E[G][L][I][S][s]E

À la troisième pub pour baskets, j’ai compris que surprendre Hylia avec mon cadeau de Noël, c’était mort. Comme pour enfoncer le clou, elle me lance avec un sourire :

 

– Quitte à choisir, je préfère les superstars legacy.  

 

On vient de finir notre journée de cours. À 14 h dans le tram, y a pas grand monde. En fait, on est quasiment seules dans notre wagon, juste un homme dans un coin, les yeux perdus sur l’écran de sa tablette.  

 

– Tu veux qu’on s’arrête quelque part en rentrant ? 

 

Je réponds d’un « non » de la tête. 

 

– J’ai ma première leçon de conduite ce soir. 

 

Et je dois checker mon compte en banque.

 

– J’ai aussi reçu le mail. Tu dois faire combien d’heures ? 

 

– Six. Je ne vois pas l’intérêt d’être formée au pilotage manuel. On a des IA pour ça. 

 

– J’en ai vingt-cinq ! VINGT-CINQ ! 

 

Son ton over the top me fait rire malgré moi. Ça prouve que le système place de grands espoirs en elle. La petite archiviste que je serai n’aura visiblement besoin que d’être transportée d’un point A à un point B par une IA. Hylia qui n’a pas un futur aussi arrêté doit posséder un large set de compétences. 

 

– En général, ce sont les exect’ qui ont autant d’heures de conduite, je lui fais remarquer.

 

Elle hausse les épaules et réplique, sort sa tablette avec nonchalance et déclare : 

 

– Ne comptez pas sur moi par contre. Flic, c’est trop de stress. 

 

– Tu devrais plutôt te diriger vers la politique ! 

 

Je trolle un peu, je sais que ça doit être la carrière qui le passionne le moins. Le tram freine, je crois que c’est l’un des derniers arrêts avant les quartiers du port. Trois ou quatre personnes embarquent à ce moment-là.  

 

– Après… 

 

Je m’interromps. Hylia ne m’écoute plus, elle semble intéressée sur l’une des publicités qui se joue, une réclame pour un bijoutier. Ce n’est clairement pas un message qui nous est destiné, on n’a pas ce genre de pouvoir d’achat…Et je ne pense pas qu’elle ait soudain envie de s’offrir de la joaillerie. Elle analyse un à un les nouveaux passagers. Qu’est ce que j’aimerai savoir ce qui se passe dans sa tête, je pourrais, mais… Ce serait dangereux. Il n’y a pas de détecteurs psy dans les trains, mais des Exécuteurs en civils équipés de versions mobiles oui. À ce qui paraît, il y a quelque chose comme 2 % de psy non déclaré… En tout cas, c’était le cas il y a huit ans. 

 

Finalement, quelque chose click chez elle. Elle bondit sur ses pieds et fonce droit vers une vieille dame assise près d’une des portes. Si la femme semble d’abord surprise, Hylia n’a besoin que de quelques mots pour la mettre à l’aise. Lorsque je trouve le courage de les rejoindre, Hylia se gratte le nez, deux fois. Je sais ce que ça veut dire : je peux. Hylia, comme pas mal de gens des quartiers pauvres, est capable de sentir les exécuteurs. La première fois que j’ai vu ça, j’ai pensé que je devais être entourée par des psys non déclarés. S’il n’y a pas de policiers, je suis libre… d’utiliser mes dons. Hylia est dans l’une de ses phases de réflexion pure, l’une de celles tellement dorées qu’elles sont difficiles à regarder. 

Je me tourne vers l’esprit de la vieille dame. Je fais toujours ça, si possible, je… J’aime bien savoir à qui j’ai affaire. Et dans sa tête… C’est comme un texte ou il manque des mots : le bordel. J’ai déjà vu ça, quand Mme Miyagi a choppé Alzheimer. C’était il y a deux ans. Trois peut-être ? On avait fait des pieds et des mains pour lui trouver une place dans un bon hôpital. Ceux du port te soignent, mais ils puent quand même un peu. J’arrive malgré tout à comprendre quelques trucs : elle s’est trompée de train, ne sait pas trop où elle est… Je ne suis même pas sûre qu’elle se sait perdue. 

