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Notes de l’auteur : Commentaires et critiques welcome !

Eloann savait bien que son code source ne faisait que compresser des données, les accrochait autour de lui pour qu’il puisse les transporter avec lui avant de s'en défaire si le besoin s'en faisait ressentir. Mais ce qu’il voyait lui, c’était qu’il mangeait un hamburger avec des frites. Il en goûtait la saveur et avait la sensation que son estomac se remplissait enfin. Son moral remontait. Il était enfin sorti de la léthargie qu'avait causé l'atterrissage.

Il avait découvert que si la page était blanche à première vue, sans texte, sans image, c’était parce que ses occupants avaient dissimulé son contenu derrière une page d’accueil vide. Dans un coin, un lien hypertexte blanc sur fond blanc, presque indétectable, composé uniquement d’une fine ligne de tirets du bas, permettait d’accéder au reste : “____”.

C’était une page récente : son armature interne avait été pensée. Elle n’était pas le simple résultat aléatoire du travail d’un codeur externe. Pour coder une page, il y avait deux possibilités : écrire du texte ou remonter ses manches, se télécharger et commencer les travaux. Les coups de marteaux piqueurs se transformaient en ligne de caractères tout comme s’ils avaient été tapés sur un clavier mais le résultat du côté de la version virtuelle était bien meilleur.

À l’intérieur, des pages et des pages d’hébergement et de culture permettaient à toute une communauté virtuelle de vivre en autarcie. Eloann avait mille questions qui lui venaient en tête mais après un regard noir de cette fille, il avait commencé par se laisser guider en observant ce qui l’entourait et en écoutant les explications de sa guide. À peine une question surgissait dans son esprit qu'elle y répondait déjà. 

Ils avaient croisé des dizaines et des dizaines de personnes qui allaient et venaient à travers les pages. Le site était organisé comme un véritable village : des articles accueillaient des familles dans de petites maisons douillettes avec jardin. Les habitants avaient leur propre application permettant de produire de la nourriture. Les enfants jouaient dans des espaces réservés et sécurisés. Tout cela contenu dans une page qui, pour des êtres physiques, n'était qu'un grand rectangle plat et lumineux flottant dans l'espace qu'un vaisseau spatial pouvait traverser sans problème, comme un hologramme.

La fille, toujours flanquée de son acolyte adepte des coups de pied dans les côtes, un gaillard taiseux à la tête rondouillarde et aux cheveux rasés comme un militaire, l’avait conduit à travers l’arborescence des liens qui constituait le site, jusqu’à une place centrale où on lui avait donné de quoi se sustenter. Le grand garçon avait avalé sa nourriture à une vitesse fulgurante et était reparti aussi vite qu’il était venu, certainement mettre des coups dans les côtes de quelqu’un d’autre.

« Vous vivez donc virtuellement tout le temps, formula Eloann en regardant les gens s’affairer autour de lui alors qu’il finissait ses frites.

— Plus que ça, certains d’entre nous n’ont qu’une identité virtuelle. Nous n’existons pas autrement. »

Eloann fronça les sourcils et dévisagea la fille qui lui faisait face. C’était une jeune femme rousse avec des cheveux très bouclés qui lui encadraient le visage comme le ferait la crinière d’un lion. Elle avait un visage fin, un nez petit et pointu de lutin, une bouche fine et des yeux verts. Il était certain qu’il l’avait déjà vue quelque part.

« Comment ça seulement virtuelle ? Le téléchargement de certains habitants est bloqué ? »

Cela arrivait de temps à autre. Lorsque certaines personnes passaient trop de temps en ligne, le code source qui traduisait leur existence en présence virtuelle devenait si éloigné de leur constitution physique qu'il était impossible de les télécharger à nouveau, sous peine de récupérer un corps non-fonctionnel. Il était conseillé pour les personnes qui passaient beaucoup de temps en ligne de faire des allers-retours réguliers entre le virtuel et la réalité afin de limiter les risques de ce qu’on appelait la “virtualisation”. La jeune femme secoua la tête et fit valser ses boucles rousses en guise de réponse.

« Alors pourquoi une existence seulement virtuelle ? insista le jeune homme.

— Les enfants ici ont été conçus virtuellement par leurs parents. »

Eloann réprima un haut-le-cœur mais ne put s’empêcher d’ouvrir grand les yeux. Il allait demander des explications mais il risquait de ne pas tenir des propos diplomatiques. Il préféra se taire et réfléchit aux implications de cette information. Cela signifiait que deux humains téléchargés sur le net pouvaient concevoir un enfant en ligne. Un enfant viable. Quel algorithme se chargeait de faire une telle chose ?

« La grossesse se passe comme IRL(1) ?

— Même durée, mêmes effets, même accouchement et d’après ce que m’ont dit les femmes que j’ai interrogées, même douleur !

— Comment est-ce possible ?

— Le téléchargement doit prendre en compte cette possibilité.

— Comment savoir si ce ne sont pas des intelligences artificielles codées par les parents ? 

— Pour la même raison, que tu sais que tes parents ne sont pas des robots. Tu ne peux jamais être sûr à 100% mais au fond de toi, tu saurais si c'était le cas. »

Eloann allait protester mais pouvait-il vraiment dire qu’il avait vérifié que ses parents étaient des êtres de chair et de sang ? Il avait tenu pour acquis qu’ils étaient ses parents humains et jusqu’à preuve du contraire, il n’allait pas mener l’enquête pour savoir s’il se trompait.

