je possède une résistance aux brasiers… à un certain degré. C’est cette capacité qui me sauve surement la vie. Elle me laisse un moment pour me reprendre. Je constate assez rapidement que je n’ai pas la force de les éteindre. Ainsi, Garance ne perd pas de temps, voici donc sa première tentative d’assassinat… Non… c’est autre chose, les flammes sont trop faibles. Inextinguible, dangereuse… mais non létales. Sans le contrôle que j’exerce sur elles, qui mobilise une grande partie de ma volonté, ces flammes m’auraient brûlé... au moins légèrement. Mon regard se plante dans celui de ma demi-sœur, qui cache son sourire derrière ses mains. Ainsi tel était l’humiliation de ce soir… Un jet d’eau me ramène à la réalité. Je dois dire que ton plan est exquis ma chérie. Ma robe entièrement calcinée, me voilà nue, trempée devant toute la haute société êloite.

On ne peut pas dire que mon corps entre dans les canons de beauté, des sillons parallèles le creusent, des morceaux de chair absents au sein gauche ne le rendent plus aussi rond que le droit. À vrai dire, cette partie de Roselynd et moi ressemble au patchwork d’un couturier débutant. Je comprends donc le choc… et ceux qui refusent de regarder. Mais ceux qui osent poser leurs yeux sur moi peuvent témoigner.

 

Je n’ai aucune cicatrice sur le dos.

 

Peut-être devrais-je fuir, me cacher quelque part et pleurer toutes les larmes de mon corps. Mais à la place, je me contente de lâcher la coupe encore entre mes mains avant d’essorer mes cheveux défaits par les magies successives. La dignité ne coûte rien, mais elle fait de vous le plus riche des hommes. J’avise un serveur et récupère deux verres de vin. J’en tends ensuite au Commandeur.

— Prenez ce vin-là, il sera à bien meilleure température.

Son étonnement ne dure que quelques secondes, il saisit le calice. Je lève mon verre et enchaîne après une gorgée d’alcool :

— Je crois que je vais devoir me changer. J’ai l’odieuse impression que ma tenue ne semble pas au goût de tous.

À ma grande surprise, il retire la veste de son uniforme pour m’en couvrir les épaules.

— En effet, je ne suis pas certain que votre style avant-gardiste fasse l’unanimité.

Je lui réponds avec un sourire entendu, avant de retourner au château. Sur le chemin, je sens le regard de Garance sur moi. Je lis l’incompréhension sur son visage… L’étonnement aussi et pour la première fois… l’hésitation ?

Je garde mon calme jusqu’à ma chambre. Mais une fois la porte fermée, toute la colère que je refoulais s’exprime, ma coupe de vin est la première victime puisqu’elle finit contre le mur, laissant une trainée rouge sur son chemin.

Ah, Garance ! Un jour, je t’arracherai les tripes…

Pourquoi pas maintenant ?

Je détourne mes pensées d’elles... Pas maintenant, pas maintenant…

Ce n’est que lorsque j’avise la souillure sur la tapisserie que je regrette mon geste. Tant pis, au moins la peste pourra se mettre cela sous la dent. Je laisse glisser la veste qui recouvre mes épaules et cherche un habit de rechange. J’y retourne évidemment, Roselynd de Harriott ne se cache pas de honte. Je n’ai pas de tenue aussi belle ni même d’autre robe de soirée, je choisis un vêtement simple, mais passe-partout. Avant de sortir, je ramasse le vêtement du Commandeur encore un peu humide. Voilà au moins du positif. Lorsque j’ouvre la porte, je suis surprise de constater qu’Alexandra m’attend derrière. Son hibou tourne autour d’elle, son halo illumine le couloir, là où toutes les autres sources de lumière ont disparu. Pourquoi les éclairages sont-ils éteints ? Comment est-elle arrivée jusqu’ici ? Aussi fille d’archiduc qu’elle est, les gardes et les protections magiques du château auraient dû l’arrêter. Comment a-t-elle trouvé l’emplacement de ma chambre alors qu’elle se trouve dans une aile différente que celle du reste de ma famille ? Avant que je puisse demander quoique ce soit, elle l’interrompt :

— Glenn aimerait récupérer ce qu’il vous a prêté. M’explique-t-elle en désignant l’objet.

Non. J’ai besoin d’une entrevue. Je tente alors :

— Ne souhaite-t-il pas que je la fasse nettoyer avant ?

Elle sourit et me fait signe de la suivre :

— Demandez-le-lui directement.

Si l’ironie d’être guidée dans mon propre château ne m’échappe pas, je m’exécute sans discuter et suis introduite dans l’un de nos salons privés. Le Commandeur assis sur l’un de nos fauteuils, confortables, sans gêne nous attend. Je pose sa possession entre nous avant de m’installer en face de lui, sans prendre la parole. Alexandra se poste debout derrière son chef. Son visage plus pâle et ses yeux plus cerclés de noir qu’en début de soirée trahissent sa fatigue. J’avoue que son comportement m’échappe. Pourquoi invoquer une telle magie ? La beauté du geste ?