 

Au prochain arrêt, Hylia se lève et aide la vieille femme à faire de même.  

 

– Je la raccompagne chez elle, m’annonce mon amie avant de descendre. Je t’appelle quand je rentre.

 

– Okay…

 

Le tram ne prend que quelques minutes pour me ramener chez moi. À l’entrée de l’orphelinat, Sir Potipoter m’interpelle :

 

« Dame Reynia ? Vous m’avez demandé de vous remémorer de checker votre compte en banque pour le cadeau Hylia. »

 

Ah, ouais. Il doit me rester deux ou trois cents francs de ma bourse. Si je n’ai pas assez, je peux utiliser l’autre compte…

J’avance dans le hall aux teintes criardes de styles rétro '70. L’agencement des couleurs entre les murs à motif et moquette flash m’a toujours fait mal aux yeux. Je crois que ça fait bien trente ou quarante ans que ça n’a pas été upgrade. 

Dès mon entrée, je me dirige vers la console aux formes arrondies, dessinée pour ressembler à un terminal rétro futuriste. J’appuie sur les touches tactiles beaucoup trop lumineuses pour ma santé oculaire. 

 

Plusieurs de mes infos s’affichent, dont mes données financières. 

 

Et deux vases explosent.

 

Non… Non… Non… pourquoi a-t-il... Je cherche dans mon sac l’aiguille, le sédatif que je transporte toujours… Je me ravise.

 

Non, je n’en ai pas besoin.

 

Je pince la peau entre mon pouce et mon index. J’entends les meubles trembler. 

 

« Dame Reynia ? Je note une activité cardiaque préoccupante, comment allez-vous ? »

 

Calme calme calme. Je regarde tout autour de moi. Les autres enfants, qui se rendent à des écoles plus proches, sont déjà dans leurs chambres. Personne n’a vu. 

 

J’ai plus un rond.

 

Je suis absolument certaine qu’il devrait me rester de l’argent. La console se déverrouille uniquement grâce à nos montres et une empreinte palmaire. Elle n’a aucune protection psy, ni vrai firewall. N’importe qui avec les connaissances, une tablette et le bon programme… Ou au hasard avec des pouvoirs psychiques pourraient voler des informations, détourner des fonds…

 

Je me concentre. Le terminal réagit immédiatement à mon contact mental. Les données, même effacées, ne disparaissent jamais vraiment. Le nom du coupable m’apparaît et ne me surprend pas. 

 

Le dirlo a toujours été greedy. Au départ, il ne détournait que de petites sommes. Quelques francs ici et là. L’argent destiné aux infrastructures, surtout. Je ne m’en plains pas. Oui, les toilettes fuient et tiennent avec du scotch, mais pas de détecteurs-psy. Ouais, je ne suis pas sûre que le bâtiment soit aux normes, mais j’ai un endroit où me réfugier lorsque je suis à deux doigts de péter un plomb. 

Mais là, il est allé trop loin. Le Système ne peut pas ignorer ça. 

 

Nous sommes le vingt sept du mois, ma bourse sera virée dans quelques heures. J’aurais pu passer à côté. Peut-être que le directeur compte sur ça pour camoufler son crime ? J’intensifie ma concentration et essuie les quelques gouttes de sang qui coulent de mon nez. S’ouvre une fenêtre d’un programme masqué, que seuls mes pouvoirs me permettent d’atteindre. Là se trouvent d’autres informations, la cache d’argent que j’alimente depuis des années si, pour une raison ou une autre, je devais encore changer d’identité. Des données financières non déclarées, c’est super illégal. J’anticipe déjà une descente d’exec' ils chercheront toutes traces d’argent suspectes et ils tomberont forcément sur ces données…

 

J’ai deux choix : les laisser saisir ce fric. Et je ne reverrai jamais. Normalement, on ne devrait pas remonter jusqu’à moi, mais on sait jamais. Ou imprimer cet argent et attendre que l’affaire soit classée. 

 

J’imprime les fonds. Pas en argent réel c’est trop suspect, mais sur une carte de données que je cache immédiatement dans mon soutien-gorge, en espérant trouver une autre planque. 

 

Maintenant… Faut que je parle à Hylia. 

