Enchère.

La semaine s’écoule et ce n’est que le dernier jour du délai fixé que l’on me contacte, je reçois une lettre marquée d’un lys rouge… Ce qui n’a pas manqué de lever certaines interrogations.

 

— J’ai seulement dépêché un message de remerciement ! J’explique à Clarisse, qui, venue m’apporter l’enveloppe en personne avant même de prendre son petit déjeuner, hausse simplement un sourcil à ma justification. 

 

Et Garance, qui l’accompagne parce qu’elle semble incapable d’ignorer mon existence, me rétorque. 

 

— Dans ce cas pourquoi se donne-t-il la peine d’y apposer des scellés magiques ? 

 

Serait-elle jalouse ? Ce serait bien son genre.

 

— Te méfies-tu d’un courrier envoyé par le Commandeur d’un ordre ?

 

— Loin de moi, cette idée Roselynd, mais Lord Glenn a sa réputation. Tu n’es pas la première. Finalement, elles étaient toutes plus investies que lui. Je te mets en garde avec les meilleures intentions du monde, il a vu tout ce que tu avais à révéler, ce n’est pas comme si tu avais quelque chose de nouveau à lui montrer. 

 

La chienne...

 

— Je ne veux pas que ma chère sœur souffre à cause d’un homme… continue-t-elle.

 

— Encore une fois ? Je finis. 

 

Cette répartie la prend de court. Mais elle se récupère rapidement. Ses yeux se mouillent. 

 

— Finalement, tu ne m’as pas pardonné…

 

Oh, tu la joues comme ça ?

 

— Bien sûr que si ! Comment puis-je garder une quelconque forme de rancune envers toi ? Tu es ma seule et unique sœur ! Non ! Ce que je voulais dire, c’est que j’ai eu mon lot de souffrance et l’on m’y reprendra plus.

 

Elle reste muette un long moment. 

 

— Je suis heureuse de l’entendre, fait-elle d’un ton plat. Au fait pourquoi ton mur est-il sali ? 

 

Elle désigne d’un sourire l’éclaboussure rouge que personne ne s’est donnée la peine de nettoyer, moi la première. 

 

— Nos femmes de chambre sont si maladroites Garance ! Après avoir souillé mes robes, elles ont taché ma tapisserie. 

 

Clarisse marmonne quelque chose sur la complexité de dénicher des serviteurs compétents, ne dissociant pas ses yeux du pli se trouvent entre mes mains. Elles restent dans ma chambre, ces femmes escomptent sûrement que je la décachète devant elles. Aussi, je la pose sur ma table de chevet. Si elles souhaitent patienter ici jusqu’à son ouverture, j’espère qu’elles n’ont rien de prévu de la journée. 

 

— Bien, sur ce, nous allons te laisser Roselynd. Fais Garance en entraînant sa mère avec elle.

 

J’attends de ne plus les entendre pour récupérer le courrier et prends connaissance du message.

 

« Retrouvez-moi à l’auberge dès que vous aurez ce message », m’ordonne la missive, que je fais disparaître d’une volée de flamme. 

 

 

Moi, qui décide de sortir après avoir reçu une lettre si suspecte. Voilà qui va titiller la Garance.

Mes talons claquent sur les escaliers de marbre blanc, qui me conduisent au hall. Ils raisonnent dans le silence du château, avant de fouler le sol de verre, qui protège plusieurs Oiseaux de feu animés par magie alors qu’ils glissent des fleurs d’or. 

Mes pas attirent l’attention des trois portiers en livrée dorée et rouge, couleur de la maison de Harriott. Je ne leur parle que pour leur demander d’apprêter un fiacre. Ils hésitent. Tous les domestiques ne nous sont pas tous aliénés, mais ceux-là préfèrent détourner les yeux, ne pas s’impliquer. Est-ce lâche ? Oui. Mais aussi terriblement humain... et agaçant parfois. Comme lorsque je dois argumenter pour qu’ils exécutent de simples ordres… Mais puis-je leur en vouloir, quels serviteurs souhaitent s’attirer les foudres de leurs maîtres ? 


