Démasqué

 

 

 

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1

 

 

 

 

Paris. Châtelet-les Halles. 10h34. Juin 2021.

 

Cela faisait déjà plus de 4h que le jour avait troqué sa robe de ténèbres, contre celle de lumière. Devant le soleil conquérant, la lune venait de faire pâle figure. Seuls quelques vestiges d’ombre se lézardait encore sporadiquement ; sous les branches d’arbres et aux pieds de chaque pylône. Le quartier, aussi cosmopolite qu’un arc-en-ciel, était partiellement composé de badauds. Tous masqués. En effet, depuis cette sombre année charnière 2020, le monde a oscillé entre la paranoïa et la peur, entretenues par le matraquage outrancier des radios, ne véhiculant que de mauvaises ondes. De confinement en déconfinement puis de reconfinement en déconfinement, ce satané virus, Épée de Damoclès moderne, avait autant balayé les habitudes que les certitudes. Le covid19 et la vaccination n’étaient plus qu’une vaste campagne de marketing. Ils étaient sur tous les fronts et à tour de bras. La plupart des français portaient à présent sur leurs visages deux masques, comme un fardeau : celui qu’on voit et celui qu’on ne voit pas. Dans tout ce fatras sanitaire, certains parisiens s’étaient déjà malgré tout réunis, en s’asseyant autour de la fontaine des innocents (située en face du Macdo), pour s’aérer l’esprit. Parmi eux, un jeune homme noir d’une vingtaine d’années se tenait debout. Il était sans masque et se nommait Marvin. Il avait la peau foncée, était coiffé d’un afro et portait le bouc. Un autre jeune homme cette fois-ci d’origine asiatique, de la même tranche d’âge ; se tenait également debout en face de lui. Il était quand à lui masqué et se nommait Michael. Il avait les cheveux rasés court et portait également un bouc taillé sur mesure. Il tenait dans ses mains une caméra DJI OSMO POCKET et s’apprêtait à enregistrer son ami. Marvin était YouTubeur. Il publiait une vidéo chaque semaine et comptabilisait au compteur 687456 abonnés.

− Attention...t’es prêt ? Fit Michael.

− Oui, mais dépêche-toi avant que les danseurs hip-hop investissent la place et que l’on ne s’entende plus, avec leur musique.

− Okay c’est parti. Trois, deux, un...Top !

 

****

 

Cinq jours plus tard, la vidéo fut publiée à 15h sur sa chaîne YouTube ; dont la thématique tournait autour de la séduction. Le jeune homme noir était lui-même un coach dans ce domaine.

 

−« Salut les gars. C’est Marvin. Bienvenue dans cette vidéo. Aujourd’hui on se retrouve encore à Paris pour une séquence de drague de rue. Cette vidéo a pour but de vous inspirer et de vous permettre d’atteindre vos résultats et de séduire les femmes qui vous plaisent. N’oubliez pas de vous abonner et de cliquer sur la cloche pour les prochaines notifications. Vous êtes bien sur « Marvin pécho ». Bon visionnage a tous. C’est parti ! »

 

Dans cette vidéo d’une dizaine de minutes, Marvin écumait les quartiers de Paris comme à l’accoutumée, pour pouvoir aborder des filles et leur conter fleurette avec son sens de la répartie imparable. Le but était de créer de l’émulation et d’inspirer de la confiance parmi ses abonnés masculins, généralement timides, réservés ou inexpérimentés. Il avait toujours sur lui un micro caché dans une des poches extérieures des vestes qu’il portait. Michael, son fidèle cameraman, se tenait toujours à distance, à environ deux mètres derrière lui, afin d’immortaliser ses prestations. Au bout de quelques minutes, les premiers commentaires commencèrent à apparaître en dessous de la vidéo. La majorité d’entre eux étaient dithyrambiques. Et Chacun y allait de son propre commentaire, jusqu’à la publication de la prochaine vidéo...Une semaine plus tard !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2

 

 

 

Le lendemain, Marvin se baladait seul toujours sans masque dans le quartier parisien de Beaubourg, pas loin de Châtelet-les Halles. Il ne tournait pas aujourd’hui avec son acolyte Michael ; et avait prévu de se promener dans la capitale. Alors qu’il arpenta un trottoir, un individu qui fut de l’autre côté de la rue, le reconnut et vint à sa rencontre. Il était de type indien et approchait la quarantaine. Il portait le masque et se nommait Eddie.

− Excusez-moi, vous êtes Marvin de la chaîne YouTube « Marvin pécho » ? Demanda ce dernier en l’incitant à s’arrêter.

− Oui c’est bien moi. Bonjour.

− Bonjour. J’aime beaucoup ce que vous faites. Je suis abonné à votre chaîne.

− Ah, très bien. Merci pour le soutien.

− Nan c’est normal. Vous...Vous m’inspirez beaucoup. Je ne vous cache pas que malgré mon âge (j’ai bientôt 40 ans), je suis toujours timide avec les femmes.

− Il ne faut pas pourtant.

− Je sais mais... Avec le poids de la religion...vous savez...cela ne m’a pas non plus beaucoup aidé. J’ai pris...on va dire...pas mal de retard, si vous voyez ce que je veux dire.

− Ah oui je vois, rétorqua Marvin en baissant furtivement sa tête, tout en plissant ses lèvres. Vous...vous êtes de religion hindouisme j’imagine ?

− Non du tout. Je suis...Ou...plutôt j’étais d’obédience catholique.

A ces mots, Marvin eut l’air perplexe au vu du faciès d’Eddie. Ce dernier le remarqua et se mit à sourire. Il savait pertinent que sa réponse allait le surprendre étant donné ses origines indiennes.

− Je pensais que vous étiez dans l’hindouisme. Pardonnez-moi.

− Nan, j’ai été adopté à l’âge de 4 ans par un couple français. Et ils m’ont inculqué la religion catholique. J’ai été une grenouille de bénitier jusqu’à mes 32 ans. J’ai même un moment voulu être prêtre...Mais je ne suis plus dans cette secte-là maintenant.

− Vous avez bien raison.

− Je cherche maintenant à rencontrer la femme...et la flamme ! Mais j’ai accumulé trop de timidité ces dernières années, que j’ai dû sûrement hériter de mes années de fervent religieux. Et donc du coup, je me suis abonné à votre chaîne YouTube ; pour apprendre à savoir comment aborder les femmes.

− Vous êtes tombé sur la bonne personne. Vous vous appelez ?

− Eddie.

− Ah okay enchanté. Avez-vous vu la dernière vidéo que j’ai publiée il y a deux jours ?

− Bien sûr, s’enthousiasma Eddie. Mais dites-moi Marvin, comment vous faites pour être aussi à l’aise et avoir autant de répartie ?

− Il faut juste rester naturel et être assez confiant et surtout ne pas craindre l’échec. L’échec est juste une opportunité, pour pouvoir mieux réussir. Sans échec pas de réussite, Eddie. Sache-le...

− Hum...Philosophe, en plus d’être beau gosse.

Marvin se mit à rire.

− Merci c’est gentil Eddie. Si tu veux je pourrai te donner 1h de coaching gratuit, pour voir ce qui t’inhibe et t’empêche de parler aux femmes. Je te donnerai aussi quelques astuces, des phrases d’accroche, pour savoir quoi dire lorsque tu en aborderas une.

− Ah oui, génial. Ça me plairait bien.

− Okay, cool. Passe-moi ton numéro et on se WhatsApp très vite.

