Épisode Treizième - Chasse Gardée [partie 1 / 2]

Par Zlaw
Notes de l’auteur : Comptez les colombes.

La vie nous joue parfois de drôles de tours. Enfin, je dis des tours, mais ce n’en sont pas vraiment. C’est plutôt comme des coïncidences ironiques. Vous connaissez sûrement ces instants où la musique qui passe à la radio colle tout à fait à votre humeur, où la météo est en total accord avec votre état d’esprit, ou encore où la personne à qui vous étiez justement en train de penser vous appelle soudain. Ce sont des choses sur lesquelles nous n’avons aucune influence, et pourtant, elles adhèrent à la perfection au moment présent. Parfois c’est bienvenu, parfois ça ne fait qu’empirer la situation.

Nous sommes le 31 Octobre, jour d’Halloween, il fait froid, il bruine, il vente, et accessoirement j’enterre mes parents. Lorsqu’on sait qu’ils ont été (et sont toujours) amis avec tout un tas de démons, d’esprits, et autres créatures méphistophéliques, on comprend pourquoi la fête des morts n’a guère plus de signification maléfique à leurs yeux, et donc pourquoi ils ont osé organiser leur mise en terre, même factice, aujourd’hui.

Je me tiens debout, tout de noir vêtu, devant les sépultures voisines, fixant d’un regard dur les pierres tombales gravées à l’intention de mes géniteurs. Deux cercueils vides s’enfoncent progressivement dans les fosses creusées à cet effet. Personne ne s’étonnera de cette absence de contenu : le Pacifique est trop vaste pour y chercher des corps. Poignets croisés devant moi faute d’autre idée de posture à adopter, je regarde sans franchement les voir les feuilles mortes voltiger sous mon nez. C’est poétique, d’un certain côté, toutes ces couleurs.

À ma droite se trouve Dwight, un pas en retrait, son visage inexpressif, lui aussi tout en noir, portant le même costume que la première fois qu’il a rencontré Monsieur et Madame Rykerson. Amusant clin d’œil, pour eux qui nous observent peut-être d’on ne sait trop où. À ma gauche, plusieurs pas en retrait, est June, en costume de deuil également, un rideau de tulle noir devant le visage, sublime et impassible. Je sens Perry, probablement placé le plus loin possible tout en ne ratant rien de la cérémonie, et surtout dans un endroit d’où il n’aperçoit pas June. Le comité est réduit, le magnétisme de mes parents ayant, à l’instar du mien, repoussé toute l’humanité sans la moindre difficulté.

Personne ne pleure, bien sûr. Un observateur extérieur se dira que c’est de la retenue, une certaine sobriété, un courage tout particulier. En réalité, c’est parce que tout le monde ici sait que ceux qu’on devrait pleurer ne sont pas morts mais bel et bien vivants quelque part. Et quand bien même ils seraient décédés, toutes les personnes présentes savent également qu’après la mort on ne cesse pas d’exister. D’ailleurs, la moitié en a fait l’expérience, et il n’y a que moi qui ne la ferais peut-être jamais.

La cérémonie, faute d’un culte en particulier à respecter, ne fut présidée par personne. Ce ne fut qu’une simple inhumation. Mes parents ne sont pas athées, c’est plutôt le contraire, ils croient en tout, et croire est un bien grand mot puisqu’ils ont eu la preuve de la véracité d’à peu près toutes les religions. C’est à remettre en doute la foi de 6 milliards de personnes, basée sur la confiance en des faits non avérés.

Un monticule de terre, planté d’une pelle, m’attend. J’avance, me saisis de l’outil, et dépose la première pelleté sur chacune des bières. Je passe ensuite l’objet à Dwight qui y ajoute la seconde. June se contente de lancer une rose blanche dans les tombes, après quoi elle s’éclipse, non sans d’abord fixer mon Tuteur droit dans les yeux pendant plusieurs secondes. Perry s’avance alors et, de loin, d’un simple plissement de son regard si ténébreux, déplace tout l’amas de terre dans les deux cavités.

