Dino

Notes de l’auteur : Il s'agit là d'un texte unique et très personnel. Je l'ai écrit car j'en avais besoin mais sa publication est pour moi un moyen de libérer la parole sur un sujet encore tabou. Il évoque une épreuve que beaucoup de femmes vivent seule, un deuil peu reconnu dont il faudrait se remettre le plus vite possible.

Contrairement à mon livre en cours d'écriture "Solola", je ne cherche pas ici de conseils littéraires, je suis juste reconnaissante d'avoir accès à une communauté au sein de laquelle je peux m'exprimer, et peut être aider d'autres personnes à travers mon témoignage.

Une petite tache blanche. Si petite. Trop petite.

Mes yeux savent mais mon cerveau refuse de comprendre.

« C’est pas bon, Madame. »

Ces mots qui tourneront en boucle dans ma tête pendant des jours, des semaines… Comment les a-t-il choisis ?

Les termes médicaux s’enchainent, irréels. « 6 millimètres… Vésicule distendue… Sac ovulaire hypotonique. »

Le doppler part à la recherche d’un son qui n’existe plus. Je ne veux pas entendre le silence qui a remplacé la si belle musique qui résonnait quinze jours plus tôt. Et pourtant. Il faut tuer toute trace d’espoir.

« C’est très courant tu sais, ça arrive à beaucoup de femmes. »

Sceptique. Savoir que d’autres souffrent est-il censé me rassurer ?

« Vous êtes jeunes, vous en ferez un autre. »

A-t-elle bien compris que je ne lui parlais pas d’un gâteau trop cuit ?

Pourtant je vois la compassion, je sens l’amour mais j’entends l’incompréhension. Comment peut-on se sentir si seule en étant si bien entourée ?

« Si vous réessayez dans les 6 mois, vous aurez beaucoup plus de chances que ça tienne cette fois ! »

Oui. Je connais la théorie, j’ai lu les statistiques. Mais tu es toujours là. En moi.

Tu y auras vécu 6 semaines, avant ces mots. Avant d’être décrit « embryon partiellement déstructuré ».

Aujourd’hui c’est à moi de te dire adieu. Parce que ce corps qui a brièvement créé la vie porte depuis 3 semaines la mort. Parce que je refuse la violence des termes médicaux. Parce que même si un jour ça fonctionne, rien ne te remplacera. Parce que tu as existé à mes yeux et que je t’ai aimé.

A présent je retourne vers la vie mais je ne t’oublie pas. Toujours vivante, battante, un peu différente. Je choisis de garder de toi la surprise, l’émotion, le bonheur … l’espoir.

 

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Alice_Lath
Posté le 28/10/2020
Hello,
Eh bien tout d'abord, câlin, vraiment. C'est une épreuve horriblement dure que tu racontes là et en peu de mots, avec efficacité et tristesse. Les fausses-couches sont encore si tabous, et pourtant si courantes... Partager ton expérience comme tu le fais, c'est ouvrir ton coeur, mais aussi rappeler cette douleur qui n'a rien de simple.
Bref, merci, et à nouveau, câlins et courage!
MadelinePerlef
Posté le 28/10/2020
Hello, merci beaucoup pour ton message. En effet c'est un sujet qui est toujours tabou malheureusement. C'est d'ailleurs pour représenter ce tabou que j'ai décidé de ne pas utiliser le mot "fausse-couche" dans mon texte. En tout cas c'était important pour moi d'en parler et merci encore pour ton message ! :)
MariKy
Posté le 17/10/2020
Coucou Madeline. Je t'envoie tout mon soutien pour cette épreuve, en espérant que la joie reviendra vite pour toi. Tu as raison, ton texte est nécessaire, que ce soit pour te libérer ou simplement pour témoigner. Tu as magnifiquement écrit cette scène chargée d'émotions. J'espère que l'écriture saura soulager ta peine. Plein de bises et de câlins virtuels !
MadelinePerlef
Posté le 24/10/2020
Merci beaucoup MariKy <3
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