Eddie lui donna ses coordonnées et Marvin les enregistra aussitôt sur son smartphone.

− En plus ce que j’aime bien avec toi c’est que tu dragues toujours démasqué, contrairement à d’autres YouTubeur, qui font la même chose que toi.

− Bien évidemment. Comment les meufs pourraient-elles voir ma « beaugossité » sinon ?

Surpris de sa réponse Eddie se mit à rire.

− Et puis bien que je sois toujours démasqué en leur présence, je porte toujours un masque, rajouta Marvin en souriant de manière malicieuse.

A ces mots Eddie eut l’air perplexe quelques secondes, jusqu’à ce qu’il en saisisse enfin la subtilité et la finesse d’esprit.

− Pas mal, fit ce dernier. C’est une manière subtile de les emberlificoter.

− T’inquiète, répondit Marvin en lui faisant un clin d’œil. Par contre, je vais devoir y aller Eddie. Promis je t’appelle dans la semaine et on essaie de se capter, pour que l’on voit ça ensem...

− Excusez-moi, l’interrompit une jeune femme qui venait de se manifester.

C’était une belle femme asiatique ayant la vingtaine. Elle portait une jupe, un teeshirt, chaussée de talons, tout de noir vêtue.

− Vous ressemblez à un YouTubeur qui s’appelle Marvin, fit cette dernière. C’est bien vous ?

− Tout à fait. Enchanté !

− Ah génial, s’enthousiasma la belle asiatique.

− Mais je suis tout de même étonné que vous me suiviez sur ma chaîne, étant donné sa thématique. Et puis j’ai du mal à croire qu’une fille aussi ravissante que vous ait du mal à trouver l’amour.

− Comme moi, soupira Eddie légèrement.

− Ne vous inquiétez pas ça va arriver, rassura la jeune femme avant de se tourner de nouveau vers Marvin. Euh...non en fait je ne suis pas abonné à votre chaîne.

A ces mots, Marvin eut l’air perplexe.

− Ah bon je le pensais du coup. Comment me connaissez-vous dans ce cas ? Questionna le YouTubeur.

− Ben en fait...C’est par le biais de mon petit frère de 18 ans. Il était très timide pour aborder une femme. C’est lui qui est abonné à votre chaîne. Grâce à vous sa vie amoureuse est devenue...on va dire...abondante ! Et comme il m’a beaucoup parlé de vous, je vous ai donc reconnu et souhaitai vous remercier pour lui avoir inspiré de la confiance.

La jeune femme lui lança un regard enamouré.

− C’est magnifique ce genre de témoignage. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu créé cette chaîne. Pour donner de la force à ceux qui vivent dans les déserts affectifs, sans jamais pouvoir se désaltérer à un oasis d’alcôve.

− Comme c’est bien dit, fit Eddie.

− C’est vraiment bien ce que vous faites. Vous aidez beaucoup d’hommes à sortir de leurs misères sexuelles et de leurs croyances limitantes. Je tenais à vous le dire.

− Merci c’est gentil. Vous vous appelez comment au fait ?

− Sophoan, répondit-elle en se touchant les cheveux. Je...C’est possible qu’on puisse rester en contact ? Histoire de poursuivre notre...conversation.

− Oui pas d’soucis. En plus vous m’avez l’air sympathique, rétorqua Marvin en lui souriant.

− Génial...comme je dois y aller je vous laisse mon whatsapp du coup.

− Ça marche, fit le youtubeur en sortant son smartphone. Je vous écoute.

Eddie était bouche-bée de voir la jeune femme lui donner son numéro.

− Fais en bon usage, conseilla cette dernière en lui faisant un clin d’œil.

− Sans problème Sophoan.

− A plus tard. Bye !

La belle asiatique prit congé de Marvin et s’éloigna progressivement, sous le regard effaré d’Eddie.

− Mais comment tu fais ? S’étonna ce dernier. T’as à peine parlé. C’est ton parfum ? T’es un sorcier ou quoi ?

Marvin se mit à rire.

− Nan du tout. C’est juste que l’abondance appelle l’abondance. Les femmes appellent les femmes ; tout comme l’argent appelle l’argent.

− T’es vraiment trop fort mec.

− Le déclic dans la vie c’est de se désinhiber et de sortir de sa zone de confort. Tout est là. Les problèmes viennent autant de nous, que les solutions.

Eddie acquiesça de la tête.

− En tout cas, je suis pressé que tu me coaches.

− Pas d’soucis Eddie. Je te proposerai ensuite de l’accompagnement et on ira sur le terrain, pour que tu puisses faire tes armes et prendre de la confiance. Mais ce ne sera pas gratuit cette fois-ci.

− L’argent ce n’est pas un problème. Tant que cela peut m’aider à passer à la caisse, ça me va.

Marvin se mit à rire.

− Tu vois, c’est comme ça qu’il faut être avec les meufs. Avoir le sens de l’humour, de la repartie et être confiant.

− Je suis là pour apprendre, fit Eddie par un clin d’œil.

− Bon...gars...J’te dis à bientôt. J’t’appelle dans la semaine. Là je dois y aller.

− Un rendez-vous galant en perspective ?

− Non du tout. Je vais acheter des trucs.

− Ah okay ça marche. Bon ben je ne vais pas te retenir plus longtemps dans ce cas.

− Ça marche. A bientôt Eddie.

− A bientôt. Bye !

Les deux hommes prirent une direction opposée ; et vaquèrent à leurs occupations respectives.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3

 

 

 

Deux jours plus tard, en fin de matinée. Dans un appartement de la région parisienne, une silhouette féminine plantureuse, se dirigea vers le hall d’entrée. Ce fut une femme noire coiffée de longues tresses africaines. Elle portait une robe rouge à pois blancs, munie d’un sac noir en bandoulière par-dessus et fut chaussée de Stan Smith blanches aux pieds. Une fois arrivée devant la porte elle s’immobilisa un instant, comme pour réfléchir. Puis, elle mit la main dans son sac et en sortit un masque de couleur noire et le mit au visage ; avant de sortir de chez elle.

 

****

 

Quelques heures plus tard dans un quartier parisien, Marvin et Michael s’apprêtèrent à enregistrer une courte vidéo, en guise de préambule de leur tournage d’aujourd’hui, dans la capitale. Ils se trouvèrent aux pieds des marches de l’opéra de Paris.

− C’est bon, t’es prêt mec ? Fit Michael le visage masqué à Marvin, qui se tenait devant lui sans masque.

Ce dernier regarda furtivement derrière lui, comme pour vérifier que personne ne puisse être dans le champ ; avant de donner le feu vert à son ami asiatique.

− Yes. C’est bon tu peux y aller frangin, rétorqua-t-il.

A ces mots, Michael appuya sur la touche « record » de son appareil et fit aussitôt un signe de la tête à son camarade ; pour qu’il commence son discours.

« Salut les gars. C’est Marvin votre serviteur. Aujourd’hui je vais essayer quelque chose de particulier, afin de vous prouver que tout est possible. D’habitude j’enregistre mes vidéos préambules après la journée de tournage, mais là je le fais exceptionnellement avant ; afin de vous démontrer ma confiance et ma détermination. Lors de mes interactions d’aujourd’hui avec la gent féminine, j’essaierai d’avoir au moins un « instant date », c’est à dire que la rencontre fortuite puisse se convertir dans la foulée en un rendez-vous galant autour d’un verre, avec une demoiselle. Comme si cela avait été prévu. Vous êtes bien sur « Marvin pécho ». Bon visionnage a tous. C’est parti ! ».