 

Le fiacre est prêt en quelques minutes. Arrivée à Kadara, j’abandonne mon chauffeur aux portes de la ville avec quelques pièces en lui enjoignant de venir me chercher que vers 17 h. Mes pas me conduisent directement à l’auberge. « L’auberge » est une indication assez claire. Celle où nous nous sommes rencontrés.

« La table du cerf ». Ce n’est que maintenant que j’en note le nom. Une pancarte annonçant la fermeture exceptionnelle du commerce est accrochée à l’entrée. Je l’ignore et passe le pas de la porte. La pièce est vidée de ses tables et chaises qui sont poussées sur le côté, sauf une seule, posée au milieu de la salle. Trois personnes y sont assises, Lord Glenn, qui semblent chercher la Vérité au fond de son verre. Lady Alexandra installée à côté de son supérieur, un sourire sur visage et « chapeau pointu », Lady Lise, je crois, qui caresse Nasha, son chat à deux queues, allongé paisiblement sur la table. Une quatrième est au comptoir sur ma gauche. 

 

— Ne perdons pas de temps. Déclare-le Commandeur, avant que je n’aie l’occasion de les saluer. Vos informations se sont avérées exactes. Notre accord est donc valide.

 

Il me désigne l’individu au bar qui se lève pour me faire face. 

 

—  Lord Rohan va s’occuper de vous. 

 

Il n’existe pas vraiment de traits physiques qui s’appliquent aux soigneurs, puisque c’est une magie qui apparaît aléatoirement dans toutes les lignées... Si ce n’est qu’en tant que non-combattants, ils ont tendance à être moins massifs que les autres aristocrates. Pourtant, l’homme qui me fait face est un géant. Une montagne de muscle. Un Viking aux longs cheveux clairs et à la barbe dru. Je ne suis pas petite. Mais en sa présence je me sens minuscule, même Lady Alexandra doit être moins grande que lui.

 

Il cache sur l’épaule sa créature magique. On dit que deux sortes de bêtes rares existent : celle de soin et celles qui ont une forme humanoïde. Celles d’aspects humains portent l’étrange nom de fée-dragon. Une dénomination que je ne m’expliquais pas jusqu’ici. Mais en voyant cet être, je peux comprendre. C’est un minuscule être que je ne peux décrire que comme « une fée ». Une petite créature féminine aux ailes de libellules diaphragme, vêtue d’écailles émeraude, semblables à celle d’un reptile. 

 

— Poumon ?

 

J’acquiesce. 

Son regard pâle s’illumine d’un étrange halo, tandis que son œil descend de mon visage jusqu’à ma poitrine. Il hausse les sourcils, les fronces, recule de quelques pas. Ses yeux me scrutent, sa bouche reste close.

 

Il revient à sa place première, marmonne quelque chose. Ce n’est que lorsque je reçois son poing dans l’estomac, quelques secondes avant la douleur me fait perdre connaissance que je décrypte ce qu’il essayait de me dire :

 

« Ça va faire mal. »

 

Je me réveille avec un haut-le-cœur, soutenue par le soigneur. Une réaction prévue, car Lord Rohan me place immédiatement au-dessus un seau en fer dans laquelle je vomis. Longuement. Je suis littéralement en train de me vider de toute substance. J’ai à peine le loisir d’aspirer quelques goules d’oxygène entre deux spasmes. Spasmes qui me coupe les jambes, m’empêche de me tenir seule. Je ne plonge pas la tête la première dans la bouillasse infâme que je régurgite uniquement parce qu’on me retient. 

 

Adieu élégance, adieu délicatesse ! 

 

J’ignore pendant combien de temps… j’éjecte… ce que j’ai à éjecter… Mais la quantité de liquide que je rejette m’effraye. Est-ce donc là, l’allégorie d’une vingtaine d’années de maladie ? Un sceau presque complet d’une mélasse malodorante ? 