Sans se concerter, nous tournons tous trois le dos à la scène en même temps, dans une chorégraphie parfaite. Perry m’adresse un hochement de tête avant de s’envoler, d’une anodine pression du talon sur la pelouse. Il sait ce qu’il doit à faire. Dwight reste à mes côtés, m’observant du coin de l’œil, les mains dans les poches de sa veste.

- Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?

J’ai deviné la signification de ce regard transperçant. June parle rarement par la pensée. Elle trouve cet acte très personnel, et surtout un peu indiscret puisque plus intrusif encore que la lecture. Cependant, Dwight semble être le candidat idéal pour ce genre de communication, sans doute parce qu’il est spécialisé dans les flux en tous genres.

- Elle m’a rappelé où j’devais t’emmener. Genre, j’vais oublier.

C’est normal qu’elle soit un peu inquiète. Si nous ne sommes pas là, le pire pourrait arriver. Tout ceci est prévu depuis deux semaines, mais ça reste ce soir la grande première. Sans répétition. Je hoche la tête.

- Tu en as vu ?

Changement de sujet, léger. Il lève la tête avant de reporter son regard sur moi.

- Nope. Pas une.

Ça nous laisse du temps. C’est bien. J’en ai besoin.

- Alors allons nous préparer.

Il affiche un large sourire à peine en coin et me saisit par l’épaule, nous faisant tous les deux disparaître dans une explosion vaporeuse.

 

 

À peine s’est-on matérialisés devant le palier que je suis déjà dans ma chambre et Dwight dans le salon. Debout devant le pied de mon lit, je ferme un poing et de l’autre main j’attrape le cylindre métallique au vol. Customisé par mes soins, au bout de très nombreuses heures d’efforts et grâce à la densité du réseau de relations de Dwight, la boîte de titane est maintenant dotée d’une sangle, sous forme d’un assemblement de chaînettes, et d’une ouverture plus ergonomique qu’auparavant, permettant de me saisir de son contenu (je le rappelle le bâton de combat) et de la conserver close le tout sur une seule sollicitation. Je ne vous décris pas le mécanisme employé, c’est plus que complexe, mais en gros, c’est une sorte d’iris sur ressort. Vous saviez que certains métaux étaient réellement légers, plus légers encore que le titane ? Oui, enfin non, vous ne pouviez pas le savoir, j’ai employé pas mal de matériaux qui n’existent pas… Je contemple avec plaisir la décoration que mon Tuteur a tenu à apporter, s’inspirant des runes ornant déjà mon arme.

En parlant de lui, de son côté, il s’emploie à déranger la bibliothèque non pas à sa manière habituelle mais comme tout le monde, pour une fois, en s’emparant tout bonnement de nombreux ouvrages. Il les empile sous son bras gauche, avec des difficultés que sa souplesse compense aisément. Ma collection de livres a été, ces derniers temps, un tout petit peu alourdie par des volumes concernant tout autre chose que la science. Je vous laisse entendre que c’est parmi ceux-ci qu’il fait son choix. Pentacles, invocations, barrières défensives, tout ce dont nous avons besoin y est.

Je me change en vitesse pour des habits plus confortables que ceux des funérailles et passe mon héritage maternel à mon épaule. Je fais jouer mes omoplates pour le caler correctement dans mon dos. D’un coup d’œil devenu réflexe, je consulte ma montre, à laquelle j’ai découvert tout un tas de fonctions, sauf celle d’indiquer l’heure, évidemment. J’inspire profondément, sautille sur mes Converses comme si j’avais besoin de vérifier qu’elles me vont parfaitement, lisse mes jeans, mon T-shirt, et rejoins Dwight dans le living.

- Vieux, t’es trop stress. T’as fait hyper vite, t’rends pas compte.

Il m’accorde un bref regard avant de continuer ce qu’il était en train de faire.

- Je ne comptais pas te presser, si c’est ça qui t’inquiète.

Je passe ma main derrière ma nuque. Je l’avoue, je suis un peu tendu. Ce n’est pas comme si je faisais courir le pire risque imaginable à un de mes amis, voire à plusieurs.

- Encore heureux.

Il jumpe à l’autre bout de la pièce, renversant pas mal de choses sur son passage, et dépose sa collecte littéraire dans un sac de toile aux motifs militaires urbains. Tout se passe comme prévu.

