Faisons le avec le sourire : Pour toi mon amour

Notes de l’auteur : Encore un sujet qui est assez triste, et qui est important à mes yeux. J'ai essayé de me servir du thème pour adoucir la tristesse et la violence du destin, et en même temps, parler d'une maladie qui a touché ma vie d'une certaine manière.
Le thème a été un exercice donné par Nyx M. Cavalier lors d'un de ses streams avec comme contrainte : Une bande de personnage de type famille autodéterminée (formfamily) qui prépare un évent + un personnage LGBT qui peut avoir une romance dans la formfamily

Je prends tout commentaire, du moment qu'ils sont constructifs.

Les feuilles tombent, et autour de moi, tout semble se rétrécir. Je n’aurais jamais imaginé une seule seconde qu’on en arrive là, tous. L’automne se fait dur, froid, et donne le sentiment que tout s’immobilise. C’est un peu l’ensemble des sensations qui se font ressentir dans mon cœur. Les éléments s’alignent, et j’ai l’impression d’être prêt à tout perdre. Je pose mes yeux sur les cernes énormes qui entourent les magnifiques yeux d’ambre qui m’ont toujours impressionnés chez Evan. Nous sommes autour de lui, ses amis de toujours,Julien, Irène et moi. Evan nous regarde avec un sourire des plus tendres. Il est heureux, et l’air sur son visage ne cesse de contraster le regard grave inscrit sur les nôtres. La sentence vient de tomber. Evan ne marchera jamais plus. Il a perdu l’usage de ses jambes, la maladie est en train de gagner. Les médecins ne le disent pas à haute voix, sûrement pour ne pas le décourager mais le cancer est en train de le prendre, tout doucement, faisant de lui une de ses victimes de plus. Il suffit de le regarder pour voir. Il suffit de le regarder pour comprendre. Il s’agit désormais d’une histoire de mois, peut-être de jours. Au plus profond de moi, je prie pour que ce ne soit pas une histoire d’heure. Mais je connais le regard de la pitié, pour l’avoir trop souvent eu comme message lors de mes visites à l’hôpital. J’ai perdu beaucoup de gens dans une seule vie. 
Et je vois désormais mon seul et unique amour se laisser aller à un sommeil éternel, chaque seconde s'enfonçant un peu plus dans cette saloperie de maladie.

 

Ça a été une évidence, avec Evan, Julien et Irène. Julien et Evan étaient frères. Je les ai connus au lycée. Je crois que j’ai toujours aimé Evan, dès la première fois où nos regards se sont croisés. A l’époque, il était en couple, et j’ai détesté sa petite-amie si fort, pour avoir la chance que je n’avais pas, que ça m’en avait fait mal. Pendant la première année de lycée au cours de laquelle nous nous sommes connus, j’ai perdu mes parents. Je me suis trouvé tout seul, et Evan et Julien m’ont proposé de venir habiter chez eux, avec l’accord de leurs parents. Je leur en ai tellement été reconnaissants. Je n’avais pas encore atteint ma majorité, mais étrangement, ça n’avait pas posé de problème que je passe un an avec eux, avant de pouvoir me lancer dans la vie d’adulte.

Ils ont été ma lumière dans l’obscurité, mes premiers espoirs adolescents. Je n’avais plus de famille, et eux, m’en ont offert une nouvelle. J’ai grandi avec eux, et l’amour présent avec leurs parents m’a souvent donné l’impression de les connaître depuis toujours. Et puis, on est allés à la faculté. Julien et moi y avons rencontré Irène. Un coup de foudre amical pour moi, la découverte de la femme de sa vie pour Julien. On a commencé à travailler, tous les quatre, et l’idée d’une colocation ensemble a germé. Irène aussi, est orpheline, et elle a trouvé deux frères en Evan et moi. Julien, lui, c’était autre chose. C’était une évidence dans les deux sens, et Evan et moi avons passé notre temps à les soutenir.

