Garance

Je n’ai pas senti le sommeil arriver. 

 

Une pression autour de ma gorge m’éveille. J’ai d’abord un mouvement de panique avant de voir qui me menace : Garance. 

Elle appuie sur ma trachée assez fort pour gêner ma respiration, mais pas assez pour laisser des traces de strangulation. 

Cette fille est le pire type de pestes qui existe : celles qui portent un masque de sainte. Aux yeux de tous, Garance adore sa Roselynd plus que tout, mais c’est elle qui a réduit sa réputation en miette, a volé l’homme qu’elle aimait et maintenant convoite son héritage.

 

— Roselynd, si j’étais toi, j’éviterais de crier. 

 

Sa main chauffe. 

 

Et pour continuer, contrairement à Roselynd, elle est une puissante magicienne.

 

Même si je hurle, personne ne viendra m’aider. A contrario, je sais qu’elle est suffisamment intelligente pour ne laisser aucune trace d’agression. Non, elle n’ira pas jusqu’à me blesser. Le choix est donc simple.

 

— Je ne crierai pas. J’articule.

 

Elle lâche ma gorge et s’assied à mon chevet. 

 

— Ma Roselynd... Pourquoi ? Cherchais-tu à m’humilier ? Moi qui ai été si bonne avec toi ? Moi qui t’ai veillée quand tu étais souffrante !

 

Elle a souvent joué les garde-malades, c’est vrai. Mais dans cet acte, elle ne met aucune bienveillance : elle voulait juste à garder son défouloir préféré en vie, et en même temps, se donner l’image d’une sainte. 

Pour une raison que Roselynd ignore, sa demi-sœur la déteste et a pour vocation absolue de détruire son existence. C’est malsain. Excessivement même. Mais je serais hypocrite d’émettre un jugement moral ici. 

 

— Je m’excuse Garance. Dis-je en imitant au mieux la Roselynd originelle.

 

Et sous mes draps, je serre les poings. Je n’ai pas le luxe d’attirer ses foudres.

 

— J’espère bien, ma petite Roselynd !

 

Elle me tapote la tête, je lui aurais bien rendu la pareille… avec plus de violence. 

Elle se lève et me regarde, impassible. Si Garance est belle ? On peut le dire, je suppose. Ses cheveux sont épais, bouclés, libres comme un brasier indomptable. Elle est l’incarnation d’un mage de feu avec sa crinière rousse et ses yeux ambre. Son visage. Non. Tout son corps est une pièce de marbre aux incisions précises, aux angles mathématiques, une œuvre d’art taillée pour la guerre. 
 

Ne parlons plus de sa beauté. À cet instant, alors que son regard enflammé par la haine se pose sur moi, elle est hideuse. 

 

— Défie-moi encore une fois et l’on retrouvera ton cadavre au fond des caniveaux après que toute la lie des bas quartiers eut pris leurs aises avec toi. Pour certains d’entre eux, que tu respires ou non n’a que peu d’importance.

 

Elle se laisse porter par un rire. Viol, meurtre et nécrophilie dans la même phrase ? Eh bien, bravo jeune fille ! 

 

Cette fille fait froid dans le dos. Les échos de Roselynd me soufflent qu’elle pourrait exécuter cette menace sans plus de remords et réussir à pleurer notre disparition. Le ferait-elle ? Être « capable » est une chose, passe à l’acte… À cet instant, je n’ai pas envie de le découvrir. 

Cependant, oui, je préfère avoir une démente comme elle en tant qu’adversaire. Je me sentirai moins coupable quand je lui prendrai tout ce qui nous appartient. 

 

— J’ai déjà promis à belle-maman des excuses publiques. Je bafouille.

 

Elle scrute mon visage. Ha ! Malgré mon interprétation, elle devine que quelque chose cloche. Elle ne doit pas reconnaître sa Roselynd. Mince, je me pensais prête pour une carrière d’actrice ! 

 

— Bien entendu... Et tu seras aussi mon assistante le jour du rite. J’avais prévu de demander à Augustin, mais bien évidemment, je te préfère, ma Roselynd ?

 

Elle m’aveugle d’un sourire.

 

C’est une folle dangereuse... Ce n’est pas l’une des pires aliénées que j’aie rencontrées, mais pas loin. Ah ! Celle-là serait beaucoup plus agréable une fois morte... Mais ne comptez pas sur moi là-dessus ! Je suis une bonne personne maintenant. Et mon pacte avec Roselynd n’inclut pas le meurtre, c’est une échappatoire beaucoup trop douce. N’est-ce pas ?

 

Je me rendors quelques minutes après le départ de la demi-sœur. Peut-être espérait-elle que ce ne soit pas le cas… Ha ! Comme si une gamine allait m’impressionner !