Michael arrêta son enregistrement dès la fin de ce discours liminaire.

− Bon, je vais commencer à repérer quelques meufs dans le quartier. Dès que j’en repère une qui me plait, tu te mets tout de suite à enregistrer l’interaction, toujours à environ deux mètres de distance comme d’hab’, okay Michael ?

− T’en fais pas mec. Je serai aussi discret qu’un Ninja, comme d’hab’.

− Okay ça marche, répondit Marvin en commençant à balayer la place du regard.

− T’as relevé un sacré défi aujourd’hui, cousin.

− T’inquiète. On est ce qu’on attire ; et on attire ce qu’on est, fit Marvin en lui faisant un clin d’œil. Et la réussite est déjà dans la persévérance.

Au même moment, une jolie blonde aux yeux bleus passa à proximité de lui, à environ 1 mètre. Marvin eut les yeux qui s’illuminaient.

− Oh purée, c’est un avion de chasse ce qui vient de passer devant moi là. Vas-y Michael, dès que je serai à son niveau commence à filmer poto, ordonna Marvin en s’empressant d’activer le micro logé dans la poche extérieure de sa veste.

− Ça marche.

Le YouTubeur s’éloigna de son acolyte et pressa le pas pour rattraper la jeune demoiselle. Dès lors qu’il fut à ses côtés, le jeune asiatique commença à enregistrer la séquence.

− Excusez-moi ! Bonjour, fit Marvin sourire aux lèvres, en lui barrant délicatement le chemin.

− Aah...vous m’avez peur, sursauta la jeune femme en mettant la main sur sa poitrine ; comme pour se remettre de ses émotions.

Surprise, elle regarda machinalement autour d’elle avant de se tourner de nouveau vers Marvin.

− Pardonnez-moi, ce n’était pas dans mon intention, fit ce dernier. C’est juste que je vous ai vu par hasard passer devant moi à l’instant ; et je vous ai trouvé très ravissante.

− Ah merci. C’est gentil...Même avec mon masque ?

− Bien sûr...La beauté s’entrevoit même derrière un masque.

− Ah okay. Très bien.

− Là j’allais rejoindre un ami, donc je ne vais pas pouvoir rester longtemps. Mais comme ta beauté m’a ébloui, je tenais à te parler rapidement. Moi je m’appelle Marvin. Et toi c’est quoi ton nom ?

− Moi c’est Christine...Vous ne portez pas de masque ?

Marvin se mit à rire.

− Pourquoi ? Je suis si laid que ça pour en porter un ? Plaisanta-t-il.

− Nan, je n’ai pas dit ça. C’est par rapport aux mesures sanitaires.

− Oui mais dans ce cas, comment les meufs pourraient-elles voir ma « beaugossité » criante si j’en portais un ?

Christine se mit à rire et se toucha conjointement les cheveux.

− Prétentieux en plus ?

− Non. Confiant, répondit le YouTubeur en lui souriant malicieusement.

Christine se mit à rire de nouveau.

− Honnêtement, j’adore ton style Christine.

− Merci c’est gentil.

− Tu fais quoi dans la vie, belle gosse ?

Christine se mit encore à rire.

− T’es marrant toi.

− Heu...Je ne sais pas comment je dois prendre cette remarque du coup, s’interrogea Marvin en ayant l’air faussement intrigué.

− Nan t’inquiète. Je le dis au sens noble du terme et non au sens « genre t’es un clown ».

− Me voilà rassuré.

− Tu peux l’être, crois-moi. Pour répondre à ta question, je suis cuisinière.

− Hum...j’adore les femmes qui savent cuisiner. Je suis curieux de voir ce que tu pourrais me concocter comme plat.

Christine baissa furtivement sa tête en souriant.

− Ah ouais ? T’en es déjà arrivé jusque-là, toi ?

− Faut bien arriver quelque part, rétorqua Marvin en lui faisant un clin d’œil.

− Oui mais sans rater au préalable, entre-temps, certaines stations. Sinon toi tu fais quoi ?

− Moi je suis coach. J’aide les gens à s’affranchir de leurs pensées limitantes et aller de l’avant dans leurs vies, révéla vaguement le jeune homme pour ne pas trop se trahir.

− Ah génial ça...En gros tu donnes de la force aux gens pour qu’ils deviennent résilients.

− C’est exactement ça Christine.

 

Durant toute l’interaction avec cette dernière, Marvin s’efforçait de rire à des futilités pour paraître cool et avenant. Non pas qu’il ne l’était pas, mais il forçait un petit peu le trait pour rassurer la jeune femme. Il déployait des trésors de gentillesse pour qu’elle se sente à l’aise avec lui ; en vue de lui proposer au moment opportun un « instant date » ! Les atomes semblaient s’accrocher à leurs sourires complices.

− Dis-moi, que dirais-tu de poursuivre notre conversation autour d’un verre ? On peut boire en terrasse maintenant, si tu veux.

− Tu ne m’avais pas dit tout à l’heure, que tu devais aller rejoindre un ami ?

− Si, mais je crois que dans la vie il y a des priorités à avoir, répondit Marvin en lui souriant.

− Nan, franchement c’est gentil mais je ne suis pas intéressée.

− Ah bon ? S’étonna-t-il.

− Oui. Tu as l’air sympa et tout. Et j’ai aimé parler avec toi, mais ça n’ira pas plus loin car j’ai un mec.

− Mais pourquoi tu ne me l’as pas dit ?

− Parce que tu ne me l’as pas demandé, Marvin.

Dans son for intérieur, ce dernier accusa le coup, tout en s’efforçant néanmoins, de se donner une contenance devant Christine.

− Je suis désolé, fit cette dernière.

− Ce n’est pas grave, t’inquiète (la garce, songea-t-il)...Je comprends. Bon ben je ne vais te déranger plus longtemps et je te souhaite de passer une bonne journée.

Le YouTubeur arborait un sourire de façade devant la jeune femme.

− Merci, à toi aussi Marvin. A plus !

− Bye !

Christine s’éloigna et le YouTubeur se dirigea du côté opposé, en direction de son acolyte cameraman qui stoppa l’enregistrement.

− Alors, ça n’a rien donné ? Demanda ce dernier.

− Tu m’as vu lui prendre son numéro ?

Michael répondit de la tête par la négative.

− Voilà.

− Tout ça pour ça, fit le jeune homme asiatique.

− Et oui...Tant pis pour elle !

− Et tant pis pour toi.

− Si tu le dis. Allez viens on va dans un autre quartier parisien, Michael : à La Défense. Ce quartier me saoule finalement.

− Ce quartier ou le fait de t’être pris un râteau ?

Marvin se mit soudainement à sourire.

− Les deux, reconnut le YouTubeur en souriant.

− Okay. Donc tu ne voudras pas garder cette séquence vidéo du coup ? Questionna le jeune asiatique.

− Si. Par soucis de transparence et d’honnêteté, on garde tout. On fignolera juste quelques trucs.

− Pas d’soucis.

− Et puis se prendre des râteaux, ce sont les risques du métier.

− C’est vrai. Tu as raison...

− Allez viens on s’casse.

Les deux jeunes hommes prirent le métro et allèrent vers leur prochaine destination.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4

 

 

 

Quelques minutes plus tard, ils se trouvèrent sur le fameux parvis de la région parisienne. Marvin balaya la place du regard, afin de repérer quelques jolies filles. Ses yeux jetèrent son dévolu sur une femme noire.

