Enrôlez-vous, soldats !

Notes de l’auteur : La FIN ! Wouaw, c'était un sacré voyage pour moi. Et, je l'espère, pour vous aussi. Merci d'avoir tout lu et d'avoir tenu jusque là ! D'autres histoires de mon cru arrivent bientôt !

« Bon, c’est pas tout ça, mais on va y aller nous ! On vous laisse le bain, finalement, vu qu’on y a bien foutu le bordel. On travaille que dans des endroits un minimum respectables, vous comprenez. Sans rancune, j’espère ! Vous passerez le salut à votre commandant hein, en espérant vous revoir un jour ! Bon allez, il est où notre otage… merde, c’est quoi son nom déjà…

— Hassim, monsieur Laurent. Je suis là.

— Ah, Hassim ! Content de te voir en un seul morceau ! Tu t’es bien amusé ?

— Oui, j’ai pu me faire des amis. C’est rare de trouver des gens de mon milieu. Encore en vie, j’entends. J’ai pu leur donner des conseils, des contacts…

— Je vois, je vois. Bon, on y va alors ! Allez, hop, je m’occupe lui !

— Qui est-ce ?

— Lui ? C’est le neveu du propriétaire ! Un gars très sympa, très généreux. J’aimerais bien me rattraper en lui offrant une bière.

— C’est vrai qu’il a l’air… prometteur.

— Et attends de voir quand il reprendra conscience. Bon, allez, mets tes menottes et ton capuchon, on y va.

— Au revoir, messieurs les militaires !

— À la prochaine, les gars ! »

 

Comme toujours dans ce genre de bastons qui ont lieu dans un bain turc et qui impliquent des militaires, des terroristes et des otages, quelqu’un finit par appeler la police.

Celle-ci vint en grand nombre, armée jusqu’au dents et prête à en découdre. Et aussi prête à filmer, parce que nombreux n’y croyaient tout simplement pas.

Elle ne trouva sur les lieux qu’une escouade militaire dont la plupart des membres étaient inconscients, certains gravement blessés et tous jurant de ne plus jamais mettre les pieds dans un bain turc. La police finit donc par appeler des ambulances et à recueillir des témoignages. Malgré toutes leurs recherches, il n’y avait plus aucune trace de Laurent et de sa bande (enfin, si, on pouvait trouver des dents par terre), ainsi que le groupe des terroristes amateurs.  

Le commandant finit par se réveiller deux heures plus tard, alors qu’on était en train de l’embarquer dans une ambulance. Il eut à peine le temps de reprendre ses esprits qu’il entendit un « Chef ! » plutôt morne. Hobbson remarqua le soldat Almarov assis auprès de lui, songeur, un bandage recouvrant son front. Il souriait tristement : « Comment vous-sentez-vous, Chef ?

— Parfaitement bien. État des troupes ?

— Mis à part des dents cassées, des cheveux arrachées, quelques nez brisés, une sacrée honte et la fuite de tous les terroristes, excellente.

— Je vois. Et vous ?

— Oh. Et bien… » son regard se troubla. « Le terroriste Kaïs est parti. Je ne pensais pas que ça allait autant m’affecter.

— Je vois.

— Vous savez, je trouve que c’était un bon gars. On ne peut pas lui faire confiance pour se faire torturer, mais c’est un chouette copain de baston.

— Très bien.

— Je me dis que ça aurait été bien de l’avoir dans l’escouade. Un tel élément aurait pu être…

— Où est le soldat Jenkins ?

— Ah. La police est en train de l’interroger. À l’entrée des bains il me semble. Quant à Kaïs…. »

Tandis que le soldat Almarov se lança dans une tirade poignante qui aurait fait rougir Shakespeare (de honte ou d’admiration, nous ne saurons jamais), le commandant se redressa et quitta sa civière sous les protestations des ambulanciers.

