- ESCALE -

Par Aramis

            La plage n’était qu’une fenêtre qui s’ouvrait sur l’infini azur de l’eau et du ciel, embrassés l’un dans l’autre à la limite de la fusion. Un infini de bleu et la sensation étrange du sable sous la plante des pieds, Ovonek ne se sentait jamais si proche de la nature que les quelquefois où il venait fouler cette étendu limitée et sur laquelle s’ouvrait l’horizon infini.
            Sans doute était-ce qu’il aimait le plus à Génépie, cette ouverture inespérée sur un ailleurs qui le laissait imaginer que sa vie et celle d’Abigaïl pourraient être autre chose. Il s’asseyait sur la plage encore chaude, les jambes croisées comme lorsque, dans sa jeunesse, il paraissait sous les voilages qu’on tendait à la cour. Il observait ainsi le ciel teinté de parme timide et l’arête velouté des nuages suspendus là-bas. L’océan frissonnait d’argent et se faisait immuable, profond et noir là où le soleil ne frappait plus.
            Lorsque la brume de l’horizon se dissipait pour laisser place aux étoiles, que lentement se traçait dans les limbes du firmament la voie lactée, Ovonek se couchait sur le dos et transformait son océan en mer de diamants scintillants sur leurs parures de soie. Il écoutait les vagues couler leurs remous tièdes en baisers de sable. Ainsi égaré entre ciel et terre, caressé par le vent lourd de la nuit, il s’oubliait dans des morceaux de rêves inachevés.
            Le froid qui montait de la terre le rappelait à lui et l’extirpait de ses songes. La barbe alors cristallisée de sel, les cheveux semés de grains, il se redressait, époussetait ses vêtements et toussotait, immanquablement, comme gêné qu’on ait pu le surprendre dans cette posture d’alanguissement qui lui ressemblait si peu et qui pourtant était devenue, au fil du temps, celle qui lui correspondait le mieux. Puis, avec un dernier regard pour les moutons frappés de lune, une dernière écoute pour la gigue folle du vent sur les vagues et des vagues sur le sable, il tournait le dos à l’infini et rentrait chez lui dans sa demeure de basalte et d’acier.
 
            Le jour qui précéda son départ pour Valadolide, il modifia cependant son rituel. Avant de se coucher dans le sable, il ôta ses chaussures, retroussa méthodiquement les jambes de son pantalon et s’avança dans l’eau. L’onde claire lui mordit les mollets comme un millier d’aiguilles, puis se fit câline et chaude. Il frissonna en imaginant comment l’empire liquide pourrait l’avaler et l’étouffer dans son étreinte. Ne rejeter de lui qu’un lambeau de corps gonflé d’eau. Il pouvait voir au loin la silhouette des dragues, ces grands bateaux chargés de haller le sable des profondeurs.
            Doucement il prit dans sa poche un long coquillage blanc. Dans la coquille vide, il avait percé un trou qu’il approcha de ses lèvres, puis, doucement, il parla.
    Ses mots se logèrent dans le ventre du coquillage. Au fond du secret de sa nacre, il déposa toutes ses inquiétudes et ses espoirs. Enfin, il se baissa et glissa dans l’onde la fragile carcasse, que le vent soufflant vers le large fini par emporter. Il le suivit des yeux un moment, imaginant le message à l’intérieur voyager jusqu’à l’horizon.
            Peut-être se noierait-il en route.
            Cela n’avait pas d’importance.

 

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Tac
Posté le 06/10/2022
Yo !
J'ai trouvé ce chapitre très poétique, pour le coup j'ai eu l'impression que tu savais où tu allais, dans quel ordre mettre les informations et je t'ai sentie à l'aise, "chez toi" si je puis dire, ou dans tes petits souliers. (petit papa noeeeeeeeeel -ah non c'est Halloween bientôt, pardon)
J'ai quand même quelques points à soulever :
je m'interroge sur la pertinence d'un interlude après 2 chapitres, surtout 2 chapitres qui nous introduisent des persos différents, qui soulèvnt plus de questions qu'ils n'apportent de réponses - à raison, car c'est un début. Mais j'interprète cette escale comme un interlude, une sorte de pause dans le récit. Un moment poétique, qui apporte ou du mystère ou des réponses ou autre, mais c'est pour moi une forme de coupure. Or l'histoire, pour moi, a à peine commencé. J'ai même pas l'impression que le rideau rouge soit totalement tiré et ait révélé l'entièreté de la scène. Niveau rythme, j'ai l'impression d'être arrêté avant d'avoir décollé. J'ignore quel est ton chapitrage, mais je m'interroge sur la pertinence de cette escale à cet endroit-là, d'autant plus qu'elle me donne l'impression d'un retour en arrière, puisqu'il s'agit d'un perso qui dans un chapitre précédent était déjà à Valladolid, donc pour moi c'est un flash back... qui ne nous apprend pas grand-chose à part l'état d'esprit du personnage. Je trouve que c'est une excellente intro au perso, cela dit, mais en fait je trouve que ce serait pertinent de ne l'avoir jamais vu avant, et de nous le présenter ainsi je trouverais ça vachement chouette. Pour autant je doute fortement que j'aurais autant apprécié ce chapitre s'il était venu après le prologue, car j'aurais eu envie que l'histoire commence véritablement, or ce n'est pas l'impression que donne ce chapitre. Je ne sais pas si je m'exprime clairement, n'hésite pas à poser des questions! En gros, j'adore ce chapitre, je me demande juste si c'est pertinent qu'il existe à cet endroit-là.
Et sur une note plus pragmatique : il y a 3x le mot infini dans le paragraphe 1, et il resurgit plus tard aussi
Plein de bisous !
Aramis
Posté le 03/11/2022
Rah !!! Je te réponds dans le désordre et décidément je suis toujours aussi nulle pour répondre aux commentaires dans un temps convenable (d’autant plus ceux que ceux que j’ai la chance de recevoir sont tout à fait pertinents et détaillés donc je m’en voudrais de répondre n’importe comment tout ça BREF MERCI BEAUCOUP )

Comme quoi c’est fou hahaha tu vois, autant les endroits où tu as senti les aspérité de heu… de flow ? On était patchworkés (ça n’existe pas) et un peu galère par moment à écrire, autant ce chapitre à coulé tout seul sans effort donc clairement, ça doit être ma zone de confort, et je suis un peu fasciné du fait que ça se sente hahaha En tout cas ça me fais bien plaisir que tu ai apprécié l’ambiance !
Et c’est bien noté, c’est un flashback… Et tes remarques sont très claires ! Figures toi qu’au plan la place de ce passage me semblait évident et au moment où je l’ai écris, plus du tout, je l’ai même déplacé plusieurs fois… Tout ça pour dire que ta question est absolument juste et que j’ai 100% le même questionnement hahaha… Je pense qu’il faut que j’attende un peu, que tu vois un autre passage spécifique qui te donnera des réponses sur le sens de celui-ci, et si tu es opé pour en reparler je prends à fond ! Dans tous les cas, comme j’ai réfléchis à la structure du début, entre le remaniement du chapitre 1 et de la suppression éventuelle du premier interlude entre le prince et Abigaïl, je me dis que le rythme risque de pas mal changer et que cette pose trouvera peut être mieux sa place au terme de cette réécriture… En tout cas je garde en tête le fait que je ne suis pas la seule à ne pas être convaincu de sa position actuelle dans l’histoire.

Et comme d’habitude merci pour ton retour super juste et construit et des bisouuuuus
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