Je le laisse à son rassemblement de fournitures et retourne dans ma chambre. J’ai une capacité d’abstraction à toute épreuve, je crois que je ne le répéterais jamais assez, mais les émotions, si elles sont contenues, n’en sont pas moins là. Il faut que j’évacue. Je fronce faiblement les sourcils, cherchant quel exercice pratiquer. Je hausse finalement les épaules en choisissant de les faire tous. Respiration, agilité, endurance, force, puissance, rapidité, précision, tout y passe. J’ai récemment appris à "évoluer" dans un espace aussi réduit qu’un placard ou même le coffre d’une voiture, alors sur les quelques mètres carrés que me laisse mon lit, je me sens presque comme au beau milieu d’un désert.

Une fois bien relaxé, je décide de retourner auprès de mon Tuteur, mais je découvre avec surprise qu’il est déjà fin prêt, changé lui aussi pour des vêtements plus seyants, et est appuyé à l’encadrement de ma porte, son sac à dos à l’épaule. Il m’a sûrement observé pendant une bonne partie de mon échauffement improvisé. Il n’ajoute rien à mon silence surpris, si ce n’est un petit sourire en coin, fier et satisfait. Oui, bravo Dwight, tu m’as bien entraîné, on sait. Quant à moi, j’évite soigneusement de rougir bêtement.

D’un mouvement de la tête, il m’intime de le suivre jusqu’à la fenêtre de la cuisine. Chacun notre paquetage, nous observons avidement les cieux qui se révèlent vides. Ou presque. Un oiseau blanc, seul, traverse, majestueux, le firmament grisâtre. Comme deux enfants nous le suivons des yeux, retenant sans nous en rendre compte notre souffle.

- Elle arrive…

J’ai comme l’impression que nous avons soufflé ça en chœur.

Après une poignée de secondes de choc à fixer le ciel sans plus rien y trouver, nos regards se croisent en silence. Je repasse en accéléré dans ma tête toutes mes leçons de Magnet, en particulier celles de ces deux dernières semaines, encore plus particulièrement celles prises avec June ou Perry. Je pense que mon entreprise est folle, mais ce n’est pas le timing idéal pour songer à mon pourcentage de chances de me viander.

- T’biles pas, on est plus qu’préparés. Ç’va bien s’passer.

Tout à coup, quinze jours, ça me paraît très court. J’éclate d’un rire nerveux.

- Le plus bizarre c’est que je n’ai jamais autant travaillé de ma vie, et encore moins été aussi peu sûr de mon succès. Au fait, je ne t’ai pas dit que j’avais un partiel hier ?

Il fait les yeux ronds.

- T’as pas ouvert un seul bouquin d’cours d’puis plus d’deux s’maines !

Non pas qu’il sache ce que c’est que de passer un examen, ni même de subir un contrôle des connaissances, mais il est au courant des bases, c'est-à-dire qu’il faut, théoriquement, étudier pour savoir des choses.

- Non, et pourtant j’ai réussi. J’en suis certain. J’ai passé ma vie à faire des choses qui aujourd’hui me sont accessoires, au niveau prise de temps. Je trouve ça déprimant.

Il hausse les épaules.

- C’pas l’moment d’penser à tes faiblesses, vieux. C’une fichue télépathe que t’vas rencontrer c’soir.

On se redresse simultanément du rebord de la fenêtre.

- Tu vas te décider à me dire le lieu du rendez-vous, ou bien avoir un petit secret avec June et Perry t’émoustille toujours autant ?

Son gigantesque sourire apparaît.

- Aha ! C’est l’dernier endroit auquel tu penserais.

Et il jubile, le bougre.

- Je sais déjà que c’est en ville.

Au moins une information que j’ai réussi à glaner.

- J’en r’viens pas qu’elle t’ait lâché ç… En fait, j’te fais pas mariner plus longtemps, une armée d’piafs couleur ivoire est en train d’répéter la parade d’la patrouille d’France, là dehors.

Dwight s’est retourné brusquement vers la fenêtre.