− C’est bon, j’en ai repéré une Michael. C’est la renoi là-bas avec son afro qui vient dans notre direction, dit-il en lui indiquant de la tête. Dès que je suis à proximité d’elle, tu commences à enregistrer comme d’hab’.

Le jeune caméraman acquiesça de la tête et vit s’éloigner le YouTubeur qui se dirigea vers la belle gazelle noire à l’afro ébouriffé. Comme à l’accoutumée, ce dernier se plaça gentiment sur le chemin de la jeune demoiselle ; afin de lui barrer la route et de l’inciter à s’arrêter.

− Bonjour.

− Bonjour, rétorqua la jeune femme.

− Je sais que c’est un peu culotté de vous aborder abruptement de la sorte, mais je vous trouve ravissante.

− Oh merci, c’est gentil.

− Et surtout j’aime les femmes noires comme vous, qui arborent fièrement toute leurs négritudes. Des cheveux jusqu’aux pieds.

− Oui, tant que ça ne relève pas d’un handicap ou d’une malformation, il faut nous aimer comme Dieu nous a créés ; et opter pour le naturel.

Marvin acquiesça de la tête.

− J’ai longtemps porté des perruques sur ma tête, mais j’ai compris que cela résultait d’un complexe post-esclavagiste.

− Tout à fait. C’est un peu comme un syndrome de Stockholm identitaire.

− Oui c’est un peu ça. Et j’ai réalisé aussi qu’une femme noire qui se décapait la peau et qui portait constamment des perruques lisses sur sa tête...Eh ben...n’était plus une femme noire en tant que tel.

− Exactement. Je vois qu’en plus d’être jolie, tu es loin d’être idiote aussi.

− Alléluia ! Que Dieu soit loué.

D’instinct, Marvin fronça légèrement ses sourcils.

− Je m’appelle Marvin. Et toi comment tu t’appelles ?

− Esther. Enchanté.

− Joli nom. Enchan...

Marvin fut interrompu par un vendeur de roses à la sauvette, d’origine indienne. Ce dernier s’était rapproché du YouTubeur sans qu’il s’en aperçoive ; voulant profiter ainsi de sa présence avec la jeune femme noire. Il lui tendit un bouquet de fleurs, afin de l’inciter à lui en acheter un.

− Nan c’est bon. Je vous remercie.

Le vendeur insista quelque peu, espérant contre toute attente faire une vente.

− C’est bon, je vous ai dit monsieur. Bonne journée à vous.

Finalement, l’indien prit congé d’eux et repartit bredouille.

− Toujours à l’affût ces vendeurs à la sauvette indien. C’est un truc de fou, s’agaça Marvin en le voyant s’éloigner. En plus, il ne sait même pas si on est un couple toi et moi.

A ces mots, le YouTubeur esquissa un sourire malicieux à Esther.

− De toute façon, on ne m’achète pas avec des fleurs, rétorqua cette dernière. J’ai déjà été racheté.

− Comment ça « vous avez été racheté »? Que voulez-vous dire par là ? Questionna Marvin l’air légèrement perplexe.

− Jésus-Christ, mon Dieu Sauveur et Maître m’a déjà racheté par Son Sang. Pas besoin que l’on m’achète avec des fleurs ; où qu’on m’en lance d’ailleurs.

Mince...Une religieuse, songea le YouTubeur. Ça va être compliqué.

− Ah, je vois...Vous être chrétienne apparemment !?

− Amen. Oui, par la grâce de Dieu. Et le Seigneur me dit à l’instant par Son Esprit de vous repentir de vos péchés avant qu’il ne soit trop tard. Car votre temps sur terre touche bientôt à sa fin.

Marvin étouffa un rire.

− C’est la vérité Marvin. Je ne vous mens pas. Dieu a prophétisé à l’instant.

− Attendez...Attendez...Déjà je regarde deux secondes autour de moi pour voir si il n’y a pas de caméra, en cas de canular, et je reviens vers vous, fit le YouTubeur de manière narquoise en balayant la place du regard.

A ces mots Esther secoua sa tête et soupira légèrement.

− Très bien...Donc Dieu vous aurait dit présentement, que j’allais bientôt mourir et qu’il valait mieux que je me repente de mes péchés, c’est ça ?

− Exactement. C’est le « Ainsi dit le Seigneur. »

Marvin ne put s’empêcher de rire.

− Okay Esther. Je vais te laisser car là je vais devoir y aller.

A ces mots, cette dernière soupira encore légèrement.

− Je peux t’inviter dans mon Église si tu veux, pour en connaître davantage sur Dieu.

− Euh non merci...Ça ira. Passe une bonne journée Esther. Bye !

Marvin prit soudainement congé de la belle noire et se dirigea vers Michael ; qui se trouva à environ deux mètres derrière lui.

− Que Dieu ait pitié de toi, fit Esther en secouant sa tête, tout en le regardant s’éloigner.

La jeune femme continua son chemin en bifurquant ensuite vers la gauche.

− Erreur de casting. Tu peux effacer toute la séquence avec elle si tu veux, ordonna le YouTubeur à son caméraman.

− Pourquoi? Questionna Michael.

− C’était une grenouille de bénitier. Une fervente religieuse. Elle voulait même m’inviter dans son Église cette folle, révéla le YouTubeur à son acolyte, par un sourire moqueur.

− Okay. Effectivement, erreur de casting.

Michael s’exécuta en supprimant la séquence vidéo sur son appareil.

− Elle souhaite aller au paradis ; alors que moi je veux aller au 7e ciel, plaisanta Marvin.

Son partenaire se mit à rire.

− Le défi « d’instant date » que tu souhaites relever aujourd’hui semble te filer entre les doigts apparemment, remarqua Michael. C’est vrai que ce n’est juste que la deuxième meuf, mais... les vents ne semblent pas être favorables on dirait.

− La réussite est dans la persévérance, mon ami.

− Donc on continue pour l’instant alors ? Questionna le jeune homme asiatique.

− Tout à fait, frangin, répondit Marvin l’air déterminé. Comme tu l’as dit ce n’est que la deuxième meuf abordée et la journée n’est pas encore terminée. Si je continue, c’est pour donner de la force à tous ceux qui nous suivent sur notre chaine. Encore une fois, la réussite est dans la persévérance.

− Okay ça me va. On continue alors.

Yes ! Fit Marvin avec enthousiasme. Je repars chasser et repérer de nouvelles proies. On va l’avoir cet  « instant date » Michael, crois-moi.

− Je te fais confiance, poto. On ne lâche rien et on croise les doigts.

− T’inquiète.

 

 

5

 

 

 

Les deux compères se séparèrent. L’un s’isolant dans un coin en se faisant discret muni de sa caméra ; attendant que les planètes puissent s’aligner ; et l’autre balayant l’endroit du regard pour trouver son nouveau challenge.

Au même moment, une autre femme noire coiffée de longues tresses au corps voluptueux se trouva à environ deux mètres du YouTubeur. Ce dernier l’ayant remarqué, écarquilla furtivement des yeux. Il venait encore de jeter son dévolu sur cette nouvelle gazelle d’Afrique. Cette dernière était masquée, portait une robe rouge à pois blanc ainsi qu’un sac noir en bandoulière par-dessus ; et fut chaussée de Stan Smith blanche aux pieds. Ce fut celle qui quitta son appartement, quelques heures plus tôt, avant de croiser le YouTubeur sur le parvis de La Défense. Ce dernier se retourna brièvement et fit signe de la tête à son acolyte ; pour qu’il commence à enregistrer. Chose à laquelle il s’exécuta.

