Épisode 3, partie 1: Equinoxe

Par Reiko

Ce soir-là, au Crimson Club, était une soirée comme les autres. Une soirée apaisante. Enfin, apaisante surtout pour Equinoxe, même si au final, elle n’avait pas profité comme elle l’aurait voulu. Ces moments intimes avec ses amis avaient tendance à l’aider à baisser la pression de son cerveau. Ce reflux constant. Toutes ses pensées bonnes ou mauvaises, surtout mauvaises. Les vendredis soirs, c’était comme si son esprit pouvait activer le bouton pause. Bien qu’une pause de courte durée. Le lendemain matin, elle se retrouvait à nouveau submergée par tous ses sentiments, ses sensations qui la faisaient tellement souffrir qu’il lui arrivait de fondre en larmes dès son réveil.

Le Crimson avait une atmosphère particulière. Celle qui pouvait étrangement rappeler la prise d’une drogue. Cela donnait à Equinoxe la sensation de flotter sur du coton, le fait d’être dans un monde à part. Que tous les problèmes restaient à l’extérieur du Club.

Bien sur, je ne dis pas qu’Absynthe, la gérante du Club, diffusait de la drogue dans l’air, mais en tous les cas, elle s’appliquait à donner cette atmosphère capable de détendre les plus septiques. Mais de ce fait c’était une ambiance réussie vu la popularité du Crimson.

Bref, revenons à notre tatoueuse.
Elle était étendue dans son lit, comme tous les samedis matins, les gouttes de ses larmes sillonnant un chemin sur ses joues, finissant par atterrir sur l’oreiller. Que dire de plus ? Que se passait-il dans sa tête ?
C’était étrange car les vendredis soirs étaient toujours source de bonheur et d’amusement. Enfin, au premier plan apparemment.

Se passant le poignet sur ses larmes pour les sécher, elle se remémora son rêve. Son rêve, qui était presque toujours le même. Depuis le jour où elle avait rencontré Absynthe. Donc depuis sa première soirée au Club. Ce rêve avait empiré le jour où la patronne du lieu avait accepté sa demande pour avoir un contrat de soumission virtuel. Equinoxe savait pourtant à la longue, pourquoi Absynthe l’avait accepté et surtout elle savait pertinemment que ça ne passera jamais le cap du virtuel, sauf bien sur pendant les vendredis soirs, mais à très faibles doses. Soi-disant car Absynthe avait moins de temps et qu’elle avait assez de soumis sous son joug. Comme Léo, par exemple. Mais elle savait aussi qu’elle avait accepté par pure amitié.

Ceci n’est pas le problème. Le problème était qu’ Equinoxe n’arrivait pas à oublier. Oublier cette sensation. Celle d’être soumise, pour de vrai à quelqu’un. Virtuellement, c’était appréciable, mais trop court. De plus, elle devait tout faire elle-même et jamais des choses très foufou. Pas qu’elle n’appréciait pas, au contraire. Elle adorait ça. Bon, certes, pas ce type de soumission. Ce qu’elle aimait, c’est la dominante. Absynthe. Même par SMS, par vocal, ou même en visioconférence, elle dégageait ce petit quelque chose qui faisait entrer Equinoxe en transe instantanée. D’ailleurs, il fallait souvent qu’elle se concentre en même temps sur autre chose quand la jeune femme aux cheveux noirs lui adressait la parole quand elles étaient ensemble car souvent elle prenait cet air si particulier. Il ne fallait surtout pas que ça arrive n’importe où ! Même si elle assumait ses penchants, elle savait que son amie pouvait mal le prendre.

Elle n’arrivait pas à oublier ce sentiment de soumission. Ce ressenti. Car oui, avant de connaître le Club, elle avait un dominant. Un dominant qui n’était autre que son ex et plus précisément son ex-fiancé.

Comment avait-elle connu le Crimson ? Simplement après la douloureuse séparation. Douloureuse, surtout pour elle. Comment avait-elle pu rester avec un homme tel que lui ? Dieu seul le sait… Ses souvenirs de domination, ses bons souvenirs étaient la plupart du temps ceux des soumissions de début de relation.

Une fois qu’elle avait retrouvé un appartement, elle avait eu besoin de se vider la tête… C’est en en parlant à Elliot qu’il lui avait conseillé de l’accompagner dans un Club dont il connaissait l’existence depuis quelques semaines. Apparemment nouveau sur le marché, la patronne l’avait contacté pour quelques commandes. C’était le moment pour aller tâter le terrain, si l’on peut dire.

Donc en soi, elle connaît Elliot depuis bien longtemps et Absynthe depuis pratiquement l’ouverture du Club.

Tous les vendredis, cette envie, devenu un manque qui la ronge profondément revenait à la charge. Bien sur, il n’y avait pas que ça qui la rendait mal. D’autres facteurs influaient. Mais ça, c’est une autre histoire.

Son téléphone vibra soudainement. Il n’était pourtant pas midi. Si ? Elle attrapa le dit appareil et composa le code qui déverrouilla l’écran. Un SMS s’afficha :
       Absynthe :
       Hey ma belle ! Ça te dit de passer l’après-midi à l’appart ? Je m’ennuie et j’ai envie de te voir~

Le rouge lui monta aux joues tellement vite qu’on aurait dit des coups de soleil.
Oui, sérieusement.

Ce genre de SMS avait souvent tendance à exciter notre tatoueuse. Car elle s’imaginait arrivant chez Absynthe pour une véritable séance. Quelle joie cela serait pour elle. Elle savait pourtant que ça n’arrivera sûrement jamais. En tous les cas, ce genre message la mettait directement en transe, une transe apaisante. Certes sa culotte était mouillée, mais une transe pour autant ! Ce que son corps choisissait de faire ne regardait qu’elle ! Non mais oh !
 
Quelle bonne idée cette après-midi entre filles. Après tout, elles se retrouvaient peu entre elles. Enfin, entre elles… Il faudrait aussi compter Charlotte bien sur. Mais elle n’était pas du genre à aimer ce style de rendez-vous. Elle préférait la présence des garçons du groupe. Bizarrement. Et puis bon, il fallait aussi dire qu’ Absynthe ayant un tempérament de feu, elle s’enguirlandait toujours avec Charlotte pour un problème sentimental. Problème sentimental qui arrivait souvent dans la vie de Charlotte. Mais ça, personne n’y pouvait rien.

Du coup, il était compréhensible qu’elle souhaite se retrouver seule avec Equinoxe. Finissant par se ressaisir, elle s’assit dans son lit,  ses cheveux violets courts en bataille étaient surmontés d’épis tellement elle avait remué dans la nuit et tapa une réponse :
      Equinoxe :
      Ça marche, si tu sors une bouteille de blanc bien fraîche.

      Absynthe :
      Bien sur, comme toujours Canard. Si tu amènes les crackers.

      Equinoxe :
      Cajou-Curry, si je ne m’abuse ? ;)
      Non mais une bouteille… De la réserve du Club, hein?~

      Absynthe :
      Tu lis dans mes pensées, pour les deux~

C’est le sourire jusqu’aux oreilles qu’elle sortit enfin de son lit et qu’elle alla se laver un peu. Quelques minutes plus tard, elle était partie. Certes, il n’était pas encore l’heure pour le rendez-vous chez son amie mais elle savait qu’elle pouvait arriver maintenant.

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