 

Deux ans après, ils se sont mariés. Evan était témoin de son frère, et moi d’Irène. Il était venu sans personne à son bras, moi non plus. J’avais espéré toute la soirée pour un signe de sa part. Et puis, il y a eu cette danse, tous les deux. Sans cavalière parce que je l’avais décidé, je  n’ai pas su en dire autant pour Evan. Mais mon coeur, lui, a cru qu’il allait exploser de joie. Ce soir-là, mon amour pour Evan a été décuplé. Je ne voyais plus que lui, supportant à peine chaque contact, qui me donnait l’impression que j’allais m’évanouir tant ce qui me liait à lui était fort. J’avais eu l’habitude de ne pas avoir de réciprocité dans ce que je ressentais. Mais pour la première fois de ma vie, j’éprouvais vraiment l’amour. Un amour puissant, fort, dévastateur. C’était pour un homme, et pas n’importe lequel. Il s’agissait du plus gentil, du plus honnête et du plus doux des hommes. Mais c’était à peine s’il me voyait. J’avais appris à me taire, et à rester sans lui. 
Julien et Irène n’étaient pas aveugles. Ils ont très vite remarqué ce que j’éprouvais, et ils n’ont eu de cesse de me donner des conseils. Mais entre nous, tout est resté assez platonique, même quand ça semblait être prêt à se concrétiser. 

 

Et un beau soir, je lui ai déclaré ma flamme. Une flamme brûlante et vive, qui me réchauffait la peau la plupart du temps, la dévorant par autres moments. Il est resté interdit, un instant, long, suspendu et douloureux. Et puis, la réponse qu’il m’avait donnée avait suffi. Il m’avait embrassé. Bêtement, notre relation est restée un secret, bien que Julien et Irène avaient très bien compris ce qui se passait entre nous.

Le temps a passé, et avec lui, des années belles à en crever. J’ai réussi à trouver ma place auprès de chacun d’entre eux. J’ai longtemps eu l’impression que tous les maux de la vie s’éloignaient de moi, la menace de la cruauté du destin s’éloignait, elle aussi.

Et puis, un jour, le verdict est tombé. Evan avait un cancer de la Lymphe, qui s’est généralisé. La maladie de Hodgkin prenait le dessus. Mais Evan a continué à se battre, et il n’était pas seul. Pourtant, nous savions que ça finirait par arriver. ça n’a jamais été un secret ni forcément un tabou. La rémission était très rare, et le cas d’Evan était loin d’être encourageant et positif. 

 

Pourtant, ce jour-là, devant son lit d’hôpital, c’est de la tristesse et du chagrin qui émanait de nos regards. Evan a levé la main vers moi, et m’a regardé avec un sourire, comme si c’était la première fois qu’il voyait la plus belle chose du monde. Mais moi, je ressemblais à une serpillère, prête à être jetée à la poubelle. 

- Viens, idiot, m’a-t-il asséné, avec un geste m’invitant à le rejoindre. 

J’ai fait un pas vers lui, et suis resté silencieux. Ce silence était nécessaire. J’avais l’impression que tout ce qui avait fait mon bonheur était en train de m’être arraché. Pourtant, Evan a repris.

- Tu ne vas quand même pas me faire attendre après toi encore des années. On a suffisamment attendu, tu ne penses pas ?

Son sourire aurait convaincu n’importe qui.

- Si tu as raison… soufflais-je avec douleur.

Il m’a pris la main, et l’a portée à son cœur. Rien n’aurait pu laisser croire que le diagnostic était si sévère quand on le regardait. Si bien que ça m’a arraché un sourire.

- Promets moi… Promettez-moi, tous les trois, de faire un bel enterrement. De faire la fête toute la soirée comme je l’aurais fait avec vous. Promettez-moi que vous vous souviendrez de moi avec le sourire. 

Chacun de nous a hoché la tête quand il est passé de l’un à l’autre, d’un simple regard. C’était la plus difficile de mes promesses. Mais aussi la plus belle.

 

Il n’a fallu qu’une semaine pour que le cancer l’emporte, et qu’il s’éteigne. Les larmes ont coulé quand, tous les trois, nous nous sommes rendus à l’hôpital, comme chaque soir. Cette fois-ci, c’était différent. Nous savions ce que nous allions trouver. On nous avait averti. Irène était dévastée plus que jamais, et j’ai essayé de la consoler, incapable de me consoler moi-même. Pendant trois jours, nous avons préparé le plus bel enterrement possible. Et surtout, nous avons accepté de porter les tenues qu’il avait choisies pour nous. On donnait l’impression d’une fête costumée. Irène était vêtue d’une robe longue, avec des couleurs magnifiques et aussi pures que l’âme d’Evan. Julien aussi, avait une robe. Et une perruque. Et moi, je ressemblais à un marié. Sur le sac qui contenait les vêtements qu’il avait choisis pour moi, il avait écrit “parce que je n’aurais voulu dire oui à personne d’autre dans cette tenue”. 