 

Lord Rohan me relève et s’assure que je tiens sur mes jambes avant de me rapporter une serviette et un verre d’eau avec lequel je m’essuie et me rince la bouche. Il accueille mes remerciements d’un simple signe de la tête. 

Malgré ce moment de grâce pure, Lord Glenn ne semble pas avoir levé les regards de sa coupe, Lady Alexandra, elle, fixe devant elle, les yeux vides. « Chapeau pointu » cache son nez et sa bouche dans un mouchoir aussi pâle de son teint. 


 

J’inspire. J’expire. À vrai dire, je serais incapable de déterminer si je suis effectivement rétablie, mais, peut-être à cause d’une certaine forme d’optimisme, je me sens... mieux.

 

— Est-ce que cela vous convient ? Me demande Lord Glenn. 

 

Je choisis mes mots avec soin :

 

— Si je suis en effet guérie, je juge cette section de notre agrément remplie. 

 

On me répond par un long silence gênant. Le Commandeur reprend :

 

— Vous aurez de nos nouvelles concernant l’autre partie de notre pacte d’ici quelques jours. 

 

Il se lève et avance jusqu’à moi, sourit, réfléchit et ajoute.

 

— Essayez de ne pas périr face au loup blanc. Même si vous semblez immunisée contre la mort.


Il jette un regard à chaque membre de son groupe et tous le suivent lorsqu’il se dirige vers l’arrière du bâtiment, seul Lord Rohan ralentit pour se saisir du sceau. 

 

Pour ma part, je ressors par la porte d’entrée, tout cela n’a pas duré plus d’une heure. Je pourrais rentrer, mais… j’ai encore la journée devant moi. J’en profite pour monter dans les hauts quartiers de la ville et m’arrête à la première bijouterie que je croise. 
 

Je regagne le château que quelques minutes avant l’heure du dîner, j’apprends que mes parents me convoquent, pardon, invite à les rejoindre à table. 

Je me pose, encore en bout de table. Cette fois en plus de Raeka, Créa installé sur un perchoir, augmente la température de la pièce de quelques degrés. Garance ne tarde pas d’expliquer la raison de ce rassemblement : 

 

— J’ai décidé de rallier un ordre. 

 

Garance dans un ordre ? Ainsi donc, elle désire faire quelque chose de ses journées ? Quelque chose d’utile, j’entends. Les cinq ordres principaux régulent certains aspects de la vie de l’empire. La guilde de la magie se concentre sur les recherches dans ce domaine, mais aussi d’enregistrer tous les adeptes existants. Le lys rouge se charge des créatures et ce que l’on appelle « les désastres mystiques », un noble qui perd le contrôle par exemple… L’ordre obsidienne tient lieu de police et celui de la Baleine de marine. Fait étonnant, l’empire n’a pas d’armée régulière. Peut-être que l’absence de guerre a eu raison de son existence ? Pourtant, l’Êlo a eu des périodes d’instabilité, la dernière ne date pas plus qu’une trentaine d’années. Je suppose qu’en cas de conflits, la noblesse doit être mobilisée… quant à l’ordre restant...

 

Le Duc ne lève pas les yeux de son assiette, mais répond interrompant mes pensées :

 

— Avez-vous eu des propositions ?

 

— Oui, plusieurs Pères. 

 

— Lord de Monte-Font ? Nous avons fait nos classes à la garde d’Êlo ensemble. C’est un ami cher.

 

Lord de Monte-Font, le Commandeur d’escorte personnelle de l’empereur ? Effectivement, la garde d’Êlo reste l’ordre le plus prestigieux, mais seulement parce que les membres baignent dans le lieu de pouvoir, les soldats portent des uniformes clinquants, jamais salis. J’imagine que protéger les entités les plus puissantes de l’empire ne doit pas demander énormément d’effort. 

 

— Bien sûr, sa proposition n’est en aucun cas négligeable. De plus, servir comme escorte de Sa Majesté est un honneur. Bien que l’ordre du Lys rouge a ses avantages, n’est-ce pas Roselynd ?