— Quand comptez-vous en référer à l’ordre ? me demande-t-il, désignant l’emplacement de mes cicatrices pour appuyer son propos.

Évidemment, il a compris que Créa n’avait pas infligé ces blessures.

— Quand aurai-je pu ? Lorsque nous étions à l’auberge ? Ou quand vous avez essayé de me tuer ?

— Quelle ingratitude ! Moi qui tentais simplement de vous aider. Me réplique-t-il, d’un ton sec. Mais pour répondre : dès votre réveil.

— Je l’ignorais alors, je pensais que le rituel de Garance concernait ce loup de feu, je n’ai découvert que le jour du rite qu’il s’agissait d’un Oiseau de feu.

— Imaginez-vous me faire croire de telles inepties ?

Je continue prudemment. Je l’irrite, ce n’est pas mon but.

— N’avez vous pas entendu parler de Lady Roselynd, la fille mal aimée du Duc de Harriott ? Celle que l’on appelle même plus « héritière » ? Celle à qui l’on refuse la flamme de Harriott ? Ma famille me maintient dans l’ignorance la plus totale. A fortiori depuis mon... accident.

Il soupire.

— Soit, imaginons que vous n’ayez pas délibérément caché l’apparition d’une créature magique non répertoriée, comme vous n’avez pas dissimulé votre double éveil…

— J’ai rempli mes obligations légales envers la Guilde.

— Ne me prenez pas pour un idiot. Vous savez que personne ne vous croit. Et cela vous convient.

— Il ne tient qu’à vous, Lord Glenn, de réparer cette erreur. Je suppose qu’un seul mot de votre part pourrait changer la donne.

Ne le provoque pas, il pourrait...

Je sais. Que se passerait-il si Garance réalisait que j’ai de la valeur ? Elle se sentira menacée et m’écraserait complètement. Je ne pourrais pas me protéger. Pourtant...

— Ne me tentez pas Lady Roselynd. Ne me tentez pas.

Sous son regard glacial, il poursuit.

— Imaginons que c’est en effet une regrettable erreur. Consentez-vous à nous donner les informations que vous détenez ?

Je prends une inspiration. Je vais me faire mépriser un peu plus. Mais je dois continuer.

— Bien sûr, contre un échange équitable avec l’ordre.

Il se redresse sur son siège et sourit. Pas le sourire narquois dont j’ai déjà été témoin. Non. Ce sourire-là parait mauvais.

— Un échange équitable, répète-t-il.

Je viens d’invoquer une notion de droit. Chaque information que je lui donnerai devra recevoir son équivalent. Ce que je fais n’a rien d’étrange. Au contraire, c’est une demande banale.

— Souhaitez-vous un témoin ?

— Personne ne semble prêt à témoigner en ma faveur. Je préférais un serment.

À vrai dire, Irelia le pourrait, mais je ne préfère pas ébruiter l’affaire. Il trace un symbole ancien dans l’air, qui s’illumine. Un serment magique scelle une promesse, les répercussions pour les parjures peuvent être lourdes.

— Que désirez-vous ?

— La primauté sur la subjugation.

— Soit, passez la première, ce n’est pas grand-chose. Réplique t il. Mais sachez que même malgré votre double éveil, vous restez incapable de subjuguer quoi que ce soit.

— Peu importe. Continuons.

— Quels renseignements détenez-vous ?

— Le nom de la créature.

Si la dénomination d’une bête semble une information anodine, c’est en réalité, loin d’être le cas. Le lys va devoir se charger d’elle avant le mage. Savoir à qui ils ont affaire peut éviter de lourdes pertes. Il hausse un sourcil et je poursuis.

— C’est d’un loup de feu, aussi appelé le Loup blanc.

Il éclate de rire. Comment lui en vouloir ? Ce monstre n’est pas n’importe quelle bête !

— Le loup blanc. Vous voulez avoir le droit de le subjuguer ! Rien que cela ? Sachez tout de même que les informations que vous me donnerez seront vérifiées avant de valider l’échange.

J’acquiesce.

— Que désirez-vous ensuite ?

— Votre soigneur.

S’il s’était détendu à l’évocation du « loup blanc », son visage devient sévère. Son regard se porte sur la partie gauche de mon corps.

— Les soigneurs n’existent pas pour votre bon plaisir, leurs pouvoirs ne doivent pas être gâchés à des fins… cosmétiques.

— Croyez-vous vraiment que toutes les femmes ne pensent qu’à leur beauté ? Vous me décevez Lord Glenn.

— Pour quelle autre raison Lady Roselynd ? Vous êtes la fille d’un Duc, en obtenir doit être simple pour quelqu’un comme vous.

— Je suis la fille d’un Duc qui ne prendrait même pas la peine de déplacer mon cadavre si je venais à mourir. Mais là encore, vous pouvez vérifier ! Je souffre des poumons depuis ma naissance. Rien, sinon un soigneur, ne pourrait me guérir.