 

Je manque de détruire ma chambre au moins trois fois en attendant l’appel d’Hylia. 

 

– On a un stage, m’annonce-t-elle. 

 

Je retiens la question qui me brûle les lèvres. Je l’écoute à moitié lorsqu’elle me raconte comment elle l’a eu. 

 

– Si tu devais planquer de l’argent, ce serait où ? 

 

Elle reste silencieuse. Elle a eu à peine le temps de terminer son histoire. Je crois que j’ai parlé trop vite. Mince. Je suis désolée. Je m’apprête à m’excuser quand elle me coupe :

 

– Pour un de tes romans ?

 

C’est un code : « J’ai besoin de ton aide pour un truc dont je ne peux pas parler ouvertement ». 

 

– Oui.

 

– Une église. Me répond-elle immédiatement. 


 

Oui. Beaucoup ont été construites pendant la dictature avant d’être abandonnées. Ni le gouvernement ni le Système ne semblent souhaiter les détruire. Je suis tenté de chercher la chapelle la plus proche, mais Hylia me devance.

 

– Y en a une pas loin de chez nous, près du vrai port, tu veux qu’on y aille ? Ça te servira.

 

Je repousse toute forme de nervosité, même si elle me fait remettre mon bras en place et je refuse. 

 

– Pas maintenant. J’ai ma première leçon de conduite ce soir, tu te rappelles ? D’ailleurs je dois y aller... 

 

Elle acquiesce et je raccroche, les mains tremblantes.

 

« Dame Reynia ? Je suis inquiet pour vous... »

 

J’ignore la voix du Sir et prends la route. Je dois finir la session le plus rapidement possible. Hum… Selon le mail, elle dure deux heures ou euh… c’était quoi les mots exacts ? Je regarde : « La maîtrise des objectifs de la séance ».


 

L’auto-école ne se trouve pas loin de chez moi. C’est une petite agence devant lequel sont garés trois véhicules avec le logo de l’entreprise. Lorsque j’entre, j’ai la surprise de voir une secrétaire humaine et non une IA M.E.E contrairement à tous les commerces du quartier. Je crois que je suis dans le seul endroit du bloc qui reprend une décoration de cabinet anglais du XIX° siècle. La femme, jeune et souriante, est assise derrière une lourde console qui lui sert de bureau, en dessous des détecteurs-psy, posés en hauteur. 

Les carrés blancs des détecteurs s’arrangent pour être visibles de tous. Lorsqu’un mentaliste utilise ses pouvoirs sans autorisation, ils lancent une alarme silencieuse et envoient un signal aux exécuteurs. Pas les normaux : ceux qui tapent vraiment fort.

 

 Un écran géant diffuse une publicité de voiture :

 

« La X-23, compacte girly et… »

 

La réclame se coupe à mon entrée pour en créer une autre : 

 

« Première auto ? Optez pour la S3-10-YO ! »

 

J’essaye d’ignorer le bruit quand je parle à la femme. J’aurais vraiment préféré interagir avec une IA, j’aurai juste eu utilisé le Sir. 

 

– Je suis Reynia XV-658, j’ai rendez-vous pour une leçon de conduite. 

 

Est-ce que je parle trop fort ? Je crois que je parle trop fort.

La secrétaire me lance un regard compatissant. Ah, ce doit être à cause de mon nom. Il n'y a que les orphelins qui en ont un comme le mien. Elle tapote sur la console, qui s’illumine. 

 

– Deux heures vous ont été attribuées ce soir, c’est bien ça ? 

 

Yup. Je présente ma montre pour valider mon arrivée. Bien que je puisse finir ma formation dans trois jours, mes rendez-vous s’étalent sur cette semaine et la suivante. Je ne sais pas pourquoi, mais bon... 

 

– Installez-vous, Mr Cartier ne va pas tarder. 

 

Je m’assois sur l’un des sièges de la salle d’attente. J’ai mal au ventre, je suis à deux doigts de vomir et mon soutien-gorge me gratte.