 

Son sourire narquois me fait comprendre le sou entendu.  

 

— Évidemment ! Et Lord Glenn est tout à fait charmant, n’est-ce pas Garance ? 

 

Elle ne se laisse pas démonter.

 

— Tu sais lorsqu’on est réellement amoureuse, on ne voit plus les autres hommes de la même manière.

 

— Je te crois ma Garance. Après tout, je n’ai jamais été éprise de qui que ce soit. 

 

— Augustin sera ravi, répond la demi–sœur avec un sourire mauvais, cela le délivra de sa culpabilité. Il était persuadé que tu le chérissais toujours. Il ne supportait pas l’idée de te faire du mal.

 

— Qu’il se rassure.

 

— Au fait, où es-tu allée aujourd’hui ? Les gardes nous ont prévenus que tu étais sortie juste après avoir reçu une lettre de Lord Glenn.

 

Je joue l’hésitation puis me lève et pose un écrin à côté de l’assiette de la peste.

 

— C’est un cadeau, pour fêter ton arrivée en âge. Ma chère sœur.

 

Elle ouvre la boîte pour trouver une bague surmontée d’une pierre rouge... Non lie–de–vin. Un diamant enchanté pour avoir une teinte particulière. Ces pierres sont facilement produites, je n’ai eu qu’à attendre que quelques minutes dans une bijouterie spécialisée pour être servie.

À l’intérieur est la date de sa subjugation et le message suivant « le jour où tout changea ».

 

— Merci, Roselynd, fait-elle, confuse. 

 

— Et cette lettre de Lord Glenn ? insiste Clarisse.

 

Garance fronce les sourcils à l’intervention plus que maladroite de sa mère. Est-ce dans mon intérêt de mentir ? Quoiqu’il arrive, ils découvriront mes actions un jour ou l’autre. Mon but ici est uniquement de gagner un peu de temps. 

 

— Elle ne contenait qu’une seule ligne. Fais-je, déçue. 

 

— Que disait-elle ? insiste Garance. 

 

— Je crois que tu as raison sur lui ma chère sœur, il ne paraît pas investi.

 

Elle rit. 

 

— Je ne t’imaginais pas si entreprenante.

 

— Que veux-tu ? J’ai 19 ans. Si la magie n’est pas ma voie, j’espère au moins trouver un époux.

 

Cet aveu semble l’avoir diverti.

 

— C’est vrai que Lord Glenn est un bon parti, mais si cela peut t’aider je te présenterai à certains de mes amis célibataires.

 

Plutôt crever.

 

— Nous en reparlerons, je conclus, retournant à ma place. 

 

Le lendemain, je me lève aux aurores et teste mes nouveaux poumons. Le corps de Roselynd n’est pas celui d’une sportive, mais pour la première fois de ma vie, je n’ai pas l’impression d’être sur le point de mourir après une utilisation massive de la magie.

 

J’estime avoir au minimum 4 mois pour me construire une musculature et travailler mon endurance. Et je n’ai pas une minute à perdre. La date de ma subjugation dépendra seulement de l’activité du loup blanc. Mais si jusqu’ici personne n’a découvert sa présence, c’est qu’il reste discret. 

Me muscler en toute confidentialité dans un domaine aussi grand que celui de Harriott n’a rien de compliqué. 

Mais à mon sens, le plus ardu demeure mon initiation à l’ombre. Évidemment, toutes les magies fonctionnent grâce à la volonté. Et cela, j’en ai. C’est à l’aide à elle que j’ai pu rester consciente pendant si longtemps. J’ai certes oublié certaines choses, comme mon nom et mon apparence. Mais je suis toujours humaine, car je savais ce que j’étais et que je m’y suis accrochée.

 

Cependant, chaque magie possède leurs particularités.

 

Et mes seuls contacts avec cette force demeurent à l’heure actuelle des évènements indépendants de ma volonté. 

Si je crains encore les ténèbres ? Je mentirais en prétendant le contraire… Pourtant je me dois de l’utiliser, n’est-ce pas ?