Je fais de même, notant avec effroi la présence effective de plusieurs dizaines des fameux volatiles blancs. Comment peut-elle arriver aussi rapidement ? Et surtout, d’où ces oiseaux sortent-ils ? Ce n’est quand même pas croyable, ils ne vont pas attendre bien sagement planqués çà et là qu’elle daigne passer dans les parages. Ils doivent être virtuels.

- Bon ben emmène-moi. Here we go.

Je tends la main, prêt à l’action.

- C’parti.

Il m’attrape et ferme les yeux.

Je ne l’ai jamais vu se concentrer pour jumper, ça lui vient naturellement. En fait, c’est sa seconde nature, on ne peut pas exprimer ça plus clairement. Existe-t-il des endroits vers lesquels il serait difficile de jumper ? J’ai du mal à y croire mais je dois bien l’admettre, aux vues de Dwight qui se mord la langue. Enfin, nous disparaissons. Comme pour le Grand Huit, c’est bien plus marrant quand on ne s’y attend pas…

 

 

C’était il y a deux semaines. Je m’étais écarté et avais refermé la porte derrière elle. Maquillage fichu en l’air par des larmes qu’elle avait dû avoir du mal à stopper, June avait quelque chose d’effrayant. Et c’était plus qu’un simple sentiment qui se dégageait d’elle, comme la détermination ou la soif de vengeance. À y regarder de plus près, je me rendais compte qu’elle rayonnait vraiment, d’un faible halo bleuté, d’un bleu profond, sombre mais brillant.

- Elle n’est pas prévisible, mais il y a un moyen de la coincer pour l’attraper, si c’est bien ce que tu veux.

Une capture ? Pourquoi pas, on a beaucoup de choses à se raconter, cette Botaniste et moi. Et quelqu’un manquant autant de scrupules qu’elle doit pouvoir mentir aisément en position d’égalité. Or, je veux des réponses, pas des fausses pistes ou des énigmes.

- Vas-y, explique-toi.

Nous sommes toujours dans le couloir, face à face, chacun plus ou moins adossé à un mur.

- Ce qu’il te faut, c’est un appât.

L’appât du gain ? Pas très convaincant, pour une immortelle.

- Quel genre d’appât ?

Elle essuie d’un geste machinale le mascara sur ses joues. Il y a de la magie là-dessous pour que ça ait l’air aussi nickel.

- Le genre massif, énorme, qu’elle ne peut pas laisser passer, que ce soit professionnellement ou bien personnellement parlant. Un appât du genre gibier, une proie aussi facile qu’appétissante.

Elle connaît Vik mieux qu’elle ne veut le laisser croire, à la façon dont elle parle d’elle. Ce n’est pas juste sa supérieure.

- Éclaire-moi.

Je mâche imperceptiblement ma langue, concentré.

- Perry.

Un mot. Un seul. Le silence se fait. Je déglutis.

- Pardon. Tu peux répéter ?

Je n’arrive pas à croire qu’elle veuille mettre Perry en danger pour me rendre service.

- Perry. Le principe d’un appât n’est pas de se faire dévorer mais d’attirer. Perry est un hors-la-loi, et Vik fait la loi. Jusqu’ici il n’y a pas d’ordre sur lui, il est libre du moment qu’il est à l’écart. Mais si une grave effraction de sa part revenait aux oreilles des Botanistes, ce serait chasse ouverte.

Je dois avouer que je ne comprends pas comment elle fait pour se retenir de trembler. À sa place, cette simple idée me donnerait Parkinson.

- Quel est ton plan exactement ?

Parce que "chasse ouverte", ça ne m’inspire rien de bon, si vous voyez ce que je veux dire.

- On ne prévient pas tous les Botanistes mais simplement Viky. Il y a une règle qui veut qu’on ne remette jamais en doute les sources. Ce n’est pas stupide puisque personne n’irait pigeonner des Botanistes. (Personne ne mérite le châtiment qu’ils sont capables d’infliger, même un ennemi juré.) Donc, en clair, on est sûrs à 100% qu’elle va tomber dans le panneau.

Bon, okay, on fait croire à Viky que Perry est le croquemitaine, elle rapplique, et après ?