Un domestique m’apporte le petit déjeuner quelques minutes après mon réveil. Une simple soupe fade et tiède. Le médecin apparaît après que tout soit débarrassé. Il commence par défaire mes bandages et examine les cicatrices qu’ils cachent. 

 

— Comment vous sentez-vous ? Une gêne ?

 

— Rien de particulier… Si ce n’est une insomnie. 

 

Il réfléchit.

 

— La douleur ? 

 

— Non, des cauchemars. 

 

Oui, je considère le visage de Garance comme terrifiant. Cependant, je lui raconte une histoire larmoyante, celle d’un rêve ou un monstre me pourchasse. 

Il fouille dans sa trousse et en récupère une fiole que sa créature remplit. 

 

— C’est un somnifère à faible dosage. Si cela ne suffit pas, tâchez de m’en informer.

 

Le liquide est d’un vert transparent. Je teste la formule le soir même. Quelques gouttes me font somnoler, ralentissent mes réflexes, mais je ne sombre pas dans un sommeil total. 

 

J’attends quelques jours avant de faire la demande suivante :

 

— Connaissez-vous un moyen de guérir plus vite ? 

 

L’essence de la magie est d’ignorer les lois de la nature… Aurais-je eu un outil comme celui-là dans ma réalité précédente, rien n’aurait pu m’arrêter… Peut-être, n’aurais-je même jamais fini dans la limbe… Mais comme on dit, avec des “si”...

Ah… N’aurais-je pas déjà rencontré un être aussi contre nature qu’un de ses pratiquants dans ma propre existence... Dans ce cas-là oui, sa banalité de ce monde m’aurait surprise...

 

— Avec un soigneur, votre rémission serait instantanée, mais… le temps que l’un d’eux soit disponible, vous aurez guéri naturellement. 

 

Dans cette réalité, on fait une différence importante entre les médecins, utilisateurs d’un savoir scientifique et les «soigneurs » qui emploient une magie spécifique. Ces derniers sont donc plus opérants, mais à cause de leur rareté, les Êloïtes les utilisent que selon certaines conditions. L’argent est l’une d’elles. 

 

— Avez-vous une autre solution ? insisté-je. Je ne désire pas investir dans quelque chose d’aussi précieux bien sûr, j’espère simplement trouver un moyen alternatif, même s'il s’avère moins efficace. 

 

Il réfléchit. 

 

— Je connais une potion... m’apprend-il, elle n’est pas unique, mais est coûteuse à produire. Ses effets sont ceux que vous cherchez. Mais le rétablissement naturel reste préférable à cause de certaines… répercussions... 

 

— Comme ?

 

— Seuls les aristocrates ont la capacité de s’en servir et tant qu’elle agit, vous perdrez le contrôle de votre magie. Certains en sont morts, engloutis par leur propre puissance. De plus… (il hésite un peu), la guérison dépend aussi du talent de l’utilisateur…

 

Roselynd a toujours eu la réputation d’être un mage médiocre. Mais moi, je ne m’en fais pas.

 

— Pouvez-vous m’en procurer ? 

 

Il cherche ses mots. 

 

— Si j’ai les fonds nécessaires. Répond-il finalement.

 

— Vous les aurez.

 

Il se lève.

 

— Laissez-moi consulter le Duc.

 

Je ris.

 

— Surtout pas. Cela doit rester entre nous. 

 

— Mais…

 

Je me sors de mon lit et m’aide de la canne que l’on m’a fournie, je me traîne jusqu’à ma coiffeuse. D’un tiroir, je récupère une boîte en velours. 

 

Une parure s’y cache. Elle comprend une paire de boucles d’oreilles, un collier, un bracelet et une tiare. Toutes les pierres sont rouges, grenat, béryl, rubis… Je ne connais pas les taux de changes de l’empire, mais ces pièces d’orfèvreries doivent bien couvrir l’achat de quelques costumes neufs !

 

De tout ce que possède Roselynd, c’est de loin la chose qui détient le plus de valeur monétaire. C’était un cadeau de son ex-fiancé, Augustin de Sebour, la couleur de la parure était censée évoquer le feu. Malgré la séparation, elle est restée excessivement obsédée par ces ornements. De mon côté, c’est un attachement que je n’ai pas et m'm'apparaît absurde. Cet homme l’a odieusement trahi. Il ne mérite aucune considération.

Je saisis la paire de boucles d’oreilles et les dépose au creux de sa paume avant de lui refermer les doigts dessus.

 

— Prenez cela comme une avance. Le reste de la parure est à vous si vous me procurez secrètement cette potion. 

 

Il ouvre la main, son expression est transparente. En tant que médecin, il doit mener une vie de petit bourgeois. Mais il endosse son avidité. Ses tenues sont de bonne qualité, toujours immaculée et traitée avec soin...