Je m’éloigne le plus possible du château sous prétexte de vouloir pique-niquer, pour arriver dans une clairière ombragée. 

C’est ici que je m’installe. 

Je dépose mon panier pour me diriger vers l’ombre d’un arbre. 

L’usage des ténèbres me vient instinctivement. C’est si facile que ça en devient effrayant. Si la manipulation du feu me donne l’impression de contrôler une force magnétique, comme lorsque l’on pousse un aimant avec un autre, de mêmes polarités, cette magie, elle, est plus tangible, elle ressemble à une feuille de papier, pliable.

 

Je me rappelle mon premier éveil et une idée me vient.

Je plie mentalement la matière, cherchant comment former l’élément. 

 

Un pli, deux plis tout bien jolis !

Chaque pliure devient plus compliquée que la précédente. 

 

Trois plis, quatre plis continuent ainsi !

 

Chaque arête mal pincée, transforme la forme que je construis en petit lambeau et réduit mon avancement à néant. 

 

Un pli, deux plis, c’est reparti !

 

Mais aucun de ces échecs ne me décourage.

 

Trois plis, quatre plis, vas-y, finis ! 


 

Des cendres d’ombres s’accumulent à mes pieds, avant d’être noyées par de grosses goutes de sueur. 

 

Un pli, deux plis ris, ris, ris, ris !

Trois plis, quatre plis, insistent, oui !

Cinq plis, six plis... NON !  


 

J’ai vaguement conscience du temps qui passe. Peut-être que des larmes noires humidifient mon visage. J’en ai l’impression… Mais… mais...

Cent-cinq ! Cent-six ! C’est fini !

 

Entre mes mains dort une sorte d’origami mal ficelé, qui n’attend qu’un mauvais mouvement pour tomber en poussière. Un pliage qui cherche a figuré un humanoïde d’ombre. Un de ces petits êtres dansants de mon éveil d’ombre. Mais ce que je tiens n’est qu’une copie maladroite, inerte. 

 

Je l’écrase d’un geste rageur. Tel qu’il est, il m’est inutile. Je suis cependant certaine que je suis capable de le faire se bouger. 

Parce que je l’ai déjà fait. 

La semaine passe et le dernier jour, une invitation portant le sceau du Lys rouge nous est envoyée. 

Jusque là, rien d’extraordinaire, tout aristocrate ne reçoit ce genre de missive dès l’apparition d’une nouvelle bête. L’ordre réunit des nobles de tout horizon, puis, par un système d’enchère, obtient les droits de subjugations. Tout lord, qu’ils possèdent ou pas une créature, s’y rend inévitablement, car malgré tout, les ventes de ces privilèges restent un des grands évènements sociaux de l’empire. Les invitations portent nos quatre noms. Encore rien de spécial, même si je ne crois pas que Roselynd y ait déjà participé. 

Aussi aucun des Harriott ne cache leur surprise, quand habillée, je monte dans le carrosse qui les conduit à Kadara. 

Passé l’étonnement, Garance sourit, puis me souhaite de trouver l’âme sœur. Je serre les dents le long du voyage, seul le bruit des sabots des chevaux comble le silence, Raeka s’allonge sur mes talons, grignote sciemment mon espace vital. Je suppose que donner un coup de pied à un lion est une mauvaise idée...

 

Arrivée à la capitale la mise aux enchères se déroule à la tour rouge, le quartier général du Lys.

Les locaux du Lys se situent à l’avant-dernier étage de la ville, au pied du palais Impérial. C’est aussi là que se trouvent les autres ordres. Le niveau est divisé en quatre, le centre appartenant à la guilde de la magie, aucun civil ne vit dans cet étage. Au milieu de chacune des parties se dressent leurs tours , cinq beffrois en pierre lisse, distinguée par leur couleur. 