D’une marche rapide, il rejoignit l’entrée du bain turc, apercevant le soldat Jenkins qui était encerclé par plusieurs policiers. Timothée le remarqua également : il se mit au garde-à-vous instantanément, le regard droit devant lui. « Chef ! Je suis content de voir que vous allez mieux ! »

Le commandant hocha la tête, puis fusilla du regard les policiers qui soudainement se rendirent compte qu’ils avaient des choses à faire ailleurs. Une fois seuls, Hobbson examina rapidement le soldat Jenkins : il n’y avait plus aucune trace d’hostilité, ni dans sa posture, ni dans son regard. On aurait dit une personne tout à fait différente. « Et vous, comment allez-vous, soldat Jenkins ? finit par demander Hobbson.

— Dur à dire, Chef. Je me rappelle avoir été enlevé, puis on m’a fait attendre dans une salle des machines et… je me réveille ici, au milieu de toute l’escouade, avec la police qui m’interroge…

— Je vois, je vois. Est-ce déjà arrivé auparavant ?

— Oui. Enfin, je me rappelle bien des périodes d’absences, et aussi ma mère me parlant de problèmes de stress et d’anxiété.

— Oui, elle m’a mentionné cela aussi.

— Chef ? Que s’est-il passé ? »

Hobbson ne répondit pas tout de suite. Le soldat Jenkins avait l’air sincèrement perdu. Le Commandant finit par laisser échapper : « Tout ce que je peux vous dire, c’est que s’il y a le moindre problème dans l’escouade, ou avec moi, n’hésitez pas à le signaler. Je vous promets que je ferais le nécessaire. Ou, du moins, je ne vous forcerai pas à faire des séries de pompes. »

Le soldat Jenkins ne sut pas quoi répondre. Il hocha timidement la tête, soufflant un discret « Euh, merci, Chef. » Puis il remarqua que le Commandant grogna en se frottant l’arrière du crâne, là où il avait reçu un certain projectile. Le regard du soldat Jenkins s’alluma. « Au fait, je me rappelle bien d’une seule petite chose. Apparemment, c’est le sergent Jefferson qui vous a fait ça. Et il ne s’est pas excusé. »

 

Le sergent Thomas Jefferson ne fut pas le témoin de ce problématique échange, et pour cause : il venait de rejoindre le soldat Almarov qui était en train de terminer sa longue tirade. « Ainsi, c’est cela l’amitié » termina celui-ci, les larmes aux yeux. 

Thomas applaudit du bout des doigts. « Impressionnant, je ne savais pas que vous avez cette fibre poétique ! commenta le sergent.

— Je ne l’ai pas. C’est… juste l’inspiration de la perte d’une amitié naissante…

— Vous continuez en plus !

— Je ne devrais pas être triste que cela soit la fin… mais plutôt heureux que cela soit arrivé…

— Dites, vous ne saurez pas où se trouve Inès ?

— Non. La tristesse emplit mon cœur meurtri…

— Je vois. Par ailleurs, vous saviez que le terroriste là, celui que vous aviez torturé, vous recherche en ce moment ? Je l’ai vu au bout de la rue… »

Thomas ne put finir sa phrase. Le soldat Almarov se lança comme un missile, s’élançant à toute allure. Il fut parti en quelques secondes, laissant Thomas seul. « Je n’ai même pas eu le temps de lui dire l’adresse exacte… marmonna-t-il.

— Je suis sûr qu’il trouvera aisément, » répondit une voix douce.

Thomas fit volte-face, et découvrit qu’Inès était adossée juste à côté de l’ambulance. Thomas se demanda depuis combien de temps elle était là, puis sourit : « Je te cherchais.

— C’est pas bon signe.

— Navré.

— Moi aussi je te cherchais. Tu as dis à Hobbson que son mari avait enfin appelé ?

— Non. Je lui laisse la surprise.

— Tu es un enfoiré. »

Un silence passa. Inès se redressa et se mit en marche, à la recherche du commandant. Thomas se mit sur son chemin. « Attends, je veux te dire juste une chose. Juste une seule. »

Inès hésita, puis resta immobile, attentive. Le sergent prit son inspiration : « Écoute, je sais qu’on a eu des moments difficiles, et que je n’ai pas été le meilleur des types, mais j’aimerais vraiment que tu t’enrôles dans l’armée. Je sais, il n’y a peut-être pas les gars les plus brillants… 

À quelques dizaines de mètres de là, le soldat Almarov et Kaïs se retrouvaient enfin. Kaïs lui annonçait qu’il avait prévu de s’enrôler dans l’armée, et Almarov répondit en riant que finalement, c’était pas si mal qu’il l’ait torturé comme ça, car jamais ils ne seraient devenus de si bons amis. Kaïs rigola, puis lui répondit qu’à choisir, il aurait préféré qu’ils se soient rencontrés normalement.