Mais cette tenue est démodée et si l’on est attentif, on remarque des reprises sur le tissu. En une période si courte, je l’ai vue porter le même costume à au moins deux occasions alors que la noblesse change deux à trois fois d’accoutrement par jour.

Des pierres précieuses, des pièces d’un bijoutier renommé… voilà qui doit représenter une grosse somme… Un montant plus élevé que ses revenus annuels. Et ce n’est qu’une petite partie de ce que je lui propose. Je lis sur son visage qu’il se méfie, je sens une certaine réticence. Mais son avidité lui susurre que c’est quelque chose certes, un peu étrange, mais irrépréhensible…

 

— Je réclame un certificat de cession en bonne et due forme.

 

— Bien entendu.

 

Et, comme si l’idée venait de me traverser l’esprit, j’ajoute :

 

 

— Je veux également que vous me fassiez prendre l’air. Juste une petite sortie une fois par jour. À l’aube. 

 

— N’avez-vous pas des serviteurs pour cela ? 

 

— Refusez-vous mon offre ? 

 

Ses yeux s’arrondissent et se tournent vers le sol. 

 

— Non... bien sûr, non.

 

— Dans ce cas, contentez-vous de m’obéir. Vous pouvez me laisser seul. Revenez demain matin au lever du jour.

 

L’aurore est le moment idéal pour sortir de ma chambre. Les uniques personnes éveillées à cette heure-là sont les domestiques. Les maîtresses des lieux vivent une vie mondaine, elles se lèvent rarement avant dix heures et quand Garance ne dort pas, elle se rend au temple pour sa préparation à la subjugation. Quant au Duc, ce sont ses obligations auprès de la guilde des mages… lorsque ce n’est pas le cas, ce sont celles de son entrejambe qui lui font passer plusieurs nuits consécutives dehors.

 

Le lendemain, le médecin m’emmène à l’heure de l’aurore à l’endroit que je lui indique. 

 

Là où nous rendons, nous devons utiliser la sortie arrière du domaine, qui est moins impressionnante que l’officielle ; un simple portail en fer noir. 

 

Le lieu que j’ai en tête est assez éloigné. Avec deux jambes valides, Roselynd devait prendre une bonne demi-heure avant d’y arriver. Sur le fauteuil roulant que le docteur m’a fourni, nous mettons beaucoup plus longtemps. Nous suivons un chemin moins entretenu que la route principale, mais il reste pavée et praticable. Le paysage devant moi est plus traditionnel, les rares arbres que je croise sont d’une couleur classique et en accord avec le mois d’été. Le long de mon trajet, je ne borde qu’une lande vierge de toute présence humaine. Les fleurs qui l’habillent sont superbes, des taches rouge et jaune lancées sur une toile verte, mais sont si banales que j’en suis presque déçue.

Nous arrivons à destination. L’endroit où je peux perdre contrôle de la magie de feu sans que ce soit catastrophique. 

 

Le lac Céruléen.

L’onde est d’un bleu éthéré, d’une pureté inédite et à mes yeux. Cette pièce d’eau est d’un calme et d’une beauté qui ne peut que laisser ceux qui en sont témoins extatiques. 


 

Devant moi se situe un embarcadère en pierres rectangulaires, enfermé derrière une clôture vaincue par la flore autochtone. Même en plein été personne ne s’aventure ici, cet endroit appartient au domaine privé du Duc et à son usage exclusif. 

Je n’ai pas pied, mais je suis certaine que je pourrai toucher le fond un peu plus loin de ce côté de la rive… 

 

À plusieurs kilomètres sur la berge d’en face est localisée la plus grande ville du duché : Harriott, la cité aux briques blanches. 

Mais ce qui m’intéresse est bien plus près. 

 

Un kiosque en pierre se trouve au large à quelques dizaines de mètres de l’embarcadère. Le clan de Harriott, en bon fils du feu, donne l’image d’une famille qui répugne les jeux maritimes, mais au vu de cette construction, ce n’était pas le cas de leurs ancêtres. 

 

Et pourtant, l’endroit est magnifique. Le décor est admirable, la vue dégagée et il doit être agréable de s’y baigner. Roselynd n’a jamais appris à nager. Moi par contre, j’en ai passé des heures dans l’eau… parfois à patauger dans des marais... Que ce soit pour le plaisir ou non.

 

— Amenez une barque ici, le plus tôt sera le mieux.

 

Alors que je m’attends à une rebuffade, il acquiesce. 