— Lady Roselynd, n’essayez pas de m’apitoyer, marchandez ! Si ce que vous avez à m’offrir vaut l’échange, pour des raisons non cosmétiques bien sûr, alors, soit.

— Je connais le dernier emplacement du loup blanc. Je sais même où se trouve son antre. À vrai dire, je me suis perdu en cherchant ce stupide piaf…

Il m’arrête d’un signe de la main.

— Indiquez-moi simplement l’endroit. Vos anecdotes ne m’intéressent pas.

Haha !

Je reste silencieuse quelques secondes. Non, je n’ai pas le temps d’être vexée. Je prends quelques secondes. Les créatures sont souvent nomades ou discrètes, leur emplacement demeure une donnée de valeur. J’aurai son soigneur. Je lui transmets les coordonnées.

— D’ici une semaine, je vous recontacterai pour vous faire savoir ce qu’il en est. Me lance-t-il en se dirigeant vers la porte.

— Bien. Passez une bonne soirée Lord Glenn. Je suppose que vous préférez que je la fasse nettoyer avant que vous la récupériez ?

J’ajoute en désignant la veste encore devant moi. Il jette un coup d’œil à la veste avant de la récupérer. De retour au bal, plus d’une centaine d’yeux accueillent mon retour. Je les ignore. La fleur qui parait ma poitrine gît toujours au sol. Dans mes mains ses couleurs apparaissent ternes, fanées depuis longtemps.

— Les robes enchantées comme la tienne se dérèglent lorsqu’elles sont exposées à une forte magie.

La voix d’Augustin me surprend à peine. Ainsi, si ça n’avait été Lord Glenn, ça aurait été Créa.

— Bonsoir, Lord Augustin, comment allez-vous ce soir ?

— Voyons Roselynd, depuis quand mets-tu autant de distance entre nous ?

— Vous êtes le fiancé de ma… De l’héritier des Harriott ! Trop de familiarité pourrait être mal perçue.

Mon pique semble le toucher à vif.

— Je ne comprends pas ton agressivité. Tu sais que c’est mieux pour toi. Ainsi tu pourrais vivre une vie paisible.

Je lui réponds avec un sourire. Quel homme pitoyable ! Si j’admettais les sentiments de Roselynd, je devrais le rendre fol amoureux de moi. Mais qui peut bien vouloir d’Augustin de Sebour ? Pourtant, je ne peux m’empêcher d’y penser… Quel genre de femme Augustin de Sebour apprécie-t-il ? Garance est un outil de pouvoir, mais...

— Ce n’est pas si simple, n’est-ce pas ? J’aurais aimé que les choses se passent autrement…

Mon ton le caresse, mes yeux ne le quittent pas… Étrangement, il me répond sur le même ton…

— Moi aussi…

Garance apparaît, prends le bras de son fiancé sa créature magique repose sur son épaule.

— Roselynd, tu es de retour ? Je… suis désolée, j’ignorais que ton corps était aussi marqué… Tes cicatrices sont horribles ! Et tu t’es retrouvée nue devant tout le monde, tu dois être mortifiée.

Que répondre à cela ? dois-je rire ? dois-je pleurer ?

RIS ! RIS ! RIS ! RIS !

La fleur dans ma main perd un pétale. Un long moment de silence suit.

— Vous avez surement envie de danser, aussi vais-je vous laisser. Je m’étais éloignée de quelques pas lorsqu’elle s’écrie.

— J’ai demandé à Créa de s’excuser auprès de toi ! Mais il m’a dit que…

Je lui coupe la parole, elle attire l’attention de trop de monde, à dessein. :

— Inutile, Créa n’est pas l’auteur de mes blessures, je ne l’ai jamais prétendu… déclaré-je, d’une voix mal assurée. Je suis désolée que tu aies compris le contraire…

Je souris avant de m’en aller. Autant dire que je devrai me cacher pendant quelques semaines.

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Alice_Lath
Posté le 13/10/2020
"Trois jours s’est écoulé le rite" => J'ai pas compris la phrase haha
"incité" => Inquiété non >?
Il y a aussi des petits soucis de mise en page notamment dans la conversation Augustin - Rose haha
Sinon, en dehors de ça, c'était un très bon chapitre à nouveau, même si je ne suis pas certaine d'avoir compris tout ce que réclamait Glenn. J'aime décidément de plus en plus ses subordonnées, plus que lui qui joue le rôle de BG-ténébreux (rarement ma tasse de thé huhu)
Et Garance avec son poulet fermier là, ça me donne une soudaine envie de KFC, si tu savais hahahaha
Pandasama
Posté le 13/10/2020
Haha, merci de ta lecture et de ton retour !
Ouais, moi aussi j'ai un amour non négligeable pour les subordonnées de Glenn, surtout Alexandra (peut être que ça se vois ?)
Et je considère notre chère Garance est la reine du poulet braisé o/
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