 

Bien sûr, le lieu des enchères est posé à quelques mètres de la tour, dans une salle de réception, modeste selon les standards de la haute société elôite. La mosaïque au sol dessine les cent créatures magiques les plus réputées de l’empire, autour d’Êlo, au centre. Les murs sont frappés de simples lys. Des tables, décorées de fleurs fraîches, sont à l’avant pour les nobles de rangs élevés. Les autres relégués à l’arrière n’ont droit qu’à des fauteuils.

 

Nous ne sommes pas les premiers à arriver et la salle est bondée.

En tant que maison ducale, la famille de Harriott a une table qui lui ait réservé. L’une des mieux placées. 

Beaucoup s’approchent, saluent le Duc, félicitent Garance.

Alors que Garance discute avec son père, je laisse trainer mes oreilles. La rumeur de l’émergence d’une bête puissante s’est répandue.

 

Une grande partie de la salle s’est présentée à nous lorsque les lumières s’éteignent. 

 

Lord Glenn apparaît sur la scène, il s’arrête devant le pupitre, le seul élément qui habille l’estrade. 

Lorsqu’il parle, le silence se fait.

 

— Mes Ladies, Mes Lords, bienvenue à vous.

 

Son ton est plat, son visage inexpressif. Il semble terriblement s’ennuyer. Mais il poursuit son discours.

 

— Nous sommes réunis pour ici la mise aux enchères du droit de subjugation d’une créature magique. Ainsi qu’une annonce.

 

Il marque une pause. Regarde le public et continue ;

 

— Un aigle bicéphale est apparu près du village de Koriel. Une créature élémentaire de type air, sa dangerosité est classée « D ». Ainsi, selon nos lois, seuls les clans possédant au moins un membre utilisant l’élément concerné sont autorisés à participer à la vente. Je laisse maintenant la place à notre commissaire-priseur. 

 

L'enchère commence à 25 pièces d’or, avec cette somme, on peut s’acheter un petit logement dans les bas quartiers de la capitale. Mais pour une créature magique, c’est peu. Par comparaison, le Duc en a dépensé près 2000 pour le stupide piaf, une famille modeste pourrait vivre toute sa belle vie avec un montant pareille. Elle se termine au double de la mise de départ. Le commissaire clôture la vente et disparaît. 

Lord Glenn revient des documents à la main, qu’il pose sur son pupitre.


— Bien, félicitons la maison de Noiroi pour avoir remporté cette enchère ! Passons maintenant à l’annonce. 

 

Il prend le temps de réorganiser ses feuilles tandis que la salle bout d’impatience. C’est moi, ou il s’en amuse ?

 

— Sa dernière apparition date de plus de 50 ans que cette créature n’était pas manifestée…

 

La tension monte. 

 

— Nous avons une créature deux fois couronnée. Qui est émergé près de la capitale. C’est une bête de type feu, sa dangerosité est classée A.

 

Il parle comme s’il annonce une nouvelle banale, pourtant l’excitation grimpe dans la salle et je sens qu’elle me contamine. Je lance un œil à Garance, a-t-elle des regrets de s’être jetée sur son stupide piaf ? Lorsqu’elle remarque mon regard, elle se tourne vers le Duc et dit :

 

— Peut-être devrions-nous enchérir pour Roselynd ?

 

— Ne soit pas ridicule, répond le Duc, instantanément.

 

Merci. Merci bien.

 

— Et... oh, ajoute alors Glenn comme s’il avait réellement oublié. Il s'agit de Kadara, le loup blanc.

 

Garance hoquette de surprise. Oui, ma chère peste, regrette ! Le loup blanc la première bête du second et du huitième empereur d’Êlo est apparue et elle t’est interdite ! Comme la Créature impériale donne son nom à l’empire, le loup nomme la capitale. 

 

— Ce sera tout. Fini Lord Glenn.

 

Alors qu’il s’apprête à partir, quelqu’un crie dans la salle. 

 

— Et les enchères ?

 

Il sourit. J’en suis persuadée, Lord Glenn s’amuse profondément.

 

— Quel idiot ! Par échange équitable, Lady Roselynd de Harriott aura la primauté de la subjugation.