− Bonjour ! Fit Marvin à la jeune femme noire qui arriva près de lui. Comment allez-vous ?

− Bien et vous ? Répondit-elle en s’arrêtant brusquement devant lui.

− Ben, depuis que je vous vois, moi ça va beaucoup mieux.

La jeune femme se mit à rire.

− Je vous ai vu à l’instant et j’ai aimé votre style, ce que vous dégagez comme aura. Du coup, il fallait absolument que je vienne vous parler.

− Merci c’est gentil.

− Pas d’soucis, c’est sincère. Même avec votre masque, vous arrivez à resplendir de beauté.

− Wow, que de compliments. Je suis flattée.

− C’est sincère, croyez-moi.

− Et vous, vous ne portez pas de masque ?

− Si, mais uniquement pour aller au carnaval.

La jeune femme se mit de nouveau à rire.

− Plus sérieusement, je le porte uniquement quand les flics sont dans les parages.

A ces mots, la jeune femme dodelina de la tête, en souriant légèrement.

− Au fait, moi c’est Marvin, et vous ?

− Enchanté. Moi c’est mélodie.

− Très jolie prénom.

− Merci. « Marvin », c’est pas mal non plus.

− Oui je sais. Mes parents étaient et sont toujours fans de Marvin Gaye, et ils m’ont donné le prénom de leur idole.

− Ah c’est cool. Bon choix.

− Et sinon tu bosses dans quoi ? Demanda le YouTubeur.

A ces mots, Mélodie baissa furtivement sa tête.

− Je bosse nulle part en ce moment. Je...Je ne suis pas en recherche de travail. J’ai quitté mon ancien boulot il y a quelques jours. Je fais actuellement mes démarches pour pouvoir toucher mon chômage.

− Ah les salauds ! Ils t’ont viré ces bâtards...

− Non, c’est moi qui...qui ai démissionné.

− Ah bon ? Pourquoi ? Sans indiscrétion...

− Pour...hum...raison personnelle !

Mélodie sembla légèrement gênée, mais Marvin ne le remarqua point.

− Okay, okay...Et tu bossais dans quoi avant ? Demanda ce dernier.

− J’étais serveuse dans un restaurant africain.

Marvin dodelina de la tête.

− Et toi, tu bosses dans quoi ? Questionna mélodie.

Le jeune Youtubeur  plissa furtivement ses lèvres.

− Je suis…Je suis coach en relation sociale. J’aide les gens à se sentir mieux dans leurs peaux, à se désinhiber pour mieux atteindre leurs objectifs.

− Ah c’est génial ça. Et ça marche bien ?

− Plutôt bien oui, rétorqua le YouTubeur par un léger sourire malicieux.

 

Quelques minutes s’égrainèrent et une apparente complicité, contre toute attente,  commença naturellement à s’installer entre les deux. Marvin, en fin psychologue, voulut passer à la vitesse supérieure.

− Tu sais quoi ? Là j’ai devant moi un peu de temps libre. Que dirais-tu d’aller prendre un verre au fast-food « FIVE GUYS » juste là, avec un charmant et sympathique jeune homme ?

− Merci de ta proposition, mais...j’ai... j’ai un copain. Je préfère te le dire.

− Ah bah moi aussi j’ai un copain. Je préfère te le dire aussi, plaisanta Marvin.

Mélodie écarquilla ses yeux d’étonnement avant d’éclater de rire.

− T’es un marrant toi.

− Je sais. C’est ce qui fait mon charme.

− Sûrement, reconnut la jeune femme noire en rigolant. Nan mais je suis sérieux Marvin. J’ai vraiment un copain.

− Et alors ? Sérieusement, ce sont ceux qui veulent avoir des principes et qui s’embarrassent de convenances, qui souffrent le plus dans une relation conjugale. Il faut prendre la vie comme elle l’est.

A ces mots, mélodie sembla réfléchir deux secondes.

− Hum...C’est…C’est pas faux, approuva finalement la jeune femme en acquiesçant de la tête.

− Alors... « Carpe diem » !! Fit Marvin avec enthousiasme, en désignant de la main la direction du fast-food.

− Bon...Okay, mais je ne resterai pas très longtemps.

− A vos ordres Madame. Lets go !

Mélodie secoua sa tête en souriant avant de se diriger avec le YouTubeur, vers le fameux « FIVE GUYS ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6

 

 

 

Quelques instants plus tard, ils investirent le fast-food situé au parvis de la défense, dans le département du 92. Ils s’attablèrent aussitôt à un coin de table. Pendant ce temps à l’extérieur, Michael le cameraman continua de filmer discrètement à une certaine distance, son ami dans le restaurant avec la jeune femme noire.

− Vous désirez prendre quelque chose ? Questionna un serveur qui vint à la rencontre de Mélodie et de Marvin.

− Oui. Un verre de jus d’orange s’il vous plaît, répondit ce dernier.

− Très bien. Et vous Madame ?

− Nan, je ne prends rien. Merci.

− T’es sure mélodie ? C’est moi qui offre, t’inquiète.

− Nan Merci. C’est gentil.

− Bon. Très bien.

Le serveur prit congé d’eux et revint deux minutes plus tard avec la commande de Marvin.

− Tenez Monsieur ! Fit ce dernier en déposant sur la table un verre de jus d’orange.

− Merci à vous.

− T’es sure que tu ne veux rien, Mélodie ?

− Nan Je t’assure. Je n’ai pas soif. Merci.

Après s’être assuré d’avoir dûment fait son travail, le serveur repartit vaquer à ses occupations professionnelles.

− Comment ça tu n’as pas soif ? S’étonna Marvin. Tu n’as pas soif ou tu ne veux absolument pas enlever ton masque ?

− Les deux, rétorqua mélodie.

Marvin écarquilla furtivement ses yeux.

− Tu sais que ce n’est pas interdit d’enlever son masque, pour boire deux minutes.

− Peut-être bien, mais je ne préfère pas l’enlever pour le moment.

− Pourquoi ? T’as peur de te prendre une amende ?

− Entre autres, oui. Mais bon, ces mesures sanitaires c’est pour notre bien j’imagine.

Marvin secoua sa tête en soupirant.

− Franchement, je respecte le choix des gens, mais trouves-tu ça normal qu’on ait à porter un masque toute notre vie ? Questionna Marvin.

− Ce ne sera que temporaire, t’inquiète.

− Ça fait tout de même déjà plus d’un an que dure cette affaire et cela ne semble pas prêt de s’arrêter.

− Ça s’arrêtera bientôt, rassures-toi.

− Oui, sûrement en 2075, maugréa Marvin.

Mélodie se mit à rire.

− Au moins on ne voit plus les gens faire la gueule, plaisanta la jeune femme.

Marvin esquissa un léger sourire en secouant sa tête de nouveau.

− Sinon tu t’es fait vacciner aussi ? Demanda ce dernier.

− Oui, il y a quelques jours.

− Ah Bon ?

Mélodie acquiesça de la tête.

− Et tu n’as pas eu d’effets secondaires ensuite ?

− À part quelques maux de tête ponctuels, rien de bien grave, répondit-elle le regard fuyant.

− C’est tout ? Et rien d’autres ? S’étonna le jeune homme noir.