 

« Dame Reynia ? Un problème ? » 

 

Je mute Sir Potipoter, je n’ai pas envie de lui parler. Je veux juste du silence. Les messages corpos s'arrêtent pour être remplacés par des ads aux musiques calmes avec seulement quelques mots. Même si j’aime bien l’effort, ce n’est pas du vrai silence, simplement une pause que l’on m’accorde. Peut-être qu’ils cherchent à me mettre à l’aise, à me pousser à l’erreur ? L’œil vert du détecteur psy me regarde, attend… Des fois je me demande ce que ça serait de vivre hors du Système… C’est possible à ce qui paraît… Non. Beaucoup trop risqué. 

 

 

Une canne… Est-ce que c’est du vrai bois ? Je ne sais pas, mais ça y ressemble. Je lève les yeux lorsque son propriétaire s’éclaircit la gorge. 

L’homme qui me fait face semble agacé. Je crois. Je dois dire quelque chose, c’est ça ? 

 

Je me mets sur mes jambes. Il se présente comme Mr Cartier… euh… ah oui, le moniteur. 

 

– Mlle XV-568 ? 

 

Il fait tache dans le quartier. Même moi je m’en rends compte. En vrai, toute l’auto-école fait tache. Il porte des vêtements beaucoup trop riches, sa redingote ressemble à celle de la bully. Mr Cartier reste immobile, je dois dire quelque chose ? Je ne sais pas… 

 

– J’aime bien votre veste.

 

Mince, bonjour. Je dois dire « Bonjour ». Je m’en rappelle lorsque je reçois un regard surpris. J’ai menti-pour-faire-plaisir dans le vide. Je remets mon soutif en place. Ça me gratte, j’espère que je ne vais pas faire de l’urticaire. 

 

Il me fait signe vers la porte… oh, oui, les voitures sont dehors, je les ai vues en entrant. Lui s’installe du côté passager, je suppose que je dois prendre le siège conducteur ? 

 

Mr Cartier, sans un mot, programme notre destination. 

 

– Je vous laisse vous familiariser avec les fonctionnalités du véhicule, me lance-t-il. 

 

Par habitude, je cherche sur l’interface la présence de détecteurs psy. Aucun n’est implanté et… attendez, j’ai peut-être une solution pour en finir vite.

 

Quand je dis que je maîtrise très bien bien me servir de mes pouvoirs, je ne déconne pas… même si c’est toujours un peu délicat. 

 

L’esprit de quelqu’un qu’on ne connaît pas, ça ressemble à une cour derrière un portail ou à un mur. Le but, c’est de choper les infos qui s’y cachent, discrètement, sans rien casser. Ici, je ne cherche pas de renseignements, mais un savoir. 

 

Chez Hylia, je n’ai pas besoin de ça, enfin, non, si je brise quelque chose, je pourrais créer des dommages irrémédiables. 

 

Là, je vois simplement un grand portail en fer forgé, entrouvert, duquel s’échappe une brume épaisse. Hum… Brouillard ? Pas bon signe…

 

J’entends des mots, je capte des images. Un lit d’hôpital. Des courses automobiles. Des flammes. Un rush d’adrénaline…

 

« Comment conduire » ? Ce n’est pas dur à trouver. Elle se mêle à toute son identité, à ses souvenirs les plus chers et les plus tristes…


 

Je ne devrais pas regarder. J’en sais déjà beaucoup et c’est une mauvaise idée d’en apprendre trop…

J’ai juste besoin de copier et d’ingérer le truc. Et de faire attention à ne pas me retrouver avec une arachnophobie un peu chiante à gérer. 

 

– Mlle XV-568 ?

 

La voix agacée de Mr Carthier me ramène à la réalité. L’IA nous a conduits dans une sorte de circuit fermé. On ne doit pas se trouver pas loin du vrai port, puisqu’on entend les horns des bateaux.

 

Les prérequis ! C’était… euh… Démarrer, manœuvrer… et quelque chose. J’écoute d’une oreille les instructions que l’on me donne… 

 

Je ne dois pas avoir l’air de trop connaître, mais je dois en finir. Vite. Ma carte de donnée… Mon argent. 

 

J’enclenche le moteur et…

 

Finalement, la leçon n’a duré qu’une heure. 

 

– Est-ce que ça vous gêne si je vous laisse ici ? je demande alors qu’il programme le retour. 