 

Je n’entends que le bruit de toutes les têtes qui se tournent en même temps. Même le Duc, si morne, écarquille les yeux en m’observant. 

Oui ! Regardez-moi ! Vous me pensiez finie, inutile, enterrée. Mais me voilà, j’étais là, cachée dans un angle de mort. Essayer de m’ignorer maintenant !

 

— Nous faites-vous une blague de mauvais gout ? Vous l’envoyez à sa perte Lord Glenn ! Lance une voix anonyme.

 

— Voyons, ne soyez pas si médisant, intervient Lord Glenn. Lady Roselynd a deux magies de son côté. 

 

J’entends quelqu’un pouffer. Lord Glenn me sourit de toutes ses dents. Je ne crois pas avoir affaire à un homme bien. Je me lève et déclare :

 

— En effet, ma maîtrise du feu et de l’ombre me permettront de vaincre la créature. 

 

Garance fait lentement « non » de la tête.

 

— Roselynd… je pensais que nous avions déjà passé ce cap… Père ? Faites quelque chose, elle va mourir ! 

 

Son ton impératif me ferait presque croire à son inquiétude. Le Duc se lève et demande :

 

— Lord Glenn ? Pouvons-nous avoir un mot en privé ? Nous devons parler de cette...transaction...

 

— Il n’y a rien à dire, Duc de Harriott. Êlo Lui-Même ne peut revenir sur un échange équitable. De ce fait, vous n’avez rien à dire Duc. Personne n’a rien à dire.

 

Peu, peuvent se permettre de rabrouer le Duc en public. Ceux qui le peuvent ne le feraient pas par courtoisie. Lord Glenn ne semble en avoir rien à faire de la "courtoisie".

 

— Les gagnants des enchères sont priés de se rendre dès demain au temple. Reprend-il, calmement. 

 

 Le Duc se tourne alors vers moi. Son regard pourrait me brûler vif. Il se lève et se dirige d’un pas rapide vers la sortie. Je suppose que si je souhaite entrer autrement qu’à pied, je dois le suivre… même si je sens que je vais endurer leur colère.

 

Ça n’a pas tardé à vrai dire, dans le carrosse, j’ai eu droit aux remontrances de Clarisse ponctuer par des œillades mauvaises du Duc et aux pleurs hypocrites de Garance.

Lorsque nous sommes arrivés au château, c’est l’ire du Duc que je subis. Et la sanction est tombée rapidement. Je suis consignée dans ma chambre jusqu’à nouvel ordre. Je fais naïvement remarquer que s’opposer à une subjugation reste un crime grave. M’interdire de me rendre au temple peut être considéré comme tel. 

Soit, décide-t-on. Garance devra m’accompagner. Et cela la contrarie tellement.... 

 

Cette nuit-là je n’ai pas dormi dans mon lit. 

 

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Alice_Lath
Posté le 02/11/2020
Alleeez Rose, défonce tout ! Et jsuis grave contente pour ses poumons haha, maintenant, en effet la muscu va lui faire du bien. C'est mega important d'entretenir ses muscle, vive le sport pour coller des vastes tatanes haha
Par contre, je ne suis pas certaine d'avoir compris pourquoi Glenn attribue le loup à Rose, après je pense que l'info était dans les chapitres précédents, et j'ai dû oublier entretemps haha, donc désolée si ça avait déjà été dit
Je suis pas certaine d'avoir compris ce qu'elle faisait avec sa magie de l'ombre btw, enfin elle s'entraîne, mais les plis représentent quoi ?
Bref, sinon, un très bon chapitre haha, je l'ai beaucoup aimé et c'était savoureux de voir la vengeance de Rose prendre forme
Pandasama
Posté le 03/11/2020
Bonjour !

Merci pour chacun de tes retours ! Ils m’aident à déterminer les endroits ou je n’ai pas été assez précise ! Oui, l’histoire du loup a été évoquée au chapitre précédent, mais je pense ne pas avoir été assez claire.
Ravie de voir que ce récit te plait toujours autant !
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