− Si je te le dis...De toute façon si on est amené à se revoir, tu le verras tout de suite si j’en ai d’autres effets secondaires.

− Je le verrai comme ton beau visage que j’imagine...De toute façon, un masque ne peut retenir la beauté d’un visage.

− Merci c’est gentil, rétorqua mélodie en baissant furtivement ses yeux. Et toi tu t’es déjà fait vacciner ?

− Non pas encore...Je...Je n’ai pas trop envie en fait de me faire vacciner.

− Et pourquoi ça ?

− Et pourquoi pas ? Pourquoi n’y aurait-il que le vaccin comme unique solution contre le virus ? N’y a-t-il pas d’autres méthodes alternatives pour endiguer cette pandémie ? Pourquoi les médias nous matraquent-ils qu’avec le vaccin ? Il y a toujours eu des virus auparavant pourtant.

− Oui c’est vrai mais...

− Depuis des semaines on nous parle que de ça, l’interrompit Marvin.

− Mais c’est pour pouvoir retrouver notre vie d’avant et surtout pouvoir voyager.

− Pouvoir voyager dans l’au-delà, oui.

A ces mots, Mélodie écarquilla furtivement ses yeux.

− Pourquoi dis-tu cela Marvin ?

− Parce qu’au vu de ce que je lis ici et là sur les réseaux sociaux comme effets désirables, voire pire, c’est à se demander si le « remède » n’est pas pire que la maladie. Mais bon, si tu as été vacciné et que rien de grave ne t’ai arrivé, alors c’est qu’il y a peut-être une note d’espoir.

Marvin tenta stratégiquement de manière soudaine, de dédramatiser le sujet épineux des vaccins, afin de ne pas vexer mélodie et de gâcher conjointement son rendez-vous galant. Il changea délibérément de sujet.

 − Hum…Pas mal ce décor de carreaux muraux en rouge et blanc ; et cet agencement de table et de chaises en bois, façon années 50, fit ce dernier.

− Oui c’est vrai. Avec ces citations culinaires accrochées. Ça fait très classe et original, rétorqua la jeune femme noire.

 

Durant près de 40 minutes, la conversation fut à bâtons rompus sur divers sujets, jusqu’à ce que Marvin fasse une dernière proposition à Mélodie.

− Tiens, que dirais-tu d’aller boire un dernier verre chez moi, mélodie ? Nous serions plus à l’aise. A l’abri des regards indiscrets, proposa-t-il en lui faisant un clin d’œil.

Mélodie se mit à réfléchir quelques secondes, en mettant le doigt devant sa bouche masquée.

− Hum...Oui pourquoi pas…Je… Mais je préfère plutôt chez moi, si ça ne te dérange pas.

Marvin écarquilla furtivement ses yeux d’étonnement.

− Euh...Oui...oui...pas d’soucis. Pourquoi pas.

− Tu as l’air d’être étonné.

− Euh...non non, pas du tout...Je...Bien au contraire. Juste un peu surpris, c’est tout. J’aime les femmes qui prennent les devants, avoua Marvin en souriant malicieusement.

− Et tu n’es pas au bout de tes surprises, crois-moi, répondit mélodie en lui faisant un clin d’œil.

− J’espère bien, fit Marvin en lui retournant son clin d’œil.

− Okay. Garçon ! L’addition s’il vous plaît, ordonna Marvin au serveur qui fut à proximité.

− Vous partez déjà ? S’étonna ce dernier. Vous ne souhaitez pas prendre autre chose avec Madame ? Peut-être un dessert...

− Non. Je pense que nous aurons ce qu’il faut à la maison, répondit Mélodie en fixant Marvin d’un regard enamouré.

Le serveur regardait les deux amants et se mit à esquisser un sourire, ayant compris l’allusion libidineuse alimentaire.

− Très bien Madame. Je vous apporte ça tout de suite.

− Merci à vous.

 

Quelques secondes plus tard le serveur rapporta l’addition, que Marvin régla aussitôt par carte bancaire. Ce dernier, accompagné de la jeune femme, sortit ensuite du fameux fast-food en début de soirée. Michael le caméraman était toujours là, muni de sa caméra DJI OSMO, toujours à une distance raisonnable pour ne pas se faire remarquer. Le jeune youtubeur se retourna et lui fit signe discrètement de la main, de continuer à le suivre dans le métro.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7

 

 

 

Une fois dans la rame, Marvin sortit son smartphone de sa poche, le déverrouilla et se mit à écrire un sms à Michael qui fut derrière lui à l’autre bout de la rame, sous les yeux de Mélodie.

− T’écris à qui ? Demanda cette dernière, curieuse.

A cette question, le youtubeur pinça furtivement ses lèvres.

− Euh…J’écris à un ami pour lui dire, que je ne pourrai pas passer le voir ce soir.

− Oh, tu sais on aurait pu prendre un verre une autre fois Marvin. Ca n’urge pas.

− Ah, toi aussi. Il faut parfois avoir des priorités dans la vie, fit le jeune homme en lui faisant un clin d’œil.

− Je comprends, rétorqua Mélodie en rigolant.

Bien évidemment Marvin lui mentait. La teneur de son message destiné à son cameraman, disait de ne plus le filmer et de s’en allait des lors qu’il sortirait du métro avec la jeune femme. « Okay » lui répondit Michael de manière laconique.

« J’ai réussi mon instant date, poto ;-) », conclut le youtubeur par un dernier message en esquissant un léger sourire.

« Hé hé ;-) »

 

Quelques stations plus tard, Marvin et Mélodie sortirent du métro. Michael le cameraman y sortit également vingt secondes plus tard et s’immobilisa. Comme convenu, Il les filma encore un peu en train de s’éloigner, puis éteignit sa caméra et la rangea dans son sac ; avant de reprendre le métro et de rentrer chez lui.

 

Arrivée au seuil d’entrée de son appartement, situé au troisième étage dans le douzième arrondissement ; Mélodie logea sa clef dans la serrure et tourna à double tour.

− Ne fais pas trop de bruit, conseilla cette dernière en se retournant vers Marvin, tout en accédant à son logement. Les murs de mon appartement ne sont pas trop épais. Les voisins peuvent tout entendre, sauf  lorsque je suis dans ma chambre.

− Ah bon ? Et pourquoi ça ? Demanda Marvin une fois à l’intérieur du hall.

− Parce qu’ils ont été insonorisés, rétorqua mélodie en refermant la porte derrière lui à double tour.

Marvin écarquilla furtivement ses yeux d’étonnement.

− Insonorisés ? Tu fais de la musique ?

− Nan du tout.

Le jeune homme eut l’air perplexe avant de se mettre à esquisser un sourire malicieux ; comme si il venait de comprendre la raison.

− C’est pour étouffer les bruits...intempestifs, devina Marvin l’air amusé.

Mélodie acquiesça de la tête.

− Ben oui. N’oublie pas que je vis dans un immeuble avec des voisins autour, assura cette dernière.

− Ah oui c’est vrai.

Marvin enleva son masque et le mît dans la poche de son pantalon. Il s’approcha ensuite du visage de mélodie et tenta de lui enlever le sien. Cette dernière détourna son visage, comme pour le lui en empêcher.

− Que…Qu’est-ce que tu fais là ?

− Ben je souhaitais voir enfin ton beau visage et te faire un baiser, rétorqua Marvin l’air penaud. Pourquoi, c’est impossible ?