 

Il hausse les épaules et me congédie d’un signe de la main. Je descends. Euh… L’adresse de l’église ? Je sors ma tablette et enclenche la navigation. J’ai de la chance, elle n’est pas loin. 

 

Elle se cache au milieu d’une cour fondu d’un cul-de-sac, gardé par quatre immeubles.  

 

Je ne connais rien en architecture, mais j’aime bien l’Histoire. L’église ressemble à une petite chapelle de campagne, mais les formes ne diffèrent pas vraiment de ceux qui l’entourent. Et une chapelle du XXI° s, pour moi, ça veut forcément dire « obligation religieuse », une loi issue de la dictature post-COVID. Ça doit faire au moins deux siècles que ce bâtiment doit être caché là ! Je n’ai jamais compris pourquoi le système s’en désintéresse… 

Si elles sont inutiles, pourquoi ne pas les raser ? Et si elles possèdent une valeur, pourquoi les abandonner ? Je ne saisis pas bien l’idée… La bâtisse tient encore debout, incroyable. Les fenêtres n’existent plus, barrées par des planches. L'entré aussi, mais j’arrive a me frayer un passage en me contorsionnant un peu. On ne voit pas grand-chose à l’intérieur. J’utilise le flash light de ma montre, franchement, je n’imaginais pas qu’acheter un modèle d’urbex me servirait un jour, je trouvais juste la promo de ce modèle intéressante. Ça sent la poussière et le renfermé. Je pense que personne n’a mis les pieds ici depuis des années… 

 

Je percute quelque chose : une plaque en métal, couverte d’une épaisse couche de poussière. Ça ressemble à l’une de celle qu’on voit sur les portes des médecins. Je la récupère et j’essuie la surface du revers de la main. Je sens les creux des lettres avant de pouvoir les lire : 

 

« Église du Saint Evangelion »


 

Une mock-ligion ! Je m’assois sur un des bancs, qui craquent sous mon poids. Je suis dans la chapelle d’une mock-ligion ! Putain !

 

Je ne savais pas qu’il en existait encore, je croyais qu’elle avait toute été détruite vers 2030… Celle-là y a peut-être échappé à cause de son emplacement ?

 

L’église du Saint Evangelion… C’était NERD with N.E.R.V je pense ? Oui, MORTY et toute sa bande.

 

Je me souviens la première fois que j’ai lu quelque chose sur elles, ça m’avait fasciné…

 

Je me rappelle de l’introduction du chapitre : 

 

« Pour comprendre ce qu’est une "Mockligion", il faut remettre le phénomène dans son contexte… ». 

 

Je suis assez d’accord. D’abord, on doit savoir que pendant cette période, le pays était sous le coup d’une dictature old school, avec un leader ultra vénère : le général Patreli, le style à brûler des livres et à foutre les pas contents en prison… Ses cibles, c’étaient les œuvres de genre, les jeux vidéos, elle avait même imposé une sévère censure du NET avec restriction d’utilisation... sauf qu’elle est tombée à l’époque de l’âge d’or de ce genre de contenu. Les gens n’ont pas aimé et ont manifesté… Mais euh… Le régime a fait ce qu’on appelle maintenant une Tiananmen square. Ça ne s’est pas bien terminé. 

 

Après il y a eu l’obligation religieuse. Les textes étaient vagues, en gros : n’importe laquelle, du moment que vous en avez une. 

 

Je crois que le général avait un discours du genre que seule la foi fût capable d’imposer la morale ou un truc comme ça. Je ne me suis jamais intéressée a elle, je préfère largement les Teknocrates et les memers.

 

Dernier ingrédient du mélange : l’adulte du début du XXI° siècle.

 

Ma prof d’histoire m’avait fait remarquer une fois que j’avais tendance à généraliser, qu’uniquement une partie de la population entrait dans cette catégorie. Euh… Je me perds, l’adulte du XXI° on disait…

 

On parle d’une génération qui n’a pas traversé de guerre, mais qui à la place a vécu trois crises économiques, le dérèglement climatique, une pandémie, plusieurs menaces de guerre mondiale. Hylia résumerait les choses comme ça : « On leur a tellement dit qu’elle allait vivre la fin du monde, qu’au bout d’un moment elle n’en avait plus rien à foutre ». 