« Que se passe-t-il si on télécharge un des enfants conçus virtuellement dans le monde réel ?

— Personne n’a essayé. Qui risquerait de perdre son enfant dans une telle expérience alors que de toute façon nous souhaitons tous demeurer en ligne ? »

Lana, dont il apprit enfin le prénom, lui expliqua que toutes les personnes présentes sur cette page avaient choisi de quitter l'existence physique trop stressante. Ils menaient à présent une vie virtuelle et plus libre sur la toile. Ce choix était définitif.

La nourriture était abondante, le savoir accessible. Chacun des habitants était tenu de suivre le règlement sous peine d’exclusion. Les trois seules choses dont ils avaient à se soucier étaient les vents solaires qui pouvaient les atteindre et détruire leur page-village, les trous noirs capables de les aspirer et de détruire toutes leurs données et la police de l’espace, composée en grande majorité d’antivirus qui les traquaient pour qu’ils retournent dans le monde réel, là où on pouvait les contrôler plus facilement. 

« Sur quel serveur votre page est-elle hébergée ? Si les autorités luttent contre les existences virtuelles, elles ne doivent pas laisser les hébergeurs accueillir votre site. Il faut bien que vos données existent quelque part dans le monde physique. »

Si Eloann avait, dans un premier temps, pris toutes ces personnes pour des hippies, c’était qu’il n’avait pas très bien compris à qui il avait affaire. Leurs données étaient bien hébergées dans un lieu physique : un bunker gardé par une petite armée sur une exoplanète.

« Sur Terre, c’était trop dangereux, expliqua Lana. Tous les lieux de pouvoir, les armées et les autorités inter-spatiales sont là-bas. Le bunker aurait été remarqué et attaqué. Il nous fallait une planète sur laquelle la vie était possible, assez éloignée pour qu’on ne s’y intéresse pas trop pour implanter de nouvelles colonies et petite pour ne pas attirer l’attention. »

Le serveur abrité par le bunker hébergeait une multitude de pages, pareilles à celle qui l’avait accueillie.

« Nous ne sommes pas les seuls à vivre ainsi. Nous fonctionnons en confédération de pages autonomes. Tous les membres ont payé un droit pour venir ici. Cette somme est utilisée, entre autres, pour payer la maintenance et le salaire des soldats physiquement présents chargés de protéger et d’entretenir le bunker.

Eloann avait terminé de manger. Il était partagé entre l’envie de prolonger cette conversation, d’en savoir plus sur le mode de fonctionnement de ces sociétés autonomes et le souhait de rentrer chez lui pour dormir un peu et rassurer ses amis.

Lana avait terminé elle aussi. Elle se leva et lui tendit la main.

- Je te fais faire le tour du propriétaire ?

Eloann ravala son envie de retour et se laissa guider.

(1) : IRL : in real life, dans la vraie vie, la vie réelle qui s’oppose à la vie virtuelle.

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ModesteContesse
Posté le 24/02/2021
Alors là, c'est de loin mon chapitre préféré ! La découverte de ce monde totalement virtuel, cette société immatérielle qui vit en ermite, c'est fascinant ! On peut facilement faire des comparaisons avec certaines communautés qui existent dans notre monde, et c'est amusant de voir comment tu as transposé ce mode de vie-là dans ton univers, à savoir la toile ! Ça fonctionne très bien, et ça pose beaucoup de questions... J'espère que la suite nous dira ce qui s'y passe plus en détails !

Paragraphe des remarques :
"un nez petit et pointu comme l'aurait un lutin" --> il y a une répétition avec le comme du dessus et ça sonne bizarrement. Peut-être "tel un lutin", ou "semblable à celui d'un lutin" ? ;)
"un haut de coeur" --> haut-le-coeur
"mais il risquait de ne tenir des propos diplomatiques" --> de ne pas tenir
"jusqu’à signe du contraire" --> ça sonne un peu étrange à l'oreille, j'écrirais plutôt "jusqu'à preuve du contraire" :)
"avaient choisi de mener une existence virtuelle sans aucune possibilité de retour pour la liberté offerte sur la toile et pour échapper au stress d’une existence physique" --> ici on a l'impression que tu essaies de dire "un retour vers la liberté" alors que c'est tout le contraire, la formulation est un peu maladroite, je trouve, avec ce "pour" qui est mal utilisé ! Alors je te proposerais une formulation du type "en échange de la liberté offerte sur la toile, et d'une vie sans stress lié à l'existence physique" C'est pour qu'on comprenne mieux l'opposition entre les deux mondes : ils ont choisi le virtuel sur le réel pour ces raisons-là ! Je ne sais pas si je suis claire ? ^^

Voilà voilà, à bientôt j'espère ;)
LiraBücher
Posté le 25/02/2021
Merci beaucoup pour tes commentaires et tes retours !
Cette communauté est un peu développée par la suite mais peut-être pas assez ! Je ne savais pas si ça intéresserait assez les lecteurs. Tu me diras si c'est suffisant à ton goût parce que j'ai plein de chose à dire sur eux !!
ModesteContesse
Posté le 25/02/2021
D'accord, je te dirais ce que j'en pense ! J'ai hâte de lire ça ;)
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