Il fronça légèrement les sourcils.

− Bien sûr que non. On a toute la nuit pour ça.

Marvin soupira en secouant légèrement sa tête.

− Pff...Génial. J’imagine aussi que tu comptes observer scrupuleusement la distanciation sociale cette nuit ? Maugréa-t-il.

Le voyant contrarié, Mélodie lui passa tendrement la main sur le visage, afin de le caresser.

− Ne dis pas de bêtises Marvin. Allez viens, on va dans la chambre, ordonna la jeune femme en lui prenant la main.

A ces mots, Marvin retrouva aussitôt le sourire.

Une fois arrivés dans la pièce, Mélodie referma la porte derrière Marvin à double tour, à la grande surprise de ce dernier.

− C’est un kidnapping, plaisanta le jeune homme en souriant.

− Presque.

− Pas mal la chambre en tout cas, fit Marvin en balayant la pièce du regard.

− Merci. Déshabille-toi, et allonge-toi sur le lit. Je vais dans la salle de bain qui se trouve en face, derrière cette porte. Je vais me mettre à l’aise et ensuite je te promets de te montrer mon beau visage et de te faire passer une nuit inoubliable.

− Enfin, répondit Marvin en commençant à ôter son teeshirt.

− A tout de suite bébé.

− A tout de suite.

Mélodie se dirigea vers la porte en face du lit et la referma aussitôt derrière elle. Quant à Marvin, il retira son pantalon et ses chaussettes, le sourire aux lèvres, pour ne garder que son caleçon couleur bleu ciel. Il fit un léger petit plongeon arrière sur le lit, prêt à blanchir la nuit en s’enivrant d’alcôve.

Au bout de trois minutes, la jeune femme n’était toujours pas sortie de la salle de bain.

− Alors, qu’est-ce que tu fous mélodie ?

− J’arrive, ne t’inquiète pas.

Contre toute attente, la porte de la salle de bain s’entrouvrit quelques secondes plus tard ; et laissa apparaître un bout de jambe de la jeune femme. Puis un bout de bras un peu plus haut pointa le bout de son nez.

− Pas de distanciation sociale pour toi ce soir, fit mélodie d’une voix sensuelle derrière la porte.

− J’espère bien, se réjouissait Marvin tout sourire.

La jeune femme d’ébène révéla enfin toute sa plastique sculpturale aux yeux du jeune homme. Elle était en petite tenue sexy. Elle arborait un ensemble en dentelle jaune transparent. Chose étonnante, elle portait toujours son masque au grand dam de Marvin.

− Tu te moques de moi mélodie ? Questionna ce dernier en fronçant les sourcils. Pourquoi tu portes toujours ce satané masque ?

− C’est parce que je voulais t’accorder la primeur de pouvoir l’enlever par toi-même, répondit la jeune femme noire en avançant de manière chaloupée en direction de Marvin.

− Comme on lève le voile sur un mystère.

− Exactement bébé.

Mélodie monta au pied du lit et le remonta sensuellement à quatre patte, telle une panthère noire féline; juste au-dessus du corps de Marvin. Elle se positionna ensuite à califourchon au niveau du torse noir musclé du jeune homme. Ce dernier se mordilla les lèvres en lui caressant les cuisses.

− Tu peux m’enlever le masque si tu veux maintenant, proposa la jeune femme en lui faisant un clin d’œil.

− Ce n’est pas trop tôt. Ton corps en chocolat est déjà à croquer, répondit le jeune homme en commençant à mettre sa main sur le visage de Mélodie. Et je sais que ton visage le sera aussi. Je n’en doute pas.

Marvin commença lentement à retirer le masque. Au fur et à mesure que le visage de la jeune femme noire se dévoilait, le sien commença conjointement à se décomposer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8

 

 

 

Une vision d’horreur le saisit progressivement. Ce qu’il vit lui glaça le sang. De longues dents pointues, (semblables à celles d’un requin) apparaissaient à l’intérieur de la bouche de Mélodie ; qui s’était élargie de manière surnaturelle, de quelques millimètres. Cela lui conférait un sourire des plus démoniaques et sardonique à souhait.

− Surprise ! Fit cette dernière en changeant soudainement le ton de sa voix.

C’était une voix grave d’outre-tombe, digne d’une créature maléfique.

Marvin fut tétanisé de peur et haletait.

− Alors, il te plaît mon visage ? Questionna Mélodie de manière narquoise. Embrasse-moi !

− Aaaaaaaaaaaaaaah....

Mélodie se jeta sur Marvin et lui arracha violemment, de ses longues dents carnassières, une grande partie de son visage ; qui ne révélait plus que des bouts de chair et de squelettes brisés. La langue du Youtubeur avait été effroyablement sectionnée par cette terrible morsure féroce. Le sang gicla abondamment souillant une grande partie du lit ; où les draps firent tragiquement office de linceul. Marvin fut mort sur le coup. La créature féminine se repaissait de sa proie ; la bouche pleine de chair fraîche humaine ensanglantée. Affamée, elle continua sa sombre besogne en dévorant encore les autres parties du cadavre ; jusqu’à en être repue. La nuit noire venait de virer au rouge écarlate ; et le rire du diable résonnait, dans les moindres recoins du silence.

 

****

 

Une semaine plus tard en fin d’après-midi. Quelque part dans un coin de France.

 

L’endroit verdoyant se nimbait d’une quiétude bucolique ; autour d’un lac où se noyaient les heures orphelines et où se miraient bien souvent les âmes esseulées ; cherchant au fond d’eux-mêmes à démystifier leurs destinées. Les arbres centenaires impassibles, s’élevant fièrement telles des tours de Babel naturelles, étaient les seuls témoins séculaires de cette féerie végétale. Quelques volatiles, parfois, entonnaient un chant d’amour qui paisiblement déflorait le silence, à la gloire du Très-Haut. Dans tout ce havre de paix, transpirant une éternité temporelle, un vrombissement citadin se fit entendre. Ce fut un 4x4 noir rutilant. Le véhicule s’apprêta à s’immobiliser aux abords du lac. A l’intérieur, deux individus portant le masque. Joseph, le conducteur, quarantenaire nanti d’origine indienne ; et à ses côtés Karine, trentenaire, une sublime fleur de lotus originaire du Laos.

− Voilà le lieu dont je t’ai parlé la veille, fit l’homme en coupant le moteur du véhicule.

− C’est Romantique. J’aime bien cet endroit près du lac où tu m’as emmené, rétorqua Karine.

− Oui c’est vrai que c’est beau. J’y vais souvent pour me ressourcer, en me baladant seul.

− Ou avec tes anciennes conquêtes !?

Karine lui fit un clin d’œil.

− Oh, arrête ta paranoïa Karine s’il te plait.

− C’est bon, je rigole...T’inquiète !

− On ne va pas se disputer au bout de 3 jours, quand même ?!

− Mais non...J’te réserve ça pour plus tard, plaisanta la belle laotienne.

− Très drôle.

Karine se mit à rire.

− Bon...j’crois que c’est bon là. On peut enfin retirer ce foutu masque, pour le moment, annonça cette dernière en retirant le sien.

De son côté, Joseph garda le masque sur son visage, contre toute attente. Karine fut surprise voire perplexe. Elle mordilla nerveusement ses lèvres de manière succincte.

− Tu n’enlèves pas le tien Joseph ? Questionna cette dernière. C’est bon, y’a personne dans les parages. Tu ne te prendras pas une amende, t’inquiète.