- Tu ferais courir un tel risque à Perry ?

C’est décidément ce point qui me chiffonne.

- L’idée c’est que Dwight, toi, et moi, serons là pour accueillir Vik. Si Perry pouvait déjà presque se défendre tout seul, avec toi il est hors d’atteinte de quoi que ce soit d’irréel.

Et elle croit que je suis de taille à affronter une tueuse en série…! Bah voyons.

- Mouais…

Je ne suis pas convaincu.

- Mais bien sûr que tu es de taille ! Depuis quand tu manques de confiance en toi ?

Elle a encore lu dans ma tête. Un jour ça va me taper sur les nerfs.

- Mon domaine c’est les Maths, la Physique, la Chimie, les calculs, les mesures, la science. Sur ce terrain je suis virtuellement imbattable, mais pour ce qui est du magnétisme, disons pour résumer que je ne pratique que depuis quatre mois.

Certes, j’ai bien avancé, mais tout de même. June sourit. Un de ces sourires radieux, pas automatique d’infirmière, ou triste de Jardinière séparée de son âme sœur. Un vrai sourire, un sourire fier, attendri, amusé. Bref, un sourire magnifique, comme on peut rêver d’en voir.

- Tu es a-do-rable. Si tu savais, Josh, si tu savais. Et tu sauras, crois-moi. Mais en attendant, fais-moi un peu confiance, aussi difficile que cela puisse être. Tu veux bien ?

Adorable ? Cet adjectif n’est pas toujours bien reçu par la gent masculine. Je roule des yeux.

- Bon, admettons qu’on ne tienne pas compte du péril dans lequel on va mettre ce pauvre Perry, qu’est-ce qui va se passer ensuite ?

On se croirait dans un film d’espionnage ou bien de cambriolage. Vous avez vu les Ocean’s ?

- La simple présence d’un ou une Botaniste peut enclencher certains phénomènes relativement discrets. Pour Viky, c’est une recrudescence de colombes.

Elle hausse une épaule, l’air de dire "je ne sais pas du tout pourquoi c’est ça, ça n’a rien à voir avec elle, mais bon, tant pis".

- Et ??

N’empêche que je ne vois pas le rapport.

- Alors ça nous permettra de savoir si elle est encore loin ou pas. Les colombes, dans une ville comme Cambridge, ça ne court pas les rues. C’est repérable. Et comme pour une mission de cette importance Vik ne se téléportera pas mais préférera voler, le tour est joué. Et savoir exactement quand elle arrive est toujours un avantage.

Oui, ça a du sens.

- D’accord. Mais ça ne me dit toujours pas ce qu’on va faire.

Je hausse les sourcils, m’impatientant, mais elle m’apaise d’un geste de la main.

- J’y viens. On cache Perry jusqu’au jour J à l’heure H, moment auquel on le dévoilera, après l’avoir préalablement placé dans un lieu de notre choix. On contrôle tout.

Lieu et date. Ça tient la route.

- Et lorsqu’elle arrive ?

Haute voltige, le remix.

- Au choix. Tu peux l’interroger sur place ou l’emmener ailleurs. L’assommer est exclus, rien ne fonctionnera. Mais tu peux l’immobiliser aussi sûrement que Dwight des chaînes électrifiées, avec ton magnétisme.

Elle semble jubiler de tout ce que je pourrais faire à la Botaniste. Peut-être a-t-elle un quelconque grief à aplanir avec elle.

- Et comment comptes-tu cacher Perry ?

On passe aux questions purement pratiques.

- Il saura faire ça tout seul, pas de doute là-dessus. Reste seulement à choisir un lieu où il puisse aller et que ça ait l’air d’une bourde, comme s'il était sorti de sa planque par accident.

Elle a pensé à tout. En quelques heures. La mort améliore-t-elle le potentiel cognitif ? Je penche brièvement la tête sur le côté, impressionné.

- Et quel crime comptes-tu lui faire endosser ?

C’est assez délicat de demander à une fille de quoi elle compte accuser celui qu’elle aime, vous ne pensez pas ?