 

L’enterrement était beau, et nous avions choisi des chants d’église joyeux. Et le soir, nous nous sommes retrouvés tous les trois, assis autour du trou creusé, dans lequel on a mis puis recouvert son cercueil, une bière chacun à la main. Enfin, pas Irène. Mais elle ne buvait jamais d’alcool.

- A toi, Evan. Pour avoir été un frère hors du commun. Pour avoir rendu nos vies plus belles, avoir fait de moi un frère heureux. Pour nous avoir tous rendus meilleurs. commença Julien avant de boire.

- A toi, parce que je n’ai jamais aimé quelqu’un aussi fort que toi. Et que tu continueras toujours à vivre dans mon cœur. Avais-je repris, le cœur serré. 

Le sourire d’Irène était si fort, quand j’ai tourné le regard vers elle que j’ai trouvé que c’était déconcertant. Depuis l’hôpital, elle n’a pas versé la moindre larme. C’est elle qui a pris la direction de beaucoup de choses pendant l’enterrement. Elle a su garder la tête froide. Elle nous a empêché de nous effondrer. Et elle a porté le monde qui s’effondrait sur nous, sur ses épaules sans faillir une seule fois. 

Elle s’est levé, et a commencé :

- A toi Evan. Parce que tu as cru. Tu as cru en la vie, en l’amour, et en l’espoir. Aujourd’hui, j’ai appris que Julien et moi allons avoir un enfant. C’était inespéré, depuis tout ce temps à essayer. Aujourd’hui, je veux que cet enfant te symbolise et te ressemble. 
Pour la première fois en quasiment une semaine, des larmes ont perlé sur ses joues. Et Julien et moi nous sommes levés, pour la prendre dans nos bras. Et on a dansé. Et chanté. Toute la nuit. Pour toi, mon amour.

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Rimeko
Posté le 25/01/2021
Hello Melais :)

Quelques remarques pour commencer :
"Pendant la première année de lycée pendant laquelle nous nous sommes connus" trop de "pendant" ^^
"On a suffisamment attendu, tu ne penses pas ? (manque un retour à la ligne ici) Son sourire aurait convaincu n’importe qui."
"Promettez-moi, tous les quatre (tous les trois ? Julien, Irène et le narrateur...), de faire un bel enterrement."

Déjà, j'adore la dynamique de formfamily, dans ton texte et en général. Ensuite, euh, snif :((
Le sujet est abordé avec délicatesse, et "normalité" - ça a pas beaucoup de sens ce que je raconte, mais en gros tu n'en fais pas des tonnes, tu racontes une vie, et l'incursion dans la maladie dans ce bonheur tranquille, et la tragédie, mais une tragédie à l'échelle humaine, "quotidienne" en un certain sens... Bref, très beau traitement d'un thème très dur !
Les costumes pour l'enterrement étaient un super détail aussi :P
MelaisHidden
Posté le 29/01/2021
Merci pour tes remarques encore une fois !
Et pour le quatre, j'ai pas fait attention, ils sont bien trois, j'ai juste inclus le bébé en voulant aller trop vite.

Contente que ça t'ai plu en tout cas ! Et encore merci pour tes compliments, j'avais un peu peur avec ce sujet qui n'était pas vraiment le mien puisque le thème m'a été imposé, et que (on ne l'a pas remarqué) j'ai un peu de mal avec les éclats de rires et les sourires ^^
Rimeko
Posté le 29/01/2021
Haha, ces gens qui font toujours dans les pleurs et la grisaille... :P
Baelfire
Posté le 15/11/2020
Merci pour les larmes D:
Je suis encore trop dans l'émotion pour avoir un commentaire constructif, mais c'était très beau et très triste. Ca m'a beaucoup touché.
On voit l'évolution d'une vie assez "banale", un couple qui se forme, des liens qui se créent ! Et des malheurs de la vie .... Une triste réalité encore une fois !
MelaisHidden
Posté le 16/11/2020
Haaa, j'ai oublié de répondre ici !
Je suis désolée si je t'ai mise en PLS !
Je crois que j'ai pas de réalité trop heureuse sur ces nouvelles, mais promis, je vais essayer sur certaines prochaines, histoire de ne pas mettre de larmes sur tes yeux !
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