« … je sais que nous sommes des fois confrontés à des choix difficiles… »

Plus loin de là, deux terroristes amateurs parvinrent enfin à rentrer chez eux, couverts de blessures et le moral dans les chaussettes. Rayan se plaignit qu’il avait raté l’opération et ainsi, sa vie entière ; Ali redoutait la réaction de ses parents. Puis, les deux se figèrent, trouvant la solution à leurs problèmes : Hassim avait proposé un stage en tant qu’apprentis otages. Certes, ce n’était pas très respectable, la paie était toute relative et les perspectives d’avenir plutôt réduites, mais Rayan et Ali ne trouvèrent pas d’autres solutions…

« … ainsi que des ennemis qui sont souvent bien plus équipés et compétents que nous… »

Plus loin encore, Youssef finit enfin par se réveiller. Il essaya de faire semblant de dormir, mais rien à faire : Laurent le remarqua assez vite, et en fut particulièrement content. La nouvelle se répandit parmi la bande : le petit nouveau prometteur était réveillé !

« … mais il y a toujours une entraide qui sera présente parmi nous, et nos proches qui nous soutiendront jusqu’au bout… »

Et, dans la poche assez sale du commandant Gilles Hobbson, quelque chose vibra : le commandant répondit à la vitesse de l’éclair. « Allo, Alan ? » demanda-t-il, le cœur serré. Une voix familière, chaleureuse, lui répondit : « Bonjour, aviez-vous entendu parler de l’offre Teinture Propre à seulement un euros par mois ? » 

« C’est pour ça que je suis sincère quand je te dis que tu devrais t’enrôler dans l’armée. Au moins, pour essayer » termina le sergent Thomas, le souffle court, le cœur serré. 

Inès en avait la bouche bée, les yeux écarquillées. Elle regarda Thomas, puis tous les personnes autour d’elle, et le soleil qui brillait dans le ciel. Inès Falliguerho repensa alors à toute la journée de folie qu’elle avait passé. Les bons moments comme les mauvais. Les rencontres et les discussions. Elle eut alors le plus beau sourire que Thomas n’ait jamais vu, et elle répondit chaleureusement :

« Plutôt mourir. »

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Zoju
Posté le 02/11/2020
Salut ! J'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à lire cette histoire qui m'a fait rire et sourire à de nombreuses reprises. Tout au long du récit, tu as continué dans l'absurde et ça fonctionnait. J'ai bien aimé le chapitre précédent qui est un de mes préférés et je trouve la fin de ton histoire très réussie. J'adore la phrase d'Inès. On la comprend aisément, mais je trouve le discours de Thomas touchant. Quoi qu'il en soit, merci pour ce récit qui m'a fait passé de bons moments. Hâte de te lire à nouveau. ;-)
Le Saltimbanque
Posté le 02/11/2020
Tout le plaisir est pour moi. J'espère te plaire tout autant pour mes prochaines histoires !
Hylm
Posté le 02/11/2020
C'est une très bonne conclusion à l'histoire. Je suis juste frustré de ne pas savoir la fin de l'histoire d'Hobbson et d'Alan! On a bien la scène en tête avec les groupes qui se séparent, la police qui essaye de comprendre ce bazar etc... Peut-être que la chute est un peu prévisible car le dernier paragraphe contraste avec le côté non-glorieux de l'histoire, mais ça reste une bonne conclusion au texte, ça claque et ça résume bien l'ambiance. Merci pour cette histoire, j'attends la prochaine avec impatience!
(juste un "on pouvait des dents", "que vous av(i)ez")
Le Saltimbanque
Posté le 02/11/2020
Merci beaucoup ! Elle arrive bientôt, et dans une autre registre...
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