- J’aurais préféré ne pas lui mentir et lui raconter qu’il avait enlevé son masque devant un Magnet (à savoir toi) mais il est fort possible qu’elle soit au courant de ta "légende", et même qu’elle en ait eu confirmation. Et par conséquent, elle ne tiendra pas compte de cette effraction qui n’en est pas une. Donc, je pense apposer une variante, en disant qu’il a retiré son masque devant un Jumper. Dwighty n’aura pas le beau rôle en étant délateur mais qu’importe, il sera vite lavé de cette infamie.

Une découverte : Dwight n’est pas sujet à ma fameuse chance. Mais alors pourquoi Dave a-t-il dit que la visite de la Panthère lui serait utile à lui aussi ? Je vais devenir chèvre.

- Alors, si je récapitule, Dwight fait parvenir à Vik le message qu’il a vu Perry sans son masque dans la même ville que toi. Pendant ce temps, Perry se cache. Dès qu’il a trouvé un endroit pour faire semblant de ne pas faire exprès d’être à découvert, il nous le communique, pour qu’on le rejoigne tous là-bas. Et pour finir, on cueille notre charmante Botaniste lorsqu’elle elle débarque.

Je lève mes index, demandant silencieusement si j’ai bon.

- Tu as une bonne mémoire et un esprit vif, pas de doute là-dessus. En revanche, petite précision, Perry ne sort pas dès qu’il trouve un endroit, il sort quand on aura dit qu’il sort.

Oui, j’avais compris, merci, je récapitulais !

- Pas de problème, mais quelle date prend-t-on, alors ? Elle fait la moue, mi-réfléchissant mi-hésitant.

- J’avais pensé à Halloween, mais quand bien même ce serait idéal, ce serait aussi déplacé.

Alors là, je ne vois pas pourquoi.

- C’est dans deux semaines. Ce n’est pas si long. Ça nous donne même le temps de nous préparer à toutes les éventualités.

En fait, ça me semble juste bien.

- Josh. Le 31 Octobre est le jour de l’enterrement de tes parents.

Ah. Je marque une pause avant de répondre.

- C’est un peu leur faute si je dois avoir une petite entrevue avec Vik. Et puis une cérémonie de ce type ne dure pas 24 heures, que je sache.

June acquiesce du chef, satisfaite.

- Je suppose qu’ils seraient fiers de ta décision.

Ils n’ont pas trop le choix.

- Et toi, ça ne va pas t’attirer d’ennuis ?

Je hausse un sourcil.

- Quoi donc ?

Et elle fait l’innocente.

- De livrer une de tes supérieurs.

Ça me semble évident.

- Ce n’est pas ma supérieure que je te livre, c’est mon amie de lycée.

Elle me lance le sourire le plus mystérieux qu’elle doit pouvoir afficher, en coin, léger, gracieux et un peu sournois.

Sous le choc de ce qui lie June à Vik, je garde la bouche entrouverte, un peu comme lorsque Zarah m’a plaqué, ne trouvant rien à dire. June rit, de son rire si cristallin, et secoue la tête de gauche à droite, sans doute à mon expression estomaquée. Elle me fait un clin d’œil puis s’efface, tout simplement.

Alors comme ça, June, Vik, et Perry, étaient tous ensemble au lycée ? Que s’est-il passé ? Quels sont les pourcentages de probabilité pour que trois individus qui se connaissent deviennent à peu près la même chose après leur mort ? Je dirais infimes, mais ça reste à vérifier.

- Dwight !

Je lève la main droite à hauteur d’épaule et la ferme comme un enfant de quatre ans dirait au revoir. Un mugissement outré ne tarde pas à se faire entendre.

Dwight surgit du salon, l’air profondément en pétard, son paquet de pop corn dans une main, ses écouteurs dans l’autre. Il me dévisage sans comprendre pourquoi je souris en me mordillant les lèvres.

- Qu’est-ce t’as, vieux ? Qu’est-ce qui t’prends d’couper ma m’sique comme ça ?

Il se reprend tout de même, se disant que je dois bien avoir quelque chose à lui dire pour le déranger ainsi dans sa mélomanie.

- Tu vas totalement adorer ce que je vais te raconter.

Mélomane et cinéphile, il faut ce qu’il faut.

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