 

En plus de ça, on parle de gens biberonnés à la culture du net, qui ont connu 4chan et les Anonymous, qui a maîtrisé le trolling, du cynisme et de l’humour noir, des personnes qui ont vu les œuvres qu’ils aimaient disparaître peu à peu. Ils n’ont pas pris les armes, ils ont fait ce qu’ils savaient faire le mieux :

 

Ils ont trollé comme des porcs. 

 

Puisque les textes religieux étaient protégés par le gouvernement, des centaines d’entre elles sont apparues du jour au lendemain : l’Église de la Sainte Fédération gardait jalousement ses épisodes de Star Trek, les Jedeistes avaient poussé le vice jusqu’à se séparer en trois chapelles différentes, Jésus Yamato était un saint patron comme un autre… Et l’Église du Saint Evangelion était la plus connue de toutes, parce qu’elle a été le nid d’un des futurs dirigeants du pays. 

 

Weaponized stupidity, un slogan qui leur allait bien

 

Je nettoie le reste de la poussière de ma manche. Bien sûr ça n’a pas duré. Mais ça a donné l’occasion à ces groupes de s’organiser. 

 

Je me lève et avance, cherchant sur le sol d’autres trésors. 

 

Le plus fort c’est que ces révolutionnaires n’ont jamais eu besoin de prendre les armes. En fait, la doctrine du général était impossible à maintenir. Même si elle avait le soutien total de l’armée, souhaiter une régression informatique ne marche pas vraiment, à force, on se met à dos tous une chiée de scientifiques, d’ingénieurs et d’accros au réseau. Hum. Ma prof d’Histoire dirait « accros aux réseaux, c’est trop péjoratif ». Nerds peut-être ? Chais pas, je n’ai pas le bon mot. Forcément, ces « nerds scientifiques accros, mais pas péjorativement au réseau » n’allaient pas se laisser faire. « Ils ont utilisé toute leur maestria pour venir à bout de leurs ennemis », je crois qu’il y avait cette phrase dans mon texte… Ou quelque chose qui y ressemble. Mais elle embellit trop la réalité, on parle plus de grands gosses avec un nouveau jouet toutes les semaines et des parents à rendre insane. 

 

Je m’arrête brusquement. Un trou, là juste devant moi. Je suis presque tombée dedans… Il n’est pas profond, mais, à ce qui parait, on peut se faire super mal rien qu’en tombant de sa hauteur. Surtout qu’en bas, je vois que des pierres et des poutres brisées, qui ont l’air assez dures. 

 

Je le contourne pour m’approcher de l’autel. Mince ! Je ne suis pas là pour faire du tourisme moi, mais pour planquer une carte de donnée ! 

 

Euh… Voyons… Il n’y en a pas vraiment, juste la statue d’un monstre-robot à genou. Derrière, un dessin maladroit : un homme aux cheveux noirs lissés sur le côté, habillé d’un costume gris. Une légende l’encadre. 

 

« DO YOU WANT A REVOLUTION? BECAUSE THAT’S HOW YOU GET A REVOLUTION » 

[Vous voulez une révolution? Parce que c'est comme ça qu'on provoque une révolution]

 

Je ris. Le sol tremble. Me calmer ! je tords mes doigts. Je dois me calmer. Il n’y a pas de détecteurs psy ici, mais une activité sismique isolée, ça attire l’attention. Ma tablette me placera et mon secret sera découvert. Mais, Holy fug’ ! Je m’approche. Recule. Gratte la peinture, qui ne bouge absolument pas. La Soraya spéciale… C’est forcément la Soraya spéciale ! La recouvrir ne servait à rien. Le dessin refaisait surface en quelques heures. Aucun détergent au monde n’en venait à bout.

Maintenant, donnez ça à de grands enfants à qui l'on a interdit d’utiliser les mêmes, ces images virales du XXI° s, parce qu’ils appauvrissent cruellement le langage…

 

Oh, faut que je montre ça à Hylia ! Je sors ma tablette, enclenche l’appareil photo. Hum. Je manque de lumière…

 

Je retire ma montre pour la placer sur la statue robot-monstre, braque le faisceau droit sur le dessin. Ma lentille à un peu de mal à faire le focus. Lorsque je réussis à faire quelques shots satisfaisants, je récupère ma montre, la garde à la main pour mieux me servir de sa fonction lampe torche. Je fais demi-tour, quelques pas… et me sens tomber.