Un ange passa et fit instinctivement déglutir la belle asiatique.

− Disons que je préfère garder mon masque sur le visage, rétorqua Joseph.

A ces mots, Karine soupira légèrement.

− Attends, ça fait à peine 3 jours qu’on est ensemble ; et je n’ai pas encore vu ton visage Joseph. Je ne l’ai vu que sur ton compte Facebook.

− Oui, je sais. Ce ne sont pas des photos récentes. Elles datent d’avant mon vaccin.

− Ah tu t’es fait vacciner ?

− Oui y’a une quinzaine de jours environ...Et...Et toi ?

− Ah non, je ne pense pas que je me ferai vacciner.

− Tu as bien raison.

Karine écarquilla ses yeux d’étonnement.

− Ah c’est bizarre, je pensais que tu allais au contraire m’encourager. Comme la plupart qui se sont fait vacciner.

− Non, je ne ferai jamais ça.

− Pourquoi ?

− A cause...des…des effets...secondaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9

 

 

 

− Quels effets secondaires ? De la fièvre, des maux de tête, de la fatigue ?

A cette question Joseph regarda autour de lui, à travers la voiture ; ainsi que par derrière. Puis il ôta lentement son masque en fixant du regard sa petite amie.

− Ceux-là, révéla Joseph en prenant soudainement une voix grave démoniaque et maléfique.

− Aaaaaaaaaaaaaaah....

De l’extérieur, le véhicule se mit soudainement à secouer, comme un navire balloté par des flots impétueux. Personne ne pouvait entendre les cris d’effroi qui émanaient de l’habitacle. Ils furent tous étouffés par les vitres fermées, qui progressivement furent aspergées d’un liquide écarlate. Ce fut le sang de Karine.

 

****

 

Trois jours plus tard. Nous étions le Mercredi 16 juin 2021.

 

Le premier ministre français Jean Castex, comme à l’accoutumée d’un ton solennel et péremptoire, s’apprêtait à faire une allocution télévisuelle diffusée en direct sur YouTube. Une déclaration faisant suite au conseil des ministres. Le peuple français retint son souffle ; et le temps semblait s’être suspendu. Certains pessimistes se demandaient si il allait de nouveau faire office d’oiseau de mauvaise augure ; en faisant perdurer voire renforcer, toutes ces mesures sanitaires liberticides toujours en vigueur.

 

«…Le conseil de défense et de sécurité nationale qui s’est réuni ce matin, sous l’autorité du président de la république a donc actée les décisions suivantes : Nous allons lever l’obligation générale du port du masque à l’extérieur ! ...Le port du masque à l’extérieur ne sera donc plus obligatoire, sauf dans certaines circonstances. Quand on se regroupe, quand on se trouve dans un lieu bondé, une file d’attente, sur un marché ou encore dans les tribunes d’un stade... »  (Source : https://tinyurl.com/4n9axj9f ).

 

A l’annonce de ces allègements de mesures sanitaires inattendus, la majorité des français exaltèrent de joieCertains s’étant habitués au port du masque n’y croyaient même plus. D’autres plus perspicaces y voyaient une stratégie tendancieuse, en vue des élections présidentielles de 2022. Dans tous les cas, les français purent enfin se débarrasser de leurs muselières et respirer parfaitement de manière conjointe. Les masques pouvaient enfin tomber.

 

****

 

Le lendemain à Châtelet-les Halles, sur Paris, dans l’après-midi. Deux jeunes hommes noirs ayant chacun la vingtaine étaient assis, à proximité de la fameuse fontaine des innocents. Ils venaient régulièrement dans le quartier et se nommaient respectivement Hugues et Thomas. Ils étaient tous deux couronnés d’un afro et portaient également le bouc. Comme la plupart des gens, ils ne portaient plus le masque. Excepté quelques-uns qui s’efforçaient encore à le garder sur leurs visages.

− C’est chelou, je ne vois plus Marvin le YouTubeur, faire ses vidéos à Châtelet, fit Thomas en balayant l’endroit du regard. Avant il enregistrait ici des vidéos au moins deux fois par semaine, pour sa chaîne YouTube « Marvin pécho ».

− Oui c’est vrai, rétorqua Hughes. Sur sa chaîne dont je suis abonné, il n’a plus fait de vidéos de drague, depuis au moins deux semaines.

− Pourtant c’est un drogué de la drague le gars.

− J’te jure.

− Peut-être qu’il est tombé amoureux d’une des filles qu’il a abordées. Et qu’il préfère prendre une pause avec ses enregistrements, supposa Thomas en souriant malicieusement.

− Oui c’est vrai. C’est fort probable ! rétorqua Hugues l’air amusé. J’espère néanmoins qu’il reprendra bientôt ses vidéos ; car elles sont très inspirantes.

− Oui c’est clair.

Thomas regarda ensuite machinalement autour de lui. A la vue de certaines personnes encore masquées il soupira en secouant légèrement sa tête.

− Purée, je ne comprends pas qu’il y ait encore des gens qui portent encore le masque aujourd’hui, après les annonces d’hier, reprit-il en regardant passer certains badauds le visage toujours caché.

− C’est peut-être par habitude. Ils sont à présent libres, mais veulent toujours rester emprisonnés.

− Quelle tristesse.

Au même moment, une jeune femme noire portant une jupe et un top bordeaux, chaussée de Stan Smith blanche, passait devant les deux jeunes hommes. Ce fut Mélodie, la fameuse femme masquée de la dernière fois, la « croqueuse d’hommes mutante ».

− Tiens, regarde la meuf qui passe là, fit Hugues en la désignant de la tête. Franchement c’est dommage qu’elle porte un masque, elle aussi. Elle est sexy et a l’air vraiment mignonne malgré son masque. J’dirai même que c’est un avion de chasse.

− Ben qu’est-ce que t’attends pour le lui dire frérot ? Demanda Thomas en faisant un clin d’œil à son ami.

− T’inquiète, répondit Hugues en se levant aussitôt, pour se diriger vers la jeune femme noire.

− Bonjour, fit ce dernier en arrivant à son niveau.

La jeune femme noire s’arrêta et se tourna vers le jeune homme.

− Bonjour, répondit-elle.

− Je vous ai vu à l’instant et je vous ai trouvé très stylée, très charmante. C’est pourquoi je suis venu vous embêter 5 minutes.

− Merci c’est gentil.

− Je m’appelle Hugues. Et vous c’est quoi votre nom ?

− Moi c’est Mélodie.

− Enchanté.

− Enchanté. Mais, comment pouvez-vous savoir que je suis charmante, en me voyant avec le masque ? Bien que cela soit flatteur, je pourrai ressembler à un monstre, en réalité.

− Bah, ça se voit que vous êtes jolie. Vous savez, parfois la beauté est tellement rayonnante qu’elle se diffuse même à travers un masque. Comme si cela débordait.

− Oh merci, c’est gentil. Vous êtes un poète !

− Et vous une muse...D’ailleurs, savez-vous que depuis hier, l’obligation de porter le masque est levée. C’est le premier ministre Jean Castex qui l’a annoncé.

− Oui je sais. Je suis au courant.

− Alors pourquoi gardez-vous toujours le masque Mélodie, comme certaines personnes que je vois ici ?

− Oh, je pense que tous ces gens qui continuent malgré tout à porter leurs masques veulent sûrement (tout comme moi d’ailleurs), cacher leurs visages… des mauvais jours !

 

 

FIN

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