 

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Isapass
Posté le 26/11/2020
Aaaah ! Elle va collectionner les substances du serpent ? En tout cas le somnifère, c'est fait. Et elle s'est mis le médecin dans la poche (enfin j'espère qu'il ne va pas la trahir). Et là, sur la berge du lac, j'imagine qu'elle va commencer à s'entraîner pour augmenter sa magie ?
Pour le moment, on ne sait pas trop comment fonctionne cette magie, d'ailleurs. Est-ce que les mages peuvent faire tout ce qu'ils veulent ?
Si j'ai bien compris, Clarisse était la maîtresse du duc, c'est ça ? Est-ce que ça signifie que Garance est née hors mariage ? Si c'est le cas, ça n'a pas d'incidence sur sa place dans la société ? Ou alors la mère de Rosalynd est morte alors que celle-ci n'avait que trois ans ?
Bref, comme tu le vois, je suis curieuse et c'est plutôt bon signe : je suis à fond dans l'histoire ;)
Je reviendrai sans doute après les HO pour découvrir le plan diabolique !
A+
Pandasama
Posté le 27/11/2020
Haha ! Ravie que ça t’ait plu ! Bonne continuation pour les HO !
Ora Koro
Posté le 19/11/2020
Hate de voir la suite ! De voir ce qu'il en tourne de Garance ! J'aime vraiment beaucoup ton style et ça me presse de savoir ma suite de ce chapitre !
Pandasama
Posté le 19/11/2020
Merci !
Visaen
Posté le 30/06/2020
Pour avoir lu le premier jet de ce chapitre, je trouve Garance plus détestable maintenant. La première fois, son physique m'avait échappé mais je l'imagine mieux désormais sauvage et cinglée. C'est un caractérisation en couleur pour une entrée en matière. A côté, le médecin paraît bien fade, mais peut-être l'est il vraiment ? Peut être n'est-il pas bien important ?
Pandasama
Posté le 30/06/2020
Contente de voir que le personnage de Garance soit si "populaire" ! Le docteur n'est pas fait pour être un personnage important ou récurant... Mais il a son utilité !
Visaen
Posté le 10/01/2021
Coucou,

En relisant j'ai croisé quelques coquilles :
Elle me tapote la tête, lui aurait bien rendu la pareille… --> JE lui auraiS
Demie-soeur --> demi-soeur
le limbe --> les limbes ?
contre nature --> contre-nature
couteuse --> coûteuse
que j’aie rencontre --> ées
je l’ai vue porter le même costume vu à au moins --> enlève "vu"
Pandasama
Posté le 10/01/2021
Merci pour ton commentaire ! Tout a été corrigé !
Alice_Lath
Posté le 29/06/2020
Purée, Garance, je sens que son karma va revenir en vol lui coller une gentille petite tatane huhu, nan mais oh, c'est quoi cette jalousie à deux balles ? Faut qu'elle redescende sur terre huhu, je me demande ce que Rose va lui préparer du coup, comme mauvaise surprise. Je suis certaine que ça sera de haut vol pour le coup. Puis c'est une bonne chose qu'elle se débarrasse de ces cailloux sentimentaux, en plus ça permettra à tout le monde de comprendre plus facilement qu'elle a tourné la page.
Pandasama
Posté le 29/06/2020
Yup, Gar-gouille est détestable ! Je vais rien promettre concernant la suite, je te laisse découvrir !
Ninon Marza
Posté le 26/06/2020
Garance est une garce, Garance croit qu'elle va faire une bouchée de Roselynd mais Garance n'a pas bien tout compris là, mouahaha.
Il me tarde d'en savoir plus sur ce fameux que les neurones d'Ombroselynd sont en train de mettre sur pied (sans mauvais jeu de mot, of course).

Ah et pendant que j'y suis, j'ai remarqué quelques coquilles. Rien d'assez grave pour gêner la lecture, rassure-toi ^^

- Elle a souvent joué les gardes-malades : garde s'écrit sans S car il s'agit du verbe et non de la personne

- j’espère simplement trouver un moyen alternatif, même si elle s’avère moins efficace : il me semble que tu as un petit souci d'accord sur cette phrase !

- C’était un cadeau de son ex-fiancée, Augustin de Sebour : également, un petit problème d'accord ^^

- Un montant plus élevé que ces revenus annuels : ses revenus et non pas ces, il s'agit du possessif ici

- — Je réclame un certificat de cession en bon et due forme : bonNE et due forme

- Nous suivons un chemin moins entretenu que la route principale, mais elle reste pavée et praticable : tu passes du masculin au féminin parler de la même chose me semble-t-il

- des taches rouge et jaune lancée sur une toile verte : lancées au pluriel ici

Euh... voilà, je crois que j'ai tout passé en revue normalement ^^'
Il n'en reste pas moins que j'aime bien ton style d'écriture, c'est sarcastique et acerbe et ça se marie très bien avec le ton de l'histoire !
Pandasama
Posté le 26/06/2020
Woah, c'est assez impressionnant le nombre de coquille que je laisse passer alors que je prends énormément de temps à me relire! Merci, ça m'aide beaucoup !
Ninon Marza
Posté le 26/06/2020
Avec grand plaisir pitit nounours <3
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