 

Holy fug ! Le trou !

 

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Tac
Posté le 11/11/2022
Yo !
Effectivement, jai été interrompu dans ma lecture, en plus à 1 minute de la fin du chap, juste histoire de rater la fin qui est pourtant très très drôle, je trouve, et fait splendidement écho à tous ces gens qui provoquent toutes sortes d'accidents (y compris leur propre mort, oups) rien que pour prendre un selfie. Pour un personnage qui est un peu dans le jugement, je trouve ça ironique, et donc bienvenue.
J'aime beaucoup ta façon d'utiliser les anglicismes ; tu ne prends pas ton elcteur pour un idiot en mettant une série de notes de bas de page ou en les traduisant dans le texte. je trouve qu'ils sont très bien insérés et lécriture est fluide. D'ordinaire je n'aime pas les écritures employant des anglicismes car je les trouvais mal intégrés ; là je trouve que tu y es allé.e à fond et ça marche super bien, en tout cas de mon point de vue.
En revanche, je crois uqe j'ai pas tout compris de l'affaire de "jai plus d'argent donc je vasi cacher ce qui me reste" ; idem pour la leçon de conduite, je ne trouve pas très clair la logique de "j'ai deux heures de leçon mais en fait non et en plus on me dépose à perpète les oies". Dans un monde où tout est tracé, je me dis que c'est suspect que le mec de l'autoécole la dépose là, ça fait un témoin, non ?
Plein de bisous !
Pandasama
Posté le 20/11/2022
Salut !

Encore merci pour ta lecture ! Ravie de lire que les anglissimes t’ont plu, je sais que ça peut être clivant. Pour ça, j’essaye simplement d’écrire comme ils me viennent, je suppose que c’est ça le secret !
Edouard PArle
Posté le 06/11/2022
Coucou !
Je renouvelle tout le bien que je pense de ton histoire. Le style et l'ambiance sont vraiment top. J'apprécie bien les titres de chapitre également. Tu t'intéresses à d'autres sujets qui permettent d'approfondir l'univers de ton roman.
J'ai bien apprécié le passage historique où la narrateur montre son regard sur ce qui est notre monde actuel (très pessimiste mais vu comment ça a mal tourné on peut comprendre !). La multiplicité des détails rend le tout très crédible (le métro par exemple).
Mes remarques :
"les laisser saisir ce fric. Et je ne reverrai jamais." -> je ne le reverrai jamais ? "L'entré aussi, mais j’arrive a me frayer un passage" -> entrée
Un plaisir,
A bientôt !
Pandasama
Posté le 08/11/2022
Salut !

Alors, merci pour tous ces compliments. Il me font plaisir, vraiment. J’aime beaucoup ces titres aussi, même s’ils sont un peu compliqués à créer. Parfois, ils me mettent plus de temps que l’écriture du chapitre. Merci aussi pour tes corrections, j’ai tendance à en laisser passer, malgré mes relectures.
J’espère que la suite te plaira si tu décides de lire la suite !
Aramis
Posté le 08/09/2022
Toujours super prise par ton histoire ! J'aime beaucoup le rythme de ton style, les anglicismes qui sont bien employés, ça donne un vrai caractère bien posé à ton personnage et un ton mi sarcastique mi stressé qui me plaît beaucoup ! Certains savent comme j'aime l'info dump donc autant dire que je suis servi hehehe mais j'aime beaucoup ce que j'entrevois de ton univers, c'est à la fois précis, crédible, et pleins de mystères ! Quelques trucs m'ont semblé un peu moins claires dans cette partie, mais je ne sais pas si je vais comprendre plus tard ou si c'est dût à la forme, dans tous les cas je poursuis !
Pandasama
Posté le 09/09/2022
Salut !

C'est vrai que ce chapitres donne beaucoup d'infos et j'avais peur qu'il soit un peu lourd, mais si tu ne détestes pas, ça va.

Encore, merci pour ta lecture !
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